Renouer avec la prospérité

Un « journaliste économique  » d’Europe 1 expliquait récemment que pour renouer avec la prospérité il fallait accepter la rigueur.

Le discours politico-médiatique est en crise car il vit mal son écartèlement.

Une fois que l’on a compris d’abord que la croissance n’est que la dépense, ensuite que l’argent n’a plus rien à voir avec de l’énergie humaine stockée et enfin que l’oligarchie au pouvoir, toutes fausses nuances confondues, a besoin de beaucoup d’argent pour acheter notre affect et déguiser finement la ploutocratie en démocratie pour garder le pouvoir, nous ne pouvons que constater l’impossibilité dans laquelle le discours politico-médiatique est obligé de s’enfermer et les contradictions qui s’affichent de plus en plus au grand jour.

D’un côté on attend la croissance. Notre président va même en Côte d’Or pour tenter de redorer sa cote. Il faut dépenser !  Peu importe que la dépense soit intelligente ou stupide, peu importe que ce soit avec de l’argent laborieusement gagné ou avec de l’argent volé, emprunté ou fictif, peu importe que ce que l’on paye soit utile ou nocif, il faut dépenser pour faire de la croissance. « Importons et consommons » disent ceux qui se croient de gauche tout en disant que nous, méchants occidentaux, nous consommons trop. « Investissons et exportons » disent ceux qui se croient de droite et qui n’arrêtent pas de déprécier les actifs qu’ils ont acheté beaucoup trop cher. Tout le système repose sur la croyance en une valorisation d’actifs qui permet l’emprunt pour dépenser mais qui ne tient que si le système continue. L’INSEE additionne « en volume » le PIB et les importations et additionne en monnaie le PIB et les exportations !

De l’autre côté l’idéologie du mondialisme nous oblige à approuver les instances supranationales (la Commission de Bruxelles, la Banque Centrale Européenne, rue du Kaiser à Francfort, le FMI, l’OCDE, l’OMC) qui toutes nous disent de dépenser moins en coûtant elles-mêmes très cher.

Augmenter la dépense publique pour faire de la croissance. Diminuer la dépense publique pour plaire au marché et continuer à pouvoir emprunter un argent qui n’existe pas mais qui rapporte gros aux fabricants de rêves. Il faut faire les deux il faut augmenter et diminuer à la fois.

Cela donne le jeu sympathique parlementaire entre ceux qui disent qu’il faut dépenser plus (accepter le déficit budgétaire) pour pouvoir enfin dépenser moins ( freiner l’augmentation de la dette !!!!! ) et ceux qui disent qu’il faut dépenser moins (accepter la rigueur) pour pouvoir enfin dépenser plus ( renouer avec la prospérité ).

Se moquent-ils de nous ou d’eux-mêmes ? C’est la seule question qui nous sépare encore d’une prise de conscience intelligente ou du désastre.

La valeur ajoutée, base de notre économie

La valeur ajoutée est avec le Produit Intérieur Brut, le fameux PIB, et avec la croissance, la triple base positive de notre économie. Le PIB est la somme des valeurs ajoutées et la croissance est l’augmentation de ces deux merveilles. Tout est donc fondé sur « la valeur ajoutée » qui est sans nul doute le concept le plus fou de l’économie. Tout le monde entend qu’on ajoute une valeur, y compris les professeurs d’économie qui diffusent cette perversion. Regardons cela de plus près.

L’INSEE propose la définition suivante de la valeur ajoutée : « Elle est égale à la valeur de la production diminuée de la consommation intermédiaire » et l’INSEE définit par ailleurs la consommation intermédiaire comme la « Valeur des biens et des services transformés ou entièrement consommés au cours du processus de production ».
Cette définition est déjà fausse puisque les salaires qui sont une valeur de services consommés au cours du processus de production, ne sont pas déduits de la valeur de la production. Mais passons….

La valeur ajoutée d’une entreprise c’est son chiffre d’affaire facturé avec TVA diminué de tout ce qu’elle achète à l’extérieur avec TVA comme biens et services. Cette valeur ajoutée c’est ce qui lui permet, nous dit-on, de payer les salaires, les charges, les impôts, faire les investissements et rémunérer le capital.

Nous avons donc la formule simple, base de notre économie libérale :

Somme de tous les chiffres d’affaire – Somme de tous les achats = Salaires + charges sociales + Impôts + Investissements + Dividendes des actionnaires.

La première partie de l’équation permet de payer la seconde.

Mais le chiffre d’affaire d’une entreprise n’est-il pas soit un achat par une autre entreprise soit de la consommation de particuliers que l’on appelle ménages ou de collectivités que l’on appelle administration ou associations ? Evidemment oui.

Et dans une entité comme la France ou l’Europe que l’on réputera fermée pour ne pas compliquer, ce qu’une entreprise achète à l’extérieur n’est-il pas toujours du chiffre d’affaire pour une autre entreprise ? A nouveau évidemment oui.

Si l’on fait la somme de toutes les valeurs ajoutées de toutes les entreprises de cette entité, la somme des chiffres d’affaires devient donc la somme de tous les achats des entreprises plus la somme de toutes les consommations des ménages, de l’administration et des associations, soit la formule :

Somme de tous les chiffres d’affaire = Somme de tous les achats de toutes les entreprises + Somme de toutes les consommations des particuliers, de l’administration et des associations.

La valeur ajoutée globale de cette entité qui permet de payer salaires, charges sociales, impôts, investissements et rémunérations des actionnaires est donc :

Valeur Ajoutée = ( Somme de tous les achats de toutes les entreprises + Somme de toutes les consommations des particuliers, de l’administration et des associations ) – Somme de tous les achats de toutes les entreprises.

Et en simplifiant :

Valeur Ajoutée = Somme de tous les achats de toutes les entreprises + Somme de toutes les consommations des particuliers, de l’administration et des associationsSomme de tous les achats de toutes les entreprises.

L’on s’aperçoit alors avec horreur que la valeur ajoutée d’une entité comme la France par exemple c’est exclusivement ce que nous dépensons tous. Plus nous dépensons, plus nous faisons de croissance et d’augmentation du PIB.

C’est tellement vrai que l’INSEE pour connaitre la valeur ajoutée de l’administration, comptabilise ce qu’elle coûte.

C’est aussi tellement vrai que l’INSEE écrit que la somme de toutes les dépenses est une autre façon de calculer le PIB. Mais avouons qu’il est plus plaisant de croire que c’est la somme des valeurs ajoutées. Personne ne comprend mais ça marche, suivant le principe du conte d’Andersen sur les habits de l’Empereur.

Tout d’un coup l’on comprend que la croissance doit se financer puisque ce n’est qu’une augmentation de la dépense et que l’on ne sait évidemment financer que par l’emprunt. Comme cet argent n’existe pas, il faut le créer et la loi Rothschild de janvier 1973 étendue à l’Europe par le traité de Maastricht oblige à payer très cher les banques privées pour qu’elle veuillent bien s’engraisser en nous créant par la double écriture l’argent dont nous avons absolument besoin pour continuer à croire que nous créons de la valeur en dépensant de plus en plus.

On comprend le ralentissement de la croissance mais on comprend beaucoup plus difficilement les Politiques et leurs séides qui nous annoncent tous qu’on va bientôt sortir de la crise en réformant pour redresser. Ils s’accusent les uns les autres de n’avoir jamais  su quoi faire et d’être incapable de concevoir tellement ils pensent tous que l’autre bord n’a pas compris grand-chose ou, s’il a compris, qu’il ne pense qu’à lui.

Et si la réalité était que personne ne fait le moindre effort pour comprendre ?

Un emplâtre sur une jambe de bois

A force de faire semblant, on sombre dans le ridicule le plus abouti. Le rapport Gallois prône une augmentation de la TVA et la baisse des charges sociales des entreprises. Partant de ce rapport le gouvernement Ayrault dans son « pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi » tourne déjà le dos aux promesses électorales de François Hollande et veut augmenter la TVA et réduire de 20 milliards d’euros la fiscalité sur les entreprises sans baisser les charges sociales pour ne pas augmenter, plus que de sa raison personnelle, le trou déjà béant de la sécurité sociale. Les écologistes s’étranglent, l’autre bord approuve et s’amuse de voir Jean-Marc Ayrault appliquer le programme de Sarkozy.

Les uns comme les autres ne font qu’augmenter l’impôt en réussissant à faire croire qu’ils le diminuent en le ressortant sous d’autres formes. Les charges sociales sont un impôt comme la TVA, la CSG et les radars sur les routes. Tout cela parce qu’on s’entête à croire que la croissance enrichit et que les deux seules questions sont « Comment la stimuler, la faire revenir, l’implorer et la retenir ? » et « Comment se partager équitablement cette manne laïque dans le désert des idées ? ».

Toute la classe dirigeante se perd en discussions profondes sur le meilleur remède entre le cautère, l’emplâtre ou le cataplasme, sans réaliser que le problème est la jambe de bois et non pas les simagrées d’illusionniste que chacun invente pour faire espérer que la jambe va prendre vie.

Le crédit d’impôt est un cautère, l’augmentation de la TVA est un emplâtre, la diminution des charges sociales est un des multiples cataplasmes qui tous, ne sont qu’augmentation ou diminution des prélèvements pour faire tomber la manne et donner l’illusion que la jambe de bois est vivante.

Hélas, trois fois hélas ! le dogme de l’église économique qui nous gouverne est faux. La croissance s’achète, pardon ! se finance, parce qu’elle n’est que dépense.

Lorsque l’INSEE écrit dans ses définitions que le PIB est un produit et donc que sa croissance enrichit, il utilise un tour de passe passe qu’il faut décortiquer.

Tout part de l’observation que si un client achète un kilo de tomates à un marchand, le marchand s’appauvrit en tomates et s’enrichit en argent pendant que le client s’appauvrit en argent mais s’enrichit en tomates. Le PIB étant la mesure, plus ou moins exacte, de l’argent en circulation, cette mesure peut se faire, comme le dit l’INSEE, en additionnant toutes les dépenses ou en additionnant à un moment donné tout ce qu’il y a dans les différentes mains, en additionnant les distributions. Mais comment faire croire que de l’argent circulant est une production que nous allons pouvoir nous partager ? Les économistes ont trouvé le truc : il n’y a qu’à parler en tomates. En achetant des tomates, je m’enrichis en tomates et bien que ce soit une dépense, je vais dire que ma femme s’est enrichie en soins dentaires, et mes amis se sont enrichis en voiture japonaise ou en téléviseur chinois. Nous avons fait de la croissance en nous enrichissant de tout cela et l’INSEE va pouvoir dire que le PIB est une production puisque nous avons produit des tomates, des soins dentaires, des voitures et des téléviseurs. Le génie de l’INSEE va être d’appeler « valeur en volume », la tomate et le téléviseur que j’ai maintenant entre les mains et de les chiffrer en euros « à prix courants » comme ils disent. Génial non ? Il va suffire maintenant de savoir qui paye mais cela s’appelle financer la croissance. Ne riez pas ! C’est ça le PIB que l’INSEE va additionner aux importations pour avoir nos ressources. On comprend mieux que ça coince forcément et que la crise était écrite depuis longtemps.

On va donc payer des milliers de fonctionnaires pour ne pas se contenter d’additionner simplement toutes nos dépenses ou toute la monnaie mise en circulation pour calculer le PIB, mais pour chiffrer les objets et les services que les acheteurs payent. C’est  pratiquement « mission impossible » car comment chiffrer ce qu’apporte un prêtre ou un fonctionnaire mais cela donne de l’emploi à des gens que l’on rémunère et, plus ils mettent de temps à chiffrer tout ça, plus cela coûte cher et plus cela fait de la croissance. L’INSEE va appeler cette « production », la « valeur ajoutée », « à prix courants et en volume ». Personne ne comprend mais on peut enfin dire que le PIB est un produit et que nous allons l’augmenter par la croissance et nous le distribuer ! On parle en volume et on additionne des tomates, des diagnostics, des voitures, des prières, des livres et des efficacités de fonctionnaires. Pour faire bonne mesure puisque l’on parle volume, on va faire de la croissance avec nos importations puisque cela va nous permettre de consommer, pendant que les Allemands font de la croissance avec leurs exportations. Mais si les Allemands s’enrichissent des euros qu’ils perçoivent, nous, nous nous enrichissons des produits asiatiques que nous achetons ! L’INSEE met en ressources les importations et le PIB. Il met en emplois nos dépenses et notre exportation.

Tout cela pour ne pas à avoir à dire au peuple que, s’il y a des inégalités honteuses dans la distribution de notre monnaie, nous vivons en moyenne au-dessus de nos moyens. La réelle pauvreté de certains est trop compensée par l’opulence scandaleuse de certains et par la vie trop dépensière de la majorité. A force d’attendre la manne laïque, nous avons oublié que seul le travail produit réellement des richesses et qu’à force de nous partager une pseudo richesse qui n’est que de l’argent emprunté nous rêvons d’un monde qui n’existe pas et auquel nous voulons tout de même croire. Mais qui veut réellement affronter ce problème ? Pas nous ! Nous sommes complices de nos dirigeants car nous n’avons pas envie de nous réveiller. Pas les Politiques ! Ils n’ont pas non plus envie de nous réveiller puisque nous devons bien voter le jour où nous sommes devant une urne et ils savent que le réveil sera douloureux. Et pour cela ils ont besoin de beaucoup d’argent et sauveront donc en premier le système financier qui les fait vivre. Pas les grandes entreprises ! Elles n’existent que par l’agitation économique et par la réduction de la durée de vie de ce qu’elles font produire. Pas les médias ! Ils ne vivent que par le financement des précédents.

Alors les impôts ne peuvent que monter car il faut payer, en décalage et tout est dans ce mot, la vie trop facile qu’en moyenne nous avons. En plus des impôts classiques on a inventé la dévaluation pour faire payer les épargnants et la hausse des prix pour faire payer les consommateurs. Aujourd’hui la classe dirigeante fait s’épanouir un nouvel impôt, la compétitivité qui est un mot inventé en 1960. Il faut fournir plus et d’une manière ou d’une autre travailler plus pour gagner moins; mais surtout ne pas le dire et combattre becs et ongles le protectionnisme qui nous mettrait en face de nous-mêmes et de nos contradictions. Il est pourtant totalement nécessaire  que nous réalisions la supercherie dans laquelle nous vivons mais c’est tellement difficile à accepter que nous préférons inconsciemment laisser venir, par lâcheté, le protectionnisme par sa voie royale : la guerre.

 

Merci Messieurs !

Ca y est ! Nous avons le remède. 20 milliards de hausse d’impôts et 10 milliards de réduction de dépenses. La quadrature du cercle est résolue et les nouveaux occupants du pouvoir ont trouvé la formule magique.

Mais le Béotien que je suis s’interroge tout de même. Si on augmente les impôts, ce n’est pas pour rembourser la dette puisqu’elle va continuer à augmenter dans la vertu Maastrichtienne du déficit budgétaire limité à 3% mais toujours présent. Ce n’est pas non plus pour stocker l’argent dans l’arrière-cuisine et c’est donc bien pour le dépenser. Donc la formule magique c’est dépenser 20 milliards de plus et dépenser 10 milliards de moins, ce qui fait donc une augmentation de la dépense de 10 milliards ce qui est excellent pour la croissance mais pas pour le remboursement de la dette.

La « gauche » pense que pour rembourser la dette et donc pour dépenser moins, il faut commencer par dépenser plus et faire de la croissance. De la « croissance par la consommation » disent-ils. L’INSEE est d’accord en additionnant le PIB et les importations pour avoir nos ressources. Plus on importe, plus on peut consommer et plus on fait de la croissance à la française.

La « droite » nous avait appris, elle, que pour dépenser plus il fallait d’abord que la croissance revienne quitte à aller la chercher avec les dents et pour cela il fallait investir et non pas consommer, donc dépenser moins. Elle nous jurait ses grands dieux que dès que la croissance serait enfin là, nous pourrions nous partager ses fruits, les dépenser et rembourser la dette. La droite compte sur les exportations pour faire de la croissance. Comme on raconte que la croissance allemande est tirée par ses exportations, même notre ministre actuel du budget Jérôme Cahuzac qui ne se dit pas de droite s’emmêle les pinceaux et répond le 3 octobre 2012 à l’hebdomadaire Challenges « Il nous faudra réfléchir à restructurer le modèle de croissance français en favorisant l’investissement et l’export ».

Ce qui est tout de même extraordinaire c’est de voir la facilité avec laquelle la classe dirigeante nous joue un combat de coqs fatigués entre ceux qui veulent dépenser plus pour dépenser moins et ceux qui veulent dépenser moins pour dépenser plus. Certes il faut avoir compris que le PIB est la somme de toutes les dépenses, et la croissance l’augmentation de ces dépenses, mais cela commence à se savoir.

Le point sur lequel ils sont tous d’accord c’est le côté abominable du protectionnisme qui nous mettrait en face de nous-mêmes et nous rendraient donc conscients de nos contradictions. Il serait alors beaucoup plus difficile de continuer à nous faire croire que le principe « un homme, une voix » s’appelle la démocratie et est, comme chacun sait, « le pire des systèmes à l’exclusion de tous les autres ».

Les économistes sont des jean-foutre

Ce qui est stupéfiant, c’est le côté révérencieux que tout le monde semble avoir vis-à-vis de la prétendue science économique qui habille des banalités affligeantes avec de la mathématique et dont les professeurs assènent des contre-vérités auxquelles il ne peuvent pas croire eux-mêmes. Ils ne donnent leurs diplômes qu’aux étudiants suffisamment fragiles pour répéter, sans vraiment comprendre, tout ce qu’on leur a embecqué.

Le PIB est présenté par l’INSEE sur son site de la façon suivante le 1er octobre 2012 (la colorisation m’est personnelle)  :

Produit Intérieur Brut (PIB) et grands agrégats économiques
Les comptes de la Nation – Base 2005
Date de mise à jour : 15 mai 2012
Le produit intérieur brut (PIB) est le principal agrégat mesurant l’activité économique. Il correspond à la somme des valeurs ajoutées nouvellement créées par les unités productrices résidentes une année donnée, évaluées au prix du marché.
Il donne une mesure des richesses nouvelles créées chaque année par le système productif et permet des comparaisons internationales.
Le produit intérieur brut est publié à prix courants et en volume aux prix de l’année précédente chaînés. Son évolution en volume (c’est-à-dire hors effet de prix) mesure la croissance économique.
Les grands agrégats économiques associés au PIB sont le revenu national brut (RNB), la capacité ou le besoin de financement de la nation, les grandes composantes de l’équilibre entre les éléments de l’offre (PIB, importations) et de la demande (consommation, investissement, exportations), la ventilation des facteurs de production (emploi, stock de capital) par secteurs institutionnels (entreprises, ménages, administrations publiques considérés comme producteurs de richesses) et la valeur ajoutée qu’ils génèrent.

Sur cette base de création de richesse, tous les raisonnements tendent à faire venir cette croissance, cette augmentation du PIB que nous allons nous partager. C’est beau comme l’antique et on se laisserait presque prendre à cet hameçon séduisant si le même INSEE dans ses définitions ne nous apprenait pas, toujours au 1er octobre 2012, que :

Produit intérieur brut aux prix du marché / PIB
Définition
Agrégat représentant le résultat final de l’activité de production des unités productrices résidentes.
Il peut se définir de trois manières :

– le PIB est égal à la somme des valeurs ajoutées brutes des différents secteurs institutionnels ou des différentes branches d’activité, augmentée des impôts moins les subventions sur les produits (lesquels ne sont pas affectés aux secteurs et aux branches d’activité) ;

– le PIB est égal à la somme des emplois finals intérieurs de biens et de services (consommation finale effective, formation brute de capital fixe, variations de stocks), plus les exportations, moins les importations ;

– le PIB est égal à la somme des emplois des comptes d’exploitation des secteurs institutionnels : rémunération des salariés, impôts sur la production et les importations moins les subventions, excédent brut d’exploitation et revenu mixte.

Il faut d’abord nettoyer ces définitions d’un charabia destiné à ne pas être dérangé par tous ceux qui ne font pas partie de l’Eglise économique. On dit «Formation brute de capital fixe» et «Emplois finals intérieurs de biens et de services» car «Investissements» et «Dépenses» risqueraient d’être compris par les gens simples. En fait l’INSEE rappelle discrètement dans ses définitions que le PIB est soit tout ce qui est produit, soit tout ce qui est dépensé, soit tout ce qui est distribué. Mais il doit avoir comme mission de ne donner qu’un éclairage valorisant, celui de la production. Dire qu’il suffit de dépenser pour faire de la croissance fragiliserait ceux qui voulaient aller la chercher avec les dents ou ceux qui veulent l’intégrer à un pacte européen.

Pour bien comprendre la « production » dont parle le PIB, imaginons un SEL (Système d’Echange Local) d’une centaine de personne qui crée une monnaie qu’il appelle piastre, il en fabrique une certaine quantité qu’il va distribuer à ses adhérents qui vont s’acheter les uns aux autres les biens et les services dont ils ont besoin. Imaginons même que nous soyons au mois d’août et qu’aucun autre habitant que les membres du SEL ne soit présent et que l’euro ne soit pas utilisé. Les piastres tournent et tout ce qui est produit dans le SEL est évidemment égal à tout ce qui est dépensé dans le SEL et est aussi évidemment égal à tout ce qui a été distribué aux membres du SEL si l’on a fabriqué juste ce qu’il fallait de piastres. Nous avons les trois définitions du PIB de l’INSEE et nous voyons même que l’INSEE oublie la 4ème définition de ce même PIB qui est l’argent circulant. Le PIB est en effet la quantité d’argent en circulation que l’on peut voir comme l’argent créé pour le groupe multiplié par sa vitesse de circulation, comme la production effectuée par le groupe traduite en argent, comme l’argent dépensé par le groupe et enfin comme l’argent circulant entre les membres du groupe. Ces quatre regards ont évidemment le même chiffrage et personnellement j’opte pour le calcul du PIB le plus simple : additionner toutes les dépenses publiques et privées.

Le plus simple n’est plus en effet de calculer l’argent créé depuis que les banques ont créé tellement d’argent virtuel par la double écriture que personne ne peut avoir une idée chiffrée de l’argent créé. Le plus simple n’est évidemment pas non plus de faire ce que fait l’INSEE sur ordre, à savoir l’éclairage production, car étant incapable de chiffrer ce que peut produire l’admin istration, l’INSEE utilise l’éclairage dépense pour trouver la production : l’administration rapporte ce qu’elle coute. Plus elle coûte plus on fait de croissance. Mais les politiques n’aiment pas qu’on leur rappelle que pour faire de la croissance il suffit de dépenser davantage.

Le PIB n’est donc qu’une quantité de monnaie en circulation qui n’a rien à voir avec une production réelle. La croissance du PIB a pourtant deux gros intérêts pour les politiques : elle constate l’emploi donné en dépensant et elle enrichit l’Etat qui pompe sur tout mouvement qu’il ne fait pas lui-même. Décembre 1999 a donné beaucoup de travail pour nettoyer les côtes du pétrole de l’Erika et pour réparer les dégâts des deux tempêtes qui ont traversé la France. Cela a terriblement enrichi l’Etat qui grâce à la TVA s’est constitué une « cagnotte » dont il était un peu gêné. Keynes proposait que la moitié de la population creuse des trous que la seconde moitié reboucherait. Quelle croissance ! Sur la TVA et sur les charges sociales des boucheurs déboucheurs, l’Etat ferait fortune. Le seul problème, et c’est celui de la croissance, c’est de savoir qui la paye. Qui a payé la fabuleuse croissance de décembre 1999 dont nous nous serions bien passés ? Il était piquant de voir Nicolas Sarkozy critiquer François Hollande et ses centaine de milliers de fonctionnaires supplémentaires alors qu’embaucher des fonctionnaires augmente le PIB puisque, rappelons-le, pour l’INSEE l’administration rapporte ce qu’elle coute. C’est moins intéressant pour l’Etat car il n’y a pas de TVA mais l’emploi et la croissance s’y retrouvent.

Les politiques et les « économistes » n’osent pas demander qui paye la croissance. Ils disent « Il faut la financer » et pour tenir dans ce monde aberrant ils ont besoin de partenaires qui sont le système bancaire international qui tient le rôle d’usurier en prêtant l’argent qui fait croire que nous sommes riches et que la croissance crée des richesses comme a le culot de l’écrire l’INSEE. Jean-Luc Mélenchon disait lors de sa campagne que la France n’avait jamais été aussi riche de toute son histoire. En réalité elle n’est riche que de ses dettes et elle s’est vendue au système financier mondial pour permettre à la SPP (Société Protectrice des Politiques) de sauver la classe politique droite et gauche confondues. Ils veulent tous la croissance et donc qu’il faut dépenser plus. Mais ils disent tous qu’il faut rembourser les prêts et donc qu’il faut dépenser moins.

Ils continuent tout de même à se différencier pour pouvoir se combattre et apporter au peuple ces jeux du cirque qu’il affectionne. Ceux qui se disent de gauche prétendent qu’il faut dépenser plus pour dépenser moins (consommation moteur de la croissance) pendant que ceux qui se disent de droite affirment qu’il faut dépenser moins pour dépenser plus (investissement moteur prudent de la croissance). Il n’y a que François Bayrou à vouloir faire les deux.

Ils veulent tous revenir à l’intelligence suprême de Maastricht qui est de ne dépenser que 103 % du PIB sachant que Guy Abeille haut fonctionnaire à la direction du budget avoue dans le Parisien du 28 septembre 2012 avoir sorti à l’époque de son chapeau ces 3% « chiffre né sur un coin de table » à la demande de Mitterrand qui voulait « une règle facile qui sonne économiste ». Il dit avoir choisi un pourcentage du PIB parce qu’en « économie tout le monde se réfère au PIB ». Bonjour Panurge ! Dès que l’on comprend que le PIB est la dépense, on comprend que nous nous sommes engagés, droite et gauche confondues, à ne pas dépenser plus de 103 % de… ce que nous dépensons.

Ce système aberrant est pourtant farouchement défendu par la classe politique car il permet de faire croire au peuple que le fait de vivre mieux que nos grands-parents est dans l’ordre naturel des choses. Ils sont tous farouchement opposés au protectionnisme qui nous mettrait en face de nous-mêmes et de nos contradictions. Je regrette déjà le conditionnel de ma phrase car c’est un futur inéluctable. Le protectionnisme nous mettra en face de nous-mêmes et de nos contradictions. Soit en douceur et avec intelligence, soit en un instant par la guerre.

Au royaume des aveugles les borgnes sont rois

La complicité objective des peuples et de leurs dirigeants, cachée sous le beau mot de démocratie, est en Occident le frein essentiel à toute solution douce de ce que le monde médiatico-politique appelle la crise. Faut-il pour autant condamner les aveugles ou reprocher aux borgnes d’être des cyclopes ? Non mais tenter de leur ouvrir les yeux n’est pas défendu.

D’un côté, les peuples occidentaux sont ravis de croire que le progrès et la croissance leur font vivre un confort que très peu de leurs aînés connaissaient. Ils n’en profitaient d’ailleurs que par héritage ou par un travail efficace, rude et acharné. Aujourd’hui les peuples occidentaux sont prêts à envisager des pauses dans l’augmentation permanente de leur confort mais font semblant de croire qu’un retour à la dureté réelle de la vie est impossible. Un chauffeur de taxi tunisien disait avec grand bon sens : « Chez nous si on ne travaille pas, on ne mange pas. Ici qu’on travaille ou qu’on travaille pas, on mange. Alors on vient tous ici ». Mais cette croyance n’est que superficielle et chacun sait bien que tout cela est provisoire et fait peur. Cette peur se transforme en haine de soi ce qui fait la fortune des psys, ou/et en haine des autres ce qui fait monter la violence lentement mais sûrement.

De l’autre côté, les classes dirigeantes se servent du côté assez inique du confort par héritage pour faire croire qu’elles vont l’offrir à tous sans que la pénibilité du travail soit une nécessité. Pour cela, avec l’appui intéressé de la fausse science économique, elles utilisent l’énergie sociale qu’est l’argent pour assouvir les désirs du peuple. Plaire ou conduire, il faut choisir, et les Politiques ont choisi. Ils cherchent à plaire en berçant le peuple par la survie assurée et le plaisir anesthésiant, « Panem et circences » comme l’écrivait le trop méconnu Juvénal qui décrivait la société romaine décadente et si proche de la nôtre.

Certains Politiques sont de bonne foi et croient réellement qu’en changeant le temps avec la recherche et l’innovation, qu’en changeant l’espace avec l’Europe et le mondialisme, qu’en changeant les hommes avec la formation, Dieu nous récompensera en nous envoyant la Croissance qui nous donnera enfin l’argent que nous empruntons en attendant Godot. Ils réalisent mal que toutes les idéologies (fascisme, communisme, capitalisme) sont expansionnistes et se veulent universelles comme maheureusement certaines religions comme le catholicisme, certain protestantisme et l’islam. Les idéologies restent les spécialistes du faire-croire et au bout du compte elles échouent systématiquement, et à convaincre, et à imposer.

D’autres Politiques sont cyniques et savent très bien que cela ne mène nulle part mais hésitent entre le « Je suis leur chef, il faut bien que je les suive » du maréchal de Saxe et le « Après moi le déluge » de Louis XV. Ils se recentrent sur leur cœur de métier qui est l’élection. Ils sont attentifs à toujours dire ce qui plait à leur électorat.

Tous, honnêtes hommes de fond ou de forme, utilisent la boite de Pandore ouverte en août 71 qui a déconnecté les monnaies de toute valeur objective et a rendu surpuissants tous ceux qui traînaient dans leurs circuits. Plus personne ne sort de la phrase imbécile « au début était le troc et un jour c’est devenu trop compliqué et on a inventé la monnaie » et ils créent sans arrêt par des moyens de plus en plus sophistiqués l’argent dont ils ont besoin pour acheter leur peuple.

La crise est la confrontation entre leur rêve impossible et la réalité. Nous sommes dans la période difficile où tous les efforts sont demandés aux peuples pour faire durer encore un peu le faire-croire.

Les axes de réflexion pour minimiser les risques de guerre sont tous rejetés par le peuple qui sans le savoir prépare sa propre tombe. Il faut tout de même que ceux que la vraie politique intéresse les regardent en face.

Il faut :

1) Donner une définition compréhensible de l’entité géographique et humaine à laquelle nous appartenons en se souvenant de « La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf ». Du village à l’Europe quelle est l’entité primordiale ? Ne serait-ce pas la France ?

2) Reconnaître des définitions communes du Beau, du Bien et du Vrai comme constitutives d’un groupe. L’approche commune de leurs trois mariages deux à deux, le Riche, le Juste et le Pur, est le lien social d’un groupe vivant. L’harmonisation fiscale et sociale en est naturellement l’une des conséquences et si elle n’existe pas, n’est-ce pas la preuve de la fictivité du groupe ?

3) Protéger cette entité pour que ses membres aient tous le travail auquel ils ont droit mais soient mis en face d’eux-mêmes et qu’ils puissent affronter puis résoudre leurs contradictions que révèlera la hausse des prix inhérente au protectionnisme.

4) Renoncer à la fausse démocratie du « un homme, une voix » qui ne donne le pouvoir qu’à l’argent pour travailler les deux axes possibles de la vraie démocratie à inventer : le permis de voter et le tirage au sort.

5) Renoncer au laminage intellectuel de la prétendue Education Nationale qui limite l’éducation à l’accumulation de connaissances en se faisant concurrencer par internet, pour ajouter à nouveau les compléments indispensables de l’expérience et de l’apprentissage du discernement.

Il reste pour éviter la guerre à répondre à la question : faut-il convaincre le peuple pour convaincre ses dirigeants ou faut-il convaincre les dirigeants pour convaincre le peuple ? Et qu’en pensent les médias ?

Le cléricalisme économique

Pendant que la laïcité est très à la mode chez ceux qui veulent se justifier de ne croire en rien, il y a un cléricalisme qui triomphe, c’est le cléricalisme économique.

Un cléricalisme approuve l’intervention du clergé dans les affaires publiques et un clergé est une confrérie de gens partageant le même dogme et se donnant le pouvoir de le diffuser.

Mais la mode est de ne voir des clergés que dans les religions, et la laïcité se contente de tenir à égale distance christianisme, judaïsme et islam.

J’approuve les clergés quand ils nous rappellent que nous devons mourir à notre passé pour resurgir différents dans une construction nouvelle de nous-mêmes, fondée sur nos propres contradictions et sur une harmonie nouvelle dans le rapport aux autres et à ce qui nous dépasse tous. C’est le Hadith de Mahomet « Mourez avant de mourir », c’est le conseil de Jésus à Nicodème « Il te faut naître de nouveau », c’est l’observation du Talmud qu’« un converti est comme un nouveau-né »

Mais je deviens très anticlérical quand j’observe des clergés qui ne cherchent qu’à rassurer ou à faire peur pour assurer leur fond de commerce. Ils entraînent leurs ouailles vers un obscurantisme qui n’est là que pour donner une raison d’être à ces clergés inutiles et dangereux.

Le clergé économique actuel est dangereux car, comme toujours, son dogme fondateur ne supporte pas la contradiction. S’il n’envoie plus au bûcher comme ses prédécesseurs de l’Inquisition, il sait enlever la parole à quiconque envisage qu’il ait tort. Ce dogme, rentré dans les cerveaux à la méthode Coué, est : « Au début était le troc et un jour c’est devenu trop compliqué et on a inventé la monnaie ». Ce clergé est monothéiste avec son dieu, « la » croissance et son diable, « la » crise. Il veut faire revenir son dieu pour chasser Belzébuth. Il est au Collège de France, à la tête de l’OMC; il a investi les universités occidentales, les classes politiques, les gouvernements et les médias qui veillent à ce que le dogme règne sans partage et ne soit pas dérangé.

Vous aurez beau dire qu’au début était peut-être l’échange des êtres plutôt que l’échange des avoirs, le clergé veillera à ce que vous ne soyez pas entendu.
Vous susurrerez qu’il y avait peut-être au début une raison d’être ensemble, un lien social,  qui a précédé les soucis d’intendance, le clergé vous fera taire.
Vous expliquerez que l’argent est de l’énergie humaine stockée et qu’on ne peut en fabriquer qu’en se multipliant ou en créant ce que le groupe pense être des richesses. Le clergé vous regardera de haut.
Vous montrerez que le prêt à intérêt est un impôt que le peuple paye aux banques par la dévaluation et la hausse des prix, le clergé commencera à travailler à votre perte.
Vous proposerez que l’énergie humaine stockée qu’est l’argent se marie à l’énergie humaine vive qu’est le travail pour faire ensemble des aventures qu’on appelle entreprises, le clergé fabriquera deux codes excessifs et contradictoires qu’il appellera code de commerce et code du travail pour être deux boulets entravant toute action.
Vous expliquerez que la croissance c’est la dépense et que dépenser de l’argent emprunté en disant financer la croissance, c’est stupide et cela donne la crise, le clergé vous fera ignorer car il entr’apercevra sa propre perte.
Pour tenir encore un peu de temps le clergé, unanime, combat le protectionnisme qui nous relierait les uns aux autres et à la vérité. C’est d’ailleurs comme cela qu’on reconnaît les membres de ce clergé.

Gambetta disait : « Le cléricalisme ? voila l’ennemi ! ». Vive Gambetta !