Concurrence ou coopération

La concurrence est partout. Tout n’est que concours et compétitivité. La fête planétaire des jeux olympiques célèbre maintenant tous les deux ans la compétition après s’être contentée de le faire tous les 4 ans pendant 70 ans. L’Office Mondial du Commerce genevois (OMC) a définitivement enterré l’Office International du Commerce onusien (OIC) et sa charte de La Havane. Un site libéral comme Contrepoints ressort sous la plume de sa rédaction le 11 février 2018, la traduction d’un article américain  intitulé« Olympics Put Value of Competition on Display » et qu’il avait déjà fait paraître en août 2012 sous la traduction très tendancieuse de « Jeux olympiques : célébration des vertus de la concurrence » avec comme chapeau :

L’économie fonctionne de la même façon qu’une compétition olympique. La concurrence tend à rendre tout le monde meilleur. Et aucune entreprise ni aucun pays ne peuvent maintenir un avantage indéfiniment.

Son dernier paragraphe mérite d’être recopié dans son intégralité :

Dans son livre The World America Made, Robet Kagan écrit que dans les années 1950, il y avait à peu près 1 milliard de personnes riches et 5 milliards de pauvres. « Dès le début du XXI siècle, 4 milliards de ces pauvres ont commencé à sortir de la pauvreté », écrit-il. « Cette période de prospérité globale a bénéficié à un grand nombre de pauvres et a permis l’émergence de puissances économiques comme la Chine, le Brésil, la Turquie, l’Inde ou l’Afrique du Sud dans des parties du monde qui avant cela ne connaissaient surtout que la pauvreté. » Dit autrement, le reste du monde nous rattrape économiquement, et cela améliore les vies de milliards d’individus.

Cette dernière phrase résume une double erreur. D’abord l’éternelle idée colonialiste que nous sommes les premiers, le phare de l’humanité, et que les autres doivent être félicités et sanctifiés pour la seule chose que nous leur donnons le droit de faire, nous rattraper. Qu’ils soient sous-développés, en voie de développement ou « à vocation d’émergence », c’est toujours nous qui éclairons l’univers. Devons-nous vraiment nous conformer à cette vanité américaine alors que nos économies, la leur comme la nôtre, sont au bord de l’explosion ?

Ensuite cette confusion extraordinaire entre l’amélioration de la vie et l’augmentation des dépenses puisque la pauvreté n’est définie chez les bien-pensants que par l’absence de dépenses. Sortir de la pauvreté c’est dépenser. Cette confusion perverse entre la richesse et la monnaie inonde les médias et les esprits alors que la richesse n’est qu’un regard et que la monnaie n’est qu’un véhicule. Devons-nous continuer à négliger ce que transporte la monnaie et à dogmatiser ce qui est vu comme une richesse ?

Ne faut-il pas retrouver la limite entre la concurrence et la coopération, la limite de ce que j’appelle l’oïkos, la maison en grec, à l’intérieur de laquelle seule la coopération est une qualité et la compétition un défaut ? C’est à l’extérieur de l’oïkos que la coopération et la compétition s’analysent au cas par cas, les valeurs n’étant pas forcément les mêmes. La compétition mène à la guerre, chacun étant sûr de son bon droit. Seules la coopération et l’indifférence mènent à la paix. Les médias nous ayant interdit l’indifférence, il ne nous reste que la coopération pour éviter la guerre.

Mais qu’est-ce que la coopération puisque l’on ne nous parle que de compétitivité ? La coopération c’est ce que toutes les familles, tous les villages, toutes les tribus, toutes les nations connaissaient depuis toujours et que les libre-échangistes ont réinventé comme l’eau chaude en l’appelant du terme abscons d’ « avantage comparatif » en le prétendant inventé par David Ricardo il y a seulement deux siècles. De quoi s’agit-il ? Simplement de l’évidence que dans un groupe cohérent, ce que j’appelle l’oïkos, les individus les plus limités sont toujours appelés à apporter, là où ils sont les meilleurs et même les moins bons, leur pierre à l’édifice. Aurait-il fallu attendre Ricardo et ses laudateurs pour que l’idiot du village et l’enfant attardé soient intégrés, qui à son village, qui à sa famille ? Si l’ « avantage comparatif » était mis en application depuis toujours, c’est parce qu’il y avait un but commun, des valeurs communes, une vraie cohérence qui soudait la famille ou le village et qui obligeait à intégrer les plus faibles.

Et c’est là où la perversité du libre-échange se dévoile en dépit malheureusement d’une honnêteté intellectuelle chez beaucoup de ses adeptes. Cette coopération intelligente, cette cohérence, ne tiennent qu’à l’intérieur d’un oïkos d’individus qui ont les mêmes valeurs, et qui ont donc une même civilisation et un but commun. Ce qui explique l’horreur du mondialisme actuel qui veut imposer un seul oïkos à toute la Terre, une seule civilisation, celle déclinante de l’occident qui a décidé de s’imposer à toute la Terre avec la création d’un but commun assigné : éradiquer la misère selon sa définition de la misère. Il suffit de définir la misère comme l’absence de dépense et la prospérité comme les dépenses permanentes pour faire croire à la générosité et à l’altruisme de gens qui dans la réalité, consciemment ou inconsciemment, veulent se construire un eldorado personnel fondé sur les trois esclavages du mondialisme, de la dette et de l’immigration.

Qui ne voit que c’est la guerre assurée avec les civilisations qui ne veulent pas disparaître comme l’islam. Cette guerre aura pour nos adversaires l’appui des peuples dont la civilisation n’est réputée intéressante par la globalisation que dans les médias ou dans les musées.

La sagesse des religions nous incite pourtant à respecter les différents oïkos. C’est le mythe biblique de la tour de Babel que l’islam curieusement réduit à la folie de deux hommes et non à la folie d’un peuple, peut-être parce qu’il se veut aussi mondialiste.

Ne pouvant plus défendre mes idées sur le site de Contrepoints puisque j’en ai été banni, j’invite mes lecteurs à leur communiquer l’existence de cet article. J’accueillerai avec grand plaisir leurs commentaires que je m’engage à reproduire in extenso.

La responsabilité écrasante des élites

Le chômage baisse, la croissance revient, nous voyons le bout du tunnel. Ces mensonges éhontés, étayés par des chiffres fabriqués, relayés par des médias leur appartenant, ne sont là que pour convaincre le bon peuple que les élites travaillent pour son bien.

Dans la réalité, quand elles sont dans l’opposition, elles pointent tout ce qui va mal tout en n’en faisant que des fausses analyses. Quand elles sont au pouvoir, elles s’agitent et se montrent, en expliquant qu’il leur faut du temps et en appliquant à la lettre par un usage immodéré des sondages la phrase du maréchal de Saxe « Je suis leur chef, il faut bien que je les suive ». Et quand elles sont dans ce que l’on appelle la société civile, par acceptation inconsciente de l’application par les politiques entre eux de l’ordre militaire « Je ne veux voir qu’une tête », nos élites ne pensent qu’à leurs petites personnes en se moquant éperdument de l’intérêt collectif.

Depuis deux siècles, à partir d’un siècle des Lumières dévoyé et d’une révolution qui a permis à la bourgeoisie d’accaparer les biens de la noblesse et du clergé, certes acquis bizarrement, et pour cela, de prendre le pouvoir, nous détruisons systématiquement par étapes notre civilisation.

Le XIXe siècle a méprisé l’individu comme cela a parfaitement été montré par Zola et expliqué en 1891 par le pape Léon XIII dans son encyclique Rerum Novarum : « Les travailleurs isolés et sans défense se sont vu, avec le temps, livrés à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d’une concurrence effrénée. Une usure dévorante est venue accroître encore le mal ». Faut-il rappeler que la concurrence et la compétitivité étaient déjà les ennemies de la coopération et que l’usure était le nom du prêt à intérêt avant de n’en devenir très curieusement que l’excès, la rendant par là-même acceptable ?

Le XXe siècle a tenté de tuer la spiritualité par ses trois matérialismes, fascisme, communisme et capitalisme dont le dernier, seul rescapé du siècle, fanfaronne en un pathétique chant du cygne qui inonde la Terre entière de son venin destructeur. L’homme occidental ne sait plus réagir à ce qui le dépasse si ce n’est par l’oubli dans la consommation suivant le vieux principe de l’ivrogne.

Le XXIe siècle est en train d’achever le travail en tuant systématiquement tous les groupes par une survalorisation grotesque de l’individu qui se prend pour un dieu au lieu de reconnaître qu’il n’est qu’un animal social qui n’existe pas sans le groupe. Ne sachant déjà plus réagir à ce qui le dépasse, ayant abandonné l’exclusion définitive des asociaux volontaires, l’homme occidental perd la solidarité comme la coopération, en oublie même de se reproduire et  se contente de geindre en attendant des élites la réalisation des promesses électoralistes aussi ridicules qu’intenables.

Tout cela ne tient provisoirement que par l’adoration béate et obscurantiste de trois veaux d’or et par trois esclavages qui font le travail évidemment indispensable. Les trois veaux d’or sont la croissance économique, la démocratie et la formation tout au long de la vie qui n’est qu’un essai raté d’avance, de formatage à l’impossible. Quant au trois esclavages, ils ratissent large pour permettre à l’homme occidental de se croire un dieu qui va profiter de la vie et non la réaliser. Le mondialisme ratisse l’espace, la dette ratisse le temps et l’immigration comble les derniers trous ici et maintenant.

 Si la guerre arrête en un instant l’adoration des veaux d’or comme le recours à l’esclavage, ne pourrions-nous pas, si nous nous intéressons réellement aux autres, faire appel à notre bon sens pour éviter à nos enfants les horreurs de la barbarie ? Ne faut-il pas commencer par comprendre que les esclavages ne cesseront que lorsque nous auront renversé simultanément les veaux d’or ?

Est-il impensable de faire prendre conscience que la création de richesses n’est qu’un mythe qui fausse tous nos raisonnements et qui est à la base de toutes nos erreurs ? Nos entreprises ne font que faire circuler l’argent en faisant alimenter le circuit par leurs clients. Nos banques ne font que fabriquer de l’argent pour nous faire croire que  nos entreprises créent des richesses et que ce ne sont pas les esclavages qui sont à la manœuvre. Tout cela, pour que nous trouvions nos élites intelligentes et efficaces et que nous les élisions puisqu’elles nous convainquent que nous n’avons jamais été aussi riches.

Est-il inaudible de dire que la démocratie n’a de sens que si les votants ont tous compris que risque et responsabilité sont les deux facettes d’une même réalité et qu’elle n’est envisageable qu’au travers du poids de la responsabilité qu’engendre le tirage au sort ou au travers de l’effort du permis de voter ? Sans ce poids ou sans cet effort, nous laissons le pouvoir à la veulerie aguichante de l’ « en même temps » macronien et de la superposition contradictoire attalienne de sa démocratie où l’homme est tout et du marché ou l’homme n’est rien.

Est-il impossible de retrouver ce que toutes les civilisations savent et que la nôtre a perdu ? L’éducation est avant tout fondée sur l’expérience, l’instruction étant réservée au petit nombre capable de la digérer, à son rythme et au rythme de la collectivité. Nous gaspillons en argent et en hommes une énergie considérable à tenter sans succès de faire croire qu’un formatage des êtres en fera des individus responsables. Alors que la nature nous indique que l’âge adulte commence à la puberté, nous créons, depuis que notre civilisation se décompose, le déséquilibre de l’adolescence en formatant, avec leur complicité exigée, des « adulescents » à vie, des adolescents dans des corps d’adultes dont on va simplement travailler l’affect par les médias pour qu’ils votent bien et surtout, qu’ils ne croient pas un instant qu’ils pourront renverser la table.

Nos élites ont quitté la vie collective pour n’être que dans la survie collective et dans leur vie personnelle. Pour ne pas affronter les problèmes, ils résolvent les contradictions en en créant de nouvelles encore plus complexes. Tous ne se battent que pour imposer l’espace qui leur convient et dans lequel ils pensent pouvoir plaire. Pour Macron c’est l’Europe, pour l’UPR c’est la France, pour les nationalistes corses, c’est la région. Pour tous les autres ce n’est pas clair et ça dépend des jours, mais aucun n’aborde le fond de ce qu’il faut faire dans l’espace qui leur plait. Et pour cause ! Ils n’y ont jamais réfléchi. Ils n’ont pas le temps et cela dérangerait tellement les habitudes que ce serait impensable, inaudible et  impossible. Pour eux, et surtout sans le dire, seule la guerre pourra être efficace.

Le peuple ressent tout cela et en dépit des rodomontades de ses élites, a peur de l’avenir. Les femmes ne font plus leurs trois enfants nécessaires, les hommes, ne sachant que faire, dépensent leur énergie en salle de sport en jogging ou en trail. Chacun alimente les « psy » qui n’ont rigoureusement rien à dire. L’immédiateté de la survie éclipse le bonheur de la vie et ne se supporte que par le matraquage de l’innovation qui va tout résoudre demain. Nous avons oublié que toute innovation a un coût et qu’elle est en même temps systématiquement un deuil suivant le principe de la destruction créatrice chère à Schumpeter. Pourtant si nous parlons beaucoup du travail de deuil, nous ne parlons jamais du travail d’innovation ni de l’origine de l’argent qui  la finance.

Quand la France et l’Occident auront-ils droit à un parti politique qui abordera les problèmes de fond  et proposera l’impensable, l’inaudible et l’impossible ? Souvenons-nous de Mark Twain : « Ils ne savaient pas que c’était impossible. Alors ils l’ont fait ». Napoléon disait déjà, parait-il, qu’impossible n’était pas français. Par qui, d’où, quand et comment jaillira le renouveau ?

Les entreprises créent-elles de la valeur ?

Tout le système économique est fondé sur la création de valeur par les entreprises et sur la répartition des richesses créées. Un énarque trentenaire peut gagner des millions dans une banque privée et les dépenser pour devenir un président de la République à l’actif modeste parce qu’il aurait dit-on apporté une valeur ajoutée fantastique à Rothschild.

Quel est le principe de la création de valeur, de la valeur ajoutée ? Une entreprise ou un artisan achète des fournitures, les travaille, les transforme avec des outils ou des machines, et vend à des clients le résultat, évidemment plus cher que ce qu’il a payé pour pouvoir travailler. C’est cette différence entre les achats et les ventes que l’on appelle la valeur ajoutée. Dans les services c’est une action ou une réflexion qui font monter les prix.

Mais cette valeur prétendument ajoutée n’existe pas si un client ne vient pas s’appauvrir en monnaie pour la créer. C’est la même histoire qu’une classe de CE2 qui prépare des cadeaux pour la fête des mères. On a investi dans une salle de classe, on a acheté tout un tas d’ingrédients, les enfants ont travaillé, un instituteur, pardon! un professeur des écoles, a été payé pour tout organiser et le jour J les cadeaux sont prêts. Mais que se passe-t-il pour l’enfant qui n’a personne à qui l’offrir, personne qui viendra « acheter » son oeuvre sans aucune discussion et avec beaucoup de bisous ? Un cadeau n’existe que si quelqu’un va être content de le recevoir. Sans ce « client », sans maman, la production n’est qu’encombrant voire même déchet que l’enfant va jeter avec rage en en voulant à la Terre entière et qu’on ne lui parle jamais de création de valeur ! La personne qui crée la valeur c’est maman en admirant le cadeau, personne d’autre ! Et cette valeur vient de la rencontre, de la force et de la cohérence de deux énergies, celle de l’enfant qui s’est donné et celle de la maman qui s’est aussi donnée. Est-ce réellement chiffrable ?

Ce que tout le monde comprend pour le cadeau de l’enfant, personne n’a envie de le comprendre pour une entreprise qui ne donne l’impression de créer des richesses que parce qu’il y  a une rencontre, une force, une cohérence entre d’un côté les énergies de l’argent de ses actionnaires et du travail de ses salariés, et de l’autre l’énergie de ses clients qui l’apportent par l’argent qu’ils ont gagné précédemment.

Au lieu de s’attaquer au problème extrêmement difficile du prix qui est le chiffrage de l’inchiffrable, la folie actuelle est de se servir du prix pour l’appeler le PIB et se convaincre qu’il est une richesse que l’on va pouvoir utiliser. C’est exactement comme si papa voulait utiliser pour payer ses impôts ou les courses, le plaisir qu’ont ressenti maman et fiston le jour de la fête des mères.

Il n’empêche que des tas d’experts et de gens très sérieux vont continuer à dire que les entreprises ajoutent une valeur qu’elles créent sans se rendre compte que leur fantasme rend obligatoire les trois esclavages de la mondialisation, de la dette et de l’immigration.

D’autres, ou les mêmes, vont se torturer les méninges pour trouver comment, en bidouillant la monnaie, papa pourra payer ses impôts avec le plaisir de la fête des mères.

Pendant ce temps-là les esclavages progressent et notre civilisation régresse.

Vœux 2018

En ce premier jour de l’année 2018 je forme le vœu que les peuples occidentaux prennent conscience en urgence de ce qu’est réellement la richesse qui les attire tant mais qui les engourdit tellement qu’ils ne réagissent plus devant le désastre qu’ils préparent aveuglément eux-mêmes.

Souvenons-nous que riche vient du mot franc riki qui veut dire pouvoir, et qui a donné reich en allemand. Etre riche c’est avoir un pouvoir, être assis sur quelque chose (traduction littérale du verbe latin possidere), être riche c’est posséder. Mais avoir le pouvoir sur quoi ? Posséder quoi ? Avoir le pouvoir, ce n’est pas posséder des rebuts ou ce qui encombre, c’est posséder ce qui fait envie, ce qui est désiré, ce qui plait parce que c’est ressenti comme beau ou comme bon. La richesse c’est la possession de ce qui est perçu comme agréable, admirable ou délicieux.

Pour percevoir, l’homme a cinq sens dont quatre pour le beau et le bon. La vue et l’ouïe perçoivent le beau, l’odorat et le goût perçoivent le bon et seul le toucher tente de percevoir le vrai comme Thomas dans les évangiles n’a accepté de croire qu’en touchant. Ces trois notions du beau, du bien et du vrai se construisent et se détruisent, évoluent générations après générations, pour former une civilisation qui, petit à petit d’ailleurs, les mélangent et les confondent. On dira en effet en français que « c’est bel et bien lui qui, au beau milieu du printemps, a eu une bonne grippe » pour ne parler que de vérités sans jamais parler du vrai.

Ces trois notions ne sont pourtant des références qu’à l’intérieur d’une même civilisation. Montaigne voyait déjà les lois définissant le bien comme une « mer flottante des opinions d’un peuple ou d’un Prince » et il s’interrogeait: « Quelle bonté est-ce que je voyais hier en crédit, et demain plus, et que le trajet d’une rivière fait crime ? Quelle vérité que ces montagnes bornent, qui est mensonge au monde qui se tient au delà ? ». Aujourd’hui le bien chez Daesh n’est pas celui de Macron. Pour Daesh, Macron est un mécréant qu’il faut crucifier ou à qui il faut couper un bras et une jambe opposées comme le Coran en laisse le choix dans la sourate 5, et pour Macron, la guerre contre Daesh sera «gagnée d’ici mi, fin février» comme il l’a annoncé aux Français le 17 décembre. Prudent et surtout rusé, il a ajouté « en Syrie » ! Mais Macron comme Daesh n’envisage pas que la civilisation de l’autre soit respectable car chacun croit malheureusement détenir les définitions qu’il veut universelles du beau, du bien et du vrai.

Ces trois abstractions sont pourtant totalement subjectives et nullement universelles quelle que soit l’opinion de certain pape qui s’enferme dans le mot catholique qui veut dire universel en grec. Ces trois entités génèrent, en se combinant entre elles, trois nouvelles abstractions tout aussi subjectives: le bien et le vrai donnent le juste, le vrai et le beau donnent le clair et le beau et le bien donnent le riche, chaque notion cherchant à tout englober en cherchant à valoriser son point faible qu’elle voudrait voir perçu par tout le monde comme non bancal.

La clarté cherche en s’expliquant à être bonne, ce qu’elle n’est pas.
La justice cherche en ses palais à être belle, ce qu’elle n’est pas.
La richesse cherche en se chiffrant à être vraie, ce qu’elle n’est pas.

Mais dans notre civilisation, pendant que la justice tente de rester aveugle et qu’il y a toujours clairement des ordures, nous avons réussi, grâce aux médias, aux économistes et aux politiques qui y ont tous intérêt, à nous convaincre nous-mêmes que la richesse était une vérité et qu’il était même possible de la chiffrer. Oubliés Lao-Tseu et son « Savoir se contenter de ce que l’on a, c’est être riche », oubliés l’ancien président malien Amadou Toumani Touré à propos de son pays réputé pauvre et son « Nous sommes riches de la famille », oublié le bon sens qui sait que la consommation donne un peu de plaisir mais ne mène pas au bonheur. Nous surfons sur une idéologie anesthésiante qui nous a inventé des outils de diffusion du mensonge déguisé en vérité.

Ces outils sont la création de richesses avec son chiffrage le PIB et sa tour de Babel la croissance économique. La croissance qui fait rêver tous les politiques, les conduit systématiquement tous à l’échec, y compris bien sûr l’actuel quarantenaire élyséen comme tous ses contradicteurs, de cette brave Marine à ce pauvre Jean-Luc, puisque la croissance n’est que l’augmentation d’une richesse mythique que personne n’ose remettre en question. On cherche l’ambition politique, le journaliste ou l’économiste qui ne croirait pas la France riche et n’intégrerait pas la croissance dans son discours. Si nous étions le pays riche qu’ils nous présentent tous, comment se fait-il que nous devions mendier pour sauver Notre-Dame de Paris ou le château de Versailles, pour financer la recherche ou nourrir les plus déshérités ? Sans création de richesses les politiciens et leurs mentors n’ont rien à distribuer. Leur travail ou plus exactement leur occupation ne consiste qu’à nous convaincre que la vie a cessé d’être, ce qu’elle a été pendant des millénaires, une transformation par le travail humain de ce que la Terre nous donne puis un partage de tous les résultats. La vie serait devenue d’après eux création comme le ferait n’importe quel dieu. Pour ce faire il faut chiffrer cette « création » pour la rendre crédible et c’est le PIB, somme de toutes nos dépenses, que les polytechniciens de l’INSEE nous présentent comme la création annuelle de richesse et que journalistes et économistes nous inoculent à la méthode Coué pour en utiliser des pourcentages à qui mieux mieux. Plus nous dépensons, plus nous sommes riches! Qui ne serait sensible à cet agréable postulat ? Il faut donc de la croissance mais, comme ce n’est que l’augmentation des dépenses alors qu’il faut « en même temps » diminuer nos dépenses pour résoudre enfin la quadrature de leur cercle, la croissance patine et l’on scrute les étoiles pour savoir dans cet obscurantisme du troisième millénaire quand et où la manne reviendra enfin. A droite comme à gauche on l’attend et on l’implore avec une constance affligeante !

Ces outils fallacieux font rêver à des lendemains qui chantent mais ils faussent tous nos raisonnements. Ils nous ont fait perdre en particulier deux notions essentielles, le sens de l’oïkos et le sens de la monnaie.

L’oïkos, la maison en grec qui a donné leur préfixe à l’économie, à l’écologie et à l’écosophie, est le groupe cohérent, famille, nation, église, à l’intérieur duquel les échanges n’ont pas du tout la même nature qu’à l’extérieur : la coopération à l’intérieur, le troc à l’extérieur, deux types d’échange qui n’ont rien à voir. La coopération est l’échange des êtres en valorisant l’être au maximum, en cherchant à le rendre utile quelles que soient ses capacités comme c’est le cas dans n’importe quelle famille et comme c’était le cas dans les villages, alors que le troc est l’échange des productions, chacun cherchant à valoriser sa propre production et à se sentir le gagnant de l’échange. L’échange des êtres n’existe qu’à l’intérieur de l’oïkos, à l’extérieur il n’y a que l’échange des avoirs avec une satisfaction chez les deux protagonistes. L’avantage comparatif de David Ricardo que tout le monde connait inconsciemment depuis des millénaires à l’intérieur de l’oïkos et qui valorise l’être, devient complètement faux quand des idéologues l’extrapolent à l’extérieur de l’oïkos où seul le troc est réaliste car les valeurs des êtres ne sont pas les mêmes. Plaquer artificiellement des valeurs comme la laïcité ou les valeurs universelles ( ou catholiques pour les évêques de France avec leur accueil effréné des migrants ) pour accoucher aux fers de nouveaux oïkos, est dérisoire, la laïcité ou les valeurs universelles étant au contraire la négation de l’oïkos et l’imposition de nouveaux colonialismes éthiquement déguisés. Le chômage n’est que la conséquence de l’oubli de l’oïkos et de l’oubli des êtres au profit des avoirs. Cela va tellement loin que nous réinventons l’esclavage qui ne consiste qu’à prendre des êtres humains pour des avoirs. Nous réinventons l’esclavage ailleurs qu’est la mondialisation, l’esclavage plus tard qu’est la dette et l’esclavage ici et maintenant qu’est l’immigration. Accessoirement ces esclavages nous permettent de croire que nous vivons sur la création de richesses, et des générations entières ne cherchent plus à vivre mais à « profiter de la vie ». Nos hommes produisent de moins en moins, nos femmes font de moins en moins d’enfants, fin programmée de l’oïkos, fin programmée de notre civilisation sous nos yeux absents.

Mais la perte de l’oïkos ne serait pas possible sans la perte simultanée du sens de la monnaie. La capacité énergétique de la monnaie ne dépend que de l’oïkos mais elle le structure également. La monnaie est ce véhicule d’énergie contrôlé par l’oïkos comme l’électricité véhicule une énergie qui était contrôlée en France jusqu’à présent par EDF. Les deux ne sont que des transporteurs d’énergie, simples intermédiaires entre une production et une utilisation. Mais si l’origine de l’énergie électrique est multiple et reconnue, la perte de l’oïkos nous a fait passer à la trappe l’origine de l’énergie de la monnaie qui est l’énergie humaine. Nous nous prenons pour des dieux qui se donnent l’impression de créer collectivement des richesses en créant par l’intermédiaire des banques une monnaie imprimée ou virtuelle. Les banques, en créant la monnaie, oublient toujours de dire qu’elles émettent en même temps des créances sur leurs clients si ce sont des banques commerciales, ou sur leurs peuples si ce sont des banques centrales. Ces créances de plus en plus irrécouvrables sont l’explosif qui n’attend que son détonateur. Parallèlement les crypto-monnaies comme le bitcoin, après avoir fait semblant de créer un nouvel oïkos, sont définitivement tombées dans l’avoir et flambent comme l’immobilier, les bourses, les œuvres d’art et comme les oignons de tulipes au XVIIsiècle au Pays-Bas jusqu’à leur effondrement en février 1637. Je ne crois pas un instant que l’éclatement de ces bulles attendent 2037.

Mais pour demeurer dans l’illusion le plus longtemps possible, nous nous habillons tous en observateur, en conseiller, en commentateur, en journaliste, en fonctionnaire public ou privé pour expliquer, sans rire et pour survivre, comment faire fonctionner le pays de Cocagne. Nous sommes devenus un peuple qui explique sans produire comment produire et comment nous allons tous vivre mille ans grâce à la recherche financée par la création de richesses.

Nous confions aux entreprises la mission totalement impossible de créer des richesses alors qu’elles ne font que répartir l’argent de leurs clients entre leurs fournisseurs, leurs actionnaires, leurs salariés et la collectivité. Pour faire circuler l’argent, les entreprises produisent des biens et des services mais il n’y a aucune création de richesse, il n’y a que des transferts si ce qu’elles produisent intéresse. Les clients viennent échanger volontairement leur argent contre la production de l’entreprise, les deux étant normalement le fruit de l’énergie humaine, ce qui est complètement oublié depuis que l’on a inventé le revenu universel, la monnaie hélicoptère ou simplement la dette. La publicité est l’ultime trouvaille que nous avons conçue pour nous convaincre, avec de l’argent aussi abondant que dévalorisé, que les masses d’encombrants fabriquées en continu par les machines sont des richesses.

Je forme le vœu que se diffuse en 2018 dans le monde, à partir de la France, l’idée simple que la richesse n’est qu’une façon de regarder, de trouver beau ou bon un objet, une idée ou un être, que se diffuse l’évidence que la richesse est donc inchiffrable, qu’elle se constate et ne peut se créer. Il est enfantin puis pervers, car refus du bon sens et base de notre autodestruction, de croire à la création de richesses, de voir dans la richesse autre chose que le regard que les puissants portent sur leurs propres avoirs en nous faisant payer à tous leur vie trop facile et en nous promettant la lune pour que nous continuions à rêver à leur ressembler. Il nous faut nous extraire des grandes théories que nous ânonnons sans les comprendre et donc sans oser les affronter. Souvenons-nous simplement que dans notre oïkos que nous appelons nation, il est écrit dans le préambule de nos deux dernières constitutions que le travail est un droit. Appliquons ce droit par des sociétés productives d’économie mixte public-privé en arrêtant les esclavages, en mariant enfin la puissance publique et l’initiative privée, ce que ni le communisme ni le libéralisme n’ont réussi à faire. Nous devrons certes payer le prix auquel nous sommes capables de produire mais nous économiserons les gaspillages fabuleux en publicité et nous aurons la fierté d’avoir collectivement sauvé notre civilisation sans la prendre vainement, vaniteusement et bêtement pour LA civilisation sur LA planète. Puisse 2018 être l’année où, en refusant enfin de croire à la création de richesses, nous aurons arrêté la construction de la nouvelle tour de Babel.

 

 

 

 

La parité et l’homosexualité ne sont-elles pas en train d’achever notre civilisation déjà bien malade ?

La respiration est-elle plus importante que l’alimentation ou lui est-elle accessoire ? L’une ne pourrait-elle pas remplacer l’autre si l’une des deux venait à manquer ? Chacun voit bien l’inanité de ces questions mais ne peut que constater leur actualité si l’on remplace ces deux mots féminins par un mot masculin, l’homme, et par un mot féminin, la femme.

La nature a pourtant doté la femme de la seule capacité à fabriquer les enfants, donc le futur, l’homme n’en étant que le déclencheur indispensable. Parallèlement la même nature que l’on peut appeler Dieu, a doté l’homme d’une force physique supérieure à la femme qui a du, pour se faire respecter, approfondir sa finesse et prendre le pouvoir  à la maison dans quasi toutes les civilisations pendant que l’homme gardait ce pouvoir à l’extérieur de la maison.

La vague actuelle d’individualisme triomphant a mis à mal cet équilibre et chaque sexe succombe de plus en plus souvent pour exister, à l’utilisation perverse de ses forces. La société réagit actuellement très heureusement contre les violences faites aux femmes. Elle devrait réagir aussi quand certaines femmes dégradent leur finesse en ruse et en manipulation du côté nigaud des hommes.

Cette vague d’individualisme parachève l’effondrement de notre civilisation qui s’est déroulée en trois temps sous nos yeux absents. Le XIXsiècle avec la révolution industrielle a négligé l’individu qui a tenté de résister par le romantisme et le socialisme. Notre civilisation croit avoir ensuite tué Dieu au XXsiècle avec ses trois matérialismes, communisme, fascisme et capitalisme, le dernier peinant à mourir. Et pour terminer le travail, ce qui reste de notre civilisation cherche actuellement au XXIsiècle à affaiblir voire à ridiculiser tous les groupes comme la famille, l’église ou la nation en survalorisant l’individu et en ne voyant plus qu’une famille humaine, une spiritualité universelle et une gouvernance mondiale, bref, une nouvelle tour de Babel qui veut à nouveau transpercer le ciel. Les seuls groupes qui donnent l’illusion de tenir, sont les associations grâce à leur côté évanescent et éternellement renouvelable, et les sociétés commerciales grâce au mensonge éhonté sur lequel elles sont toutes construites, le principe de continuité, base de la comptabilité et des bilans et qui réfute dogmatiquement la mort en légalisant le mensonge. Quand une entreprise s’arrête il faut généralement multiplier son passif par deux et diviser son actif par dix.

Deux fantasmes médiatiquement entretenus, la parité et l’homosexualité, n’alimentent-ils pas l’effondrement de notre civilisation par leur individualisme exacerbé ?

La parité que l’on nous vend comme juste et bénéfique, rompt l’harmonie entre l’homme et la femme car il ne peut y avoir de parité dans la fabrication des enfants et au moins au début de leur façonnage prépubertaire. Les femmes envahissent tous les métiers en en excluant progressivement les hommes comme c’est déjà patent en médecine et en droit. Et quand la force physique est indispensable, c’est l’immigration et la machine qui prennent le relais des hommes. L’immigration maghrébine et subsaharienne fait aussi largement plus de trois enfants par femme quand les femmes blanches dont la seule évocation fait soupçonner de racisme, en font en moyenne à peine plus qu’un, acceptant tacitement la fin de notre civilisation

Les hommes assistent impuissants à la « matriarchisation », à la mécanisation et à l’immigration de notre société. Ils se féminisent et dilapident leur force physique inexploitée en salle de sports ou en violence contre les autres ou contre eux-mêmes. Les suicides se multiplient dans l’indifférence générale.

L’homosexualité que l’on ne préconise pas mais dont on condamne le refus est avant tout un mystère que l’on ne veut élucider. Est-elle acquise ou innée ? Innée elle serait génétique à cause d’un gène auquel personne ne croit suffisamment pour le chercher. Acquise elle culpabiliserait les parents qui, quoi qu’on en dise, la vivent comme un malheur. Personne ne veut se souvenir que les Grecs avaient parfaitement vu que l’homosexualité n’est qu’un passage dont la société actuelle ne parle jamais. A Athènes les familles confiaient leur éromène de 12 ans à un éraste de 18 ou 20 ans avec mission de le préparer à l’âge adulte en tous domaines y compris sexuel. Et si l’homosexualité faisait partie de cette étape, elle n’en n’était pas l’essentiel et n’était qu’un moment. Celui qui y restait coincé était méprisé et pouvait même dans certains cas extrêmes, être exécuté par apotympanismos.

Ce passage, conscient ou inconscient, qui s’évacue souvent par le sport, est la première approche de l’autre, pas trop différent de soi et qui intimide moins qu’un abord direct de l’autre sexe. Il ne mérite ni honneur ni indignité, il est tout simplement naturel. Mais y rester bloqué génère une souffrance à vie qui mérite sympathie, compassion ou empathie, quel que soit le préfixe que l’on met à la souffrance que génère ce blocage. Il est triste de voir actuellement cette souffrance tenter de se compenser par un étalage accrocheur et, quand un adolescent a la franchise d’exprimer son malheur et même envisager de se supprimer quand il se croit homosexuel, il est scandaleux de lui conseiller de s’assumer et de ne pas au contraire dédramatiser en éclatant de rire et en lui rappelant qu’il n’est que comme tout le monde.

Se trouvera-t-il suffisamment de citoyens avec assez d’humilité, de courage et de bon sens pour diffuser ces vérités simples dont l’oubli nous accable ?

La connivence du délire, de la manipulation et de l’aveuglement

 

Tout se passe comme si l’Occident avait oublié la complémentarité indispensable entre la réflexion, l’action et l’échange, chacun étant normalement nourri par les deux autres et les nourrissant également. La faiblesse de la seule réflexion engendre déjà des moutons, celle de la seule action fabrique des phraseurs et la faiblesse du seul échange génère des activistes. Françoise Dolto avait parfaitement décrit les deux formes d’autisme que sont d’une part l’action déconnectée de tout échange et de toute réflexion et d’autre part la réflexion ne débouchant ni sur une action ni sur un échange. Mais lorsque c’est l’échange qui n’est ni freiné ni nourri, ni par l’action ni par la réflexion, alors il devient du délire.

La fantastique avancée des techniques de communication au XXe siècle, que ce soit par les journaux, le téléphone, la radio, la télévision, internet ou la monnaie, n’a à l’évidence pas été accompagnée d’une avancée équivalente dans la réflexion et dans l’action. Ce déséquilibre a favorisé le délire dans toutes nos têtes. Nous ne prenons plus le temps de réfléchir et nous ne nous laissons plus interpeller par la réalité des faits qui se déroulent sous nos yeux absents. Notre aveuglement comme la manipulation qu’affectionnent les puissants alimentent ce délire et nous entraînent dans une spirale tourbillonnante et incohérente qui génère un mal-être généralisé.

Notre société combine deux délires et tente de les réaliser par trois folies. Côté délires, elle pense que pour vivre il suffit de dissimuler la mort en faisant croire qu’on l’a vaincue ou que l’on va la vaincre et elle pense aussi que l’individu peut se suffire à lui-même et que les groupes comme la famille, l’église et la nation deviennent inutiles. Pour faire croire à la possible réalisation de ces deux fantasmes, elle a fait de la monnaie une fausse énergie facile et gratuite pour les puissants. Elle se sert de cette énergie pour acheter une organisation, la fausse démocratie actuelle, et elle cherche à imposer ses vues à toute la Terre en généralisant son approche de la richesse qu’elle se prétend capable de créer.

Pendant que le reste de l’humanité se révolte ou se couche dans nos universités, nous constatons l’inanité de nos délires et au lieu de prendre conscience de notre infantilisme, nous abandonnons nos vieux clivages stériles gauche-droite, républicains-démocrates ou travaillistes-conservateurs pour en inventer de nouveaux plus porteurs de rêves et de logorrhées comme « Plus d’État ou moins d’État ? », « La région, la nation, le continent ou le monde ? », « La propriété privée est-elle sacrée ou du vol ? », toutes questions sans intérêt tant que l’essentiel n’est pas abordé.

Et pour aborder l’essentiel il faut rassembler ceux qui ne veulent pas laisser à la guerre le soin de tout résoudre par la force et qui veulent construire sur les vérités oubliées :

  • L’homme a une énergie mentale et une énergie physique. Limiter une population à son énergie mentale en lui faisant brûler son énergie physique, est flagorneur et inconséquent. C’est la machine la moins coûteuse à fabriquer et la plus variée. Son coût d’entretien est inversement proportionnel à l’acceptation de la mort par le groupe auquel il appartient.
  • La monnaie n’est qu’un véhicule d’énergie humaine, une voiture disait Jean-Baptiste Say.
  • Les phénomènes naturels comme les séismes, les ouragans, les inondations ou les éruptions volcaniques ne se gèrent que par la prudence et la spiritualité. L’histoire de l’humanité nous apprend que la prudence est individuelle et que la spiritualité est collective.
  • L’homme et la femme sont incomplets pris isolément et ont besoin l’un de l’autre. Leur union est sacrée car elle crée l’avenir.
  • Les hommes ont une relation indispensable mais complexe avec les groupes auxquels ils appartiennent. Les religions essaient de gérer ce qui dépasse les groupes comme les individus, et elles supportent toutes assez mal toute forme de concurrence.
  • L’avis majoritaire dans un groupe est celui qu’il faut suivre si les participants sont libres, compétents et engagés. La formule « un homme, une voix » en revanche donne le pogrom, le lynchage ou l’achat du peuple par les puissants.
  • L’innovation est intéressante si elle réduit le coût énergétique de la vie, pas si elle l’augmente pour notre seul plaisir en laissant à d’autres le soin de le payer.
  • Ce qui résout tous les problèmes écologiques c’est de limiter la production aux besoins et de ne pas dépenser une énergie folle à créer artificiellement des besoins pour écouler la production continue des machines.
  • La machine est une merveilleuse invention si elle permet à l’homme, en le libérant, d’être plus utile ailleurs, mais elle est néfaste si elle transmet à la collectivité la charge d’hommes libérés mais perdus.
  • Une civilisation se construit sur une approche commune du beau, du bien, et du vrai et de leurs assemblages que sont la justice, la richesse et la clarté.
  • Le nombre d’humains par civilisation est régulé par la nature. Il ne doit ni être artificiellement diminué par l’oubli que seules les femmes savent fabriquer des enfants et qu’elles doivent en faire en moyenne 2,11 chacune ni être artificiellement augmenté par une recherche médicale irresponsable.

Le faux Eldorado actuel est payé par les trois esclavages envahissants que sont la mondialisation, la dette et l’immigration. Il va s’effondrer prochainement car les trois esclavages deviennent tous les trois insupportables. Faut-il vraiment n’avoir que des partis politiques esclavagistes ? La réponse appartient à chacun de nous.

Lorsque l’orage menace…

Lorsque l’orage menace, le troupeau se rassemble. Le problème n’est pas alors de savoir quoi faire mais de le faire ensemble, de savoir avec qui le faire, de ne plus être seul à ne pas savoir quoi faire. Partager son angoisse avec ses congénères est l’instinct grégaire habituel des mammifères dont les humains.

Les humains rajoutent souvent l’idéologie à leur instinct grégaire. Ils aiment croire à la solution théorique qui va tout résoudre, au remède que seuls les imbéciles ne comprennent pas et que seuls les prétentieux ne veulent pas comprendre. Cela donne une multitude de petits groupes très satisfaits d’eux-mêmes qui critiquent tout quand ils ne tiennent pas les manettes et qui ne savent pas quoi faire quand ils sont au pouvoir. Plus l’orage approche, plus l’instinct grégaire pousse à ne parler que du groupe avec lequel il faut l’affronter en se penchant de moins en moins sérieusement sur le problème dans son ampleur.

Aujourd’hui les Français ont donné le pouvoir à un jeune homme qui croit apparemment en toute bonne foi que la solution est de faire en même temps tout et son contraire et que notre salut est dans l’Union européenne qu’il confond avec l’Europe. Mais cette union n’est que désunion entre l’appareil bruxellois qui profite grassement d’une idéologie mal construite et la quasi totalité des pays qui y croient de moins en moins et qui cherchent surtout à faire payer les autres. Tous n’ont comme vision que le retour de la croissance vécue comme une ressource et tous vivent la certitude que la Terre sera infiniment plus riche dans quelques décennies. C’est ce que vient encore de nous seriner dans un nouveau livre l’ineffable Michel Camdessus, énarque bon catholique et très mauvais économiste, ancien gouverneur de la banque de France et ancien directeur général du FMI. La création de richesses, cette véritable maladie mentale collective qui crée une bulle en attente d’explosion, est fondée sur l’oubli d’un fondamental essentiel que la pseudo science économique a complètement occulté : la vie est mouvement, elle ne crée rien et ne fait que transformer en utilisant des énergies.

Le physicien grec Anaxagore, maître présumé de Socrate, disait déjà au Ve siècle avant JC : « Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau ». Lavoisier en reprit l’idée 22 siècles plus tard dans le « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » qui lui est attribué. Mais comme l’a dit le président du tribunal révolutionnaire le condamnant à la guillotine avant d’être lui-même guillotiné trois mois plus tard « La République n’a pas besoin de savants, ni de chimistes ». Se donne-t-elle encore le droit de réfléchir ?

Si tout se transforme et si la création est réservée au Créateur « du Ciel et de la Terre », toute action y compris économique a obligatoirement une origine et un aboutissement, un approvisionnement et un résultat. Tout coup a un contre-coup, toute action a sa réaction, tout, absolument tout, est binaire. L’oublier en ne s’intéressant qu’au résultat et en occultant ce qui a été transformé et l’énergie qui l’a transformé, est le drame économique actuel que si peu de gens acceptent d’étudier et qui est la raison de l’orage très violent qui gronde.

Entre le départ et l’arrivée qui sont les deux pieds fondamentaux de toute action, il y a une énergie qui transforme bien ou mal et qui donne ce que le groupe voit comme une richesse quand il ne le voit pas comme un embarras ou comme un déchet. Le groupe ne confond pas l’urine et le lait de la vache contrairement à la science économique qui n’étudie pas la différence entre production et richesse. Cette science se satisfait de l’affirmation très approximative que si l’on produit c’est que c’est demandé. Depuis l’arrivée de la machine, ce qui était en effet plutôt vrai est devenu complètement faux et nous perdons des sommes fabuleuses en publicité sous des formes de plus en plus sophistiquées pour faire croire que les machines produisent des richesses. Nous sommes englués dans l’idée que nous créerions chaque année des richesses à nous partager. C’est tellement agréable de se prendre pour des créateurs en prenant la place du Créateur. C’est même vieux comme le monde mais depuis les années 70, en déconnectant les monnaies de l’or, nous avons brisé les chaînes qui nous empêchaient de rêver. Nous consommons de plus en plus pour oublier notre abandon du bonheur et notre repli sur le plaisir et nous produisons de moins en moins en pensant que les machines et les robots feront le travail pour nous. Nous devenons tous des fonctionnaires publics ou privés, toujours plus capables d’être au service d’un système impossible qui consomme sans produire, ce qui est la caractéristique essentielle des villes. Les agriculteurs sont les seuls à produire encore mais pour vivre comme les citadins, le crédit agricole et l’union européenne leur ont fait investir des sommes énormes qu’ils ne possédaient pas et qu’ils sont incapables de rembourser sans surexploiter la nature et faire, comme les citadins, de la fuite en avant.

Les énergie transformatrices qui fabriquent des richesses, des encombrants ou des déchets, sont humaine, animale, voire végétale quand on constate la force destructrice des arbres fromagers dans la ville d’Angkor Thom. Elles peuvent être aussi fossiles comme le pétrole ou le charbon ou renouvelables comme le soleil, le vent, les marées ou la gravitation mais elle ont toujours une origine. Pourtant au XXe siècle les Occidentaux ont oublié que la monnaie n’est pas plus une énergie que l’électricité qui ne sont toutes deux que des véhicules d’énergie. Or la monnaie n’est énergétique que parce qu’il y a une énergie humaine à son origine. Nous nous sommes pris pour des dieux en nous croyant capable de créer de l’énergie en fabriquant de la monnaie et de créer des richesses en consommant davantage. Nous avons oublié que tout dans la vie n’est que transformation et que rien n’est création. Même un enfant n’est que la transformation par une énergie féminine d’un ovule et d’un spermatozoïde.

La richesse ne se crée pas et n’est pas définie par la qualité des approvisionnements ni par la quantité d’énergie qui les a transformés. La richesse est définie par le regard que le groupe porte sur le résultat. Ce regard, s’il est positif, est souvent concrétisé par un échange avec de la monnaie après accord sur un prix qui est en fait un accord d’échange d’énergies humaines.

L’oubli que toute transformation ne peut s’étudier que par la double étude de l’avant et de l’après et en particulier l’oubli que l’origine énergétique de la monnaie est l’énergie humaine, a des conséquences incommensurables tant dans notre prétention à être des créateurs que dans les conséquences sur nos raisonnements, de cette manne divine créée par l’homme qui n’existe que dans nos cerveaux malades et que nous chiffrons par le PIB. Nous osons quantifier notre fausse création par la réalité de nos dépenses et nous voulons développer cette folie en l’appelant croissance que tous les Politiques attendent béatement.

Au niveau théorique les économistes cherchent à nous apaiser et à s’apaiser eux-mêmes en parlant d’une fumeuse théorie des cycles, comme si la lévitation pouvait succéder cycliquement à la gravitation. Ils alimentent les Politiques en galimatias totalement abscons mais chiffré et avec de belles courbes dont l’ordonnée est habituellement le PIB, étendard de leur soi-disant création de richesse.  Entendre sans éclater de rire un énarque Premier Ministre macronien dire le 28 septembre 2017 à la télévision que « les riches contribuent à la fabrication de la richesse », montre un bon niveau d’inconscience ou de maîtrise de soi.

Au niveau pratique cette monnaie sans origine énergétique ne fait que dévaluer la masse monétaire entraînant un appauvrissement général et une compétition pour être le dernier à en mourir. Cette dévaluation permanente fait grimper les trois bulles spéculatives de la Bourse, de l’immobilier et des œuvres d’art qui font croire aux niais que 1% de l’humanité possède désormais autant que les 99% autres. Comme si la richesse mondiale était autre chose que le regard chiffré des riches et de leurs courtisans sur ce qu’ils croient posséder.

Le plus grave est évidemment la croyance stupide que les machines, les robots ou l’intelligence artificielle sont des énergies. Ils n’existent que par la capacité énergétique de la monnaie qui perd de plus en plus sa réalité énergétique par son inflation au sens propre qui est sa multiplication sans énergie humaine pour l’approvisionner. L’Occident pour des raisons uniquement électorales tente de remplacer le travail indispensable de ses électeurs qui donne la force de la monnaie, par la mondialisation et son travail lointain avec son serviteur zélé, l’Union européenne, par la dette et son travail futur avec son serviteur zélé, le monde de la finance et par l’immigration pour faire tout de même le travail et les enfants que l’on ne peut faire ni ailleurs ni plus tard avec ses serviteurs zélés que sont les peuples qui croient encore aux fariboles de leurs Politiques.

L’innovation médicale est sans doute l’exemple le plus flagrant de l’oubli de la dualité de toute action et de l’origine de son énergie. L’innovation dérape depuis un siècle de la production vers le bien-être en ayant oublié qu’elle coûte très cher et est donc très énergivore d’énergie humaine. Mais en même temps elle fait multiplier la population mondiale et donc dévaloriser l’énergie humaine dont elle se nourrit sans le savoir. La protection sociale que tout le monde nous envierait parait-il, ne se pose jamais la question, du « Qui paye ? ». La réalité est que la mondialisation, la dette et l’immigration payent pour que nos Politiques puissent nous féliciter de notre intelligence puisque, nous disent-ils, les dieux que nous sommes créent des richesses.

Les dieux que nous ne sommes pas vont-ils enfin sortir de leur léthargie et arrêter de les croire ?

Le dépassement de soi

La spiritualité est discrètement à la mode. L’attirance plus ou moins avouée pour les mouvements philosophiques comme la franc-maçonnerie et le bouddhisme ou pour le militantisme religieux beaucoup plus fédérateur que le militantisme politique, montre une recherche diffuse des voies qui mèneraient à la sagesse dans un monde où la famille déliquescente l’enseigne de moins en moins. Même la « spiritualité laïque » chère à André Comte-Sponville cherche à combler un vide.

Mais la spiritualité est un oxymore comme « l’obscure clarté qui tombe des étoiles » dont Corneille faisait éclairer les Espagnols dans le Cid. Elle est la superposition délicate de la double recherche d’un dépassement de soi et d’une cohérence. le dépassement de soi étant du domaine du mouvement et la cohérence, de celui de l’harmonie. Or le mouvement et l’harmonie se marient aussi difficilement que l’eau et le feu, chacun étant pourtant totalement essentiel.

Dans toutes les civilisations le dépassement de soi était du domaine de la religion alors que la cohérence était dans le champ politique, les deux vivant toujours une cohabitation difficile, ambiguë ou hypocrite, allant de la laïcité ne croyant en rien, à la religion d’état faisant semblant en tout. Le dernier avatar de cette religion d’état s’est exprimé à l’ambassade de France à Bucarest lorsque Emmanuel Macron a dit le 24 août dernier : « La France n’est elle-même que quand elle mène des combats qui sont plus grands qu’elle ». On retrouve la fille aînée de l’Eglise avec celui qui s’en auto-proclame le nouveau grand-prêtre.

Le domaine politique, celui de l’État, a été fort bien décrit par Frédéric Bastiat dans sa profession de foi électorale de 1846 :

« Pour moi, je pense que lorsque le pouvoir a garanti à chacun le libre exercice et le produit de ses facultés, réprimé l’abus qu’on en peut faire, maintenu l’ordre, assuré l’indépendance nationale et exécuté certains travaux d’utilité publique au-dessus des forces individuelles, il a rempli à peu près toute sa tâche.

En dehors ce cercle, religion, éducation, association, travail, échanges, tout appartient au domaine de l’activité privée, sous l’œil de l’autorité publique, qui ne doit avoir qu’une mission de surveillance et de répression. » 

Cette approche libérale de l’État est très intelligente si le dépassement de soi et la morale sont stimulées par une autre autorité qui est habituellement la religion. La religion est en effet fondé sur le dépassement de soi, sur l’exemplarité historique et sur une communauté qui rend la croyance presque objective par la quasi unanimité de ceux qui y adhèrent. Mais croire que la « main invisible » d’Adam Smith qui ferait naturellement converger les intérêts personnels vers l’intérêt commun existerait sans la structure religieuse, est parfaitement utopique. Sans dépassement de soi c’est très vite la loi du plus fort. Dans toutes les civilisations, y compris la nôtre jusqu’au XXsiècle, l’Église et l’État ont toujours vécu, avec remous mais la main dans la main, leur mariage sulfureux mais fondamental. Depuis la loi de 1905 séparant en France l’Église et l’État, c’est en fait l’État qui tente de cumuler la cohérence et le dépassement de soi. Il n’y arrive évidemment pas car pousser quelqu’un à se dépasser lui-même n’est pas un travail de fonctionnaire quel que soit l’argent dépensé pour ce faire. L’immense ratage de l’éducation nationale qui n’a pas su rester l’instruction publique en est une preuve flagrante, concrète et quotidienne.

Il n’est pas aisé et pas aussi naturel que cela de se dépasser soi-même et de faire sur soi des efforts que l’on n’aime pas trop tout en les sachant pourtant importants. La spiritualité alimente ces efforts et l’assemblée de tous ceux qui partagent le même désir d’efforts sur soi s’appellent église à partir d’un mot grec dans le christianisme ou oumma, sa traduction exacte en arabe dans l’islam.

La question se pose alors de savoir si l’église qui rassemble une culture pour la faire progresser, doit tendre dans un lieu donné vers l’unité. Faut-il aller vers un camaïeu de cultures comme semble l’avoir réussi l’Indonésie et comme les pays anglo-saxons le ratent actuellement ou comme un creuset de cultures comme l’affirme tout pays ayant une religion d’état ?

La France, terre d’invasions venant du nord, de l’est et du sud, s’est toujours enrichie en assimilant ses envahisseurs quand ils ne repartaient pas. C’est une originalité quasiment unique au monde et la question se pose aujourd’hui avec l’islam de savoir si nous devons garder notre originalité ou tenter de réussi un camaïeu de cultures ce qui n’est pas notre tradition. La France a déjà assimilé au temps des Barbaresques et des Maures, des Arabes islamiques qui lui ont apporté de nouveaux mots tels que divan, safran, sirop, magasin, fardeau, alcool ou amiral. Plus récemment le marathonien Ali Mimoun est devenu Alain Mimoun.

La France doit-elle abandonner sa tradition et tenter l’expérience du camaïeu de cultures ? Doit-elle tenter de réussir ce que tous les occidentaux ont raté ? Est-elle suffisamment forte pour se lancer dans cette aventure ?

Les libéraux et les socialistes ne s’affrontent que sur l’acteur qui doit régler ce problème, le privé pour les libéraux ou le public pour les socialistes. Ni les uns ni les autres n’affrontent la difficulté.

Dans ce XXIe siècle où l’on croit pouvoir affadir les groupes au profit des individus, c’est probablement pourtant par l’assemblée des croyants que viendra l’harmonie entre l’individu et le groupe. Assemblée au singulier ou assemblées au pluriel ?

Au lieu de travailler cette très difficile question, Socialistes et Libéraux ont mis la difficulté sous le tapis et se sont engouffrés dans l’impasse de la création de richesses, ce mythe du siècle des Lumières totalement ancré dans les esprits occidentaux et qui doit nous apporter de quoi rembourser les dettes et nous permettre de vivre dans un  pays de cocagne promis par nos politiques, pays dans lequel le dépassement de soi serait devenu ringard.

Les politiques appellent cette fausse création de richesses le PIB, les économistes l’appellent la valeur ajoutée et ils la calculent en additionnant toutes nos dépenses sans jamais se demander d’où venait l’argent. Tous veulent que nous accroissions nos dépenses pour faire de la croissance et ne rien avoir à affronter. Même les religieux chrétiens ne prônent quasiment plus le dépassement de soi que pour une juste répartition entre la « famille humaine » des richesses créées. Ils sont de moins en moins diserts sur le dépassement de soi dans la spiritualité.

Tant que nous ne nous serons pas extirpés des phrases toutes faites anesthésiantes comme « La France n’a jamais été aussi riche », « Il ne manque que les moyens », « De l’argent il y en a », « La croissance revient », nous ne pourrons aborder le problème de fond du dépassement de soi qui donne un sens à la vie et que le christianisme devrait sans doute réinvestir plus vigoureusement s’il ne veut pas laisser la place. S’il réagissait vraiment nous aurions sans doute moins besoin des trois onguents dont nous nous enduisons pour ne pas nous remettre en question, la mondialisation, la dette et l’immigration. Ces trois servitudes dissimulent en fait un seul problème, notre difficulté à nous mettre au travail pour produire l’essentiel de ce qu’il nous faut. Nous préférons dire aux autres ce qu’il faut faire.

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Les essentiels perdus

Que ce soit en Belgique, en France ou presque partout en occident, les dirigeants politiques sont perdus. Formés à la démagogie des campagnes électorales et à la discrète recherche de fonds pour les financer, dans un monde dogmatiquement scindé entre droite et gauche et où, être les deux à la fois devient aujourd’hui le nec plus ultra, aucune réflexion de fond ne les encombre, ils « font de la politique ».

Et cela ne marche plus. Les peuples les rejettent et cherchent l’homme providentiel tout en se contentant d’hommes au coups de menton mussolinien façon Trump ou Macron, car les peuples ont été totalement désorientés par des médias qui ont pris le pouvoir au nom de leurs actionnaires. Les voix médiatiques indépendantes comme Zemmour ou Polony en sont écartées et la morale est confiée au Conseil Constitutionnel, au Conseil d’État, au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et au Comité Consultatif National d’Ethique, groupuscules nommés par le pouvoir en place qui leur donne une puissance considérée de plus en plus comme sagesse divine et donc non contrôlable par le peuple. « En même temps » le Président de la République considère qu’il n’est « pas digne d’étaler certains débats sur la place publique » quand le Chef d’État-Major des Armées dit sa vérité aux députés à l’Assemblée Nationale.

Que Macron et Trump échouent est d’une telle évidence que l’annoncer est sans risque car les essentiels sont perdus. Macron et Trump sont les derniers avatars du système dans les deux pays phares de l’Occident, l’Angleterre, l’Allemagne, le Japon et la Corée du sud n’en étant que les meilleurs techniciens. Si la constitution américaine empêche le totalitarisme, la constitution française le permet et la tentation s’en fera évidemment jour. Espérons que la sagesse et l’humilité l’emporteront !

Mais quels sont ces essentiels perdus dont nous vivons l’absence par ses innombrables retombées ? Ne faut-il pas mettre provisoirement de côté ces retombées dont tout le monde parle mais qui ne sont que le petit bout de la lorgnette et l’écume des vagues, pour nous concentrer sur ces essentiels perdus dans chacune des 3 bases d’une société, l’économique, l’éducatif et le politique ?

Mais il faut bien évidemment d’abord prendre conscience de ce qu’est une société.

Une société est un groupe d’êtres humains qui, pour pouvoir vivre quotidiennement en groupe, répute comme étant objectifs pour tous ses membres les subjectivités du beau, du bien et du vrai, c’est-à-dire de la richesse, de la clarté et de la justice si l’on fait la symbiose deux à deux de ces trois approches de groupe, objectives pour ce groupe mais subjectives pour tous les autres.

L’homme a besoin de référents considérés comme objectifs à l’intérieur de son groupe même s’ils sont objectivement totalement subjectifs. C’est la transcendance qui rend objectives pour le groupe ses subjectivités et l’absence de transcendance conduit à la survalorisation d’éléments matériels objectifs comme la production, le diplôme ou la monnaie qui ne valent pourtant que par le regard qu’on leur accorde.

Une société n’a pourtant pas besoin de la fausse objectivité de la production, du diplôme ou de la monnaie pour considérer comme objectives chez elle les notions parfaitement subjectives de travail, de richesse, de famille, de patrie. S’enrichir de ce que d’autres peuples ont objectivé chez eux s’appelait voyager et n’existe quasiment plus.

Les universalismes ont de toute éternité tenté d’imposer leurs visions du beau, du bien et du vrai à toute l’humanité. En occident, du colonialisme au mondialisme, du capitalisme au communisme, du catholicisme au libéralisme, tous les universalismes ont voulu s’imposer à tous pour ne pas avoir à retrouver leurs essentiels perdus et retirer la poutre de leur œil. Toujours sous le masque de la fraternité humaine qui veut enlever la paille des yeux de leurs voisins, ils tentent de vampiriser les autres peuples pour ne pas voir la poutre de leur œil C’est en oubliant toute humilité dans cette fuite en avant et ce besoin de transformer les autres pour ne pas se transformer soi-même, que tous les universalismes s’effondrent soit vaincus par la force ou le déferlement de la multitude, soit décomposés de l’intérieur par cette incapacité à se remettre en cause en reconnaissant avoir perdu sa transcendance.

Nous remettre en cause c’est retrouver nos cohérences qui ne sont pas universelles mais qui nous ont construits, générations après générations. C’est moins regarder ce que font les autres en n’en prenant que ce qui nous arrange et nous regarder davantage nous-mêmes dans la globalité de notre problème.

Nous avons oublié que l’économie est la capacité à échanger intelligemment l’énergie de chacun avec d’autres dans l’intérêt de tous, pour perdre notre temps à nous disputer pour savoir si c’est le problème du privé comme le dit le capitalisme ou celui du public comme le disait le communisme. Les deux camps ne font plus que regretter que cette énergie soit de moins en moins utilisée et se contentent, pour ne pas affronter le problème et le voir soi-disant résolu, d’observer la montée des trois esclavages que sont la mondialisation, la dette et l’immigration.

Nous avons oublié que l’éducation est l’harmonieux mélange de connaissances, d’expériences et de discernement. En transformant l’instruction publique en éducation nationale, nous avons délibérément méprisé l’expérience et le discernement alors que toutes les civilisations avaient jusqu’à présent réservé l’instruction à un petit nombre, jugé à la puberté sur son expérience et son discernement. Tout ce qui était expérience comme le service national a été supprimé par les politiques pour fabriquer de plus en plus lentement des maillons d’une chaîne qui n’existe pas. Ces maillons orphelins sont abandonnés à leur « initiative personnelle » comme le leur conseillent Jacques Attali et consorts.

Nous avons oublié que la politique est l’art d’harmoniser un peuple, que la république, la chose publique en latin, peut être confiée à un seul en monarchie, à un groupe en aristocratie ou au peuple lui-même en démocratie comme Jean Bodin l’a parfaitement expliqué au XVIe siècle dans Les six livres de la République. La démocratie est une merveilleuse utopie qui n’a encore jamais existé nulle part contrairement à ce qui nous est seriné mais qui peut être travaillée par le tirage au sort ou le permis de voter. Aujourd’hui la politique est un fromage qui se résume a faire le beau avec nos voisins en oppressant le peuple par la compétition avec lui-même au lieu de le faire coopérer, d’abord en interne, ensuite éventuellement avec d’autres peuples. La compétition se moque de la mort de l’autre alors que la coopération a besoin de son énergie.

Mais nous avons aussi oublié que si la politique est l’art d’harmoniser un peuple, elle ne doit pas se contenter de veiller à son bon fonctionnement en faisant confiance aux individus qu’elle assiste par ses magistrats que l’on appelle parlementaires ou fonctionnaires. Elle doit aussi veiller à la transcendance, c’est-à-dire au dépassement de soi dans la découverte des autres qui était confié à l’Eglise. Or l’Eglise a quasiment déserté ce champ pour se contenter de la redistribution des richesses soi-disant créées. Et ce champ manque terriblement. Nous oublions que le premier devoir d’une femme est de faire les enfants nécessaires au renouvellement de la population quand le premier devoir d’un homme est d’être en tous domaines son complément. Le manque de transcendance détruit toutes les collectivités, de la famille à la nation. Nous faisons de la compétitivité une qualité alors que c’est la coopération et la collaboration, qui permettent la vie en commun. Nous en arrivons même à mettre l’homme et la femme en compétition aussi bien par la parité que par l’orientation sexuelle qui oublie, ce que les Grecs savaient déjà fort bien, que les pulsions homosexuelles sont un passage normal de l’adolescence qui normalement ne dure pas. Si l’évolution ne se fait pas ou se fait mal, cela vaut compassion et empathie mais ni excès d’honneur ni indignité.

L’heure est grave car tout est dans le paraître et dans les techniques de report des problèmes alors que les solutions sont dans l’humilité, le courage et le discernement.

Pourquoi les banques vont-elles mal ?

La caricature habituelle du banquier avec son gros cigare, son haut-de-forme et les poches de sa redingote bourrées d’argent est en complète contradiction avec les annonces de plus en plus fréquentes de faillites de banques et de sauvetages indispensables des autres.

Il ne s’agit que de la contradiction entre le rêve et la réalité et les banques sont au milieu de ce qui devient un cauchemar. Le rêve c’est la création de richesses, l’investissement qui va créer ces richesses, et la réalité c’est qu’une richesse ne se reconnait que par l’échange avec une autre richesse précédemment reconnue et que, contrairement à une production, elle ne se crée pas.

Les banques créent la monnaie mais sont bien conscientes que la richesse ne se crée pas et elles ne mettent à disposition de la monnaie qui est une richesse reconnue, que par la création simultanée d’une créance et d’une dette. C’est la double écriture au même nom à leur actif comme à leur passif. A leur passif elle mettent une somme à la disposition de M. et Mme Tartempion ou de la société Trucmuche, et à leur actif elles inscrivent une créance du même montant sur les mêmes personnes. Les bénéficiaires utilisent généralement tout de suite l’argent mis à leur disposition mais pensent ne rembourser que petit à petit cet emprunt qu’on leur a souvent présenté comme un « investissement » qui allait générer de quoi rembourser par la sacro-sainte création de richesses.

Certes les banques dites d’affaires échappent à cela car elles ne vivent que de commissions payées par les grandes entreprises qui, elles, baignent à mille pour cent dans ce jeu si charmant de la création de richesses. Les grandes entreprises payent des fortunes aux banques d’affaires pour que leurs dirigeants puissent continuer à rêver, les dites banques payant des millions d’euros aux amis de ces dirigeants qui organisent en interne ces transactions avant de se mettre en marche vers le pouvoir.

Les banques commerciales, elles, sont coincées car elles vendent elles-mêmes à leurs clients la notion d’investissement qui ne soit pas un enterrement tout en sachant qu’il n’y a pas de création de richesse mais un échange. C’est pourquoi elles demandent en garantie, des richesses préalablement reconnues comme une hypothèque immobilière ou une caution de quelqu’un de solvable. Les banques cherchent à juste titre à sécuriser leur avoir sur des richesses déjà existantes plutôt que sur d’hypothétiques richesses futures qui sont pourtant généralement la raison du prêt.

Les banques centrales font exactement la même chose car en créant la monnaie qu’elles distribuent, elles créent en même temps une créance de même montant qu’elles mettent à leur actif sans être du tout certaines de les encaisser plus tard.

C’est tout le drame des banques. Elles ont déjà distribué de l’argent inexistant qu’elles ont créé par l’inscription de créances à leur actif, créances qu’elles ont de plus en plus de mal à recouvrer puisque fondées sur le rêve de l’investissement qui crée des richesses. En langage bancaire ce sont des NPL, des non performing loans qui font chuter à la pelle les banques ibériques et italiennes et qui feront chuter  les banques allemandes qui accumulent des créances en euros italiens, espagnols ou portugais sur ces banques malades, leurs clients transférant en euros allemands tous leurs euros du sud de l’Europe. Encore faut-il savoir que l’euro est une monnaie commune mais pas une monnaie unique, que les euros de chaque pays ne sont des créances que sur la banque centrale de ce pays et que tous les gestionnaires veulent n’être créanciers que de la Bundesbank. Savoir aussi que L’Union européenne impose d’autoriser sans limitation les échanges de tous les euros les uns avec les autres.

Personne n’ose reconnaître que la création de richesses est un mythe biblique ou évangélique et chacun ne fait que repousser l’échéance pour ne pas être aux commandes le jour du déluge. Les techniques de repoussage sont de plus en plus sophistiquées et rendent toutes, le problème encore plus compliqué.

Pour beaucoup, ce n’est pas si grave, les peuples paieront de leur sang !

Feuilletez et faites feuilleter le Petit lexique économique et social. Il évolue souvent et chaque mot est daté de sa dernière modification. Critiquez-le, commentez-le, proposez des mots qui ne s’y trouvent pas. N’hésitez pas à en contester la pertinence ou l’impertinence.