Reparlons de la richesse, de la dette et de la croissance

J’ai fait au Sénat le 21 novembre une intervention dans le cadre d’un colloque organisé par l’association Démocraties sur le thème « La fin d’un monde, pas la fin du monde ». Je mets mon intervention sur le blog pour ceux que cela intéresserait.

On m’a proposé comme titre de mon intervention « Croissance, dette, richesse, des problèmes sans solution ». J’ai accepté avec plaisir car, pour reprendre Einstein, « un problème sans solution est un problème mal posé ».

Que croissance, dette et richesse soient toutes les trois des problèmes ne surprendra personne puisque les médias et les Politiques nous expliquent tout par la croissance trop faible, ou par la dette trop forte, ou encore par la mauvaise répartition d’une richesse pourtant apparemment si abondante. Les solutions sont parait-il connues : plus de croissance, moins de dette et une meilleure répartition de la richesse nationale, et tout marchera mieux ! Chacun constate malheureusement que ces solutions sont inaccessibles et qu’au contraire la croissance diminue, la dette augmente et la richesse est de plus en plus discriminatoire. Bref les solutions ne résolvent pas le problème et au contraire elles n’arrêtent pas de le compliquer. Le problème doit donc être mal posé et je vais vous soumettre une autre approche.

Tout part de la richesse qui d’après les Politiques, les médias et les banques est produite chaque année au niveau national comme au niveau mondial. Dans un rapport sorti en octobre 2013 le Crédit Suisse nous a appris que « la richesse mondiale a plus que doublé depuis 2000, atteignant un nouveau record historique de 241 000 milliards de dollars ». Quelle merveille ! Et quelle honte ce serait puisque cet enrichissement de 120 000 milliards de dollars en 12 ans devrait par une distribution équitable et généreuse, apporter près de 1500 dollars par an à chacun des 7 milliards de Terriens !

Ce qui est intéressant, ce n’est pas la sottise du rapport de la banque suisse mais notre propre formatage qui a permis aux médias de diffuser ce rapport sans en être dérangés, et à nous tous de croire à la création de richesse.

Certes Dieu a fait tomber la manne et les cailles pendant les 40 ans de pérégrination des Hébreux dans le désert. Mais je n’ai pas la foi assez chevillée au corps pour croire qu’il continue à le faire à ce niveau et en dollars. Essayons de comprendre notre folie.

Tout d’abord on raconte que les entreprises créent de la richesse. Est-ce aussi évident ? Ce qui est sûr c’est que les entreprises distribuent de la richesse à leurs salariés par les salaires, à leurs actionnaires par les dividendes et à la collectivité par les taxes, les impôts et les cotisations. Mais comment les entreprises possèdent-elles la richesse qu’elles distribuent ?

C’est ce que la comptabilité appelle la valeur ajoutée. C’est ce qui est vendu aux clients moins ce qui a été acheté à l’extérieur pour fabriquer ce bien ou ce service. La difficulté est que ce bien ou ce service n’est une richesse que s’il trouve acheteur. S’il n’y a pas d’acheteur, ce bien ou ce service n’est pour l’instant qu’un embarras qu’il va falloir stocker à grand frais, voire même un déchet qu’il va falloir jeter en tentant de ne pas trop polluer. La science économique n’a jamais étudié la différence entre une richesse, un encombrant et un déchet. C’est de la philosophie et ce n’est pas le point fort de la science économique qui ne sait que chiffrer. Pour elle toute production est une richesse alors que les antiquaires, les brocanteurs ou autres ferrailleurs ont tous bien compris que les encombrements ou les déchets des uns sont souvent les richesses des autres. La richesse n’est qu’un regard qui dépend de chacun et qui varie dans le temps et dans l’espace. La science économique est aphone sur ce point essentiel car un regard ne se chiffre pas.

C’est la mathématique qui nous apprend que les valeurs ajoutées cumulées de toutes les entreprises sont égales au centime près à la somme de toutes les consommations. En effet en ajoutant aux valeurs ajoutées comme aux consommations, les achats cumulés de toutes les entreprises, on obtient dans les deux cas le chiffre d’affaire cumulé de toutes les entreprises. Ce qui veut dire que la richesse distribuée en monnaie par les entreprises n’existe que si des clients sont venus s’appauvrir en monnaie pour s’enrichir en nature (en volume dit l’INSEE). Dans une boulangerie par exemple, le client s’enrichit en pain et s’appauvrit en argent pendant que le boulanger s’enrichit en argent et s’appauvrit en pain. Dans une entreprise le client vient s’enrichir en nature et s’appauvrir en monnaie pour que l’entreprise enrichisse en monnaie les salariés, les actionnaires et la collectivité. Il n’y a pas création de richesse dans les entreprises, il y a transfert de richesse. Transfert par l’activité de l’entreprise, de la richesse du client vers le salarié, l’actionnaire et la collectivité.

Mais alors qu’est-ce que le PIB, le Produit Intérieur Brut, que les Politiques et les médias nous présentent comme la création annuelle de richesse ? Qu’est-ce que la croissance qui doit augmenter le PIB et apporter l’emploi que tout le monde attend ? Ce n’est malheureusement que le chiffrage du transfert de richesse par l’appauvrissement en monnaie des clients vers l’enrichissement en monnaie des salariés, des actionnaires et de la collectivité. Ce n’est qu’une mesure de l’activité des entreprises et l’on comprendra mieux pourquoi l’INSEE à 3 façons différentes de calculer le PIB. Observons ces trois manières en analysant l’activité d’un marché de village avec ses exposants qui veulent s’appauvrir en volume pour s’enrichir en monnaie, et ses clients qui veulent s’appauvrir en monnaie pour s’enrichir en volume.

  1. On peut faire la somme de toutes les transactions effectuées sur le marché et ce sera le PIB par la dépense dit l’INSEE et cela devrait d’ailleurs suffire car c’est très simple mais peu présentable comme une production.
  2. On peut aussi additionner tout ce qui a été dépensé par les acheteurs et on obtiendra le même PIB mais par la distribution dit l’INSEE.
  3. On peut encore voir, en volume dit l’INSEE, toutes les marchandises qui ont été vendues par les maraichers et les forains, les carottes, les poissons, les ceintures, les chiffrer au prix du marché et l’INSEE appelle ce résultat le PIB par la valeur ajoutée, évidemment identique aux deux autres.

Où est la création de richesses ? Nulle part ! Nous ne sommes que dans la distribution, toujours annoncée en euros mais comptée soit en volume par la valeur ajoutée, soit en euro par la dépense ou la distribution. Nous sommes dans le chiffrage de la dépense effectuée. Le PIB chiffre la dépense effectuée. Plus on dépense, plus on fait de la croissance, ce qui met dans un grand embarras les Politiques qui veulent à la fois dépenser moins pour ne pas augmenter la dette et dépenser plus pour faire de la croissance. La droite veut dépenser moins pour pouvoir dépenser plus et la gauche veut dépenser plus pour pouvoir dépenser moins.

Il est pourtant vrai que l’activité des marchés montrait clairement la prospérité de la Province dans les grandes foires médiévales du XIIIème siècle. Mais à l’époque pendant les 50 semaines qui séparaient une foire de la suivante, les hommes travaillaient pour produire et étaient rémunérés pour leur travail. Ils avaient de quoi acheter et de quoi vendre. L’activité de la foire, son PIB, était un vrai constat de création de richesses, fondée sur le travail des hommes. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui car par démagogie on nous a fait croire que nous pouvions nous enrichir de notre part de PIB, que nous pouvions profiter sans être utile aux autres, que nous pouvions consommer plus en travaillant moins. Nous nous sommes laissés séduire tellement c’était agréable à entendre ; nous nous sommes précipités pour le croire et pour cela nous avons utilisé les facilités apparentes des prêts bancaires pour pouvoir acheter et du libre-échange pour être capables de vendre moins cher.

En ce qui concerne les prêts, jusqu’au XXème siècle il n’y avait que des prêts sur gages aux puissants qui se remboursaient soit par l’abandon du gage soit par l’appauvrissement de leurs vassaux car les puissants s’appauvrissaient rarement eux-mêmes. Pour les rares prêts à des personnes moins fortunées, le remboursement était gagé sur l’emprunteur lui-même qui était réduit en esclavage pour payer de sa sueur ce qu’il n’avait pu payer de sa poche.

Mais depuis le XXème siècle on prête à tout le monde en fondant les remboursements sur l’illusoire création de richesses futures. On prête au consommateur qui peut donc acheter, se croire riche et bien voter.

En ce qui concerne le libre-échange tout est fondé sur l’avantage comparatif de Ricardo qui expliquait qu’entre l’Espagne et l’Angleterre, il valait mieux faire tout le vin en Espagne et tous les draps en Angleterre plutôt que de tout faire chacun pour soi. Malheureusement l’avantage comparatif n’est vrai qu’entre pays ayant la même culture et le même niveau de vie. Inutile de dire combien il est faux sur un plan planétaire et comment il génère des réactions violentes chez ceux qui veulent garder leur culture et ne pas se soumettre à la nôtre. Au sortir de la 2ème guerre mondiale, le bon sens tenant provisoirement la corde, l’ONU convoqua à La Havane une « conférence internationale sur le commerce et l’emploi en vue de favoriser le développement de la production, des échanges et de la consommation des marchandises ». Le but était de créer l’« Organisation Internationale du Commerce », l’OIC. Le 24 mars 1948 la Charte de La Havane fut signée par 54 pays dont les Etats Unis, la France et l’Angleterre. Cette charte prévoyait l’équilibre des relations commerciales entre pays, des importations au même niveau que les exportations et une balance des paiements équilibrée. Mais, en dépit de l’insistance pendant 2 ans du Président Truman, le congrès américain ne ratifia jamais cet accord et l’on accoucha à Genève hors de l’ONU, de l’OMC qui a les principes rigoureusement inverses de ceux de la Charte de la Havane. L’OMC prône la liberté du renard dans le poulailler et en nous croyant renard nous nous retrouvons poule. Nous importons beaucoup plus que nous exportons et notre balance commerciale depuis la création de l’OMC en 1995 est passée de 16 milliards d’euros d’excédent (105 milliards en francs) à 70 milliards d’euros de déficit.

En clair, à force d’emprunter au lieu de travailler, et à force d’importer au lieu de produire, la machine se grippe et les seuls emplois que nous créons sont des emplois qui doivent faire tourner la machine tout de même : des emplois de publicitaires, de commerciaux, de conseils, de formateurs, pour activer artificiellement un marché où les acheteurs comme les marchandises à vendre se font rares. On invente le marketing olfactif ou sensoriel, les psychologues pour commerciaux dépressifs. Les agences de publicité, fort couteuses, rivalisent de ruse pour que nous nous appauvrissions ou que nous empruntions afin que la machine tourne.

Ce qui est grave c’est que nous raisonnons comme si c’était l’activité du marché, le PIB, qui était la création de richesses et pour l’activer on va donner de l’argent aux acheteurs par l’emprunt, c’est la politique de la demande chère à certains, et on va trouver des marchandises à vendre par l’importation, c’est la politique de l’offre chère à d’autres. On va réussir à avoir un marché apparemment florissant mais il va falloir, une fois les lampions éteints, payer deux fois : une fois pour payer les importations et une autre fois pour rembourser l’emprunt, ce qui bien évidemment freine une activité insensée. On appelle ce frein, la crise.

Ce qui complique encore, c’est l’absence de vraie réflexion sur la monnaie. Je rappelle que la monnaie comme le monument a comme étymologie moneo qui est en grec la forme causative de la racine men de mnêmosunê, la mémoire. La cause du monument comme de la monnaie est de se souvenir. Au début de tout groupe est un lien social, une raison d’être ensemble, et, à l’intérieur de ce lien social, un échange des êtres, un don de soi et un accueil des autres. Mais lorsque le groupe devient trop important, le chef du groupe, se sentant incapable de surveiller la réalité de l’apport de chacun, invente la monnaie. La monnaie est en effet la mémoire du travail passé des membres du groupe. Pour ce faire, le pouvoir choisit une matière recherchée, pérenne, rare, divisible et transportable comme de petits coquillages peu communs, du sel ou plus tard, du bronze, du cuivre, de l’argent ou de l’or. Il en donne à chacun suivant son apport passé, les biens et les services sont alors chiffrés et l’impression de troc qui s’ensuit force les paresseux à se rendre utile. La monnaie devient l’énergie commune, l’énergie sociale. Elle est stockage collectif des énergies humaines individuelles. Elle ne peut augmenter que par la procréation ou par la réalisation de biens reconnus comme utiles par le groupe. Sans cela c’est de la fausse monnaie qui s’autodétruit par la dévaluation et la hausse des prix.

Nous pouvons maintenant formuler le problème qui se présente à nous :

Grâce à l’emprunt les individus s’enrichissent en jouissant tout de suite de leur voiture ou de leur appartement et en remboursant l’emprunt grâce à leurs appointements.

La variable d’ajustement, ce sont les entreprises qui distribuent avec régularité une richesse aléatoire qu’elles ne possèdent que si leurs clients achètent. Or ces clients achètent de plus en plus avec de la fausse monnaie puisque la monnaie en circulation n’est plus du tout de l’énergie humaine stockée mais une monnaie créée par tout le monde depuis les années 70. Les Etats créent de la monnaie avec leurs budgets déficitaires, les entreprises créent de la monnaie avec les délais de paiement, les individus créent de la monnaie avec la carte de crédit à débit différé et surtout les banques créent de la monnaie avec la double écriture. Il est loin le temps où l’on exécutait les faux-monnayeurs par ébouillantage. Aujourd’hui nous sommes tous des faux-monnayeurs et l’on nous félicite de faire encore tourner la machine. Mais le problème reste. L’enrichissement de l’individu est payé par l’appauvrissement des entreprises qui cachent légalement cet appauvrissement grâce à la comptabilité. La loi permet en effet de présenter des bilans en diminuant les vraies dettes par le hors-bilan et en augmentant artificiellement l’actif. Il suffit de liquider une entreprise pour voir l’étendue du problème. L’actif est souvent divisé par 10 et le passif doublé.

Les lois se multiplient pour permettre aux entreprises de se décharger d’une partie de leur appauvrissement sur leurs fournisseurs et sur l’Etat qui lui-même continue à s’appauvrir volontairement avec ses budgets déficitaires et ses larges distributions souvent électoralistes qui font pâlir d’envie puis attirent tant d’habitants de la Terre. Le bon sens le rattrapant, l’Etat est obligé de demander perpétuellement au contribuable d’alléger son fardeau.

Mais à tous les niveaux il ne s’agit que d’allègements partiels. Pour séduire l’électeur, pour lui permettre de s’enrichir et pour faire tenir encore un moment un système impossible, les appauvrissements nécessaires s’accumulent sur les entreprises, sur l’Etat et sur les contribuables. Nous avons un système redistributif qui redistribue plus que ce qu’il génère. Ce système est explosif car il juxtapose une demande croissante et omniprésente de moyens et une pression fiscale également croissante

Voilà le vrai problème et il est loin d’être simple. La facilité serait de ne pas s’attaquer à la racine et de ne traiter que les conséquences. Si l’on ne veut pas que ce soit la grande violence qui nous remette les yeux en face des trous, il faut nous mettre au travail pour que l’analyse s’affine et devienne majoritaire. Mais s’attaquer à la racine demande humilité, courage et discernement. Humilité d’admettre qu’il n’y a création de richesse que si quelqu’un s’appauvrit pour reconnaitre cette richesse. Courage de dire que le système bancaire actuel est fondé sur le mythe de la création de richesse qui va rembourser les emprunts. Discernement pour comprendre que nous sommes actuellement tous complices de cet adorable et très provisoire Eldorado.

Après ce colloque je réalise que je sépare mes contemporains en deux groupes. Il y a celui qui rassemble tous ceux qui ont compris que l’énergie fabrique mais que l’enrichissement n’existe généralement que si un appauvrissement identique existe dans le même temps. Avec ceux-là je veux travailler. Et puis il y a l’autre groupe qui croit à la création annuelle de richesse par le PIB et qui est aujourd’hui majoritaire. Avec celui-là nous devons expliquer inlassablement et répondre à toutes leurs questions.

« La vertu du regard éloigné » (Lévy-Strauss)

Il faut sans doute, une bonne fois pour toutes, comprendre la complicité objective qui lie les peuples et leurs dirigeants dans la fuite en avant drapée dans le mot démocratie qui n’est qu’un achat fort coûteux par les puissants de l’affect des peuples. Les peuples ne comprennent évidemment rien à la comédie générale qui leur est proposée, ils en pressentent la duperie mais jouissent pour la plupart en occident d’une vie facile à laquelle ils n’ont guère envie de renoncer.

Cette complicité empêche de voir la simplicité du problème et le coût abominable des multiples paravents que nous mettons nous-mêmes en place pour ne pas nous laisser pour l’instant déranger par la réalité. Car si la réalité du problème est simple, la réalité de la solution est vertigineuse et apeure tout le monde.

Les paravents sont éducatifs quand on fait croire que l’accumulation de connaissance génère le discernement. Ils sont politiques quand on arrive à faire croire que l’avis majoritaire de la foule définit l’intelligence. Ils sont économiques quand on prétend qu’il existe des cycles et que tout repart toujours, alors que seule la guerre est cyclique quand elle devient la seule capable de remettre les yeux en face des trous.

L’un des pires paravents économiques est la fausse croyance que nous créons des richesses à nous partager et que le PIB mesure une production alors qu’il ne mesure qu’une activité sans différencier l’activité saine de l’agitation malsaine. Les diatribes actuelles entre d’un côté les pays comme l’Angleterre ou l’Espagne qui mettent la prostitution et la drogue dans le PIB et qui sont soutenus en France par le sénateur Philippe Marini, président de la commission des finances, et de l’autre l’INSEE qui continue à vouloir faire croire que le PIB est une production et qu’on ne peut y intégrer « l’immoral », ces diatribes montrent bien l’étendue du faux débat. Tout le monde sait que le PIB et la croissance ne mesurent que l’activité et qu’ils ne se soucient ni de l’origine de ce qui est vendu, ni de l’origine des fonds qui ont permis l’achat. La prostitution comme la drogue, les accidents de voiture ou les marées noires font évidemment techniquement de la croissance. Ce qui est stupide ce n’est pas de faire le lien entre la croissance et l’emploi mais de faire croire que la croissance enrichit et permet l’emploi alors qu’elle se paye et que l’unanimité est totale pour ne pas se demander qui paye.

Nous ne pouvons consommer que ce que notre travail nous rapporte s’il est reconnu utile par le groupe. Ce que nous produisons n’est richesse que si c’est acheté par quelqu’un qui en a envie et qui a de quoi l’acheter. Si personne n’en a envie ou si le client potentiel n’a pas de quoi payer, la production n’est plus richesse mais encombrement ou déchet. Cette évidence simple est très dérangeante car elle limite notre consommation et nous force à nous bousculer. Elle est totalement anti électorale car elle évalue notre consommation à l’aune de notre utilité réelle. Et comment évaluer notre utilité réelle dans un groupe dont nous ne savons plus ni la taille, ni le lien, ni même s’il existe encore ?

Alors pour ne surtout pas regarder la réalité en face et continuer à flatter l’électeur qui ne peut payer sa consommation, on tente de faire payer les autres et de faire payer le futur.

Faire payer les autres, c’est la balance commerciale excédentaire. Chacun la veut dans ce mondialisme qui vante la liberté des renards dans les poulaillers. Chacun se croit renard et beaucoup se retrouvent poules. C’est notre cas où à force de vouloir faire payer les autres, nous payons en plus pour les autres. Nous devons retrouver le bon sens que la dernière guerre nous avait réintroduit par le Conseil National de la Résistance et par la charte de La Havane que l’ONU avait préparée mais que les USA n’ont pas ratifiée après l’avoir pourtant signée. La Charte de La Havane confirmait qu’on ne fait pas payer les autres et que les balances commerciales ne peuvent être ni excédentaires ni déficitaires.

Faire payer le futur c’est l’emprunt. Il est pourtant par définition irremboursable puisqu’il n’y a création de richesse que si elle est consommée et qu’elle ne peut donc servir une deuxième fois à rembourser un emprunt. La démonstration mathématique que la somme de toutes les valeurs ajoutées de toutes les entreprises n’est égale qu’à la somme de toutes les consommations, est prudemment mise sous le boisseau pour ne pas déranger. Un emprunt remboursé est forcément un appauvrissement créé quelque part. Si l’on n’arrive pas à faire provisoirement payer les autres comme le fait l’Allemagne, l’appauvrissement s’accumule dans les entreprises avec les conséquences que l’on constate et que les puissants appellent la crise.

La guerre remet les yeux en face des trous et quand elle se termine, le bon sens reprend provisoirement le dessus. Ne pourrions-nous pas, pour remettre les yeux en face des trous, donner sa chance à notre intelligence et éviter les drames de la guerre ?

Et si nous arrêtions de tout fonder sur l’esclavage !

Jacques Chirac a décrété que le 10 mai serait dorénavant la journée annuelle de commémoration de l’abolition de l’esclavage. Depuis, de Nicolas Sarkozy à François Hollande, chacun se la joue grave pour couper quelques fleurs  à déposer avant ou après un discours lénifiant sur le crime contre l’humanité qu’est l’esclavage.

La difficulté vient de ce que les mêmes, avec leur hésitation perpétuelle entre la politique de l’offre et celle de la demande, réintroduisent non pas un mais deux esclavages particulièrement pernicieux.

Pour comprendre, il faut d’abord s’extraire du formatage dans lequel les économistes et commentateurs de tous poils nous ont enfermés. Il faut arrêter de confondre production et activité. La production est complexe car elle nécessite de l’argent et du travail et débouche souvent sur la création de richesses mais aussi, dans beaucoup de cas, sur une accumulation d’inutilités ou de déchets, bref sur un échec. Que d’argent dépensé en publicité pour faire croire au bon peuple que des inutilités sont des richesses et qu’il doit s’appauvrir pour faire tourner la machine. Autant l’antiquaire, le brocanteur et le ferrailleur sont utiles en mettant en contact  ceux qui veulent se débarrasser de leur vieilleries et ceux qui voient des richesses dans ces vieilleries, autant il est dérangeant de dépenser énormément d’argent en publicité pour faire croire aux plus fragiles que des déchets sont des richesses. Mais là nous touchons les vrais problèmes de production que les économistes n’étudient même pas.

Il est tellement plus simple de ne s’intéresser qu’à l’activité en l’appelant « production ». Formons une chaîne humaine tout autour de la terre et faisons circuler une pomme en l’achetant à un voisin pour la revendre au même prix à l’autre voisin. Au fur et à mesure de la circulation de la pomme, les économistes nous disent que le PIB croit et que nous faisons de la croissance. C’est comme cela que le PIB mondial explose. Les plus sots disent que nous nous enrichissons, les plus rusés disent que ce n’est certes pas la panacée mais qu’au moins ça dit quelque chose. On se demande bien quoi.

Pour visualiser le décalage entre les économistes et la vie, il est sûrement utile de reprendre l’image du marché sur les trottoirs de nos villes. On y retrouve les trois façons qu’a l’INSEE de calculer la même chose, l’activité du marché, son PIB : l’activité par la dépense (la somme de toutes les transactions), l’activité par la distribution (la somme de tout ce qui y est dépensé), l’activité par la « valeur ajoutée » (la somme de toutes les marchandises vendues chiffrées au prix du marché précédent).

Ne s’intéresser qu’à l’activité en l’appelant production fait se moquer éperdument, et de l’origine des marchandises vendues, et de l’origine de l’argent des acheteurs. Cela fait le même PIB et si l’activité augmente, cela fera de la croissance et on appellera ça mensongèrement des créations de richesses. D’où vient ce qui est à vendre ? Et d’où vient l’argent pour l’acheter ? Ce sont deux questions qui n’intéressent pas les sachants du moment qui calculent le PIB.

Ce refus de regarder a plusieurs conséquences.

La première est de limiter de plus en plus l’emploi à la distribution, au commerce et aux conseils. L’accumulation de chercheurs de fiches de paye entraîne la baisse des rémunérations et les auto entreprises forcées où le smic n’existe plus. Les puissants parleront d’augmentation de la productivité. Les faibles constateront leur précarité croissante.

La seconde conséquence est de pousser l’emprunt pour que les acheteurs potentiels aient de quoi payer. Cette politique de la demande, c’est l’esclavage dans le temps fondé sur l’idée fausse de futures créations de richesses qui rembourseront l’emprunt. Une richesse n’est créée que si elle est achetée car la richesse n’est qu’un regard et si elle n’est pas achetée, elle est embarras voire déchet. Elle ne peut servir deux fois. La richesse change de main pour prouver qu’elle est richesse et l’argent gagné par le boulanger a été perdu par l’acheteur de pain. Le pain est richesse s’il permet de faire circuler l’argent et s’il est consommé. Il ne crée pas d’argent, il le fait circuler et on ne voit pas avec quoi on va rembourser l’emprunt si ce n’est avec l’appauvrissement de quelqu’un. C’est cet esclavage dans le temps qui a de toute éternité été condamné par toutes les sagesses et par toutes les religions du monde et sur lequel nous avons pourtant fondé notre économie.

La troisième conséquence est de trouver n’importe où de quoi vendre. Comme nous fabriquons trop cher avec notre fiscalité et nos avantages acquis, nous réinventons par le libre échange, l’esclavage dans l’espace suffisamment loin pour ne pas en être dérangés. Notre balance commerciale est de plus en plus déficitaire et notre activité, notre PIB, non seulement n’est pas une création de richesse mais doit être payé deux fois, une fois pour rembourser l’emprunt des acheteurs, une fois pour payer l’importation des vendeurs. Le coût de cette société de l’apparence est gigantesque et comme personne ne veut le payer cela grince  et ce grincement s’appelle la crise. Laissons les « subprimes » de côté et prenons un miroir pour comprendre le problème. Tant que les « experts », les « professeurs » et l’INSEE prendrons l’agitation et le PIB pour de la production, nous ne sortirons pas de la crise.

Plutôt que de se contorsionner dans des simagrées Taubiresques sur le bonheur de l’abolition de l’esclavage, nous pourrions  arrêter réellement l’esclavage dans le temps, comprendre que tout prêt à intérêt est un impôt et ne laisser la possibilité de prêter qu’à des banques nationalisées qui auront des directives précises pour ne prêter à intérêt, donc lever l’impôt, qu’en direction de la production et pas de la consommation.

Nous pourrions arrêter l’esclavage dans l’espace en créant une vraie concurrence libre et non faussée en faisant payer à la frontière le poids fiscal et social d’une fabrication en France. Cette décision de bon sens redonnerait aux Français la chance de travailler et remettrait à leur place tous les Pascal Lamy encensés par le système et totalement incapables de combiner leur joie de se dire socialiste et l’obligation de leur mauvais raisonnement de faire payer le peuple par une augmentation perpétuelle de la productivité. Sa discussion avec Marine Le Pen dans le Challenge n°390 du 22 mai 2014 est dramatiquement éclairante. Tout tient dans ses phrases « C’est le principe de l’ouverture des échanges qui apporte plus de croissance à tout le monde » (c’est la pomme qui circule) et nous paierons nos dettes « quand nous aurons retrouvé de la croissance ». Il nous refait le coup de l’enrichissement par la circulation et on le prend au sérieux !!! Ce qui est dramatique c’est qu’il y croit lui-même cet HEC, énarque, ex commissaire européen et ex patron de l’OMC, disponible aux dires de certains pour prendre éventuellement les rênes de la France.

Tout va très bien Madame la Marquise…

En cette fin d’année 2012 réjouissons-nous d’avoir des dirigeants, toutes tendances confondues qui « réforment pour redresser » en évitant soigneusement l’horreur absolue qu’est le protectionnisme qui nous ferait inéluctablement retourner « aux heures les plus sombres de notre Histoire ». Leur quasi-unanimité fait plaisir à voir et force à la réflexion. Et si le libre-échange était la solution ? Et si c’étaient eux les bons médecins ? Ils sont tous d’accord !

Tournons-nous vers la science médicale.

On peut ouvrir grand les fenêtres de la chambre d’un malade par grand froid pour vérifier que seuls les plus robustes s’en sortent. On peut aussi fermer les fenêtres et s’intéresser à la santé du malade en examinant l’air qu’il respire, la nourriture qu’il mange et tout ce qu’il boit, pour chercher ensuite à comprendre ce qui le rend malade et faire ce qu’il faut pour le guérir.

Ce qui est incompréhensible c’est d’ouvrir les fenêtres en faisant rentrer le vent glacial tout en se lamentant sur la dégradation de la santé de ce pauvre malade ! Pour arriver à cette contradiction aberrante il faut cumuler la faiblesse du malade qui se laisse faire, la crédulité de son entourage qui croit bien faire et la folie du praticien qui par bêtise, suffisance ou cynisme, fait croire que ce n’est pas contradictoire et que c’est même indispensable.

Quand le malade se sent de plus en plus faible et qu’il ne peut même plus se lever pour fermer la fenêtre, il se replie sur lui-même, remonte sa couverture, cherche à se convaincre que le praticien sait ce qu’il fait ou que l’été va arriver tout en se préparant à l’inéluctable. Il ne cherche même plus à convaincre son entourage de ne plus suivre aveuglément les conseils du praticien. Il n’a plus la force de les réveiller. Il a pourtant essayé mais on lui a envoyé les infirmiers. Sa peur se transforme en haine, haine de soi ou haine des autres, puis en désir de violence contre lui ou contre l’entourage. Il est en attente permanente de sa propre déflagration.

L’entourage lui, est inquiet. On lui a fait croire que fermer la fenêtre, c’était être agressif vis-à-vis des voisins, et que la vie en commun avec eux était bénéfique, moderne, inscrite à la fois dans le beau, le bien, le vrai, le juste, le pur et le riche. On lui a expliqué que la science ordonnait d’ouvrir les fenêtres et que les fermer s’appelait le protectionnisme et avait généré Adolf Hitler. Comme il comprend mal la logorrhée mais s’en laisse impressionner, l’entourage laisse faire le praticien tout en constatant que les voisins sont plus en train de creuser des tranchées que d’ouvrir les bras. Il se dit qu’il n’y connait rien alors que le praticien est compétent, choisi par la famille et assez crédible quand il explique l’accroissement du nombre de morts par une épidémie qu’on n’avait pas connu depuis 1929. Au fond de lui-même l’entourage n’y croit pas mais les medias le font tellement saliver sur les prochains combats entre les marrons et les gris, sur le sensationnel et le spectaculaire, qu’il fait semblant d’y croire en s’évadant dans le prochain tirage du loto et dans les vies intimes volées aux étoiles tombées du ciel. Et tant pis pour le malade. C’est vrai qu’avec une telle épidémie, on n’y pouvait pas grand-chose ! De profundis.

Mais tout cela ne pourrait exister sans le praticien, sans celui que l’on a caricaturé, un sac de riz sur l’épaule et qui a tout appris à l’Ecole Nationale d’Anesthésie. Il a appris à se faire aimer, à se faire admirer, à se faire choisir et à se faire retenir. On lui a dit qu’il avait été distingué parce qu’il savait déjà tout et qu’on allait donc simplement lui apprendre à le faire savoir. Bien sûr « plaire ou conduire, il faut choisir » mais comme il savait déjà naturellement conduire, il suffisait de lui apprendre à plaire. Il lui fallait rapidement séduire les medias pour avoir la fidélité des familles. La maladie devait être ce dont il devait parler mais en pensant clientèle. Il ne devait jamais oublier de se constituer sa clientèle familiale en se souvenant que pour les Latins famulus comme cliens voulaient dire serviteur et qu’une clientela était à Rome un ensemble de personnes soumises ou dépendantes. On lui a aussi appris que pour retenir durablement sa clientèle il fallait agir sur trois niveaux.

Le premier niveau est de fragiliser la clientèle en la séparant de sa raison pour ne la motiver que par ses besoins et ses sentiments. Tout pour le cœur et le ventre, rien pour le cerveau. Pour cela une instruction que l’on métamorphose discrètement en éducation tout en veillant à négliger toujours l’expérience et le discernement qui risqueraient d’harmoniser les patients. Faire croire qu’une accumulation de connaissances suffit à fabriquer des hommes debout est essentiel à la survie du système. Il faut retarder au maximum la confrontation au réel et garder le plus longtemps possible la future clientèle dans cette chrysalide du formatage. Il ne doit pas y avoir de service national et un accompagnement de flatteries pédolâtres est conseillé pour la réussite de cet amollissement obligatoire.

Le deuxième niveau est de se rendre indispensable par la création d’une science qui affirme qu’ouvrir les fenêtres des chambres de malades surtout quand il gèle, mène à la guérison toujours annoncée et jamais advenue. Tout le monde croit cette science car elle est fondée sur deux principes éternels : celui des médecins de Molière et celui des habits neufs de l’empereur d’Andersen. Le premier affirme :  « Ossanbabdus, nequer, potarinum, quipsa, milus. Voilà justement ce qui fait que votre fille est muette ». Le second rappelle que seuls les sots ne comprennent pas. Les deux principes, une fois aussi intimement liés qu’un politique et une journaliste, font que tout le monde croit cette science dite « économique » sans doute parce qu’elle permet d’économiser le discernement.

Le troisième niveau est la pérennisation du système par le développement de la séduction et de la maîtrise déjà initiées aux niveaux précédents.

Pour la maîtrise, le corps des infirmiers est là pour inverser ce que tout parent apprend dès leur plus jeune âge à ses enfants : « Dépêche-toi ! » et « Fais attention ! ». Les infirmiers sont recrutés pour que soient punis ceux qui s’obstinent à ne pas comprendre que la vitesse est un défaut. Ils sont là aussi pour rendre inutile l’attention et la vigilance puisque du matériel est scellé (garde-fous plots, chaînes) pour qu’il soit physiquement impossible de faire ce que les praticiens ont décrété dangereux. On ressort le lit à barreaux pour une clientèle adulte déjà inscrite comme futurs malades récalcitrants.

Pour la séduction il ne faut pas lésiner car il faut accepter de payer très cher ceux qui sont capables de faire croire que cela va aller mieux quand tout va de plus en plus mal et qui surtout, sont capables d’expliquer quand cela va encore plus mal, que nous voyons enfin le bout du tunnel. Ils savent convaincre que le PIB, la croissance et la valeur ajoutée sont des richesses quand ce ne sont en fait que des dépenses. Ces illusionnistes du bonheur sont irremplaçables car ils arrivent à faire croire à la clientèle que c’est elle qui décide par un jeu très amusant que les praticiens appellent la démocratie. Ce jeu consiste à dépenser ce qu’il faut pour convaincre la clientèle malade de plébisciter les praticiens entre 8 heures et 20 heures un jour précis, choisi plusieurs mois à l’avance, où la clientèle devra donner son avis. Peu importe les moyens à y mettre. La difficulté est de viser juste et que l’attirance sentimentale et la satisfaction des besoins dépassent très précisément ce jour-là le rejet que la raison imposerait si on la laissait se construire et s’exprimer. Il faut évidemment être très riche pour jouer à ce jeu qui est, de fait, toujours réservé aux mêmes praticiens et à ceux qu’ils cooptent. Il faut être très riche pour augmenter le nombre des infirmiers et augmenter les rémunérations des hommes de média. Or les praticiens se voient pauvres et ne peuvent sans déplaire demander trop directement beaucoup d’argent à leur clientèle. Les hommes de média ont donc expliqué à la clientèle qu’il était important pour elle que le niveau de vie des praticiens soit assuré et que la collectivité devait s’en charger. La collectivité paye donc les praticiens pour qu’ils paient les medias qui vont expliquer que les praticiens ont tout compris.

Mais ce n’est pas suffisant et le « faire croire » est hors de prix. Les praticiens ont donc décidé de protéger coûte que coûte le système financier créateur d’argent qui seul peut donner l’argent inexistant qui permettra de faire les dépenses de plus en plus importantes mais de plus en plus indispensables à la non explosion du système. On utilisera sans vergogne les trois niveaux pour que personne ne réalise que tout sera payé au bout du compte par la dévaluation et la hausse des prix c’est à dire par les épargnants et par les consommateurs. Les praticiens bénissent cet impôt privé qui leur assure leur avenir. Les seuls à ne pas y croire sont les hommes du système financier eux-mêmes qui savent que tout ne tient que par le double esclavage dans l’espace par le libre-échange et dans le temps par le prêt à intérêt et les échéances de fin de mois à perte de vue. Ils savent le pourcentage énorme d’actifs irrécupérables non provisionnés et ils ont tellement peur de la proximité de leur propre explosion qu’ils ne se prêtent même plus entre eux. Les praticiens ont compensé le double esclavage par une journée annuelle de condamnation sans appel de l’esclavage des gentils noirs par les vilains blancs. Ils retardent l’explosion des banques en offrant en garantie la fortune de leur clientèle. Mais personne n’y croit plus…sauf ceux que nous payons à nous y faire croire.

Tout va très bien, Madame la Marquise, tout va très bien, tout va très bien. Pourtant, il faut, il faut que l’on vous dise, on déplore un tout petit rien : un incident, une bêtise…

Un emplâtre sur une jambe de bois

A force de faire semblant, on sombre dans le ridicule le plus abouti. Le rapport Gallois prône une augmentation de la TVA et la baisse des charges sociales des entreprises. Partant de ce rapport le gouvernement Ayrault dans son « pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi » tourne déjà le dos aux promesses électorales de François Hollande et veut augmenter la TVA et réduire de 20 milliards d’euros la fiscalité sur les entreprises sans baisser les charges sociales pour ne pas augmenter, plus que de sa raison personnelle, le trou déjà béant de la sécurité sociale. Les écologistes s’étranglent, l’autre bord approuve et s’amuse de voir Jean-Marc Ayrault appliquer le programme de Sarkozy.

Les uns comme les autres ne font qu’augmenter l’impôt en réussissant à faire croire qu’ils le diminuent en le ressortant sous d’autres formes. Les charges sociales sont un impôt comme la TVA, la CSG et les radars sur les routes. Tout cela parce qu’on s’entête à croire que la croissance enrichit et que les deux seules questions sont « Comment la stimuler, la faire revenir, l’implorer et la retenir ? » et « Comment se partager équitablement cette manne laïque dans le désert des idées ? ».

Toute la classe dirigeante se perd en discussions profondes sur le meilleur remède entre le cautère, l’emplâtre ou le cataplasme, sans réaliser que le problème est la jambe de bois et non pas les simagrées d’illusionniste que chacun invente pour faire espérer que la jambe va prendre vie.

Le crédit d’impôt est un cautère, l’augmentation de la TVA est un emplâtre, la diminution des charges sociales est un des multiples cataplasmes qui tous, ne sont qu’augmentation ou diminution des prélèvements pour faire tomber la manne et donner l’illusion que la jambe de bois est vivante.

Hélas, trois fois hélas ! le dogme de l’église économique qui nous gouverne est faux. La croissance s’achète, pardon ! se finance, parce qu’elle n’est que dépense.

Lorsque l’INSEE écrit dans ses définitions que le PIB est un produit et donc que sa croissance enrichit, il utilise un tour de passe passe qu’il faut décortiquer.

Tout part de l’observation que si un client achète un kilo de tomates à un marchand, le marchand s’appauvrit en tomates et s’enrichit en argent pendant que le client s’appauvrit en argent mais s’enrichit en tomates. Le PIB étant la mesure, plus ou moins exacte, de l’argent en circulation, cette mesure peut se faire, comme le dit l’INSEE, en additionnant toutes les dépenses ou en additionnant à un moment donné tout ce qu’il y a dans les différentes mains, en additionnant les distributions. Mais comment faire croire que de l’argent circulant est une production que nous allons pouvoir nous partager ? Les économistes ont trouvé le truc : il n’y a qu’à parler en tomates. En achetant des tomates, je m’enrichis en tomates et bien que ce soit une dépense, je vais dire que ma femme s’est enrichie en soins dentaires, et mes amis se sont enrichis en voiture japonaise ou en téléviseur chinois. Nous avons fait de la croissance en nous enrichissant de tout cela et l’INSEE va pouvoir dire que le PIB est une production puisque nous avons produit des tomates, des soins dentaires, des voitures et des téléviseurs. Le génie de l’INSEE va être d’appeler « valeur en volume », la tomate et le téléviseur que j’ai maintenant entre les mains et de les chiffrer en euros « à prix courants » comme ils disent. Génial non ? Il va suffire maintenant de savoir qui paye mais cela s’appelle financer la croissance. Ne riez pas ! C’est ça le PIB que l’INSEE va additionner aux importations pour avoir nos ressources. On comprend mieux que ça coince forcément et que la crise était écrite depuis longtemps.

On va donc payer des milliers de fonctionnaires pour ne pas se contenter d’additionner simplement toutes nos dépenses ou toute la monnaie mise en circulation pour calculer le PIB, mais pour chiffrer les objets et les services que les acheteurs payent. C’est  pratiquement « mission impossible » car comment chiffrer ce qu’apporte un prêtre ou un fonctionnaire mais cela donne de l’emploi à des gens que l’on rémunère et, plus ils mettent de temps à chiffrer tout ça, plus cela coûte cher et plus cela fait de la croissance. L’INSEE va appeler cette « production », la « valeur ajoutée », « à prix courants et en volume ». Personne ne comprend mais on peut enfin dire que le PIB est un produit et que nous allons l’augmenter par la croissance et nous le distribuer ! On parle en volume et on additionne des tomates, des diagnostics, des voitures, des prières, des livres et des efficacités de fonctionnaires. Pour faire bonne mesure puisque l’on parle volume, on va faire de la croissance avec nos importations puisque cela va nous permettre de consommer, pendant que les Allemands font de la croissance avec leurs exportations. Mais si les Allemands s’enrichissent des euros qu’ils perçoivent, nous, nous nous enrichissons des produits asiatiques que nous achetons ! L’INSEE met en ressources les importations et le PIB. Il met en emplois nos dépenses et notre exportation.

Tout cela pour ne pas à avoir à dire au peuple que, s’il y a des inégalités honteuses dans la distribution de notre monnaie, nous vivons en moyenne au-dessus de nos moyens. La réelle pauvreté de certains est trop compensée par l’opulence scandaleuse de certains et par la vie trop dépensière de la majorité. A force d’attendre la manne laïque, nous avons oublié que seul le travail produit réellement des richesses et qu’à force de nous partager une pseudo richesse qui n’est que de l’argent emprunté nous rêvons d’un monde qui n’existe pas et auquel nous voulons tout de même croire. Mais qui veut réellement affronter ce problème ? Pas nous ! Nous sommes complices de nos dirigeants car nous n’avons pas envie de nous réveiller. Pas les Politiques ! Ils n’ont pas non plus envie de nous réveiller puisque nous devons bien voter le jour où nous sommes devant une urne et ils savent que le réveil sera douloureux. Et pour cela ils ont besoin de beaucoup d’argent et sauveront donc en premier le système financier qui les fait vivre. Pas les grandes entreprises ! Elles n’existent que par l’agitation économique et par la réduction de la durée de vie de ce qu’elles font produire. Pas les médias ! Ils ne vivent que par le financement des précédents.

Alors les impôts ne peuvent que monter car il faut payer, en décalage et tout est dans ce mot, la vie trop facile qu’en moyenne nous avons. En plus des impôts classiques on a inventé la dévaluation pour faire payer les épargnants et la hausse des prix pour faire payer les consommateurs. Aujourd’hui la classe dirigeante fait s’épanouir un nouvel impôt, la compétitivité qui est un mot inventé en 1960. Il faut fournir plus et d’une manière ou d’une autre travailler plus pour gagner moins; mais surtout ne pas le dire et combattre becs et ongles le protectionnisme qui nous mettrait en face de nous-mêmes et de nos contradictions. Il est pourtant totalement nécessaire  que nous réalisions la supercherie dans laquelle nous vivons mais c’est tellement difficile à accepter que nous préférons inconsciemment laisser venir, par lâcheté, le protectionnisme par sa voie royale : la guerre.