Un emplâtre sur une jambe de bois

A force de faire semblant, on sombre dans le ridicule le plus abouti. Le rapport Gallois prône une augmentation de la TVA et la baisse des charges sociales des entreprises. Partant de ce rapport le gouvernement Ayrault dans son « pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi » tourne déjà le dos aux promesses électorales de François Hollande et veut augmenter la TVA et réduire de 20 milliards d’euros la fiscalité sur les entreprises sans baisser les charges sociales pour ne pas augmenter, plus que de sa raison personnelle, le trou déjà béant de la sécurité sociale. Les écologistes s’étranglent, l’autre bord approuve et s’amuse de voir Jean-Marc Ayrault appliquer le programme de Sarkozy.

Les uns comme les autres ne font qu’augmenter l’impôt en réussissant à faire croire qu’ils le diminuent en le ressortant sous d’autres formes. Les charges sociales sont un impôt comme la TVA, la CSG et les radars sur les routes. Tout cela parce qu’on s’entête à croire que la croissance enrichit et que les deux seules questions sont « Comment la stimuler, la faire revenir, l’implorer et la retenir ? » et « Comment se partager équitablement cette manne laïque dans le désert des idées ? ».

Toute la classe dirigeante se perd en discussions profondes sur le meilleur remède entre le cautère, l’emplâtre ou le cataplasme, sans réaliser que le problème est la jambe de bois et non pas les simagrées d’illusionniste que chacun invente pour faire espérer que la jambe va prendre vie.

Le crédit d’impôt est un cautère, l’augmentation de la TVA est un emplâtre, la diminution des charges sociales est un des multiples cataplasmes qui tous, ne sont qu’augmentation ou diminution des prélèvements pour faire tomber la manne et donner l’illusion que la jambe de bois est vivante.

Hélas, trois fois hélas ! le dogme de l’église économique qui nous gouverne est faux. La croissance s’achète, pardon ! se finance, parce qu’elle n’est que dépense.

Lorsque l’INSEE écrit dans ses définitions que le PIB est un produit et donc que sa croissance enrichit, il utilise un tour de passe passe qu’il faut décortiquer.

Tout part de l’observation que si un client achète un kilo de tomates à un marchand, le marchand s’appauvrit en tomates et s’enrichit en argent pendant que le client s’appauvrit en argent mais s’enrichit en tomates. Le PIB étant la mesure, plus ou moins exacte, de l’argent en circulation, cette mesure peut se faire, comme le dit l’INSEE, en additionnant toutes les dépenses ou en additionnant à un moment donné tout ce qu’il y a dans les différentes mains, en additionnant les distributions. Mais comment faire croire que de l’argent circulant est une production que nous allons pouvoir nous partager ? Les économistes ont trouvé le truc : il n’y a qu’à parler en tomates. En achetant des tomates, je m’enrichis en tomates et bien que ce soit une dépense, je vais dire que ma femme s’est enrichie en soins dentaires, et mes amis se sont enrichis en voiture japonaise ou en téléviseur chinois. Nous avons fait de la croissance en nous enrichissant de tout cela et l’INSEE va pouvoir dire que le PIB est une production puisque nous avons produit des tomates, des soins dentaires, des voitures et des téléviseurs. Le génie de l’INSEE va être d’appeler « valeur en volume », la tomate et le téléviseur que j’ai maintenant entre les mains et de les chiffrer en euros « à prix courants » comme ils disent. Génial non ? Il va suffire maintenant de savoir qui paye mais cela s’appelle financer la croissance. Ne riez pas ! C’est ça le PIB que l’INSEE va additionner aux importations pour avoir nos ressources. On comprend mieux que ça coince forcément et que la crise était écrite depuis longtemps.

On va donc payer des milliers de fonctionnaires pour ne pas se contenter d’additionner simplement toutes nos dépenses ou toute la monnaie mise en circulation pour calculer le PIB, mais pour chiffrer les objets et les services que les acheteurs payent. C’est  pratiquement « mission impossible » car comment chiffrer ce qu’apporte un prêtre ou un fonctionnaire mais cela donne de l’emploi à des gens que l’on rémunère et, plus ils mettent de temps à chiffrer tout ça, plus cela coûte cher et plus cela fait de la croissance. L’INSEE va appeler cette « production », la « valeur ajoutée », « à prix courants et en volume ». Personne ne comprend mais on peut enfin dire que le PIB est un produit et que nous allons l’augmenter par la croissance et nous le distribuer ! On parle en volume et on additionne des tomates, des diagnostics, des voitures, des prières, des livres et des efficacités de fonctionnaires. Pour faire bonne mesure puisque l’on parle volume, on va faire de la croissance avec nos importations puisque cela va nous permettre de consommer, pendant que les Allemands font de la croissance avec leurs exportations. Mais si les Allemands s’enrichissent des euros qu’ils perçoivent, nous, nous nous enrichissons des produits asiatiques que nous achetons ! L’INSEE met en ressources les importations et le PIB. Il met en emplois nos dépenses et notre exportation.

Tout cela pour ne pas à avoir à dire au peuple que, s’il y a des inégalités honteuses dans la distribution de notre monnaie, nous vivons en moyenne au-dessus de nos moyens. La réelle pauvreté de certains est trop compensée par l’opulence scandaleuse de certains et par la vie trop dépensière de la majorité. A force d’attendre la manne laïque, nous avons oublié que seul le travail produit réellement des richesses et qu’à force de nous partager une pseudo richesse qui n’est que de l’argent emprunté nous rêvons d’un monde qui n’existe pas et auquel nous voulons tout de même croire. Mais qui veut réellement affronter ce problème ? Pas nous ! Nous sommes complices de nos dirigeants car nous n’avons pas envie de nous réveiller. Pas les Politiques ! Ils n’ont pas non plus envie de nous réveiller puisque nous devons bien voter le jour où nous sommes devant une urne et ils savent que le réveil sera douloureux. Et pour cela ils ont besoin de beaucoup d’argent et sauveront donc en premier le système financier qui les fait vivre. Pas les grandes entreprises ! Elles n’existent que par l’agitation économique et par la réduction de la durée de vie de ce qu’elles font produire. Pas les médias ! Ils ne vivent que par le financement des précédents.

Alors les impôts ne peuvent que monter car il faut payer, en décalage et tout est dans ce mot, la vie trop facile qu’en moyenne nous avons. En plus des impôts classiques on a inventé la dévaluation pour faire payer les épargnants et la hausse des prix pour faire payer les consommateurs. Aujourd’hui la classe dirigeante fait s’épanouir un nouvel impôt, la compétitivité qui est un mot inventé en 1960. Il faut fournir plus et d’une manière ou d’une autre travailler plus pour gagner moins; mais surtout ne pas le dire et combattre becs et ongles le protectionnisme qui nous mettrait en face de nous-mêmes et de nos contradictions. Il est pourtant totalement nécessaire  que nous réalisions la supercherie dans laquelle nous vivons mais c’est tellement difficile à accepter que nous préférons inconsciemment laisser venir, par lâcheté, le protectionnisme par sa voie royale : la guerre.

 

6 réflexions au sujet de « Un emplâtre sur une jambe de bois »

  1. Bonjour,
    Que se passerait-il concrètement d’après vous si l’activité de 50% des fonctionnaires basculait dans le secteur privé et si les autres 50% étaient remerciés de leurs intenses services et se trouvaient orientés vers Pôle Emploi ?
    Merci,
    Aym.

    • La peur n’évitant pas le danger, je pense qu’il est plus judicieux d’employer le présent que le conditionnel.
      Nous ne pouvons continuer à vivre indéfiniment au-dessus de nos moyens.
      Nos dirigeants pensent pouvoir nous leurrer et faire payer leur incompétence ( plutôt leur lâcheté) par les générations futures.
      Je ne pense pas qu’elles l’accepteront sans heurts.

    • Votre question est très intéressante car l’INSEE calcule la « valeur ajoutée » d’une entreprise privée en enlevant à son chiffre d’affaires tout ce qui est acheté à l’extérieur pour réaliser son chiffre et que l’on appelle les consommations intermédiaires. Ce qui veut dire que pour une entreprise privée, d’après l’INSEE, les salaires n’influent pas sur le PIB puisque le PIB serait la somme des valeurs ajoutées et que les salaires ne sont ni du chiffre d’affaires ni un achat externe de biens et de services. En revanche comme l’INSEE est aussi incapable que nous tous, de chiffrer la valeur ajoutée de l’administration, il considère que l’administration rapporte ce qu’elle coute et que ses salaires comme toutes ses autres dépenses sont donc dans sa valeur ajoutée.
      Autrement dit augmentez les fonctionnaires en nombre ou en salaires et vous faites de la croissance mais augmentez les salariés du secteur privé, la croissance ne bouge pas.
      Si vous envoyez 50% des fonctionnaires dans le secteur privé, le PIB s’effondre. Si vous embauchez des fonctionnaires comme Hollande veut le faire, cela fait une formidable croissance. Et pourtant Sarkozy qui voulait aller chercher la croissance avec les dents, y était farouchement opposé.
      Dépenser plus pour dépenser moins ou dépenser moins pour dépenser plus c’est la question fondamentale que la classe politique se pose ! Je n’arrive pas à savoir s’ils n’y comprennent rien ou s’ils nous prennent pour des imbéciles.

  2. Cher Aym,

    Vous venez de gagner une grève générale avec 100% de fonctionnaires mécontents. !!! Et le droit de ne surtout pas être élu si toutefois vous envisagiez, non sans témérité, de vous présenter à une élection.
    Dans ce cas, je vous invite à aller essayer les nouveaux modèles de gilets pare-balles… N’oubliez pas le casque kevlar, très utile… 😉

  3. Mon Cher Marc,
    Une fois de plus ta démonstration est remarquable. Voici quelques remarques :
    Dans toute société qui prône le partage, l’assistance aux plus démunis, la sécurité sans laquelle tout débat d’idée est vain, l’impôt est un mal nécessaire. Je le reconnais cependant, le train de vie de l’État est trop dispendieux. Le véritable débat que nous n’avons pas en France devrait porter sur le niveau de cette dépense commune en fixant les véritables priorités.
    Mais tout le monde tire à hue et à dia, à qui mieux mieux en aura le plus pour ses pauvres et autres nobles causes. De fait, le politique souhaitant satisfaire les bas instincts du peuple, il ne fait et ne peut faire dans un tel contexte, que de la surenchère à la dépense.
    Cette dépense, malheureusement, n’est pas financée par le travail mais des emprunts nouveaux à ceux qui travaillent : Les chinois, les brésiliens…
    Quand la bise fut venue…
    Pire, l’impôt confisque trop à ceux qui peuvent se désolidariser de cette société qui ne leur ressemble plus et qui, de surcroit, les met à l’index, les fustige de gagner trop.
    Il n’y aura bientôt plus que des malheureux et des aigris dans notre beau pays, climat tout à fait propice à la guerre civile et à la recherche systématique de boucs émissaires.

    Bien à toi,
    Fabrice

    • Je suis bien d’accord sur le fait que l’impôt est nécessaire pour que l’Etat fasse ce qu’il doit faire.
      Mais je me révolte contre l’impôt privé qui est le prêt à intérêt et qui est payé par la dévaluation, la hausse des prix et la compétitivité au seul profit des banques. Seule une banque d’Etat devrait pouvoir prêter à intérêt c’est-à-dire lever l’impôt.
      Je me révolte aussi contre la bêtise d’appeler croissance l’augmentation de nos dépenses et de faire croire à la Terre entière que plus on dépense, plus on est riche. Une telle bêtise attire comme le miel attire les guêpes.

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