Les échanges

Le 11 novembre 1918 n’a pas marqué que la fin de la guerre. C’est le groupe qui a gagné et pas les individus. La victoire sacralise à la fois le groupe et la réaction au libéralisme individualiste effréné du XIXe siècle. L’Europe va rentrer dans un siècle de socialisme collectif effréné sous toutes ses formes. Lénine, Hitler, Mussolini, Atatürk ont tous été marqués dans leur jeunesse au XIXe siècle par les excès du libéralisme et ont tous été socialistes. N’est-il pas temps, au bout d’un siècle de regarder calmement comment, de tous ces excès, nous pouvons construire une harmonie ? Il y a un siècle nous arrêtions d’échanger des obus, des gaz et des balles. Pour nous mettre à échanger quoi ? La vie c’est le mouvement et le mouvement n’est qu’une suite de changements et d’échanges. Or il y a deux types d’échange qui n’ont rien à voir.

Un premier type d’échange est celui qui se fait à  l’intérieur d’un espace cohérent que nous appellerons un oïkos, une maisonnée, ce mot grec qui a donné son préfixe à l’économie, à l’écologie, à l’écosophie et à l’œcuménisme. Dans un oïkos où règne la confiance, l’échange se fait par le donner-recevoir-rendre comme l’appelait l’anthropologue et professeur au Collège de France Marcel Mauss et qu’il résumait par le don et le contredon. Pour lui, le donner-recevoir-rendre est non seulement au service du lien social en le nourrissant mais il est ce qu’il a appelé un « fait social total » à dimensions culturelle, économique, religieuse, symbolique et juridique, ne pouvant être réduit à l’une ou à l’autre de ses dimensions. C’est encore ce qui se passe heureusement dans la plupart des familles et dans certaines associations dont le but soude suffisamment les membres. Ce type d’échange promeut l’égalité dans l’interdépendance en opposition à la similitude et institue la coopération qui n’a rien à voir avec la compétition.

L’autre type d’échange complètement différent est celui qui se pratique à l’extérieur de l’oïkos, à l’extérieur de l’espace cohérent. L’échange s’y fait sans confiance et par le troc. Le troc est l’échange simultané de deux ensembles de biens et de services entre des gens qui ne se connaissent pas et qui considèrent de part et d’autre avec leurs propres critères qu’ils sortent gagnants de l’échange, ce que certains appellent un double enrichissement ou gagnant-gagnant. C’est ce qui s’est passé lorsque les premiers Européens ont abordé le Nouveau Monde et rencontré ceux qu’ils croyaient être des habitants des Indes. Ce type d’échange promeut la liberté et la concurrence.

La différence fondamentale entre les deux échanges, c’est l’harmonie entre l’individuel et le collectif. A l’intérieur de l’oïkos cette harmonie est essentielle, elle y est culturelle, économique, religieuse, symbolique et juridique ; économique et juridique par la recherche permanente de sa souveraineté alimentaire et énergétique ; culturelle par la définition de sa taille et par son fonctionnement ; religieuse et symbolique par sa monnaie. Le collectif y est donc partie prenante dans les échanges entre les individus. A l’inverse, à l’extérieur de l’oïkos, cette harmonie entre l’individuel et le collectif n’est pas recherchée, ni même digne d’intérêt. L’échange y est totalement égocentrique, soit pratique, concret et matériel par le troc qui n’existe que si les deux parties se sentent gagnantes, soit simplement enrichissant pour l’esprit par la curiosité du voyageur.

Les monnaies servent aujourd’hui d’intermédiaires aux deux échanges.

A l’intérieur de l’oïkos la monnaie a remplacé le donner-recevoir-rendre et est donc à dimensions culturelle, économique, religieuse, symbolique et juridique, ne pouvant être réduite à l’une ou à l’autre de ses dimensions. Elle est une créance sur le groupe qui utilise cette monnaie, et cette créance doit être causée lors de sa création. La cause de cette créance ne se posait pas lorsque la monnaie était en elle-même une richesse comme la monnaie métallique or ou argent, la seule existence du louis d’or montrait sa valeur. En revanche depuis que la monnaie est « fiduciaire » c’est-à-dire uniquement fondée sur la foi comme son nom l’indique, les aspects religieux et symbolique deviennent primordiaux pour comprendre pourquoi ce bout de papier est une créance.

A l’extérieur au contraire, la monnaie se compare aux monnaies des autres oïkos avec lesquels elle fait du troc. Cette comparaison intéresse peu les membres de chaque oïkos car normalement cela ne change guère leurs vies s’ils ont conservé leur souveraineté mais elle permet aux observateurs de fixer le taux de change entre les monnaies. Chacun ne connaissant bien que la monnaie de son propre oïkos, les deux parties chiffrent avec leur propre monnaie les deux tas dont elles font le troc et qu’elles considèrent toutes deux de même valeur. Elles rapprochent leurs résultats et les deux chiffrages étant réputés égaux, donnent le taux de change entre les deux monnaies. A titre d’exemple nous ne connaissons rien à la valeur du riyal saoudien mais nous faisons un troc entre du pétrole saoudien et un lot français de poulets, d’avions et de bombes. Chaque partie chiffre ce qu’elle livre avec sa propre monnaie et, puisque chacun est content du troc, le chiffrage en est fait en euro en France et en riyal saoudien en Arabie. Cette égalité donne le vrai taux de change entre le riyal saoudien et l’euro.

A l’extérieur la monnaie ne sert normalement qu’à un regard intellectuel sur les autres oïkos et sur la valeur qu’ont leurs monnaies chez eux. Elle n’est a priori ni culturelle ni religieuse ni symbolique, elle n’est que le support commode de la connaissance économique et juridique des autres  qui permet de faire du troc avec eux. Elle est aussi un regard sur soi-même car si le troc se fait difficilement, il faut en analyser les causes chez soi car on ne peut pas changer les autres.

Dans notre exemple, si nous voulons le même pétrole et que nous n’avons plus que des poulets à proposer en échange, de trois choses l’une pour que les deux parties soient d’accord sur ce troc : soit nous augmentons en poulets ou en n’importe quoi ce qui part en Arabie Saoudite, soit l’Arabie nous livre moins de pétrole, soit elle accepte ce nouveau troc désavantageux pour elle et le riyal saoudien est dévalué par rapport à l’euro puisque le même chiffrage du pétrole en riyals devient égal à un chiffrage moins important en euro ne chiffrant plus que les poulets. En revanche s’il faut toujours plus de fabrications françaises pour le même pétrole, c’est l’euro qui se dévalue mais ça donne de l’emploi en France.

Le fait que les mêmes monnaies concrétisent deux types d’échanges qui sont fondamentalement différents a entrainé une terrible confusion. Nous avons allègrement confondu dans une boulangerie de village, le Parisien qui y fait du troc, avec le cafetier ou le paysan qui avec le même billet et le même achat conforte le lien social dans son village.

Par facilité nous avons lentement tout inversé et glissé vers des monnaies qui ne font presque plus que du troc à l’intérieur et qui voudraient faire du lien social à l’extérieur en réduisant la richesse à la capacité à dépenser et la pauvreté à son incapacité à le faire. Et la facilité se heurte comme toujours à la réalité des faits.

En ce centenaire du basculement de l’excès du libéralisme du XIXe siècle à l’excès de socialisme du XXe siècle, ne serait-il pas temps de chercher enfin pour nous une harmonie en cessant de vouloir imposer une harmonie imaginaire à toute la Terre ?

Comment remettre de l’ordre dans les idées ?

« Père gardez-vous à droite, père gardez-vous à gauche ». Cette phrase a été prononcée en 1356, nous disent nos livres d’histoire, par Philippe âgé de 14 ans tentant de protéger à la bataille de Poitiers son père, notre Bon roi Jean qui va tout de même être fait prisonnier avec son fils par le vilain Prince Noir. Elle redevient d’actualité, nourrie qu’elle est actuellement par le mythe de la création de richesse qui sape notre société plus sûrement que tous les prétendus complots.

Il faut évidemment rappeler d’abord ce qu’est la Droite et la Gauche en France depuis qu’à la révolution on a mis dans l’hémicycle les Montagnards à gauche et les Girondins à droite. Si chacun s’accorde à reconnaître que mouvement et harmonie sont essentiels à une vie de groupe dynamique et sereine, la Droite privilégie l’harmonie et la Gauche le mouvement. L’âge fait souvent évoluer de la Gauche vers la Droite sauf de rares exceptions dont Victor Hugo. Aujourd’hui le mouvement devient essentiel car s’il ne vient pas de l’intérieur, il nous sera imposé de l’extérieur par ce que l’on a l’habitude d’appeler la guerre. Mais quel mouvement devons-nous faire ?

Il faut aussi se souvenir qu’un mythe est un récit imaginaire débouchant sur une réalité concrète, fondant et justifiant une vision du quotidien. Que ce soit le mythe de Prométhée qui donne le feu ou le mythe d’Enée qui donne la fondation de la cité, ces mythes sont fondateurs car leurs aboutissements sont indéniables et concrets. Le mythe de la création de richesse, lui, est le récit d’entreprises qui créeraient de la richesse par la valeur qu’elles ajouteraient. Mais où est l’aboutissement indéniable et concret ? La valeur d’une production n’existe que si elle est concrétisée par la rentrée de l’argent de sa vente et elle est rigoureusement égale à la paupérisation de l’acheteur qui vient abandonner son argent pour obtenir cette production. Tout le monde est satisfait par cet échange mais en macroéconomie, en vue d’ensemble, il y a eu échange entre deux créations, celle d’une production et celle de l’argent. Pour croire à la création de richesse il suffit d’annuler le poids de la création d’argent et c’est ce que nous faisons depuis un demi-siècle en nous croyant intelligents. Il suffit de négliger l’un des termes de l’échange et l’autre devient une création quasi divine. Il suffisait d’y penser ! Nous allons envelopper d’un épais brouillard la production de la monnaie pour en arriver à la négliger et ne voir dans l’échange que la création de ce qui est vendu, création qui est évidemment une richesse puisqu’elle a été vendue.

Il y a création de richesse dès que la création d’argent est négligée ou considérée comme, automatique, facile, divine ou miraculeuse. Sottement et à tous les niveaux nous rééditons une fois de plus le système de Law et celui des assignats qui ont montré par deux fois que le siècle des Lumières n’était pas lumineux en économie. On cache les drames que les effondrements de ces deux systèmes ont provoqués comme ceux de l’oignon de tulipe hollandais ou du mark de la république de Weimar pour l’expérimenter à nouveau depuis que Nixon a déconnecté le dollar de l’or le 15 août 1971. Nous ne nous occupons plus que d’en retarder la fin inéluctable et d’en accuser l’espace de jeu, nation, continent ou globe terrestre.

On présente comme une réalité quotidienne chiffrée, la création de richesses que serait le Produit Intérieur Brut, ce fameux PIB dont chacun veut s’approprier des pourcentages et qui au niveau mondial permettrait d’éradiquer la pauvreté. Mais le PIB n’est que la somme de toutes les dépenses annuelles passées et ne sert qu’à nourrir des courbes. Il alimente et stérilise aussi bien la fougue des tenants du mouvement que le dynamisme des tenants de l’harmonie.

Les gens du mouvement, ceux qui se croient de gauche, fondent leur action, leur réflexion et leur communication sur l’étonnement scandalisé de ne pas voir redistribuée cette richesse tellement évidente. Les mouvements sociaux, les retraites, l’éducation nationale, tout ce qui n’arrête pas de demander des « moyens », tout est abordé avec l’idée fausse que de la richesse est créée et est donc disponible. Le mythe de la création de richesse justifie toutes les demandes et empêche toute réflexion saine sur les mouvements nécessaires. Les gens du mouvement se veulent optimistes et s’avouent crédules.

Les gens de l’harmonie, ceux qui se croient de droite, fondent leur action, leur réflexion et leur communication sur la gestion quotidienne de l’impossible, à savoir faire croire que l’on va redistribuer alors que l’on va au contraire ponctionner davantage pour faire croire à l’arrivée tellement attendue de la croissance. C’est ce que font tous les gouvernements depuis 50 ans en promettant l’augmentation du niveau de vie et en en accompagnant la diminution. Le mythe de la création de richesse alimente alors un autre mythe, celui des « tous pourris » qui explique à bon compte l’inanité des gouvernants qui n’y peuvent rigoureusement rien. Il empêche toute réflexion saine sur l’harmonie, sur les équilibres et donc sur le chômage. Les gens de l’harmonie se veulent réalistes et s’avouent perdus.

Dans une république bien menée, qu’elle soit monarchique, aristocratique ou démocratique, les gens du mouvement rappellent que la compétition est le moteur du dynamisme et les gens de l’harmonie rappellent qu’une compétition n’est saine qu’entre des entités coopérant vers le même but. Les deux ont raison car la compétition est vivifiante entre coopérants et mortelle sans un socle commun coopératif, ce que les libéraux semblent avoir complètement occulté. Pour ne rester que dans le règne animal les chiens de traîneau ont toujours un meneur alors que d’autres s’étripent entre mâles pour une femelle.

Dans la fausse démocratie dans laquelle nous baignons, il faut être du mouvement pour obtenir le pouvoir et il faut être de l’harmonie pour le garder quand on y est parvenu. Dans les deux cas il faut savoir mentir. Mentir pour vendre du mouvement quand on demande à être aux manettes, mentir pour cacher la vérité quand on y est et que l’on est obligé de faire l’inverse de ce que l’on avait promis et la même chose que le précédent que l’on avait pourtant dégagé en le vouant aux gémonies. Notre système sélectionne les menteurs mais c’est malheureusement ce que le peuple attend car, sans manne divine, tous les raisonnements changent et affronter la réalité n’a jamais été l’apanage du peuple tant qu’il n’y est pas obligé. C’est là où la guerre marque des points dans son combat avec l’intelligence. Le peuple préfère tout attendre du nouveau venu, adepte du mouvement, et le dégager simplement très vite par un autre nouveau venu, encore plus adepte du mouvement, en se disant consciemment qu’on va bien enfin en trouver un qui va redistribuer cette richesse créée, et en se disant inconsciemment, comme la mère de Napoléon après les victoires de son fils : «Pourvu que ça dure !».

Nous sommes tous les vrais responsables du désastre vers lequel nous courrons par notre obstination à croire que nous créons des richesses. Il nous parait tellement naturel de laisser à nos enfants, après une vie de travail, plus que ce que nous avons reçu de nos parents, que nous n’envisageons pas qu’en macroéconomie tout puisse être matériellement à somme nulle. Nous n’avons plus besoin de donner un sens à nos vies puisque grappiller pour nos enfants une partie de la richesse créée, nous suffit. Les Eglises, au lieu de combattre le mythe qui rend les religions inutiles et multiplie les agnostiques, réduisent les religions au partage des richesses créées. Un peu honteuses, elles regardent d’un œil gourmand l’islam qui a moins cédé à l’abêtissement par les fausses richesses.

Des gens très sérieux et très doctes disent que personne ne peut entendre que la création de richesse est un mythe qui n’est fondateur de rien. Il paraîtrait même que ce soit inaudible. Cela vient sans doute de ce que le mot créer a plusieurs sens et que les confondre est bien commode. Créer vient du sanskrit kri qui veut dire faire et a le sens de sortir du néant réservé aux dieux. Mais il a aussi pour les humains les trois sens d’imaginer, de produire et de fonder. Imaginer est une création de l’esprit qui a toute liberté mais n’a aucun effet sans un passage à l’acte. Produire est une création matérielle qui peut être vue comme une richesse mais aussi comme un encombrant ou comme un déchet. Fonder est une création sociale qui peut tenir ou s’effondrer. Le mot richesse étant lui-même totalement subjectif, il est très tentant de tout mélanger et de croire sorti du néant ce qui n’est que création humaine soit purement imaginaire, soit simple transformation. C’est le cas du PIB que l’on présente comme sorti du néant et donc utilisable, alors qu’il n’est défini que par son coût et qu’il n’est que la mesure de notre folie dépensière d’un argent que l’on nous fabrique et qui est payé par les trois esclavages de la mondialisation, de la dette et de l’immigration.

Si nous prenons par exemple la cathédrale de Chartres, c’est en l’admirant que notre imagination fait de cette production, une richesse. Mais elle pourrait contribuer au PIB en se faisant détruire car il faudrait dépenser beaucoup d’argent pour remettre la Beauce dans l’état où elle se trouvait avant sa construction. Après destruction pourrait-on réellement utiliser 2% du PIB généré par cette destruction pour équiper l’armée française comme le propose Macron ? Les innombrables courbes en pourcentage du PIB sont un véritable scandale généré par le mythe de la création de richesse.

Ce mythe fausse tous nos raisonnements et nous empêche même de nous tourner vers un apport de vraies solutions aux problèmes que nous tentons de résoudre, tellement nous sommes éblouis par la richesse soi-disant créée. La richesse résout apparemment tout y compris même l’existence de sa propre création. Les dépenses somptuaires de publicité, alimentées par les banques centrales, par les penseurs de l’économie et par notre appauvrissement collectif, n’ont comme seule conséquence que de dissimuler en le dévalorisant le rôle de la monnaie dans la reconnaissance de la richesse afin de laisser croire à la génération spontanée de la richesse. C’est pourtant parce que la monnaie véhicule du travail humain déjà utilisé efficacement qu’elle est capable de reconnaître la richesse par son propre abandon.

Comment réordonner nos idées ?

D’abord en constatant que la richesse est un regard commun et qu’il ne peut y avoir de richesse objective. Toute richesse ne se conçoit qu’en lien avec un groupe. Un trésor caché sur une île déserte n’a de sens que s’il est rapporté au sein du groupe (cf Monte Cristo). Ensuite en distinguant clairement la richesse matérielle qui est possession d’un avoir, de la richesse immatérielle qui est satisfaction de l’être.

Quand elle est matérielle la richesse se constate par le regard commun d’un vendeur et d’un acheteur, de celui qui possède et de celui qui désire ou simplement admire. Par deux fois l’antiquaire fait ce constat. Il constate d’abord avec son fournisseur que l’objet est un encombrant dont le possesseur veut se débarrasser et il constate ensuite avec son client que le même objet est une richesse que l’acheteur désire posséder. Deux regards, deux constats, aucune création. L’encombrant des uns peut être la richesse des autres par des regards différents. Si les regards sont les mêmes, ce qui est le cas habituel dans une même civilisation, quand quelqu’un s’enrichit, d’autres s’appauvrissent des mêmes montants puisqu’il n’y a pas de création de richesse. Qui s’est appauvri des millions d’euros qu’un jeune énarque a gagnés dans une banque d’affaire ? Ne pas se poser la question, c’est rester enfermé dans le mythe bien commode et malheureusement très tranquillisant de la création de richesse. Se la poser, c’est commencer à comprendre la dévaluation de la monnaie, ce que l’on appelle maintenant l’inflation. La vraie inflation, telle qu’on l’apprenait il y a encore un demi-siècle, est faite par la création monétaire des banques (la monnaie qui enfle).

Quand elle est immatérielle la richesse est celle de l’esprit, c’est la satisfaction qui, elle, se crée bien évidemment. Elle se crée par l’éducation, par l’expérience, par la méditation et aussi par l’échange doublement désiré qui crée deux satisfactions. Le commerçant et son client sont tous les deux contents, l’un d’avoir vendu un bon prix, l’autre d’avoir acheté un bon prix. L’un pense qu’il aurait accepté de vendre un peu moins cher, l’autre qu’il aurait accepté d’acheter un peu plus cher. Ce qui est stupéfiant c’est de voir mettre le chiffrage du compromis de cet échange dans le PIB en l’appelant production au singulier et en laissant croire qu’il y a eu une création de richesse disponible dont on va pouvoir utiliser des pourcentages à qui mieux mieux. L’homme est content, il s’est fait dieu et il a créé. Nombre d’intellectuels vont se convaincre par facilité qu’aucun esprit sensé ne fabriquera ce qui n’a pas d’acheteurs. Cela n’est plus vrai et toute production est réputée richesse depuis l’introduction de la machine et depuis que la monnaie n’est plus que du papier journal que les rotatives des banques centrales impriment à foison. Nous créons de la richesse !! Ce Qu’il Fallait Démontrer ! Même Eric Verhaeghe dont les billets sont généralement si affûtés en arrive à écrire que « la hausse de la CSG (……) compense une redistribution inégalitaire des richesses ».

Même la Terre ne crée pas seule des richesses car la nature ne fait que proposer du minéral, du végétal et de l’animal qui ne deviennent des richesses que si l’homme fait l’effort d’aller l’extraire, le cueillir, le ramasser, le chasser, le piéger ou le pêcher. Sans ce lien au groupe, la nature renouvelle annuellement sa proposition en végétal et en animal pour qu’elle reste constante tant que l’homme ne la surexploite pas, et fait disparaître avec une discrétion exemplaire les propositions antérieures non exploitées et devenues inutiles.

Une économie harmonieuse fait que le résultat du travail de chacun est regardé par le groupe comme une richesse sans avoir besoin du monde de la publicité et de ses sous-produits, le sport et les médias qui coûtent si cher. Dans une économie harmonieuse il est naturellement proposé à chacun de travailler au bien commun. Ce bien commun est le but commun auquel chacun coopère en essayant de se dépasser soi-même. Une économie harmonieuse marie la coopération et la compétition comprise comme une pétition commune prise en commun

Un enfant qui fait un dessin croit évidemment fabriquer une richesse car il sait que maman va trouver le dessin très beau et il s’applique pour ne pas la décevoir. Elle achètera le dessin avec la seule monnaie qu’ils connaissent entre eux, les étreintes et les bisous. Maman était prête à en donner encore plus et l’enfant se serait contenté d’un peu moins. Mais si maman n’est pas là, si personne ne vient s’extasier sur la beauté du dessin, l’enfant, encore intelligent car non encore formaté et écrasé par le rouleau compresseur de la société actuelle et n’ayant encore rien compris à la publicité, va voir son dessin pour ce qu’il est, un encombrant et très vite un rebut. Très intelligemment il va s’en désintéresser et passer à autre chose.

Aucun prix Nobel ne semble avoir étudié sérieusement ce mécanisme économique apparemment si simple, à savoir que l’économie ne marche que sur deux pieds et qu’il n’y a aucun résultat sans une cause, sans une origine. L’homme ne crée pas. Il ne sait que transformer avec son énergie personnelle. Tout ce qui se croit unijambiste et singulier comme le PIB, la monnaie, la croissance, l’innovation ne fait que négliger l’autre pied qui en est la source souvent cachée et qui est respectivement la dépense pour le PIB, le travail pour la monnaie, l’augmentation des dépenses pour la croissance et le deuil pour l’innovation.

Pendant ce temps-là les esclavages du mondialisme, de l’immigration et surtout de la dette apportent l’énergie que notre travail théoriquement véhiculé par la monnaie n’apporte plus.

Alors que faire ?

  • Remplacer les esclavages par le travail de notre propre peuple en sortant de la querelle séculaire entre le public et le privé par le mariage aujourd’hui innovant de l’initiative personnelle à la force collective.
  • Échanger avec toute la Terre dans le respect réciproque qui interdit le déséquilibre d’un échange que la compétition encourage et que la coopération réprouve.
  • Retrouver une monnaie qui véhicule réellement le travail de ceux qui l’utilisent en interdisant sa dévalorisation par une fabrication bancaire incontrôlée.
  • Mettre l’expérience au même niveau que l’instruction dans le système éducatif pour permettre de jauger la qualité de l’instruction par son efficacité.
  • Instaurer un permis de voter et le référendum d’initiative populaire pour faire les choix que le réalisme imposera.
  • Retrouver une spiritualité majoritaire qui seule permet d’aplanir les conflits naturels entre l’individuel et le collectif.

Mais tant que nous n’aurons pas pris conscience que la richesse matérielle ne se crée pas et ne peut donc être ni distribuée ni redistribuée, nous continuerons à être gouvernés par les pantins de notre propre veulerie, qui ne laissent pas seulement la violence monter mais qui l’encouragent en laissant croire à Droite comme à Gauche qu’un échange avec de la fausse monnaie, fait d’une production une richesse nouvellement créée. Ils utilisent cette fausse création pour se faire mousser et font monter les esclavages, la violence et la haine qu’ils condamnent bien sûr par ailleurs, avec la même hypocrisie que nous tous !

Gardons-nous à droite, gardons-nous à gauche ! Et réveillons-nous tant qu’il en est encore temps. Souvenons-nous que dans notre civilisation judéo-gréco-romaine, la bonne nouvelle est que nous savons que lorsque l’on s’est trompé, que l’on a renié ou trahi, il ne faut ni désespérer comme Judas, ni se justifier comme les pharisiens mais faire comme Pierre qui « sortit et pleura ». C’est sur ces pleurs pleins d’humilité, de courage et de discernement retrouvés, sur cette destruction créatrice que l’Eglise fut fondée.

L’économie virtuelle

Dans ce monde où personne ne veut voir que nous consommons nettement plus que ce que nous produisons, y a-t-il une autre solution que la guerre pour arrêter le système qui permet de trouver cela naturel ?

Cette question simple qui est inconsciemment en chacun d’entre nous est tellement difficile, complexe et désagréable que nous procrastinons tous en en reportant chaque jour l’étude au lendemain.

C’est sans doute en trois temps qu’il faut aborder le problème. D’abord comprendre la simplicité de l’économie réelle, ensuite analyser l’économie virtuelle et enfin observer comment l’éducation et la politique se sont mis au service du virtuel par paresse et veulerie.

L’économie, l’action dans la maison en grec, est très simple. La monnaie est l’énergie collective utilisable pour n’importe quoi à l’intérieur du groupe qui l’utilise, et le travail est la seule énergie individuelle connue. L’économie c’est l’échange entre de la monnaie et un bien ou un service créé par le travail. C’est aussi l’étude de cet échange. Chaque individu essaie de séduire par son travail un possesseur de monnaie pour échanger avec lui les énergies et transformer le fruit de son travail dont il ne sait pas très bien si ce fruit est richesse, embarras ou déchet, contre de la monnaie qui est une richesse objective sûre et stable. La monnaie est le seul bien qu’il est unanimement scandaleux de brûler. Tous les autres biens sans exception peuvent être des encombrements ou des déchets pour certaines personnes ou dans certains lieux ou à certains moments. Quel que soit le bien on trouvera toujours quelque part, quelqu’un qui aura envie à un moment donné de le détruire. Mais personne ne brûle des billets de banque. Les deux seules exceptions connues, Gainsbourg et Nicholson, sont deux beaux exemples du côté asocial des médias.

Le possesseur de monnaie s’appellera patron ou client. Les individus se regrouperont ou pas pour fabriquer des biens ou des services mais, seuls ou en groupe, ils seront toujours dans la séduction du possesseur de monnaie, à l’écoute de ce qu’ils doivent modifier pour mieux répondre à son attente. Dans l’économie réelle l’achat de l’affect du possesseur de monnaie par la publicité n’a pas encore fait ses ravages coûteux et on en reste à la remise en cause permanente de celui qui travaille pour être plus utile au groupe, plus reconnu par lui. L’économie réelle est toujours dans le don de soi et dans l’accueil de l’autre comme cela se passait avant l’introduction de la monnaie. L’économie réelle ne crée des biens et des services que pour vérifier qu’elle n’a pas perdu son temps et qu’elle peut échanger sa création subjective contre de l’argent objectif. Le prix est la mesure juste qui permet à la monnaie de circuler sans se dévaloriser. Sa multiplication intempestive s’appelle l’inflation, la masse monétaire qui enfle et qui génère la hausse des prix.

L’économie réelle sait qu’il faut des impôts et des fonctionnaires et que la difficulté est d’arriver à ce que tout fonctionne en limitant les deux, un bon fonctionnement avec peu d’impôts et peu de fonctionnaires. Dans l’économie réelle les fonctionnaires séduisent leur employeur, l’Etat, qui va chercher par l’impôt de quoi les payer et qui rend compte de sa gestion. Sa gestion consiste avant tout à garantir la valeur de la monnaie, cette énergie collectivement stockée et qui ne doit pas être gaspillée mais utilisée pour stimuler le travail de tout le peuple. Si la monnaie se dévalue, c’est qu’il y a inflation et l’Etat doit alerter son peuple sur ce qui ne va pas.

Toutes les civilisations ont vécu cette simplicité et dans celles qui avaient l’or pour monnaie, aucune n’a jamais dit que l’or ne valait plus rien. L’or ne s’est jamais dévalué.

Mais depuis deux siècles l’Occident a inventé l’économie virtuelle qui a elle-même inventé la création de richesse par un moyen simple, stupide mais qui a très bien marché : compter les échanges, les additionner et dire que c’est un produit, une création de richesses. Ça n’a aucun sens mais en le répétant des millions de fois cela a marché dans un monde qui ne filtre plus l’échange. Normalement l’échange est filtré par l’action qui montre l’impossibilité d’un fantasme et par la réflexion qui montre la déraison de la stupidité, les deux empêchant l’échange de n’être que du délire.

Mais la réflexion est abandonnée à ceux qui passent à la télé pour vendre leurs livres et y sont « suffisants et insuffisants » dans leurs péroraisons mais bien propres sur eux. Quant à l’action elle est sous-traitée à d’autres parties de la Terre  qui sont encore en économie réelle et qui ne rechignent pas au travail. Sans ce double filtre nous nous sommes laissés convaincre que le PIB est une création annuelle de richesses, une manne divine à nous distribuer.

Le plus fort est que nous nous sommes tous enrichis de cette manne divine grâce à l’emprunt fondé lui-même sur la création de richesses futures. Comme c’est totalement virtuel, l’appauvrissement indispensable au remboursement des emprunts devient une guerre sans merci entre les Etats, les entreprises et les citoyens qu’ils soient clients ou contribuables. Tous les coups sont permis dans tous les sens et cela ne fait que commencer.Cet échange de coups vicieux va devenir notre activité principale et l’économie virtuelle se frottera les mains de cette nouvelle richesse.

Pendant ce temps, au lieu de prendre conscience du rapprochement inévitable de la guerre qui fait éclater en 5 minutes la bulle de l’économie virtuelle, nous perdons notre temps en discussions oiseuses et byzantines pleines de name-dropping sur la « valeur travail » en ayant oublié et ce qu’est la valeur et ce qu’est le travail. Ou nous devisons sur l’étalon or comme si le rattachement à une matière non dévaluée résolvait quelque problème de fond que ce soit.

Qui ne s’engage pas fermement aujourd’hui dans l’éclatement de la bulle des créations de richesses de l’économie virtuelle, fait le choix de la seule autre solution, la guerre qui sera d’abord civile avant d’être mondiale. La guerre dans son abominable côté concret, casse les reins en un instant à tout ce qui est virtuel. Allez emprunter sur richesses futures en temps de guerre !

Mais nos institutions politique et éducative ou plutôt ceux qui s’en sont arrogés les rênes sans donner l’impression de bien comprendre, ont fait le choix de se servir de l’économie virtuelle au lieu de la faire éclater. L’effondrement de leur popularité montre que le bon sens reste au peuple.

Bien voir, bien comprendre, bien agir