L’énergie monétaire

Sujet explosif tellement les positions sont tranchées et apparemment contradictoires. La monnaie est neutre, elle n’est qu’un voile, disent les uns. Elle est d’une puissance folle et elle permet tout, disent les autres. Est-il possible et crédible que chacun ait raison et tort à la fois ?

L’énergie électrique existe à n’en pas douter, chacun le vérifie chez lui tous les jours. Elle fait fonctionner à la maison une multitude d’appareils, du réfrigérateur à la télévision en passant par l’éclairage, voire même le chauffage. Et pourtant si la centrale s’arrête ou si l’alimentation est coupée, c’est la panne! L’énergie électrique n’est en fait que l’énergie utilisée par une centrale électrique qui l’a transformée pour la véhiculer. Elle est neutre en elle-même puisqu’elle ne rajoute rien. Mais qui pourtant peut dire que l’énergie électrique n’existe pas ?

C’est exactement la même chose pour la monnaie. La monnaie est simultanément, à sa création, une créance et une dette, un actif et un passif. C’est la double écriture des banques qui créent l’argent en le mettant simultanément à leur passif à disposition immédiate de leur client et à leur actif, en créance différée sur ce même client. Il n’y a évidemment aucune création d’énergie dans l’écriture simultanée d’une dette et d’une créance et pourtant personne ne peut  nier que l’argent loge, nourrit, habille, transporte, soigne et la liste est sans fin. Il y a une énergie monétaire créée par une action apparemment totalement neutre.

Cela est possible car l’action neutre de la création monétaire n’est neutre que par l’addition de deux actions inverses de même force, une dette et une créance, qui ne sont pas neutres du tout quand elles sont prises isolément. Une dette est une reconnaissance d’avoir reçu quelque chose, un bien, un service, de l’énergie qu’elle qu’en soit la forme si elle est reconnue comme positive. Une créance est le constat d’avoir fourni cette énergie.

La monnaie permet que les échanges d’énergie positive à l’intérieur d’un  groupe ne soient pas forcément simultanés. C’est le « donner-recevoir-rendre » de Marcel Mauss, si évident en famille et dans une association, si fragile sans argent quand le groupe est important et si idéologique et irrationnel quand on veut imposer le même au monde entier. La monnaie permet de stocker l’énergie d’un individu en reconnaissant la dette qu’à le groupe à son égard, en en faisant une créance transmissible à tout porteur, créance échangeable avec tout bien ou service apprécié par le groupe. La monnaie n’est pas une reconnaissance de dette, c’est un constat de créance sur le groupe qui ne peut exister que si le groupe se reconnait débiteur.

La monnaie transfère dans le temps et dans l’espace par une sorte de vecteur spatio-temporel l’énergie humaine quand elle a été reconnue comme positive par le groupe utilisateur de cette monnaie. La création de monnaie saine se fait donc par l’obtention par un individu d’une créance sur le groupe. Le groupe constate que cette personne lui apporte plus qu’elle ne reçoit de lui et il officialise cette créance en créant de la monnaie qu’il lui donne. La monnaie est une créance que le porteur détient sur le groupe qui utilise cette monnaie, ce qui la rend énergétique dans l’ensemble du groupe.

Une économie saine vient du nombre le plus important possible de personnes qui apportent plus à la collectivité qu’elles n’en reçoivent. C’est ce déséquilibre vertueux que l’État doit équilibrer par la création de monnaie qu’il distribue à ses créanciers sans jamais être un État providence.

Dans une société vivante, les individus contribuent à l’édification et au fonctionnement de la société, soit seuls soit en se regroupant pour être plus efficaces. Naissent ainsi les artisans, les entreprises et les services qui les aident à produire en les soignant, en les défendant, en donnant un sens tant au groupe qu’à l’action de chacun. Une gestion saine de l’énergie monétaire par l’État permet d’équilibrer la production et la consommation, en laissant toute leur place aux seules questions difficiles, la raison d’être du groupe et la raison d’être de chacun de ses membres.

Une société meurt brutalement par la guerre ou insidieusement quand les commentateurs deviennent plus nombreux que les acteurs et que l’on interdit, d’abord par la manipulation médiatique puis par la loi, de regarder la vérité en face.

Là s’arrête la réflexion et commence la simple observation des dérives, toutes fondées sur la survalorisation du groupe ou sur la survalorisation de l’individu, toutes deux vantées par des gens qui se survalorisent eux-mêmes.

Le XXe siècle a éradiqué deux dérives totalitaires qui mettaient le groupe au-dessus de tout et qui n’avaient pas de respect pour ceux qui ne rentraient pas dans leur idéologie. Cette dérive nous menace encore aujourd’hui chez ceux qui, pour construire leur Union européenne ou leur gouvernance mondiale, ont un total mépris pour l’opinion des peuples, pour leur existence même, et voudraient les faire voter et revoter jusqu’à ce qu’ils votent à la convenance de leur idéologie prétendument universelle, fut-elle difficilement défendable si on respecte vraiment les individus, et dans leur diversité, et dans leur similitude.

Mais cette dérive idéologique ne doit pas cacher l’autre dérive inverse qui survalorise l’individu au détriment de la collectivité sans voir que seul l’État peut détenir la violence légitime (armée, justice, police) et l’émission de la monnaie, constat de l’énergie de son peuple. Cette dérive, en laissant aux banques privées l’émission de la monnaie, fait perdre à la monnaie son rôle régulateur qui est de plus en plus laissé à la violence sans que notre prétendue élite autoproclamée ne se rende même compte qu’elle ridiculise son armée, sa justice et sa police qui doivent se singulariser pour exister et se féminiser pour être dans le vent. Le matraquage de la violence faite aux femmes n’est-il pas là pour faire oublier que l’on confie de plus en plus aux femmes la violence légitime avec un succès à vérifier ?

La société de l’apparence dans laquelle nous vivons aujourd’hui et que nous fabrique la classe politico-médiatique, voit apparemment s’affronter ces deux dérives pour ne pas voir qu’en fait elles s’additionnent.

Ces deux dérives se sont habillées de fausses querelles pour se donner une impression de sérieux: divergence droite-gauche, discorde socialistes-libéraux, opposition nationalistes-mondialistes. Cela occupe l’affect et endort la raison. Nous ne voyons même plus qu’au lieu d’additionner chaque fois les qualités de ces deux parties de nous-mêmes que sont le mouvement et l’harmonie, nous en additionnons les défauts qui sont le désordre et l’immobilisme, deux prémices du chaos.

Tant que nous ne retrouverons pas l’évidence que la vie matérielle n’est que transformation et échange dans un donner-recevoir-rendre harmonieux, tant que nous croirons à la création et au partage des richesses, tant que nous croirons possible de libérer une énergie qui n’a pas été préalablement enfermée et que le crédit peut être sur richesses futures alors qu’il ne peut être que sur gage comme il a toujours été ou sur l’aval collectif que seul l’État peut donner, tant que nous croirons pouvoir utiliser aujourd’hui l’électricité que la centrale produira demain, tant que l’énergie monétaire ne sera ni comprise ni gérée, nous resterons par notre passivité, complices de ce qui nous arrive.

 

La fausse monnaie a remplacé l’homme comme pivot de l’économie

Du silex taillé à l’intelligence artificielle, l’homme a toujours tenté d’accroître l’efficacité de son énergie. Il l’a d’abord fait par l’outil qui affine son énergie en la rendant plus précise, puis par la machine qui utilise une énergie externe pour remplacer l’énergie humaine.

La première machine a été la roue qui, encore outil dans la brouette ou la charrette à bras, était déjà machine dans le chariot à traction animale. L’intérêt indiscutable de la machine est de libérer l’homme pour qu’il puisse utiliser autrement et mieux sa propre énergie, ce qui fut fait partout dans le monde pendant des siècles, voire des millénaires.

Les premières machines utilisant une énergie ne nécessitant pas de repos furent le voilier sur mer et le moulin sur terre, qu’il soit à eau ou à vent. Ces machines étaient toutes construites par l’homme avec ses outils, et un équilibre s’est naturellement installé entre le travail nécessaire et les besoins existants, le travail freinant les besoins, les besoins stimulant le travail.

Depuis que la monnaie a remplacé le donner-recevoir-rendre que l’on connait encore dans la famille et qui n’a rien à voir avec le troc, la chaîne travail-production-vente a toujours été harmonisée par la chaîne travail-monnaie-achat, toutes deux plaçant l’homme, son travail et ses désirs au centre du dispositif économique.

Les arrivées successives de la machine à vapeur, du moteur à explosion et du moteur électrique voire électronique, ont augmenté l’efficacité des machines mais le malheur a voulu que dans le même temps, on nous fasse oublier l’origine humaine de l’énergie monétaire. La société a très curieusement confié aux entreprises la gestion des deux engrenages qui pour ne pas se bloquer tournent forcément en sens inverses. Les chaînes complémentaires travail-production-vente et travail-monnaie-achat ne peuvent s’harmoniser que dans un système global cohérent que ne peuvent maîtriser isolément les entreprises et qui relève du monde politique et de l’intérêt général. Les entreprises ont cédé petit à petit pour survivre dans un monde de concurrence à la facilité de remplacer l’énergie humaine par l’énergie monétaire qui n’en est que le substitut. Elles ont fait évoluer la chaîne travail-production-vente qui démarre par l’homme, vers la chaîne machine-production-vente qui part d’une machine achetée. Cela n’a pas posé de problème au début, tant que l’argent n’était pas déconnecté de l’homme. Malheureusement cette déconnexion s’est faite par à-coups au XXe siècle. Les entreprises ont aussi affaibli la chaîne travail-monnaie-achat en conflit d’intérêt avec leurs actionnaires qui tenaient à vendre le produit des machines dans un monde devenu compétitif car chacun se voulait riche en produisant beaucoup. Pour survivre les entreprises ont initié une immigration peu coûteuse et laissé à la collectivité le soin qui leur avait pourtant été aussi confié, de gérer la chaîne travail-monnaie-achat, de fournir la monnaie nécessaire aux achats sans lesquels il n’y a pas de ventes et donc pas de PIB.

Le XXe siècle a été, par le biais du capitalisme, le siècle des triomphes de l’apparence et de la double démesure. Apparence de la mort du travail et de la spiritualité, démesure de la fabrication d’objets par les machines et démesure de la fabrication de fausse monnaie par les banques qui ne s’en expliquent que par l’excuse affligeante qu’elles détruisent cette fausse monnaie dès qu’on la leur a rendue avec intérêts. Les machines produisent et les banques fabriquent la monnaie qui va donner l’illusion que ces productions sont des richesses. Nous ne vivons plus le double circuit naturellement équilibré, et se nourrissant mutuellement l’un l’autre, du travail-production-vente et du travail-monnaie-achat où l’homme et son travail étaient les pivots de l’économie. Nous devenons simples spectateurs du double circuit incohérent qui fabrique péniblement du PIB, le circuit machine-production-vente et le circuit banques-monnaie-achat. L’homme n’est plus bon qu’à consommer et à s’appauvrir pour rembourser les emprunts. Il doit en outre apprendre à bien voter pour confirmer sa complicité avec l’incohérence proposée et son approbation à l’enrichissement du clergé du système. On s’étonne de son hésitation et de la montée de l’abstention !

Tournent à plein dans les banques, les machines à créer la dette et tournent à plein dans les médias et dans les universités, les machines à formater les individus en leur faisant croire que les richesses futures rembourseront tout. La seule différence est que les médias le font sans gêne alors que les universités le font un peu gênées.

On a vu au XXe siècle la fausse monnaie fabriquée par les banques, remplacer la monnaie saine stockant réellement de l’énergie humaine et construire un nombre incalculable de machines pour produire tout et n’importe quoi. Le travail de l’homme n’était, parait-il, plus indispensable, ce qui a ravi les démagogues qui ont simplement oublié de se demander avec quoi les hommes, fussent-ils étrangers, allaient acheter ce que les machines produisaient. On n’avait plus besoin de travailleurs mais il fallait des consommateurs pour acheter car les banques tenaient à être remboursées pour pouvoir détruire la fausse monnaie qu’elles avaient créée pour fabriquer les machines.

Les inepties inventées pour faire croire à la génération spontanée d’argent pour pouvoir le dépenser à faire du PIB, montrent la fertilité de l’esprit humain.

On a investi les esprits en faisant croire qu’un investissement qui est une dépense, permettait de créer des richesses futures, sans appauvrir personne. Les banques ont voulu dépasser Aristote qui avait « vainement cherché sur une pièce de monnaie ses organes reproducteurs ». Elles affirment les avoir trouvés en donnant au verbe investir le sens de planter de l’argent et attendre la récolte.

On a appelé Production Intérieure Brute (PIB) la somme de toutes nos dépenses annuelles publiques (57%) et privées (43%), dépenses confondues de consommation et d’investissement en laissant aux médias et aux universités le soin de nous faire croire que la dépense était une création de richesse à nous partager. Bienheureux d’ailleurs qui nous dira si les dépenses faites par des associations subventionnées sont une dépense publique ou privée. L’important est de dépenser et de faire du PIB.

On a inventé à grand frais la publicité pour  faire croire que tout ce que les machines produisaient en continu étaient des richesses et qu’il est intelligent de le reconnaître en s’appauvrissant pour les acheter.

On a inventé le chômage rémunéré puisque les machines n’étaient plus là pour libérer l’homme et lui permettre d’être utile autrement, mais pour le remplacer. On déshabille Pierre pour habiller Paul mais il y a de moins en moins de Pierre à déshabiller et de plus en plus de Paul que l’on habille de guenilles au lieu de reconnaître leur utilité tels qu’ils sont.

On a inventé les marchés à conquérir sur toute la Terre sans jamais se préoccuper de la réalité et de l’origine de l’argent que posséderaient ces nouveaux acheteurs tout en prétendant faire de la macro-économie.

On a inventé les produits qui n’existent pas encore, les métiers qui n’existent pas encore, les solutions qui n’existent pas encore… mais qui vont bien sûr tout résoudre dans une nouvelle harmonie sans doute apportée par les cigognes ou trouvée dans les choux.

On a donné un nouveau sens à la compétition qui n’était qu’une pétition commune, pour devenir le désir de la mort de l’autre avant la sienne en oubliant la coopération et le vrai vivre ensemble.

On a changé le sens du mot inflation qui était l’enflure de la création de la fausse monnaie pour devenir la hausse des prix qui ne vient que de la nullité énergétique de la fausse monnaie qui abaisse la capacité énergétique de la vraie monnaie avec laquelle on la confond.

On a inventé les subventions, le RSA, le revenu universel voire la monnaie hélicoptère pour donner à tous de la fausse monnaie pour pouvoir acheter beaucoup trop cher les fabrications en continu des machines. Tout ça sous prétexte d’une prétendue redistribution d’une manne inexistante que les banques anticipent par leur distribution de fausse monnaie.

On a créé les partis politiques qui sous couvert de démocratie « font de la politique », c’est-à-dire qu’ayant compris qu’il fallait choisir entre plaire et conduire, ils ont choisi de plaire et ont renoncé à comprendre et à réagir car cela contrarierait leurs électeurs.

Mais le pompon nous arrive maintenant avec la fuite en avant, éternelle solution si souvent utilisée par toutes les idéologies. L’Union européenne ne marche pas, c’est parce qu’il faut plus d’union. Le socialisme ne marche pas, c’est parce qu’il faut plus de socialisme. Le libéralisme ne marche pas, c’est parce qu’il faut plus de libéralisme. Le capitalisme ne marche pas, c’est parce qu’il faut plus de capitalisme. Le mondialisme ne marche pas, c’est parce qu’il faut plus de mondialisme. Et donc si les machines et la fausse monnaie des banques ne résolvent rien c’est qu’il faut plus de machines et plus de fausse monnaie.

Comme l’argent ne coûte prétendument plus rien (ce qui au passage va faire exploser les banques et les assurances) et comme les machines produisent grâce à des « investissements » qui seront récupérés sur les « richesses futures », nous avons décidé en gaspillant les ressources de l’ensemble de la Terre, que nous construirions une chose bien plus réussie que l’homme, cet animal qui se construit presque tout seul en 9 mois par un simple moment de plaisir, qui est alimenté par n’importe quoi, qui s’auto-répare pour la majorité des incidents et qui s’auto-régule en tout tant qu’il fonctionne correctement et ce, pendant des décennies. Nous construirons des robots qui meurent sans faire d’histoire et nous allons marier l’homme et le robot grâce à l’intelligence artificielle et au transhumanisme pour que la mort soit vaincue. Tout est possible puisque les machines et la fausse monnaie des banques vont s’occuper de tout ! L’homme n’aura qu’à s’appauvrir pour payer tout ça !

Et si nous retrouvions la cohérence, de la famille, de la tribu, de l’oïkos grecque, de la domus latine, de ces villages gaulois qu’Emmanuel Macron est si triste de trouver très heureusement réfractaires à sa fuite en avant ? Et si nous nous interrogions enfin sur l’utilisation intelligente de nos compatriotes à partir de ce qu’ils savent déjà faire et non à partir de ce qu’ils devraient savoir pour faire tourner un système impossible que rigoureusement personne ne défend globalement ? Et si nous envisagions de confier la chaîne travail-argent-achat à une économie mixte qui ne soit ni purement l’État comme dans le communisme, ni purement le privé comme dans le capitalisme ? Une économie qui stimule la liberté d’entreprendre tout en veillant à ce que la coopération domine toujours la compétition. Et si nous nous nous rebellions contre le formatage des esprits qui coûte si cher en argent et en temps dans les médias, dans les universités et dans les campagnes électorales ? Et si la prochaine révolution était enfin celle des esprits ? Elle pourrait germer dans les universités, dans les médias ou même dans les partis politiques puisque Pandore nous a appris en ouvrant sa boite que l’espérance ne s’éteignait jamais.

Le trépied de l’incompétence économique

Faut-il absolument continuer à faire perdre leur temps à des étudiants dans des filières économiques quand on leur apprend avec acharnement une incompétence qu’il vont utiliser ensuite avec délices pour le plus grand malheur de leur peuple ?

Les trois pieds essentiels  de l’économie y sont enseignés à l’envers.

Le premier pied est la compréhension de la monnaie dont la force énergétique connue de tous, n’existe que si elle vient d’une énergie humaine réellement utilisée. Quel pouvoir, autre que magique, pourrait avoir une monnaie que l’on imprimerait sans équivalence énergétique ? L’université se contente d’approcher la monnaie par ses usages historiques sans jamais la définir autrement que par le mensonge qu’elle aurait remplacé le troc qui n’a jamais existé nulle part et qu’elle confond avec le « donner recevoir rendre » qu’elle n’étudie pas.

Le second pied est la distinction entre la production et la richesse que n’importe quel enfant constate quand il voit une vache produire du lait et des bouses et quand il se voit lui-même produire des bisous et des bêtises. L’université n’arrive pas à faire cette distinction de peur peut-être d’être accusée de discrimination par les producteurs. Elle n’arrive pas à voir que c’est le client qui fait la richesse et non le producteur. Le client crée la richesse en abandonnant son argent de même valeur. Sans cet abandon la production n’est que rebut. L’économie est échange, l’université la voudrait création.

Le troisième pied est la prééminence du producteur sur la production alors que l’université privilégie la production en substituant l’entreprise au producteur. Elle n’étudie absolument pas la vraie création d’argent qui est la chaîne travail monnaie achat richesse au profit exclusif de la chaîne travail production vente monnaie qui n’en est normalement que le balancier équilibrant. C’est pourtant, comme dans une famille, en utilisant au mieux l’énergie de chacun tel qu’il est, et sans vouloir éternellement le formater à ce qu’il n’est pas, que le groupe peut transformer en monnaie l’énergie de ses membres et avoir suffisamment d’argent pour reconnaître, par ses achats, la richesse de la production des autres. Mais notre société, en laissant sans vergogne ses membres inactifs, en en accusant le chômage et le manque de croissance, et en se laissant « éclairer » par l’université, se prive du bon argent que ces chômeurs pourraient créer en étant utiles et, au contraire, leur en distribue pour qu’ils survivent. La chaîne travail production vente monnaie, n’étant plus alimentée par la chaîne complémentaire travail monnaie achat richesse, devient erratique et manque à la fois de clients et d’argent.

Manquant de clients, elle en cherche partout en baissant ses prix, en payant mal son propre travail et en déstabilisant l’économie des autres peuples dont elle voudrait la clientèle.

Manquant d’argent, elle fait fabriquer par les banques de la fausse monnaie qui dévalorise tout mais permet de tenir un certain temps. Mais il faut malgré tout fermer les hôpitaux, les gendarmeries, les postes….

Elle tente aussi de suspendre le temps pour retenir le désastre inéluctable. Elle fait croire à un monde qui ne manque ni d’argent ni de clients par une débauche d’argent qui n’est que de la fausse monnaie. C’est le sport, la publicité, l’intelligence artificielle, la recherche, le réchauffement climatique, le transhumanisme, le revenu universel, la monnaie hélicoptère que ce gentil cornichon de Mario Draghi trouve « intéressante ».

Pendant ce temps, « en même temps » diraient certains, les Politiques se battent entre socialistes et libéraux, entre ceux qui préfèrent l’égalité et ceux qui préfèrent la liberté. Ils attendent tous la croissance, refusent d’ouvrir les yeux et nous refont le coup de l’orchestre du Titanic qui jouait… jouait… jouait.

L’offre et la demande

L’équilibre entre l’offre et la demande est le lien fondamental entre les individus et les groupes, la justification de leurs échanges. L’anthropologue et professeur au Collège de France Marcel Mauss a parfaitement expliqué que dans tout groupe cohérent le don entraînait ce qu’il appelait le contre-don et que le « donner-recevoir-rendre » était au service du lien social et qu’il le nourrissait. Mauss a développé que le don et le contre-don était ce qu’il a appelé un « fait social total » à dimensions culturelle, économique, religieuse, symbolique et juridique et qu’il ne pouvait être réduit à l’une ou à l’autre de ses dimensions.

Les échanges fondés sur l’offre et la demande s’inscrivent dans des chaînes d’échanges et c’est la disharmonie actuelle de ces chaînes qui est à la base de toutes nos difficultés. Pour comprendre ce dysfonctionnement, il faut analyser les chaînes d’échange que les collectivités sont supposées activer lorsqu’elles ne sont plus naturelles entre les individus.

Il y a la chaîne d’échanges travail production monnaie, que l’on peut aussi appeler offre et demande de biens et de services. C’est l’activité des entreprises, celle qui fait produire aux individus des biens et des services qui vont chercher à se transformer en monnaie grâce à d’autres individus qui, en devenant clients, verront dans ces productions des richesses. C’est en abandonnant leur argent venant d’une autre chaîne d’échanges que les acheteurs mettent sur certaines productions leur tampon « richesse » alors que d’autres productions restent des encombrants, voire des déchets, par absence d’acheteurs.

L’autre chaîne d’échanges, celle génératrice de monnaie, est travail monnaie richesse, que l’on peut aussi appeler offre et demande de travail. Cette chaîne d’échanges part de l’énergie de chaque individu, tel qu’il est et tel qu’utilisable par le groupe. Dès que cette énergie utilisable est sollicitée, elle est, par son utilisation, transformée en monnaie. Et cette monnaie va ensuite reconnaître les richesses parmi les productions. Très curieusement cette sollicitation essentielle est actuellement quasiment réservée aux entreprises et à l’administration dont ce n’est pas la raison d’être, les unes devant produire, l’autre devant servir.

L’exemple de la vache illustre bien ces deux chaînes distinctes et complémentaires. Dans la première chaîne la vache produit entre autres du lait, des veaux et des bouses mais seuls le lait et les veaux se transforment en monnaie parce que dans la deuxième chaîne qui est humaine, seule l’énergie de la vache qui fabrique le lait ou les veaux est sollicitée. Son énergie fabriquant les bouses n’intéresse personne sinon les vétérinaires qui en connaissent la fonction vitale. Seul l’abandon de la monnaie pour obtenir du lait ou des veaux permet de voir que le lait et les veaux sont des richesses. L’autre production, la bouse, ne trouvant pas de client, sera un déchet et non une richesse, bien qu’elle soit aussi une production.

A l’intérieur d’une collectivité cohérente c’est le travail transformé en monnaie dans une chaîne d’échanges, qui juge, dans une autre chaîne d’échanges, de la valeur des productions nées également du travail.

La complémentarité de ces deux chaînes d’échanges fait qu’il est normalement impossible de faire fonctionner l’une sans faire fonctionner l’autre. L’une est l’offre et la demande de la production, l’autre est l’offre et la demande du producteur. Toutes les civilisations l’ont tout naturellement vérifié dans tous leurs systèmes cohérents. Pour ne prendre que notre civilisation, cela a été l’oïkos grec, la domus et la familia latines, le village, la nation (étymologiquement l’endroit où l’on est né), la patrie (étymologiquement la terre de nos pères). Le travail reconnu utile par le groupe se transforme en monnaie qui reconnait éventuellement comme richesse le résultat du travail des autres. C’est le « donner recevoir rendre » de Marcel Mauss après introduction de la monnaie.

Mais pour des raisons idéologiques et électorales, nous avons déconnecté ces deux chaînes et subordonné la valeur du producteur à la valeur de la production, nous avons négligé la chaîne qui constate la richesse au profit de celle qui prétend la produire. L’être humain n’a plus été considéré essentiellement comme producteur mais comme électeur et comme consommateur. Les hommes ont été incités à moins travailler et les femmes à moins faire d’enfants pour pouvoir consommer et remercier régulièrement, par un vote approprié, les initiateurs de ce nouvel eldorado. La collectivité s’est arrêtée de jouer son rôle d’activateur de chaînes d’échange pour s’atteler à la tâche infernale de la justification d’un système impossible. Elle n’a pas lésiné sur les moyens en n’en oubliant aucun.

Elle a dissous la notion de collectivité cohérente en créant des illusions de cohérence depuis la fin de la deuxième guerre mondiale comme la déclaration universelle des droits de l’homme, l’Union Européenne, les G6 G7 G8 G9 ou G20, l’OMC ou l’ONU, toutes ces collectivités ayant comme raison première de faire tenir un système qui subordonne le producteur à la production tout en flattant l’électeur et en ponctionnant le consommateur. Les médias, aux mains de la finance, sont chargés de fabriquer notre consentement.

Elle a laissé s’installer des monnaies qui ne sont plus du travail transformé mais le moyen de faire discrètement payer aux peuples l’enrichissement d’une petite minorité par le report systématique de la prise de conscience de leur dévaluation.

Elle a décrété que toute production était une richesse et que l’on créait des richesses chaque fois que l’on produisait. La richesse à bas prix est devenue l’horizon électoral avec une mécanisation très coûteuse qui ne libère l’homme que pour le payer à ne rien faire, c’est-à-dire pour le dégrader tout en dévaluant la monnaie.

Mais surtout elle s’acharne à fabriquer notre consentement en utilisant la formidable avancée technologique de communication que sont les médias, aux mains de la finance, pour nous faire regarder ailleurs et pour organiser la fuite en avant.

Regarder ailleurs en vantant la notion de progrès qui ne veut rien dire puisque progresser veut dire à la fois monter ou descendre selon que l’on s’en sert pour un alpiniste ou un spéléologue. Le progrès, débarrassé de son but, permet de prendre toutes les vessies pour des lanternes, surtout en chiffrant tout même l’inchiffrable.

Regarder ailleurs en ressuscitant les vieilles lunes du panem et circenses, du pain et des jeux par la triple imbécillité des subventions, de la professionnalisation du sport et de la généralisation du jeu sous toutes ses formes qui doit faire oublier, dès le plus jeune âge, le travail qui est notre dépense utile d’énergie et le devoir qui est notre dette vis-à-vis de la collectivité.

Mais c’est surtout en organisant la fuite en avant que notre collectivité se suicide sans réagir autrement qu’individuellement.

Davantage de collectivités incohérentes comme, en France, les communautés de communes et les régions, et dans le monde, les LGBT qui se sont accaparés l’arc-en-ciel, le Vegan ou l’écologie avec leurs réponses simples à des problèmes compliqués, le féminisme galopant qui demande partout la parité sauf dans la fabrication des enfants, les stupides traités commerciaux et la multiplication à l’envi des rencontres sportives et des jeux d’argent.

Davantage de monnaies façon système de Law, assignats, emprunt russe ou bitcoin avec une nuée de petits maîtres venant expliquer à qui veut l’entendre que c’est en jonglant avec les monnaies que l’on réglera les problèmes.

Davantage de productions en pillant les ressources de la Terre rétrogradée au niveau de la planète, en promettant un pays de cocagne au mâles blancs tout en les mettant au chômage, et en faisant travailler les trois esclavages que sont l’esclavage de notre descendance par la dette, l’esclavage des autres civilisations chez elles par la mondialisation et l’esclavage des autres civilisations chez nous par l’immigration.

Et avec d’un côté une armada de conseillers et de petits maîtres venant expliquer les détails qu’il faut changer pour que cela marche et de l’autre, une incapacité à se regrouper de tous ceux qui pressentent le désastre, par le fait que chacun se limite à son constat personnel sans prendre conscience de l’ampleur du drame et du fait générateur.

Seule une prise conscience populaire ( par les réseaux sociaux ? ) a une chance de nous régénérer en remettant au niveau de la production, le producteur tel qu’il est, sans vouloir le transformer, ce que la guerre et le terrorisme font malheureusement admirablement. C’est parce que la guerre et le terrorisme prennent les gens comme ils sont et non comme ils devraient être d’après les entreprises embaucheuses, qu’il n’y a, en temps de guerre, que des chômeurs volontaires. Ne pourrions-nous pas nous en inspirer sans aspirer la guerre et le terrorisme comme nous le faisons en voulant former tout au long de la vie un matériau humain déraciné et interchangeable ?

Encore faudrait-il trouver ou créer une collectivité qui porterait ce message que les médias ont sur ordre décrété impopulaire. Est-ce rêver que d’y croire ?

Coup de gueule

Et si nous posions enfin le problème correctement en arrêtant de chercher des solutions à un problème mal posé qui n’en a pas ?

L’erreur de base qui a induit toutes les autres pour la dissimuler, est la confusion entre production et richesse engagée par Adam Smith et David Ricardo qui n’avaient jamais imaginé que l’on puisse fabriquer sans avoir de clients, ce qui est pourtant devenu la routine avec la mécanisation financée par le futur, sublime trouvaille.

Le circuit inverse et régulateur de la circulation monétaire dont le travail était la source et qui était une évidence il y a deux siècles pour Smith, Ricardo et tous leurs contemporains, n’a pas été étudié lorsque le circuit inverse de la production s’est emballé au XIXe et surtout au XXe siècle.

Au lieu de l’étudier et de s’en servir pour contrebalancer la folie mécanique de la production,

– On a déifié la production en inventant la notion stupide de valeur ajoutée qui fait croire que toute production est une richesse alors qu’elle ne l’est que si un client vient s’appauvrir davantage.

– On a inversé les esprits en faisant croire par le PÏB que toute dépense était une ressource. Plus l’on dépense et plus l’on est riche ! Les critères de Maastricht en pourcentages du PIB, c’est à dire en pourcentage des dépenses, sont affligeants (on peut dépenser jusqu’à 103% et on peut emprunter jusqu’à 60% de ce qu’on a déjà dépensé l’année d’avant). Plus l’on dépense et plus l’on peut dépenser !

– On a inventé la croissance économique qui apporte à nouveau la manne et les cailles des Hébreux dans le désert mais sans Dieu.

– On a réinventé le système de Law et les assignats pour faire croire que la fausse monnaie régulait l’économie aussi bien que la monnaie véritable.

Pour que le peuple y croit et en le prenant vraiment pour un ramassis d’imbéciles,

– On a mis en place un formatage national ruineux qui bloque les jeunes à ne rien faire jusqu’à 25 ans pour leur faire croire qu’on leur apprend des choses qui ne leur serviront à rien, et surtout pour les amollir par une vie facile et les placer en situation d’éternels quémandeurs.

– On a mis en place un système faussement appelé démocratie où le slogan incroyable d’un homme une voix, donne le pouvoir à la finance.

Pour tenir un certain temps dans cet imbroglio impossible,

– On a survalorisé l’individu en le stérilisant par la casse des groupes cohérents et du Sacré.

– On a cassé tous les groupes cohérents, couple famille village pour n’avoir que de  la matière humaine indifférenciée où les femmes ne font plus d’enfants et concurrencent les hommes dans leur quête d’argent.

– On a imposé l’idée que les milliards de merveilleuses et stupéfiantes machines vivantes et diverses, végétales, animales et humaines, n’étaient toutes, une par une, que l’œuvre du hasard et de la nécessité répétée par hasard avec le même génie des milliards de fois.

– On a transformé tous les individus perdus en intellectuels détenteurs personnels de la réforme à faire pour tout résoudre.

– On fait faire le travail qui doit tout de même être fait,  par les trois esclavages de la dette pour l’esclavage dans le temps, de la globalisation pour l’esclavage dans l’espace et de l’immigration pour l’esclavage ici et maintenant. Sans oublier de  dépenser de plus en plus d’argent pour éviter la révolte des esclaves.

Mais tout cela n’est évidemment qu’un colosse aux pieds d’argile que la réalité mettra à bas dans la plus grande violence si, de toute urgence et avant que ce ne soit trop tard, certains ne s’attellent pas à analyser le problème GLOBALEMENT pour s’attaquer exclusivement au mur du mensonge et de la dissimulation, admirablement construit à l’insu de leur plein gré par les médias, propriétés de la finance.

 

Que vaut une monnaie ?

N’importe quel touriste se renseigne sur la valeur de la monnaie du pays qu’il souhaite visiter. Ce sont les marchés qui actuellement décident au jour le jour de la valeur des monnaies par la loi de l’offre et de la demande. Mais avant l’existence des marchés, que valait une monnaie inconnue d’une peuplade mal connue ?

Chacun valorisait à ses yeux et avec sa propre monnaie, aussi bien ce qu’il possédait et que l’autre désirait acquérir, que ce que possédait l’autre et qui l’intéressait lui-même. Comme on se connaissait mal, aucune confiance n’était évidente et l’on tâtonnait, en ajoutant et en enlevant, pour que chaque partie trouve les deux tas équilibrés, quels que soient ses critères. On inventait le troc qui est un regard équilibré commun sur des marchandises diverses. Quand on se connaissait un peu mieux on pouvait mettre aussi des services dans les deux tas. Chaque partie ayant considéré les deux tas comme de même valeur, et les ayant chacune chiffrés, chacune avec sa propre monnaie, le taux de change coulait de source et l’on avait la valeur de la monnaie de l’autre dans sa propre monnaie, ce qui ne servait d’ailleurs guère qu’aux touristes.

Mais avec ce qu’ils appellent la globalisation tout a changé. Ce troc s’appelle aujourd’hui la balance commerciale et le bon sens imposerait qu’elle soit équilibrée et donc de réévaluer la monnaie quand la balance commerciale est excédentaire comme pour les euros allemands ou néerlandais, et de la dévaluer quand elle est déficitaire comme pour le dollar, la livre sterling… et les euros français ou espagnols. Mais tout est faussé par les marchés qui ne valorisent les produits qu’à l’aune de leur capacité à revendre plus cher le lendemain, et sans s’attarder à savoir s’il s’agit d’une monnaie, de blé, d’aluminium ou de pantalons pour unijambistes.

Le dollar et la livre ne sont surévalués que parce que la Terre entière accorde, au moins provisoirement, à l’un la suprématie militaire et à l’autre, la suprématie sur les marchés financiers.

Pour l’euro qui doit en même temps monter et descendre, il n’y a que deux solutions. Soit l’Allemagne est prête à payer pour l’ensemble d’une Europe remplie d’Européens, ce que lui demande Macron, comme en France les provinces riches ont toujours payé pour que le timbre ait le même prix dans un arrondissement de Paris et au fin fond du Queyras. En payant pour les autres l’Allemagne réussira d’ailleurs enfin le quatrième Reich si, bien sûr, les autres nations acceptent d’obéir à qui les payent en se sentant du même pays donc non humiliés. Soit l’euro explosera et c’est à l’évidence ce qui se prépare en ne laissant dans le flou que la question de savoir où la mèche sera allumée. Actuellement deux pays tiennent la corde pour lancer l’explosion. L’Italie qui veut dépenser sans contraintes et l’Allemagne qui ne veut pas payer pour les autres. Macron va tenter vainement pour sa propre survie de défendre l’indéfendable en croyant peut-être sincèrement au peuple européen multiracial et fédéré autour des droits de l’homme. De profundis …

Pendant que certain s’agite, ne perdons pas de vue que l’oubli de la valeur réelle des monnaies des autres, réduit l’économie à une agitation dans l’immédiateté et à un déluge de commentaires sur l’inanité des actions engagées. Il serait pourtant tellement essentiel de réconcilier l’économie et le bon sens.

Tout s’inverse

C’est très naturellement le 1er mai, fête du travail, seule fête dont on exclut curieusement celui que l’on fête, que nous sommes portés à réfléchir au pourquoi tout s’inverse depuis un demi-siècle. Deux chocs apparemment distincts, quasi simultanés et malheureusement complémentaires, tous deux conséquences lentement mûries du conflit mondial, font vaciller notre civilisation : le choc sociétal de mai 1968, héritier du chewing-gum, du jean, du jazz et de la Libération, et le choc économique d’août 1971 décidé par Nixon devant le fiasco des accords de Bretton Woods de 1944.

Dans son livre The case against education (Procès de l’éducation) l’économiste américain Bryan Caplan, professeur à la GMU, l’université de Virginie « où l’innovation est une tradition », souligne que la réussite, tant scolaire qu’universitaire et professionnelle, ne dépend que du cumul de trois qualités: être intelligent, consciencieux et conformiste (intelligence, work ethic et conformity).

Cette formulation particulièrement intéressante souligne la nécessité d’être à l’aise dans un groupe pour y réussir. Caplan remarque qu’être intelligent et travailleur ne suffit pas et qu’il faut aussi être conforme à ce que le groupe attend de chacun. Mais depuis la deuxième guerre mondiale et ses bouleversements idéologiques, la société occidentale ne renonce-t-elle pas à confronter son intelligence et sa conscience à la réalité ? Ne cherche-t-elle pas à transformer la réalité pour qu’elle soit conforme à ce que la théorie du moment voudrait qu’elle soit. Pour être conforme à ce que la société attend de nous, ne devrions-nous pas renoncer à comprendre et nous contenter comme tout le monde de commenter en étant perplexe ?

L’expérience peut bien montrer toute l’inanité des théories à la mode, la classe politico-médiatique va monter au créneau pour expliquer consciencieusement, et avec une vraie habileté des mots, qu’il faut garder la même ligne, y rester non seulement conforme mais s’en rapprocher toujours davantage.

La difficulté est que l’intelligence s’oppose bien vite au conformisme. Y être consciencieux devient un écartèlement permanent qui engendre le burn-out quand on ne s’évade pas façon Michel Onfray qui a décidé que notre civilisation était foutue « Le bateau coule, mourez debout ! » ou quand on ne fait pas de la fuite en avant façon Jacques Attali.

Le cas Attali est intéressant car il est impossible de l’éviter quel que soit le média. Impossible de ne pas entendre sa sempiternelle analyse fondée sur les trois pieds présentés comme solides de la démocratie, du marché et de l’initiative personnelle. Sauf que…la démocratie nous dit que l’homme est tout et que rien n’est plus important que de l’écouter individuellement par le vote. Le marché en revanche nous dit que l’homme indifférencié n’est rien, qu’il est passé en deux siècles de 1 à 6 milliards, et que seule la rareté fait la valeur. En y rajoutant l’initiative personnelle nous obtenons la profondeur de la pensée de Jacques Attali « Débrouille-toi entre moins l’infini et plus l’infini ». Voilà le plus bel exemple du penseur actuel intelligent, consciencieux et conformiste, produit réussi et reconnu de notre système éducatif dévoyé, bâton de vieillesse de tous nos dirigeants, y compris des plus jeunes, et rideau de fumée fortuné masquant la réalité.

Dans toutes les civilisations, être intelligent, consciencieux et conformiste forment un tout que l’on peut aussi exprimer par la réussite combinée de la réflexion, de l’action et de l’échange. Le formuler permet de prendre conscience de la cohérence indispensable entre les trois. Être intelligent c’est comprendre, comprendre c’est étymologiquement prendre ensemble et c’est donc à la fois réfléchir et agir en cohérence tant avec soi-même qu’avec le groupe. Mais quand cette harmonie n’est plus que dogmatique et se heurte à la réalité, quand, au lieu de se remettre en question, on remet en question la réalité, c’est l’harmonie qui part en morceaux. Le bien ne se différencie plus du mal, pas plus le beau du laid que le vrai du faux. En revanche, comme il faut bien paraître et faire impression, les dogmes fleurissent de toutes parts et la société de l’apparence se farde de mensonges déguisés en vérités, de laideurs présentés comme des beautés, et de vices qui deviennent des vertus, tout cela sous forme de directives, de lois et de références médiatiques. Tout s’inverse dans la société de l’apparence et résister à l’inversion devient délictueux. La liberté d’expression n’y est plus qu’un mythe vénéré, un mensonge vertueux.

L’intelligence, la conscience et le conformisme n’étant plus liés, des groupes disparates se forment suivant ce qui est abandonné en premier, sachant que chaque groupe se subdivise ensuite suivant ce qui est largué en second. Comme tout s’inverse, c’est ce que chaque groupe abandonne en premier qui lui sert curieusement d’étendard dans lequel il se drape.

Honneur à nos dirigeants (tout est inversé !) qui ont abandonné la conscience pour nous faire des cours de morale. La classe politico-économico-médiatique est intelligente, elle est conformiste en n’accueillant que ceux qui sont conformes à sa doxa, mais elle se moque éperdument des peuples en ne s’intéressant vraiment qu’à elle-même. Etant parfaitement consciente que tout empire chaque jour, elle se sépare entre ceux qui abandonnent le vivre ensemble et ne pensent qu’à partir n’importe où, mais ailleurs (très à la mode chez les étudiants formatés et chez les politiques qui achètent à l’étranger), et ceux qui abandonnent l’intelligence pour se réfugier dans des formes communes irréalistes comme l’Union européenne ou le mondialisme de « la » planète.

Il y a ensuite les peuples qui ne cherchent pas à comprendre tout en croyant tout comprendre dans ce qu’il est convenu d’appeler les discussions du café du commerce. Ils se réfugient dans leurs communautés quotidiennes, sont consciencieux dans leur activité et sentent bien qu’il faudra un jour affronter les problèmes. Ils se séparent entre ceux qui restent consciencieux par principe et vont voter en sachant que cela ne sert à rien et que l’on traite de populistes, et ceux qui s’abstiennent de voter par réalisme et se réfugient dans les communautarismes.

Il y a enfin un certain nombre de personnes qui essaient de comprendre en conscience ce qui se passe et qui rêvent d’un espace cohérent qui marierait intelligence, conscience et vivre ensemble. Ce troisième groupe qui est perpétuellement tenté d’abandonner l’action que sa conscience lui impose ou d’abandonner la réflexion qui ne semble pas faire bouger grand-chose, ne fait rien pour se regrouper et ronge son frein.

Pendant que ces trois groupes s’agitent ou s’endorment dans une inefficacité qui nous rassemble tous, tout s’inverse en tous domaines avec une classe dirigeante très bien rémunérée qui nous explique et nous impose, que le laid est beau, que le faux est vrai et que le vice est vertu, bref que notre civilisation est morte. Le système remplace dorénavant la civilisation. Comme tout s’inverse nous l’imposons bien sûr, et pour son bien, à toute l’humanité sur « la » planète puisqu’il n’y en a évidemment qu’une dans tout l’univers. La Terre était pourtant un très joli nom avant qu’il ne soit confisqué par des gens qui veulent tout planifier en absence de vision.

L’inversion générale se fait par le cumul d’une absence de but, d’un moteur qui tourne à l’envers et d’un laisser-aller généralisé qui a les réponses à tout et n’attend que les « moyens ».

Complètement perdus, nous ne savons qu’hésiter et nous entre-déchirer entre réformes, révoltes et révolutions pour surtout ne rien faire et rester dans l’apparence.

Pour le système il n’est plus nécessaire de donner un sens à sa vie, il suffit de profiter de la vie, ce qui fait vivre dans l’immédiateté et n’envisager le futur que sous l’angle de la jouissance des biens matériels, c’est-à-dire de la peur du lendemain. Cette jouissance ne vise que le plaisir, rend le bonheur chimérique et nourrit l’angoisse tout en tentant de l’anesthésier. La spiritualité collective se ringardise ou s’impose dans le cas de l’islam, ce qui le rend sécurisant pour beaucoup.

Côté moteur toutes les civilisations savent que c’est la coopération, le travailler ensemble, qui fait vivre les peuples et qui est une culture de vie. Nous l’avons oublié en prônant la compétition, culture de mort dont le seul but est de faire mourir les autres avant soi. Bien savoir faire mourir les autres avant soi, c’est être reconnu et admiré comme compétitif. Mais un peuple qui n’utilise pas l’énergie de ses membres et qui invente la notion de chômage pour masquer son incapacité et ne pas s’en sentir responsable, est d’une rare inconscience. S’il refuse d’en prendre conscience c’est qu’il ne se sent plus du tout un peuple. Si Poutine et Orban sont les seuls dirigeants européens à améliorer leur score électoral et à ne pas alimenter le dégagisme, c’est qu’ils ont compris que leurs peuples voulaient être des peuples sans être traité dédaigneusement de populistes par tous les incompétents. Nous ne sommes pas encore sortis des remous de la deuxième guerre mondiale et collaboration n’a pas encore repris son vrai sens de travailler ensemble, comme les trois beaux mots de travail, de famille et de patrie continuent, dès qu’on les rassemble, à être honnis au lieu d’être vénérés comme essentiels.

Mais l’incohérence d’une vie dont le seul but est d’être compétitif pour le plaisir des puissants, ne serait pas possible sans l’invention diaboliquement géniale de la création permanente de richesses qui permet tous les laxismes.

Le système est incroyablement simple. On fabrique de la monnaie à flot continu et on explique en inversant les facteurs que dépenser permet de créer de la richesse. Le XXe siècle a donné pour cela un nouveau sens au verbe « investir » qui veut renvoyer Aristote à ses études puisqu’il avait « vainement cherché sur une pièce de monnaie ses organes reproducteurs ». Le système veut nous faire croire qu’il a trouvé comment se faire reproduire la monnaie alors que nous la fabriquons tout simplement.

Pour la fabrication tout le monde s’y met, des banques centrales aux particuliers. Les banques centrales rachètent des créances mais comme on est dans l’inversion on dit qu’elles rachètent des dettes (le fameux quantitative easing), les états et les collectivités ont des budgets déficitaires (Maastricht l’officialise avec la limite imbécile et non respectée à 3% du PIB, serinée par les médias comme 3% tout court, alors qu’il ne s’agit que de limiter l’augmentation de nos dépenses à 3% par an sans se soucier de savoir comment payer). Les entreprises accordent des délais de paiement, les particuliers utilisent leurs cartes de crédit pour jouir tout de suite et payer plus tard. Et surtout les banques créent des torrents d’argent par la double écriture (mise à disposition au passif et récupération éventuelle à l’actif, récupération rachetable par la banque centrale). Prêter contre rémunération de l’argent que l’on crée soi-même permet aux banques de se croire très à l’aise. Comme on peut le lire dans Les Echos « BNP Paribas, Société Générale et Natixis comptent une centaine de banquiers s’étant vu attribuer une rémunération supérieure à un million d’euros au titre de 2017 en France ».

Cette folie généralisée, cette création de monnaie qui s’appelait encore inflation il y a 50 ans à la mort du chanoine Kir, député-maire de Dijon, n’a plus de nom aujourd’hui pour ne pas être remarquée. On a inversé le sens du mot inflation pour faire disparaître son vrai sens. Alors qu’il était l’inflation de l’argent, de la monnaie qui enflait, il est devenu aujourd’hui la hausse des prix qui n’est pourtant que la conséquence naturelle de la véritable inflation, celle de la monnaie. Pour faire oublier la cause, on ne montre que la conséquence. Il ne faut plus dire « J’ai mal à la tête », il faut dire « J’ai de l’aspirine ». C’est plus discret et moins dérangeant.

Pour faire croire que cette folie était intelligente dans ce monde où tout s’inverse, on a réussi à mettre dans les esprits que créer sans limite de la monnaie est une création de richesses puisque l’on mesure maintenant la richesse par notre capacité à dépenser. L’INSEE nous apprend même que le PIB, somme de toutes nos dépenses, publiques et privées, intelligentes ou stupides, est notre Produit Intérieur Brut, une prétendue ressource dont nous pourrions grignoter des pourcentages pour tout résoudre. Les médias  en font la mesure d’une création annuelle de richesses et on en fait même une référence. C’est l’ordonnée que personne ne regarde, des courbes qui sont censées nous convaincre. L’Union européenne, dans son immense intelligence coutumière, nous rappelle même que les dépenses criminelles comme la prostitution ou l’achat de stupéfiants doivent être comptabilisées dans le PIB créateur de richesses. Quand le PIB ralentit de 0,3 % au 1er trimestre 2018, Les Echos explique que cette « perte de dynamisme tient à la vigueur moindre des investissements ». On ne dépense pas assez.

De bons esprits viennent expliquer que si quelqu’un dépense, quelqu’un d’autre encaisse, et que les entreprises fabriquent de la valeur ajoutée, cette richesse que nous nous partageons. Quelle erreur ! Si les entreprises encaissent en effet plus qu’elles ne payent, elles ne font que répartir l’argent de leurs clients plus ou moins arbitrairement entre leurs fournisseurs, leurs salariés, leurs actionnaires et la collectivité sous forme de charges, de taxes et d’impôts. Il suffit donc de distribuer de l’argent aux clients pour faire croire que les productions des entreprises sont des richesses. On y vient avec les augmentations de salaires, les emprunts et demain, le revenu universel et la monnaie hélicoptère que Mario Draghi, patron de la Banque Centrale Européenne, trouve « intéressante ». Cela s’appelle la société de consommation qui n’est qu’une société de l’apparence.

La réalité est que la monnaie n’est comme l’électricité qu’un véhicule d’énergie et qu’à force de se croire intelligents nous avons oublié que la source de la monnaie est l’énergie humaine. Nous avons déconnecté notre énergie de la monnaie, transformant nos monnaies en fausses monnaies.

D’un côté notre énergie, peu utilisée pour l’effort, s’évacue maintenant par le sport qui a oublié son étymologie de desport ou déport, simple amusement en français du siècle des Lumières. Et de l’autre nous utilisons de la fausse monnaie pour acheter ce que nous ne fabriquons plus. Nous achetons même avec de la fausse monnaie notre dépense personnelle d’énergie au travers des sports d’hiver et des salles de sport quand nous ne la sous-traitons pas par le sponsoring. La dette s’accumule car il faudra bien qu’une véritable énergie vienne prendre la place de cette fausse énergie.

Pour qu’acheter soit possible, pour que le privé augmente les salaires et que le public subventionne, embauche et dépense, tout le monde emprunte. On a inventé la monnaie-dette en ne cherchant surtout pas à savoir à qui on devrait rembourser puisque la monnaie est créée à partir d’une simple volonté politique. Il suffit de se dire que nous allons créer des richesses pour rembourser, et donc dépenser encore davantage en créant toujours plus de monnaie-dette. Fin 2017 la dette mondiale était de 237.000 milliards de dollars (192.000 milliards d’euros, 32.000 € par habitant de la Terre, du bébé au vieillard grabataire). Rien que la dette publique française augmente de 100.000 € toutes les 43 secondes et les dettes privées sont beaucoup plus importantes que les dettes publiques.

L’addition du dogme du PIB «dépenser pour se croire riche» et de la facilité du «dépenser puisqu’on est riche» fait que tout est centré sur la recherche d’argent. Le désir d’argent avec un minimum d’effort devient le premier moteur totalement malsain de la vie qui fonctionne à plein pour les puissants. Il ne faut parait-il que des « moyens » et nous les avons. Le peuple lui, doit restreindre chaque année davantage son niveau de vie avec la douce musique sédative qu’on va le lui augmenter.

Se passe alors ce que nous constatons tous les jours, une fracture entre le peuple qui n’a pas accès à l’emprunt et la classe dirigeante qui y a accès. L’inconscient collectif sait que le système financier va exploser et que la monnaie ne vaut objectivement rien. Il sait que le jour de l’explosion, ceux qui auront de l’argent ou une rente perdront tout, les retraités pour survivre, devront vendre leurs biens dans un marché qui s’effondrera par manque d’acheteurs. En même temps ceux qui posséderont les biens en s’étant endettés, ne perdront que leurs dettes.

Cette fracture est tellement traumatisante que nous avons du mal à l’analyser calmement. Soit nous la nions façon « cela a toujours été comme ça », soit nous en profitons en nous endettant au maximum sans savoir si nous pourrons comme les puissants nous ré-endetter pour rembourser, soit nous vivons au jour le jour dans un déni de société, en attente des événements.

Dans tous les cas le mal-être s’installe car le système veut nous faire croire qu’il n’y a qu’une civilisation, la sienne, et qu’il faut être individuellement responsable des problèmes planétaires.

Même le pape s’y soumet. Il a fait publier le 21 août 2017 un texte sur les migrants précisant que leur « sécurité personnelle » passe « avant la sécurité nationale».

« Tout immigré qui frappe à notre porte est une occasion de rencontre avec Jésus-Christ, qui s’identifie à l’étranger de toute époque accueilli ou rejeté…. Notre réponse commune pourrait s’articuler autour de quatre verbes fondés sur les principes de la doctrine de l’Église : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer sont, comme rejeter, des verbes actifs qui présupposent l’existence d’un sujet qui les anime. En ne privilégiant pas la sécurité nationale, le pape François choisit comme sujet de ces verbes l’individu ou la globalité de la catholicité (universalité en grec). Il se range délibérément ou inconsciemment dans le camp des puissants qui ne pensent qu’initiative personnelle et mondialisme. Il dédaigne les nations intermédiaires, sans renoncer pour autant à ses propres intermédiaires, les diocèses, même si les paroisses se regroupent par manque de prêtres. Il se range dans une sous-catégorie particulière qui vit à la fois dans le rêve de l’universalité tout en étant dans un ailleurs mental impossible où cette universalité se ferait naturellement et en douceur. L’islam ne fait pas cette erreur.

Nous verrons dans un prochain billet comment l’oubli de l’origine humaine de la monnaie détruit les perspectives, tente de réduire le travail à une fête dont nous l’excluons, et rend l’effort quotidien sans attrait et déconnecté de la vie. Nous ferons le lien avec notre enfermement dans l’immédiateté, dans la facilité du moment et dans l’inversion des valeurs. Nous verrons comment la machine la plus extraordinairement performante et la moins coûteuse, en fabrication comme en entretien et en remise en état, la machine fabuleuse qu’est l’être humain, s’est laissée banaliser et indifférencier par des idéologies décadentes. Nous verrons comment l’incompréhension de la monnaie et la peur de la mort nous en a fait préférer la longévité très coûteuse au renouvellement bon marché et nous a fait croire, en inversant tout, aux vertus magiques et très provisoires du « gratuit », de la recherche médicale, de l’innovation et de l’intelligence artificielle. La classe politico-médiatique se nourrit de ces chimères qui n’existent pourtant que par la fausse monnaie.

Mais puisque nous somme le 1er mai, gloire au travail ! Notre civilisation n’est pas du tout morte, elle est simplement malade de nos peurs.

Le désir de vendre et le désir d’acheter

Les désirs d’acheter et de vendre sont inhérents à la nature humaine. Le désir de vendre est généré par le désir de faire du profit, de transformer quelque chose que nous aimerions être reconnue comme une richesse, un bien, un service ou notre propre temps, en une vraie richesse reconnue qu’est la monnaie. Ce désir part d’une estimation de ce que l’on aimerait vendre et il génère la recherche d’un acheteur ayant la même estimation. Cela est vrai pour tout ce que l’on veut vendre, que ce soit soi-même en cherchant du travail, un objet trouvé, acheté ou fabriqué, ou un service que nous nous sentons capables de rendre.

Le désir d’acheter est généré, lui, par l’attrait du plaisir, par le contentement que nous éprouvons à consommer ou à posséder.

Si ces désirs bien naturels ne sont pas réfrénés, on en arrive à la blague de Jacques Attali qui, selon lui au début et à la fin de sa narration, «résume bien l’escroquerie des théories économiques de ce qui se passe aujourd’hui dans le système financier moderne». Voici sa blague dans laquelle le choix des prénoms est évidemment aléatoire.

C’est Schlomo qui téléphone à David en lui disant « Ecoute j’ai une affaire formidable à te proposer. J’ai un camion de pantalons et les pantalons valent un dollar. Tu les veux ? Formidable ! ». David prend les pantalons, téléphone à Jonathan « Ecoute, j’ai une affaire formidable pour toi, un camion de pantalons à 2 dollars. Tu les veux ? Formidable ». Jonathan téléphone à Saül, lui propose 3 dollars, l’histoire continue jusqu’à un moment où Moshe téléphone à Christian et lui dit « J’ai une affaire formidable pour toi, des pantalons à 49 dollars ». « Ah ! 49 dollars ? Formidable ! ». Il les prend. Le lendemain Christian téléphone à Moshe : « Ecoute, tu es vraiment un escroc ». « Comment je suis un escroc ? ». « Mais si ! Tu m’as vendu 49 dollars des pantalons immettables ». « Qu’est-ce que tu racontes ? ». « Tu sais très bien. J’ai ouvert le camion. Il y avait des pantalons qui n’avaient qu’une jambe. Qu’est-ce que tu veux que je fasse avec des pantalons qui n’ont qu’une jambe. Personne ne met des pantalons qui n’ont qu’une jambe ! ». « T’as rien compris, ce n’est pas fait pour mettre mais pour acheter… pour vendre… pour acheter… pour vendre.

L’escroquerie inévitable, générée par les désirs effrénés de vendre et d’acheter, a normalement dans toutes les civilisations le frein naturel de l’échange. Cet échange c’est le troc avec l’étranger que l’on ne connait pas et qui nécessite l’échange des avoirs. Et c’est l’échange avec la monnaie quand elle est encore comprise comme un véhicule d’énergie humaine à l’intérieur d’un groupe donné cohérent, d’un « oïkos ».

Mais depuis le 15 août 1971, depuis que Nixon a rompu l’équilibre fragile et déjà sans avenir de Bretton Woods de 1944, l’échange se fait avec une monnaie qui n’a aucune valeur réelle. Les expériences précédentes de Law sous la Régence ou des assignats sous la Révolution avaient encore le support de la compagnie du Mississipi pour Law et des biens de la noblesse et du clergé pour les assignats. Mais nos monnaies actuelles ne sont plus fondées que sur la confiance, exactement comme les emprunts russes de 1888 à 1914.

Mais le système de Law n’a duré que 4 ans entre 1716 et 1720, les assignats, 8 ans de 1789 à 1797, les monnaies actuelles attendent depuis 47 ans l’événement qui officialisera leur absence de valeur comme la révolution russe a montré l’absence de valeur des emprunts du même nom. C’est ce qui permet à la dette de monter sans fin partout dans le monde puisqu’elle est libellée en une monnaie qui ne vaut rien.

Les manuels d’histoire expliqueront que le système de Law a permis au Régent de faire payer au Français les dettes de Louis XIV, que les assignats ont permis aux classes moyennes de récupérer les biens du clergé et de la noblesse et que les monnaies de la deuxième partie du XXe siècle et du premier quart du XXIsiècle ont permis à une nouvelle et fausse noblesse d’argent de récupérer les biens des classes moyennes tout en clamant que le droit à la propriété est sacré.

Les cryptomonnaies nouvel eldorado des spéculateurs

Une cryptomonnaie n’est pas une monnaie mais une marchandise virtuelle rare qu’un « mineur » peut extraire d’une mine virtuelle dans laquelle il travaille en faisant tourner le système, Pour ne prendre que le bitcoin sa valeur repose sur sa limitation arbitraire à 21 millions et sur l’énergie exponentielle nécessaire à sa création.

Il en existe déjà plus de 17 millions et pour continuer à faire vivre le système de la blockchain il faut rémunérer les vérificateurs en les rémunérant par de nouveaux bitcoins. Ce travail en chambre n’étant pas fatigant, il est très recherché et donc tout naturellement de plus en plus réservé à ceux capables de payer leur place, et pas en bitcoins. On retrouve le principe des innombrables stagiaires qui doivent payer leur stage obligatoire.

Le mode de paiement est assez fin et est double, une première fois en investissement, une seconde fois en frais de fonctionnement.

Il faut d’abord se payer en vraie monnaie un ordinateur de plus en plus puissant pour être le premier à dépasser les obstacles qui départagent les candidats mineurs et qui mènent à la mine où l’on décroche le pompon, pardon ! les nouveaux bitcoins. Cette course, de moins en moins rémunérée (la rémunération est divisée grosso modo par deux tous les quatre ans), est donc de plus en plus rude et demande des ordinateurs de plus en plus puissants que l’on ne peut plus acheter qu’en se regroupant entre apprentis mineurs donc en divisant l’investissement mais aussi la rémunération à se partager.

Il faut ensuite payer en électricité et en vraie monnaie le fonctionnement des ordinateurs de plus en plus gigantesques indispensables à la course entre mineurs. De bonnes âmes ont fait le calcul et trouvé que la consommation du système bitcoin correspondait grossièrement à la consommation électrique de l’Irlande avec son très beau PIB (!). Tout cela évidemment payé par les apprentis mineurs.

Le principe de ce travail rémunéré, facile et donc alléchant, est que son coût augmente exponentiellement en vraie monnaie pour un résultat de plus en plus faible en bitcoins. La valeur artificielle du bitcoin monte donc naturellement et exponentiellement, ce qui ravit les nigauds.

Mais que va-t-il se passer au fur et à mesure que l’on va se rapprocher de la limite fondamentale des 21 millions de bitcoins, ce qui se rapproche bien évidemment puisque nous avons dépassé les 17 millions ?

Je ne vois que deux réponses possibles qui toutes deux amènent à l’interdiction du bitcoin et donc à une valeur identique à celle de l’emprunt russe du tsar Nicolas.

Soit la limite de 21 millions est dogmatiquement maintenue et nous irons tout droit à la révolte des mineurs qui auront de plus en plus investi et de plus en plus payé pour un résultat de moins en moins rentable. Et dans ce cas les vérifications se feront mal ou plus et l’État interviendra pour protéger les dindons de la farce, mineurs et utilisateurs.

Soit la limite des 21 millions disparaît comme par enchantement et nous entrerons subrepticement dans ce qui s’appellera dans l’histoire, le système de Bitcoin comme on parle du système de Ponzi où toute la valeur objective des bitcoins ne reposera plus que sur les dépenses indispensables et croissantes pour en obtenir de nouveaux. Seule la dépense des mineurs permettra de croire à la valeur de cette monnaie virtuelle. Et quand seuls les tenants d’un système monétaire s’activent et en fabriquent pour y croire, on retombe dans le système de Law ou dans les assignats dont nous connaissons l’issue. L’État interviendra d’abord pour en profiter, ensuite pour en constater la mort.

L’aventure du bitcoin nous apprend tout de même la force de l’informatique dans les cryptomonnaies où les particuliers, même en se regroupant ne pourront gagner face aux pouvoirs des nations. Mais si une multinationale comme IBM crée sa cryptomonnaie comme elle envisage très sérieusement de le faire, ce sera alors un combat de titans entre IBM et les États d’où sortira la fin du capitalisme ou la fin des nations. Je prends le risque d’annoncer la fin du capitalisme et le retour aux espaces cohérents.

Le protectionnisme s’oppose-t-il vraiment au libre échange ?

La doxa libérale a réussi le coup fantastique de faire croire que le protectionnisme s’oppose au libre-échange et qu’à la limite il est synonyme d’autarcie, ce qui est évidemment impossible si la communication n’est pas bridée comme en Corée du Nord. Or aucune personne honnête et réaliste n’a évidemment envie de brider la communication à l’époque d’internet.

Ce qui ne va pourtant pas dans ce que les libéraux appellent le libre-échange c’est tout simplement que ce n’est pas un échange ou plus exactement qu’un des termes de l’échange est de la monnaie dont on a oublié qu’elle ne devrait être qu’un véhicule d’énergie humaine alors qu’elle ne l’est plus. On la fabrique aujourd’hui à qui mieux mieux partout et à tout instant, ce qui rend l’échange parfaitement malhonnête en permettant à une toute petite minorité d’échanger ensuite à son tour la monnaie perçue contre des biens ou des services palpables. L’observation que la monnaie est en fait de la fausse monnaie en n’étant alimentée par aucun travail humain, fait qu’il n’y a aucun véritable échange mais qu’il y a en revanche une véritable escroquerie. Le libre- échange n’est en réalité que la libre-escroquerie qui s’habille pour être présentable. C’est ainsi que le Régent a remboursé les dettes faramineuses laissée par Louis XIV grâce au système de Law. C’est ainsi qu’à la révolution française, grâce aux assignats, la bourgeoisie a récupéré sans grands frais les biens détenus jusqu’alors par la noblesse et le clergé. C’est ainsi qu’aujourd’hui et depuis le 15 août 1971, depuis que nous avons à nouveau un papier-monnaie sans aucun lien avec le travail humain, un petit groupe s’enrichit sur l’appauvrissement des peuples en s’habillant du libéralisme et du libre-échange.

Nous devons retrouver le bon sens et de vrais échanges libres en distinguant l’échange des êtres, de l’échange des avoirs. L’échange des êtres se fait à l’intérieur des groupes qui sont cohérents par le but qu’ils se sont donné. Je les appelle des oïkos et ils sont une famille, un village, une tribu ou une équipe quelle soit militaire, sportive, ouvrière ou laborieuse dès l’instant où il y a un but commun. L’échange des avoirs, c’est-à-dire le troc, se fait lui avec les autres oïkos avec lesquels il n’y a a priori aucune cohérence,et aucun but réellement commun. Nous avons complètement oublié que la racine grecque de l’économie est oïkos nomos, « la coutume du groupe cohérent ». Cette coutume a toujours été de n’échanger des marchandises avec des étrangers que contre d’autres marchandises. C’est ce que le bon sens de l’ONU primitif avait fait en réunissant en 1947 à La Havane tout ses membres pour créer l’OIC par la complètement oubliée Charte de La Havane. Cette Charte rendait obligatoire l’évidence de l’équilibre des paiements entre des oïkos différents, des nations  différentes. L’OMC de Genève foule aux pieds cette évidence sous les applaudissements de tous les imbéciles. L’euro doit monter pour équilibrer la balance commerciale allemande mais il doit baisser pour équilibrer la nôtre et celles de beaucoup d’autres pays européens. Le résultat, qu’on le veuille ou non, est que l’Allemagne est en train de réussir provisoirement ce qu’Hitler avait raté : asservir l’Europe.

Sur cette confusion permanente institutionnalisée entre l’échange des avoirs et l’échange des êtres, vient se greffer l’incompréhension de ce qu’est la monnaie, simple véhicule de l’énergie humaine d’un groupe humain donné. De ce bourbier intellectuel sort l’Union européenne qui impose la libre circulation des monnaies transformant le libre-échange en libre-escroquerie puisque l’on paye en assignats l’énergie des autres, celle qu’ils ont comme les Arabes ou celle qu’ils sont comme les Chinois. Les deux s’empressent pour transformer les assignats reçus en immeubles parisiens ou en vignobles bordelais avec la bénédiction de nos dirigeants qui croient avoir tout compris en remportant des élections qui ne sont plus que le résultat des humeurs de la foule façon pogrom ou lynchage.

Les peuples occidentaux ont envie de croire aux rêves qui les arrangent. Ils en mourront si personne ne les réveille. A bon entendeur ….