Naissance, vie et mort de la richesse matérielle

La richesse est ce que l’homme trouve beau ou bon et elle est matérielle quand elle est palpable. Elle est le regard satisfait que l’homme porte sur sa production ou sur celle de la nature.

Mais comme tout ce qui est humain la richesse naît, vit et meurt et comme pour tout ce qui est humain, nous nous intéressons plus à sa naissance dont nous nous réjouissons qu’à sa mort que nous redoutons mais que nous feignons d’ignorer. La science économique, oubliant dogmatiquement qu’elle marche sur deux pieds, néglige volontairement la mort de la richesse, ce qui rend les économistes inefficaces et inutiles, voire dangereux quand on les écoute ou quand ils déforment des étudiants.

La mort de la richesse est pourtant la plupart du temps programmée. Soit elle est immédiatement consommée comme l’alimentation ou le conseil, soit c’est son obsolescence qui est programmée, soit elle est volontairement détruite par des bombardements, par des saccages ou par des grands projets à la Haussmann. Elle peut encore être accidentellement détruite par des incendies, des tempêtes ou des séismes. Reconstruire un château sur un château, une église sur une église, une ville sur une ville, est une constante humaine car le lieu primitivement choisi l’a toujours été pour de bonnes raisons. Cela fait naître une richesse nouvelle qui constate la mort de l’ancienne. Quand une civilisation se croit vivante, elle n’a cure de la destruction car pour elle la richesse créée est plus belle que la richesse détruite et elle se croit donc plus riche. C’est lorsqu’elle a un peu honte de ce qu’elle crée, lorsqu’une civilisation est fatiguée, qu’elle regrette les richesses détruites et qu’elle ne construit plus que pour l’immédiateté tellement elle a peur du futur, c’est à ce moment qu’elle se met à admirer les vestiges de ce qui a été détruit comme le mur des lamentations, dernier vestige du deuxième temple à Jérusalem ou à en vénérer ce qui a été conservé comme ses cathédrales, ses pyramides, ses dolmens, ses stupas ou ses châteaux.

C’est au travers d’une vision peu claire de la richesse matérielle que l’on voudrait aussi durable que la richesse intellectuelle que nous devons étudier le rapport entre la richesse matérielle et l’argent. Ce rapport est à la base de toute la science économique.

La richesse est un regard subjectif sur l’efficacité du travail humain alors que la monnaie est un véhicule concret, objectif et chiffrable de ce même travail humain. Mais si le lien entre richesse et argent est individuellement très bien compris, il est généralement beaucoup plus mal perçu au niveau global. La richesse matérielle se fait pourtant reconnaître comme richesse parmi les productions par son échange avec de la monnaie qui est une autre fabrication humaine précédemment reconnue comme une richesse par un groupe donné.

Monnaie et richesse aborde le même concept, la monnaie l’aborde quantitativement quand la richesse l’aborde qualitativement.

La monnaie étant un véhicule de l’énergie humaine que le groupe juge avoir été bien utilisée, elle mesure quantitativement une autre expression de l’énergie humaine bien utilisée d’après le groupe, à savoir sa richesse matérielle. La richesse matérielle d’un groupe et la quantité de monnaie, recouvrent donc toutes les deux le résultat de l’énergie humaine que le groupe juge avoir été dépensée intelligemment. Elles sont par définition identiques et la quantité de monnaie en circulation dans un groupe doit donc correspondre à la quantité de richesse matérielle vivante. Elle doit augmenter quand le groupe pense s’être enrichi, elle doit diminuer quand le groupe pense s’être appauvri.

On peut imaginer qu’à l’introduction d’une monnaie dans un groupe, on a évalué en la chiffrant la richesse matérielle de chacun, on a tout additionné, on en a tiré un chiffrage de la richesse collective du groupe sans oublier de chiffrer ce qui appartenait à la collectivité. C’est alors qu’on a fait une image de cette richesse, une image du travail déjà effectué, son double avec une matière rare, pérenne, transportable et divisible. Au départ les membres du groupe ont des biens, le groupe a des biens et de la monnaie. Le groupe, appelons-le l’État, ne garde alors que la monnaie correspondant à ses biens propres et distribue à chacun la monnaie équivalente à ce qu’il possède déjà, beaucoup à celui qui a beaucoup, rien à celui qui n’a rien. L’introduction de la monnaie ne change en rien la propriété des uns et des autres et celui qui n’a que son travail à vendre, voit simplement devenir concret le fruit de son effort. A la création de nouveaux biens reconnus comme richesse, le groupe augmente la monnaie, à la mort de ces biens, le groupe diminue la monnaie.

La bonne quantité de monnaie qui doit rester en permanence le chiffrage par le groupe de sa richesse matérielle du moment, dépend donc de cinq facteurs. Trois sont évidents, sa création (augmentation de la quantité de monnaie en circulation), sa circulation (sa capacité à reconnaître plusieurs fois de la richesse) et sa destruction (diminution de la quantité de monnaie en circulation). Deux le sont moins mais ont autant d’impact, sa consommation (on consomme de la monnaie en détruisant des richesses) et sa dissimulation (l’épargne).

Une première réflexion s’impose suivant que la monnaie est déjà perçue comme une richesse en soi comme l’or ou l’argent ou qu’elle n’est qu’un symbole comme le papier-monnaie ou l’argent virtuel. Dans le premier cas l’or ou l’argent fait partie de la richesse du groupe et la monnaie est une valeur reconnue pouvant par simple fonte redevenir richesse. L’inconvénient est qu’en frappant monnaie, on stérilise une partie de la richesse du groupe pour en faire de la monnaie, mais l’avantage est que le rééquilibrage entre richesse et monnaie est très facile à faire. Pour garder l’égalité entre la monnaie et la richesse il suffit, si la richesse monte, de frapper de nouvelles pièces, et si elle descend d’en fondre. En revanche avec du papier-monnaie ou de la monnaie virtuelle, il n’y a que la confiance en ses fabricants qui garantit qu’il n’y aura pas plus de monnaie que de richesses, ce qui dévaloriserait malhonnêtement la monnaie.

Nous pourrons nous demander dans un prochain billet s’il n’y aurait pas un lien de ce type entre ces coïncidences constatées : La crise de la tulipe est arrivée au XVIIe siècle à la fin de la guerre ruineuse « des quatre-vingts ans » entre les sept provinces protestantes du nord des Pays-Bas et l’Espagne catholique ; le système de Law (que l’on prononçait Lasse) est arrivé au XVIIe siècle quand le Régent n’arrivait plus à payer les guerres de Louis XIV ; les assignats sont apparus quand la république française se battait contre toute l’Europe; la catastrophe du mark de Weimar a suivi le défaite allemande de 1918 et le change flottant depuis 1971 n’a fait que constater l’échec des accords de Bretton Woods en fin de deuxième guerre mondiale sans faire le lien avec la fin catastrophique de tous ses prédécesseurs. Depuis 1971 tous les gouvernements occidentaux ont en plus inventé, pour plaire au peuple et garder le pouvoir, la notion de croissance économique qui justifierait qualitativement, mais évidemment pas quantitativement même si elle était réelle, la fabrication de monnaie. Tant que le peuple accepte de faire semblant d’y croire, il ne fait que laisser, toute honte bue, les drames de l’explosion à ses enfants. N’y aurait-il pas un lien avec le fait qu’il fait de moins en moins d’enfants et qu’il laisse la place ?

De tous côtés les petits maîtres abondent qui apportent leur solution miracle en évitant la question essentielle. Mais cette question ne pourra être sérieusement abordée que lorsque nous aurons reconnu que la richesse matérielle meurt comme elle naît et que la monnaie n’en est que l’image transportable aussi volatile qu’elle. Ce n’est pas du tout ce qui est enseigné dans nos universités.

Comment remettre de l’ordre dans les idées ?

« Père gardez-vous à droite, père gardez-vous à gauche ». Cette phrase a été prononcée en 1356, nous disent nos livres d’histoire, par Philippe âgé de 14 ans tentant de protéger à la bataille de Poitiers son père, notre Bon roi Jean qui va tout de même être fait prisonnier avec son fils par le vilain Prince Noir. Elle redevient d’actualité, nourrie qu’elle est actuellement par le mythe de la création de richesse qui sape notre société plus sûrement que tous les prétendus complots.

Il faut évidemment rappeler d’abord ce qu’est la Droite et la Gauche en France depuis qu’à la révolution on a mis dans l’hémicycle les Montagnards à gauche et les Girondins à droite. Si chacun s’accorde à reconnaître que mouvement et harmonie sont essentiels à une vie de groupe dynamique et sereine, la Droite privilégie l’harmonie et la Gauche le mouvement. L’âge fait souvent évoluer de la Gauche vers la Droite sauf de rares exceptions dont Victor Hugo. Aujourd’hui le mouvement devient essentiel car s’il ne vient pas de l’intérieur, il nous sera imposé de l’extérieur par ce que l’on a l’habitude d’appeler la guerre. Mais quel mouvement devons-nous faire ?

Il faut aussi se souvenir qu’un mythe est un récit imaginaire débouchant sur une réalité concrète, fondant et justifiant une vision du quotidien. Que ce soit le mythe de Prométhée qui donne le feu ou le mythe d’Enée qui donne la fondation de la cité, ces mythes sont fondateurs car leurs aboutissements sont indéniables et concrets. Le mythe de la création de richesse, lui, est le récit d’entreprises qui créeraient de la richesse par la valeur qu’elles ajouteraient. Mais où est l’aboutissement indéniable et concret ? La valeur d’une production n’existe que si elle est concrétisée par la rentrée de l’argent de sa vente et elle est rigoureusement égale à la paupérisation de l’acheteur qui vient abandonner son argent pour obtenir cette production. Tout le monde est satisfait par cet échange mais en macroéconomie, en vue d’ensemble, il y a eu échange entre deux créations, celle d’une production et celle de l’argent. Pour croire à la création de richesse il suffit d’annuler le poids de la création d’argent et c’est ce que nous faisons depuis un demi-siècle en nous croyant intelligents. Il suffit de négliger l’un des termes de l’échange et l’autre devient une création quasi divine. Il suffisait d’y penser ! Nous allons envelopper d’un épais brouillard la production de la monnaie pour en arriver à la négliger et ne voir dans l’échange que la création de ce qui est vendu, création qui est évidemment une richesse puisqu’elle a été vendue.

Il y a création de richesse dès que la création d’argent est négligée ou considérée comme, automatique, facile, divine ou miraculeuse. Sottement et à tous les niveaux nous rééditons une fois de plus le système de Law et celui des assignats qui ont montré par deux fois que le siècle des Lumières n’était pas lumineux en économie. On cache les drames que les effondrements de ces deux systèmes ont provoqués comme ceux de l’oignon de tulipe hollandais ou du mark de la république de Weimar pour l’expérimenter à nouveau depuis que Nixon a déconnecté le dollar de l’or le 15 août 1971. Nous ne nous occupons plus que d’en retarder la fin inéluctable et d’en accuser l’espace de jeu, nation, continent ou globe terrestre.

On présente comme une réalité quotidienne chiffrée, la création de richesses que serait le Produit Intérieur Brut, ce fameux PIB dont chacun veut s’approprier des pourcentages et qui au niveau mondial permettrait d’éradiquer la pauvreté. Mais le PIB n’est que la somme de toutes les dépenses annuelles passées et ne sert qu’à nourrir des courbes. Il alimente et stérilise aussi bien la fougue des tenants du mouvement que le dynamisme des tenants de l’harmonie.

Les gens du mouvement, ceux qui se croient de gauche, fondent leur action, leur réflexion et leur communication sur l’étonnement scandalisé de ne pas voir redistribuée cette richesse tellement évidente. Les mouvements sociaux, les retraites, l’éducation nationale, tout ce qui n’arrête pas de demander des « moyens », tout est abordé avec l’idée fausse que de la richesse est créée et est donc disponible. Le mythe de la création de richesse justifie toutes les demandes et empêche toute réflexion saine sur les mouvements nécessaires. Les gens du mouvement se veulent optimistes et s’avouent crédules.

Les gens de l’harmonie, ceux qui se croient de droite, fondent leur action, leur réflexion et leur communication sur la gestion quotidienne de l’impossible, à savoir faire croire que l’on va redistribuer alors que l’on va au contraire ponctionner davantage pour faire croire à l’arrivée tellement attendue de la croissance. C’est ce que font tous les gouvernements depuis 50 ans en promettant l’augmentation du niveau de vie et en en accompagnant la diminution. Le mythe de la création de richesse alimente alors un autre mythe, celui des « tous pourris » qui explique à bon compte l’inanité des gouvernants qui n’y peuvent rigoureusement rien. Il empêche toute réflexion saine sur l’harmonie, sur les équilibres et donc sur le chômage. Les gens de l’harmonie se veulent réalistes et s’avouent perdus.

Dans une république bien menée, qu’elle soit monarchique, aristocratique ou démocratique, les gens du mouvement rappellent que la compétition est le moteur du dynamisme et les gens de l’harmonie rappellent qu’une compétition n’est saine qu’entre des entités coopérant vers le même but. Les deux ont raison car la compétition est vivifiante entre coopérants et mortelle sans un socle commun coopératif, ce que les libéraux semblent avoir complètement occulté. Pour ne rester que dans le règne animal les chiens de traîneau ont toujours un meneur alors que d’autres s’étripent entre mâles pour une femelle.

Dans la fausse démocratie dans laquelle nous baignons, il faut être du mouvement pour obtenir le pouvoir et il faut être de l’harmonie pour le garder quand on y est parvenu. Dans les deux cas il faut savoir mentir. Mentir pour vendre du mouvement quand on demande à être aux manettes, mentir pour cacher la vérité quand on y est et que l’on est obligé de faire l’inverse de ce que l’on avait promis et la même chose que le précédent que l’on avait pourtant dégagé en le vouant aux gémonies. Notre système sélectionne les menteurs mais c’est malheureusement ce que le peuple attend car, sans manne divine, tous les raisonnements changent et affronter la réalité n’a jamais été l’apanage du peuple tant qu’il n’y est pas obligé. C’est là où la guerre marque des points dans son combat avec l’intelligence. Le peuple préfère tout attendre du nouveau venu, adepte du mouvement, et le dégager simplement très vite par un autre nouveau venu, encore plus adepte du mouvement, en se disant consciemment qu’on va bien enfin en trouver un qui va redistribuer cette richesse créée, et en se disant inconsciemment, comme la mère de Napoléon après les victoires de son fils : «Pourvu que ça dure !».

Nous sommes tous les vrais responsables du désastre vers lequel nous courrons par notre obstination à croire que nous créons des richesses. Il nous parait tellement naturel de laisser à nos enfants, après une vie de travail, plus que ce que nous avons reçu de nos parents, que nous n’envisageons pas qu’en macroéconomie tout puisse être matériellement à somme nulle. Nous n’avons plus besoin de donner un sens à nos vies puisque grappiller pour nos enfants une partie de la richesse créée, nous suffit. Les Eglises, au lieu de combattre le mythe qui rend les religions inutiles et multiplie les agnostiques, réduisent les religions au partage des richesses créées. Un peu honteuses, elles regardent d’un œil gourmand l’islam qui a moins cédé à l’abêtissement par les fausses richesses.

Des gens très sérieux et très doctes disent que personne ne peut entendre que la création de richesse est un mythe qui n’est fondateur de rien. Il paraîtrait même que ce soit inaudible. Cela vient sans doute de ce que le mot créer a plusieurs sens et que les confondre est bien commode. Créer vient du sanskrit kri qui veut dire faire et a le sens de sortir du néant réservé aux dieux. Mais il a aussi pour les humains les trois sens d’imaginer, de produire et de fonder. Imaginer est une création de l’esprit qui a toute liberté mais n’a aucun effet sans un passage à l’acte. Produire est une création matérielle qui peut être vue comme une richesse mais aussi comme un encombrant ou comme un déchet. Fonder est une création sociale qui peut tenir ou s’effondrer. Le mot richesse étant lui-même totalement subjectif, il est très tentant de tout mélanger et de croire sorti du néant ce qui n’est que création humaine soit purement imaginaire, soit simple transformation. C’est le cas du PIB que l’on présente comme sorti du néant et donc utilisable, alors qu’il n’est défini que par son coût et qu’il n’est que la mesure de notre folie dépensière d’un argent que l’on nous fabrique et qui est payé par les trois esclavages de la mondialisation, de la dette et de l’immigration.

Si nous prenons par exemple la cathédrale de Chartres, c’est en l’admirant que notre imagination fait de cette production, une richesse. Mais elle pourrait contribuer au PIB en se faisant détruire car il faudrait dépenser beaucoup d’argent pour remettre la Beauce dans l’état où elle se trouvait avant sa construction. Après destruction pourrait-on réellement utiliser 2% du PIB généré par cette destruction pour équiper l’armée française comme le propose Macron ? Les innombrables courbes en pourcentage du PIB sont un véritable scandale généré par le mythe de la création de richesse.

Ce mythe fausse tous nos raisonnements et nous empêche même de nous tourner vers un apport de vraies solutions aux problèmes que nous tentons de résoudre, tellement nous sommes éblouis par la richesse soi-disant créée. La richesse résout apparemment tout y compris même l’existence de sa propre création. Les dépenses somptuaires de publicité, alimentées par les banques centrales, par les penseurs de l’économie et par notre appauvrissement collectif, n’ont comme seule conséquence que de dissimuler en le dévalorisant le rôle de la monnaie dans la reconnaissance de la richesse afin de laisser croire à la génération spontanée de la richesse. C’est pourtant parce que la monnaie véhicule du travail humain déjà utilisé efficacement qu’elle est capable de reconnaître la richesse par son propre abandon.

Comment réordonner nos idées ?

D’abord en constatant que la richesse est un regard commun et qu’il ne peut y avoir de richesse objective. Toute richesse ne se conçoit qu’en lien avec un groupe. Un trésor caché sur une île déserte n’a de sens que s’il est rapporté au sein du groupe (cf Monte Cristo). Ensuite en distinguant clairement la richesse matérielle qui est possession d’un avoir, de la richesse immatérielle qui est satisfaction de l’être.

Quand elle est matérielle la richesse se constate par le regard commun d’un vendeur et d’un acheteur, de celui qui possède et de celui qui désire ou simplement admire. Par deux fois l’antiquaire fait ce constat. Il constate d’abord avec son fournisseur que l’objet est un encombrant dont le possesseur veut se débarrasser et il constate ensuite avec son client que le même objet est une richesse que l’acheteur désire posséder. Deux regards, deux constats, aucune création. L’encombrant des uns peut être la richesse des autres par des regards différents. Si les regards sont les mêmes, ce qui est le cas habituel dans une même civilisation, quand quelqu’un s’enrichit, d’autres s’appauvrissent des mêmes montants puisqu’il n’y a pas de création de richesse. Qui s’est appauvri des millions d’euros qu’un jeune énarque a gagnés dans une banque d’affaire ? Ne pas se poser la question, c’est rester enfermé dans le mythe bien commode et malheureusement très tranquillisant de la création de richesse. Se la poser, c’est commencer à comprendre la dévaluation de la monnaie, ce que l’on appelle maintenant l’inflation. La vraie inflation, telle qu’on l’apprenait il y a encore un demi-siècle, est faite par la création monétaire des banques (la monnaie qui enfle).

Quand elle est immatérielle la richesse est celle de l’esprit, c’est la satisfaction qui, elle, se crée bien évidemment. Elle se crée par l’éducation, par l’expérience, par la méditation et aussi par l’échange doublement désiré qui crée deux satisfactions. Le commerçant et son client sont tous les deux contents, l’un d’avoir vendu un bon prix, l’autre d’avoir acheté un bon prix. L’un pense qu’il aurait accepté de vendre un peu moins cher, l’autre qu’il aurait accepté d’acheter un peu plus cher. Ce qui est stupéfiant c’est de voir mettre le chiffrage du compromis de cet échange dans le PIB en l’appelant production au singulier et en laissant croire qu’il y a eu une création de richesse disponible dont on va pouvoir utiliser des pourcentages à qui mieux mieux. L’homme est content, il s’est fait dieu et il a créé. Nombre d’intellectuels vont se convaincre par facilité qu’aucun esprit sensé ne fabriquera ce qui n’a pas d’acheteurs. Cela n’est plus vrai et toute production est réputée richesse depuis l’introduction de la machine et depuis que la monnaie n’est plus que du papier journal que les rotatives des banques centrales impriment à foison. Nous créons de la richesse !! Ce Qu’il Fallait Démontrer ! Même Eric Verhaeghe dont les billets sont généralement si affûtés en arrive à écrire que « la hausse de la CSG (……) compense une redistribution inégalitaire des richesses ».

Même la Terre ne crée pas seule des richesses car la nature ne fait que proposer du minéral, du végétal et de l’animal qui ne deviennent des richesses que si l’homme fait l’effort d’aller l’extraire, le cueillir, le ramasser, le chasser, le piéger ou le pêcher. Sans ce lien au groupe, la nature renouvelle annuellement sa proposition en végétal et en animal pour qu’elle reste constante tant que l’homme ne la surexploite pas, et fait disparaître avec une discrétion exemplaire les propositions antérieures non exploitées et devenues inutiles.

Une économie harmonieuse fait que le résultat du travail de chacun est regardé par le groupe comme une richesse sans avoir besoin du monde de la publicité et de ses sous-produits, le sport et les médias qui coûtent si cher. Dans une économie harmonieuse il est naturellement proposé à chacun de travailler au bien commun. Ce bien commun est le but commun auquel chacun coopère en essayant de se dépasser soi-même. Une économie harmonieuse marie la coopération et la compétition comprise comme une pétition commune prise en commun

Un enfant qui fait un dessin croit évidemment fabriquer une richesse car il sait que maman va trouver le dessin très beau et il s’applique pour ne pas la décevoir. Elle achètera le dessin avec la seule monnaie qu’ils connaissent entre eux, les étreintes et les bisous. Maman était prête à en donner encore plus et l’enfant se serait contenté d’un peu moins. Mais si maman n’est pas là, si personne ne vient s’extasier sur la beauté du dessin, l’enfant, encore intelligent car non encore formaté et écrasé par le rouleau compresseur de la société actuelle et n’ayant encore rien compris à la publicité, va voir son dessin pour ce qu’il est, un encombrant et très vite un rebut. Très intelligemment il va s’en désintéresser et passer à autre chose.

Aucun prix Nobel ne semble avoir étudié sérieusement ce mécanisme économique apparemment si simple, à savoir que l’économie ne marche que sur deux pieds et qu’il n’y a aucun résultat sans une cause, sans une origine. L’homme ne crée pas. Il ne sait que transformer avec son énergie personnelle. Tout ce qui se croit unijambiste et singulier comme le PIB, la monnaie, la croissance, l’innovation ne fait que négliger l’autre pied qui en est la source souvent cachée et qui est respectivement la dépense pour le PIB, le travail pour la monnaie, l’augmentation des dépenses pour la croissance et le deuil pour l’innovation.

Pendant ce temps-là les esclavages du mondialisme, de l’immigration et surtout de la dette apportent l’énergie que notre travail théoriquement véhiculé par la monnaie n’apporte plus.

Alors que faire ?

  • Remplacer les esclavages par le travail de notre propre peuple en sortant de la querelle séculaire entre le public et le privé par le mariage aujourd’hui innovant de l’initiative personnelle à la force collective.
  • Échanger avec toute la Terre dans le respect réciproque qui interdit le déséquilibre d’un échange que la compétition encourage et que la coopération réprouve.
  • Retrouver une monnaie qui véhicule réellement le travail de ceux qui l’utilisent en interdisant sa dévalorisation par une fabrication bancaire incontrôlée.
  • Mettre l’expérience au même niveau que l’instruction dans le système éducatif pour permettre de jauger la qualité de l’instruction par son efficacité.
  • Instaurer un permis de voter et le référendum d’initiative populaire pour faire les choix que le réalisme imposera.
  • Retrouver une spiritualité majoritaire qui seule permet d’aplanir les conflits naturels entre l’individuel et le collectif.

Mais tant que nous n’aurons pas pris conscience que la richesse matérielle ne se crée pas et ne peut donc être ni distribuée ni redistribuée, nous continuerons à être gouvernés par les pantins de notre propre veulerie, qui ne laissent pas seulement la violence monter mais qui l’encouragent en laissant croire à Droite comme à Gauche qu’un échange avec de la fausse monnaie, fait d’une production une richesse nouvellement créée. Ils utilisent cette fausse création pour se faire mousser et font monter les esclavages, la violence et la haine qu’ils condamnent bien sûr par ailleurs, avec la même hypocrisie que nous tous !

Gardons-nous à droite, gardons-nous à gauche ! Et réveillons-nous tant qu’il en est encore temps. Souvenons-nous que dans notre civilisation judéo-gréco-romaine, la bonne nouvelle est que nous savons que lorsque l’on s’est trompé, que l’on a renié ou trahi, il ne faut ni désespérer comme Judas, ni se justifier comme les pharisiens mais faire comme Pierre qui « sortit et pleura ». C’est sur ces pleurs pleins d’humilité, de courage et de discernement retrouvés, sur cette destruction créatrice que l’Eglise fut fondée.

Les entreprises créent-elles de la valeur ?

Tout le système économique est fondé sur la création de valeur par les entreprises et sur la répartition des richesses créées. Un énarque trentenaire peut gagner des millions dans une banque privée et les dépenser pour devenir un président de la République à l’actif modeste parce qu’il aurait dit-on apporté une valeur ajoutée fantastique à Rothschild.

Quel est le principe de la création de valeur, de la valeur ajoutée ? Une entreprise ou un artisan achète des fournitures, les travaille, les transforme avec des outils ou des machines, et vend à des clients le résultat, évidemment plus cher que ce qu’il a payé pour pouvoir travailler. C’est cette différence entre les achats et les ventes que l’on appelle la valeur ajoutée. Dans les services c’est une action ou une réflexion qui font monter les prix.

Mais cette valeur prétendument ajoutée n’existe pas si un client ne vient pas s’appauvrir en monnaie pour la créer. C’est la même histoire qu’une classe de CE2 qui prépare des cadeaux pour la fête des mères. On a investi dans une salle de classe, on a acheté tout un tas d’ingrédients, les enfants ont travaillé, un instituteur, pardon! un professeur des écoles, a été payé pour tout organiser et le jour J les cadeaux sont prêts. Mais que se passe-t-il pour l’enfant qui n’a personne à qui l’offrir, personne qui viendra « acheter » son oeuvre sans aucune discussion et avec beaucoup de bisous ? Un cadeau n’existe que si quelqu’un va être content de le recevoir. Sans ce « client », sans maman, la production n’est qu’encombrant voire même déchet que l’enfant va jeter avec rage en en voulant à la Terre entière et qu’on ne lui parle jamais de création de valeur ! La personne qui crée la valeur c’est maman en admirant le cadeau, personne d’autre ! Et cette valeur vient de la rencontre, de la force et de la cohérence de deux énergies, celle de l’enfant qui s’est donné et celle de la maman qui s’est aussi donnée. Est-ce réellement chiffrable ?

Ce que tout le monde comprend pour le cadeau de l’enfant, personne n’a envie de le comprendre pour une entreprise qui ne donne l’impression de créer des richesses que parce qu’il y  a une rencontre, une force, une cohérence entre d’un côté les énergies de l’argent de ses actionnaires et du travail de ses salariés, et de l’autre l’énergie de ses clients qui l’apportent par l’argent qu’ils ont gagné précédemment.

Au lieu de s’attaquer au problème extrêmement difficile du prix qui est le chiffrage de l’inchiffrable, la folie actuelle est de se servir du prix pour l’appeler le PIB et se convaincre qu’il est une richesse que l’on va pouvoir utiliser. C’est exactement comme si papa voulait utiliser pour payer ses impôts ou les courses, le plaisir qu’ont ressenti maman et fiston le jour de la fête des mères.

Il n’empêche que des tas d’experts et de gens très sérieux vont continuer à dire que les entreprises ajoutent une valeur qu’elles créent sans se rendre compte que leur fantasme rend obligatoire les trois esclavages de la mondialisation, de la dette et de l’immigration.

D’autres, ou les mêmes, vont se torturer les méninges pour trouver comment, en bidouillant la monnaie, papa pourra payer ses impôts avec le plaisir de la fête des mères.

Pendant ce temps-là les esclavages progressent et notre civilisation régresse.

Pourquoi les banques vont-elles mal ?

La caricature habituelle du banquier avec son gros cigare, son haut-de-forme et les poches de sa redingote bourrées d’argent est en complète contradiction avec les annonces de plus en plus fréquentes de faillites de banques et de sauvetages indispensables des autres.

Il ne s’agit que de la contradiction entre le rêve et la réalité et les banques sont au milieu de ce qui devient un cauchemar. Le rêve c’est la création de richesses, l’investissement qui va créer ces richesses, et la réalité c’est qu’une richesse ne se reconnait que par l’échange avec une autre richesse précédemment reconnue et que, contrairement à une production, elle ne se crée pas.

Les banques créent la monnaie mais sont bien conscientes que la richesse ne se crée pas et elles ne mettent à disposition de la monnaie qui est une richesse reconnue, que par la création simultanée d’une créance et d’une dette. C’est la double écriture au même nom à leur actif comme à leur passif. A leur passif elle mettent une somme à la disposition de M. et Mme Tartempion ou de la société Trucmuche, et à leur actif elles inscrivent une créance du même montant sur les mêmes personnes. Les bénéficiaires utilisent généralement tout de suite l’argent mis à leur disposition mais pensent ne rembourser que petit à petit cet emprunt qu’on leur a souvent présenté comme un « investissement » qui allait générer de quoi rembourser par la sacro-sainte création de richesses.

Certes les banques dites d’affaires échappent à cela car elles ne vivent que de commissions payées par les grandes entreprises qui, elles, baignent à mille pour cent dans ce jeu si charmant de la création de richesses. Les grandes entreprises payent des fortunes aux banques d’affaires pour que leurs dirigeants puissent continuer à rêver, les dites banques payant des millions d’euros aux amis de ces dirigeants qui organisent en interne ces transactions avant de se mettre en marche vers le pouvoir.

Les banques commerciales, elles, sont coincées car elles vendent elles-mêmes à leurs clients la notion d’investissement qui ne soit pas un enterrement tout en sachant qu’il n’y a pas de création de richesse mais un échange. C’est pourquoi elles demandent en garantie, des richesses préalablement reconnues comme une hypothèque immobilière ou une caution de quelqu’un de solvable. Les banques cherchent à juste titre à sécuriser leur avoir sur des richesses déjà existantes plutôt que sur d’hypothétiques richesses futures qui sont pourtant généralement la raison du prêt.

Les banques centrales font exactement la même chose car en créant la monnaie qu’elles distribuent, elles créent en même temps une créance de même montant qu’elles mettent à leur actif sans être du tout certaines de les encaisser plus tard.

C’est tout le drame des banques. Elles ont déjà distribué de l’argent inexistant qu’elles ont créé par l’inscription de créances à leur actif, créances qu’elles ont de plus en plus de mal à recouvrer puisque fondées sur le rêve de l’investissement qui crée des richesses. En langage bancaire ce sont des NPL, des non performing loans qui font chuter à la pelle les banques ibériques et italiennes et qui feront chuter  les banques allemandes qui accumulent des créances en euros italiens, espagnols ou portugais sur ces banques malades, leurs clients transférant en euros allemands tous leurs euros du sud de l’Europe. Encore faut-il savoir que l’euro est une monnaie commune mais pas une monnaie unique, que les euros de chaque pays ne sont des créances que sur la banque centrale de ce pays et que tous les gestionnaires veulent n’être créanciers que de la Bundesbank. Savoir aussi que L’Union européenne impose d’autoriser sans limitation les échanges de tous les euros les uns avec les autres.

Personne n’ose reconnaître que la création de richesses est un mythe biblique ou évangélique et chacun ne fait que repousser l’échéance pour ne pas être aux commandes le jour du déluge. Les techniques de repoussage sont de plus en plus sophistiquées et rendent toutes, le problème encore plus compliqué.

Pour beaucoup, ce n’est pas si grave, les peuples paieront de leur sang !

Feuilletez et faites feuilleter le Petit lexique économique et social. Il évolue souvent et chaque mot est daté de sa dernière modification. Critiquez-le, commentez-le, proposez des mots qui ne s’y trouvent pas. N’hésitez pas à en contester la pertinence ou l’impertinence.

La monnaie, véhicule d’énergie humaine

C’est sous ce titre que l’association Démocratie m’a demandé d’ouvrir la première table ronde d’un colloque d’une journée qu’elle organisait le 27 février 2017 dans la salle Colbert de l’Assemblée Nationale sur « L’argent et ses dérives ». Voici mon intervention:

Tout groupe d’êtres humains a au départ une raison d’être et organise dans ce but les apports de chacun en rendant complémentaires les différentes énergies individuelles. Tout groupe se crée dans la coopération entre ses différents membres et il ne se crée jamais dans la compétition interne. Cette organisation a été improprement appelée troc en supposant une simultanéité du don et de sa contrepartie alors que cette simultanéité a toujours été loin d’être systématique. Le don et sa contrepartie, sa contrevaleur, le contredon, existent dès la création du groupe (couple, association ou tribu) mais ils ne sont que très rarement simultanés. L’anthropologue et professeur au Collège de France Marcel Mauss a parfaitement expliqué que le don entraînait le contredon et que le « donner-recevoir-rendre » était au service du lien social et qu’il le nourrissait. Mauss a développé que le don et le contredon était ce qu’il a appelé un « fait social total » à dimensions culturelle, économique, religieuse, symbolique et juridique et qu’il ne pouvait être réduit à l’une ou à l’autre de ses dimensions.

Mais quand la taille du groupe devient importante, la détection des profiteurs et des tire-au-flanc devient difficile et rend obligatoire la simultanéité de la contrepartie. L’origine de la monnaie est cette invention de la contrepartie simultanée. La monnaie est donc le nouveau « fait social total » qui remplace le don et le contredon. Elle est aussi culturelle, économique, sociale, religieuse, symbolique et juridique en ne pouvant être réduite à l’une ou l’autre de ses dimensions.

Le fait que la monnaie remplace le don comme le contredon entraîne plusieurs conséquences entièrement oubliées de nos jours. La monnaie est fondée sur deux pieds qui sont à la fois son origine et son emploi. Comme l’électricité qui véhicule une énergie fossile, atomique, solaire, éolienne ou gravitationnelle jusqu’aux lieux d’utilisation de ces énergies, la monnaie véhicule l’énergie humaine vers ses utilisations futures. La monnaie est dette vis-à-vis du donneur et créance sur le contredonneur La monnaie est à la fois une créance et une dette. Les banques l’ont parfaitement compris en créant l’argent par la double écriture d’une dette inscrite à leur passif et d’une créance de même montant inscrite à leur actif. Elles irriguent l’économie en honorant leurs dettes mais sont incapables d’encaisser leurs créances sans tout fonder sur la création de richesses futures, ce qui est la base erronée du capitalisme.

La monnaie servant deux fois dans les échanges d’énergie, une fois pour payer le don et une fois pour acheter le contredon, la somme des échanges énergie-monnaie calculée dans le PIB est  le double de la quantité de monnaie nécessaire au fonctionnement du groupe. On constate par exemple dans la zone euro que le PIB y est de l’ordre de 10.000 milliards d’euros et qu’il est bien globalement le double de la monnaie en circulation (M1), 5.000 milliards d’euros.

L’oubli que la monnaie est un bipède transportant de l’énergie humaine vers son utilisation a entraîné dans la vague mercantile anglo-saxonne du XXe siècle un regard erroné sur la monnaie qui n’est devenu qu’une marchandise, donc unijambiste. La monnaie n’a plus été considérée comme un vecteur ni comme un véhicule d’énergie. Si l’on devait garder la comparaison avec l’électricité, nous nous trouverions dans le cas de figure où le peuple aurait par démagogie accès gratuit à l’électricité sans qu’aucune énergie ne l’alimente. Il se passerait ce qui se passe actuellement pour la monnaie : on fait payer le passé par l’impôt, le futur par la dette et on essaie de faire payer les autres, comme le font les Allemands, par une balance commerciale excédentaire. Malheureusement notre balance commerciale étant déficitaire depuis la création de l’OMC en 1995, c’est nous qui payons en plus pour les autres en voyant monter encore davantage, et nos impôts et notre dette.

La monnaie, marchandise sans origine créée à tout-va, nous fait croire que nous sommes riches alors que nos productions ne sont de plus en plus majoritairement que des embarras voire des déchets, ce que la science économique n’a jamais souhaité étudier.

C’était la rareté de la monnaie qui était limitée à l’énergie humaine déjà dépensée qui avait toujours permis de différencier une richesse d’un encombrant ou d’un déchet dans l’abondance des productions. Mais nous avons oublié simultanément l’origine de la monnaie et la définition de la richesse. Ce double égarement nous empêche de comprendre ce qui se passe. Essayons de dépasser cette difficulté.

Tout groupe se constitue autour d’une approche commune du beau, du bien et du vrai qui, comme l’a écrit Montaigne dans le chapitre II, XII de ses Essais avant d’être paraphrasé par Pascal, sont trois notions totalement subjectives :

« Les lois de notre pays, cette mer flottante des opinions d’un peuple », (…) « Quelle bonté est-ce, que je voyais hier en crédit, et demain ne l’être plus : et que le trajet d’une rivière fait crime ? », (…) « Quelle vérité est-ce que ces montagnes bornent, mensonge au monde qui se tient au delà ? », (…) « Les mariages entre les proches sont capitalement défendus entre nous, ils sont ailleurs en honneur », « (…) Le meurtre des enfants, meurtre des pères, communication de femmes, trafic de voleries, licence à toutes sortes de voluptés : il n’est rien en somme si extrême, qui ne se trouve reçu par l’usage de quelque nation ».

De même sont totalement subjectives et évidemment inchiffrables, les trois symbioses que créent les rapprochements deux à deux entre le beau, le bien et le vrai.

Le bien et le vrai donnent le juste, le vrai et le beau donnent le pur et le beau et le bien donnent le riche. Le juste n’est pas forcément beau, le riche n’est pas forcément vrai (une riche idée est une bonne idée et une belle idée) et le pur peut être un pur salaud (symbiose du beau et du vrai salaud).

C’est sur une approche commune de la justice, de la pureté et de la richesse que se constituent les civilisations. Ces notions ne sont pas les mêmes en Papouasie, chez les Dogons, chez les Gujaratis, chez Daesh et chez nous. Autrefois le voyage consistait à aller observer respectueusement d’autres harmonies que les nôtres entre le beau, le bien et le vrai. Ils formaient parait-il la jeunesse alors qu’aujourd’hui ils ne font que faire retrouver notre propre harmonie tellement chancelante chez nous, une fois plaquée chez les autres par une élite locale que nous avons formatée dans nos universités et qui détruit l’harmonie de son propre peuple. Aujourd’hui nos élites cherchent à inventer un nouveau colonialisme où l’on imposerait à toute l’humanité notre notion du beau, du bien et du vrai, où chaque homme aurait les mêmes goûts et la même approche de la justice, de la pureté et de la richesse. Ces élites ont oublié que la Terre ne pouvant fournir les mêmes choses à de plus en plus de milliards d’hommes, ils inscrivent la guerre comme l’issue inéluctable de leur aveuglement.

Pour défendre le système et pour que l’argent créé et déjà dépensé soit une créance réelle sur quelque chose, nous avons inventé l’idée de création de richesse et nous avons fait prospérer des verbes comme investir, développer ou rentabiliser qui ne sont là que pour nous faire croire que notre monnaie peut faire des petits. Aristote avait pourtant prévenu qu’il « avait vainement cherché sur une pièce de monnaie ses organes reproducteurs ». Nous n’avons pas encore osé chiffrer la justice et la pureté mais nous avons décidé de chiffrer la richesse bien que ce soit évidemment impossible. On ne peut rendre objectif par le chiffrage une richesse qui est subjective par définition.

Pour réussir l’impossible nous avons décidé de chiffrer notre richesse par notre dépense en appelant produit (PIB) ce que nous dépensions. Plus nous dépensons, plus nous nous réputons riches, plus nous augmentons nos dépenses plus nous sommes fiers de faire de la croissance. Ayant oublié que l’origine de l’argent est de l’énergie humaine dépensée, c’est-à-dire du travail utile au groupe et déjà effectué, nous créons artificiellement de la monnaie pour pouvoir croire nous-mêmes que nos productions sont des richesses et que les productions de demain rembourseront l’argent « investi » afin de le « rentabiliser » et de « développer » l’économie. Il est vrai que nos dépenses enrichissent l’Etat par la TVA. Le mois de décembre 1999 qui a vu un Erika souiller 400 kms de côtes et deux tempêtes ravager la France, a nécessité d’énormes dépenses de nettoyage et de réparation donc une importante rentrée de TVA appelée alors « cagnotte ». Le tout a généré un PIB fantastique, une rentrée de TVA miraculeuse mais c’est le peuple qui a payé toute cette dépense !

Personne n’a envie de voir que nous payons très cher des machines, voire des robots pour pouvoir nous passer de main d’œuvre et essayer de faire payer les autres par nos exportations tout en payant dans le même temps notre peuple à survivre sans travail. Personne n’aime voir que, par la publicité qui tient le sport et les médias, nous dépensons à nouveau des sommes folles pour tenter de transformer en richesses les encombrants que nos machines produisent continuellement. Pour que ces encombrants soient achetés, certains rêvent même d’un revenu universel ou d’une monnaie aspergée par hélicoptère pour que le peuple achète les encombrants. L’oubli de l’énergie humaine comme origine de la monnaie a fait sauter tous les freins à la création de monnaie et nous a amené à oublier le bon sens.

Il y a encore 50 ans étaient imprimés sur tous les billets de banque que la fabrication de fausse monnaie entraînait les travaux forcés à perpétuité car, en l’ayant pourtant déjà oublié, il restait la notion informelle qu’il n’y avait pas d’argent sans sa source, l’énergie humaine dépensée utilement. Aujourd’hui les Etats fabriquent de l’argent par leurs budgets déficitaires, les entreprises créent de l’argent par les délais de paiement qu’elles accordent, les particuliers créent de l’argent par les cartes de crédit à débit différé et les banques ne survivent que par la création d’argent par la double écriture. Tout doit être théoriquement remboursé par les richesses futures que nous devons créer comme si c’était une marchandise alors que la richesse n’est qu’une façon de regarder. Pour ce faire, tout est fondé sur la concurrence et la compétitivité où il faut que l’autre meure le premier.

Peut-on encore suggérer que dans un monde harmonieux c’est la coopération entre les êtres en prenant le risque de l’autre qui est la seule harmonie possible ?

Le droit au travail est inscrit dans le préambule de nos deux dernières constitutions mais quel Politique va expliquer qu’il n’est pas bon de chercher à être compétitifs avec les Chinois, les Ethiopiens ou les Bengalis ? Il faut savoir s’enrichir de leurs connaissances, apprendre de leurs expériences mais il faut renoncer à leur imposer un bien universel, un beau universel et un vrai universel dont nous serions détenteurs.

Pour cela il faut faire reprendre conscience aux Français que nous vivons collectivement au-dessus de nos moyens par les deux esclavages qui nous permettent de vivre provisoirement agréablement : l’esclavage dans l’espace en faisant travailler comme des bêtes, des hommes, des femmes et des enfants qui sont suffisamment loin pour que nous ne les voyions pas et l’esclavage dans le temps qu’est la dette de plus en plus irremboursable que nous laissons à nos enfants.

Mais plaire ou conduire, il faut choisir, et ce choix devient pour tout Politique, un nouveau travail d’Hercule. Prendre conscience de la réalité en est le premier pas.

Quel frein au délire ?

La campagne présidentielle nous entraîne dans des assauts délirants de démagogie et de télé-évangélisme. Certains pour ne pas ouvrir les yeux diront que cela a toujours été le cas. Ce n’est pas exact car il y a toujours eu des freins au délire.

Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel grâce à la gravitation qui les en empêche et qui par ailleurs permet aussi à la pluie de retourner à la mer après avoir abreuvé les plantes, les animaux et les hommes. L’homme a tenté d’apprivoiser la gravitation et y a souvent réussi par ses barrages ou son aviation. Mais il a aussi souvent abandonné au sacré la gravitation qu’il n’arrivait pas à maîtriser comme les avalanches, les éboulements, les météorites ou les inondations.

Chez l’homme c’est la combinaison de l’expérience et de la connaissance, du cycle de l’entraîneur et de celui du professeur qui a toujours été le frein à son propre délire.

Le professeur explique comment la connaissance va générer la décision et comment l’action va créer le besoin de recherche de nouvelles connaissances et donc une écoute tolérante. Il fait la part belle à la connaissance. Ce cycle se constate à l’université ou dans les séminaires d’entreprise.

L’entraîneur cherche l’efficacité et c’est en exprimant l’expérience qu’il augmente l’efficacité. Il fait la part belle à l’expérience. Ce cycle se constate aujourd’hui dans le sport, le coaching, le service national ou l’effectuation pour faire très neuf avec un très vieux mot.

Nous avons méprisé le cycle de l’entraîneur au profit de celui du professeur en allant jusqu’à les opposer et considérer que le cycle de l’entraîneur n’était utile qu’à la marge. Or cette opposition n’est qu’apparente car les deux cycles se complètent et surtout se tempèrent. Ils sont tous les deux le contrepouvoir de l’autre.

La difficulté actuelle est que nous avons perdu les contrepouvoirs intellectuels. Chacun s’envole dans ses rêves sans automaticité de réveil.

En éducation nous mettons les deux contrepouvoirs dans la même Education Nationale, ce qui est impossible. Le primaire devient petit à petit dominé par le cycle de l’entraîneur pour apprendre aux enfants à vivre en société mais abandonne donc le cycle du professeur. Il donne des adolescents très branchés copains mais très faibles en calcul, en lecture et en écriture pour ne pas parler de l’orthographe. Le secondaire et le supérieur reprennent le cycle du professeur mais comme les bases existent mal, les étages se montent mal et l’on baisse sans arrêt le niveau de la prétendue réussite qui ne débouche plus sur une reconnaissance sociale. En même temps le contrepouvoir du cycle de l’entraîneur a disparu et l’expérience n’est bien souvent plus un filtre des connaissances du professeur.

Le summum du ridicule est atteint en économie ou chaque professeur diffuse une logorrhée que les étudiants sont priés de répéter pour se croire savants. La rareté de la monnaie était le frein des envolées lyriques des professeurs d’université. Mais depuis que l’on fait semblant de croire que la monnaie a remplacé le troc et que l’échange est création objective de richesses, tous les fantasmes sont autorisés et les médias diffusent à l’envi les idées les plus farfelues, toutes « nobélisées ».

Nous avons oublié, même si Daesh nous le rappelle avec violence, qu’un groupe n’existe que par une approche commune du beau, du bien et du vrai avec une volonté chez certains d’imposer leur vision à l’ensemble de l’humanité en la voulant universelle. Les religions et les philosophies sont objectives et servent de références à l’intérieur de leur groupe, mais ont souvent du mal à reconnaître qu’elles sont objectivement subjectives et que d’autres civilisations peuvent avoir d’autres approches sans avoir tort pour autant.

L’idée du voyage était depuis des siècles d’aller découvrir d’autres harmonies sur d’autres notions du beau, du bien et du vrai. Le capitalisme et le mondialisme du XXsiècle en ont fait le plaisir de retrouver au loin le même chez soi sans les voisins ou, comme nouveaux voisins, tous ceux qui ne supportent pas les leurs. Il est temps de retrouver Montaigne dans le chapitre II, XII de ses Essais :

« Les lois de notre pays, cette mer flottante des opinions d’un peuple », ( ) « Quelle bonté est-ce, que je voyais hier en crédit, et demain ne l’être plus : et que le trajet d’une rivière fait crime ? », ( ) « Quelle vérité est-ce que ces montagnes bornent, mensonge au monde qui se tient au delà ? », ( ) « Les mariages entre les proches sont capitalement défendus entre nous, ils sont ailleurs en honneur », « ( ) Le meurtre des enfants, meurtre des pères, communication de femmes, trafic de voleries, licence à toutes sortes de voluptés : il n’est rien en somme si extrême, qui ne se trouve reçu par l’usage de quelque nation ». 

Montaigne souligne la précarité du beau, du bien et du vrai. Il voit déjà dans la loi l’expression flottante du juste, symbiose du bien et du vrai comme le pur est la symbiose du vrai et du beau, et le riche celle du beau et du bien. Au féminin cela donne la justice, la pureté et la richesse, trois entités morales essentielles à tout peuple qui cherche à les constater chez lui. Malheureusement la justice, la richesse et la pureté se travaillent mais ne se créent  pas et elles se chiffrent évidemment encore moins.

La monnaie est aujourd’hui totalement incomprise. Elle est vécue comme un stock alors qu’elle n’est qu’un flux qui devrait limiter par sa rareté son utilisation à la quantité d’énergie humaine dépensée pour la créer. Elle devrait être, ce qu’elle a toujours été, le frein de la construction permanente de la tour de Babel, symbole de la folie humaine.

Elle ne l’est provisoirement plus car nous avons décidé que la richesse se chiffrait, qu’elle se chiffrait par la dépense, le fameux PIB, et qu’il suffisait de dépenser davantage (la croissance) pour s’enrichir, ce qui pose quelques problèmes concrets que nous appelons la crise.

La monnaie n’étant plus un frein, les délires s’emballent, du transhumanisme au revenu universel, du faux gratuit à la fuite en avant dans l’innovation permanente.

Mais la nature ayant horreur du vide deux freins pointent leurs nez pour contrecarrer la folie actuelle, la guerre et le populisme. La guerre est admirablement fardée, le populisme ne sait pas très bien où il habite. C’est pour moi l’enjeu en France de la campagne présidentielle actuelle.

Peut-on résoudre un problème mal posé ?

Chacun attend la relance de l’économie et le redémarrage de la croissance comme d’autres attendent le Messie. Peu de gens réfléchissent aux deux blocages qui sont la confusion entre production et richesse et l’oubli du fait que la monnaie est une créance-dette.

Le temps perdu en faux débats

Depuis les années 70, depuis la fin de ce que l’on nous a dit être les trente glorieuses, les politiques se déchirent pour savoir s’il faut relancer l’économie par l’offre ou par la demande. Cette question est l’un des faux débats dont l’Occident se repaît depuis qu’il a renoncé à regarder en face son problème. Faut-il être de droite ou de gauche ? Libre-échangiste ou protectionniste ? Libéral ou social ? Souverainiste ou mondialiste ? Dirigiste ou démocrate ? A qui faut-il donner la priorité entre l’ordre et la justice ? A chaque fois la bonne réponse est qu’il faut combiner les deux et que c’est justement l’harmonisation des deux qui est la voie de la réussite par le moyen de la difficulté vaincue. Mais la facilité ambiante qui sous-traite à la guerre le soin de nous remettre les yeux en face des trous, nous impose scandaleusement d’être unijambistes, borgnes et manchots.

C’est sans doute en économie que cette amputation est la plus dramatique car elle nous a conduit à l’impasse dans laquelle nous sommes. La monnaie est devenue impotente car on a décidé qu’elle était une marchandise comme une autre et donc qu’elle n’avait qu’un pied alors qu’elle en a deux, qu’elle était un stock alors qu’elle est un flux.

Une production n’est richesse que si elle trouve acheteur

C’est par la comparaison avec l’électricité que l’on réalise le mieux l’étendue du problème. Nous avons tendance à croire que l’électricité est une énergie alors qu’elle ne fait que capter et transporter les énergies renouvelables, fossiles ou atomiques. Sans l’origine de l’énergie, que ce soit une énergie renouvelable, fossile, atomique ou simplement la gravitation, il n’y a pas d’électricité, mais sans sa consommation, pas d’électricité non plus puisque nous ne savons pas réellement la stocker. Nous sommes obligés pour ne pas perdre l’électricité produite de la vendre en urgence même à perte à un pays étranger qui en a l’usage ou de la consommer en en sauvant 70% par la technique du STEP, du pompage-turbinage qui remonte l’eau dans les barrages. L’électricité n’est pas une énergie mais une circulation entre une production d’énergie et sa consommation. L’électricité est sur deux pieds et pas sur un seul. La collectivité est maîtresse de cette circulation d’énergie et a le pouvoir d’en choisir les bénéficiaires. Elle contrôle à la fois la captation de l’énergie et ses utilisateurs, ce qui lui donne le pouvoir. Mais s’il est aisé de comprendre que sans source d’énergie il n’y a pas d’électricité, il est moins connu mais tout aussi vrai que sans consommateurs, il n’y a pas non plus d’électricité. L’électricité est l’exemple probablement le plus clair qu’une production n’est richesse que si elle trouve son utilisateur. Les dépenses faramineuses en publicité et en commercial pour trouver des acheteurs arrivent de plus en plus difficilement à convaincre que certaines productions sont encore des richesses alors qu’elles ne sont que des embarras.

La monnaie est un vecteur d’énergie humaine

Il en est de même pour la monnaie qui marche aussi sur deux pieds. Rappelons qu’au début n’a jamais été le troc, échange des avoirs, mais le don et le contre-don, échange des êtres, comme l’a si bien montré l’anthropologue et professeur au Collège de France Marcel Mauss. Il a même souligné que le « donner-recevoir-rendre » nourrissait le lien social et était un « fait social total » à dimensions culturelle, économique, religieuse, symbolique et juridique. Lorsque la monnaie a remplacé le contre-don pour vérifier sa réalité en le rendant simultané, elle a gardé les dimensions culturelle, économique, religieuse, symbolique et juridique qu’avait le contre-don mais nous l’avons complètement oublié. La monnaie est, comme l’électricité, un transporteur d’énergie mais l’énergie qu’elle transporte est de l’énergie humaine. La monnaie est, de ce fait, un fait social total. Elle n’existe que parce qu’il y a à son origine une énergie humaine et à son extrémité une décision humaine de consommation. Jean Rémy dans son interview sur TVlibertés parle même avec talent de « vecteur » pour bien montrer que la monnaie marche sur deux pieds comme l’électricité avec une origine et une destination. La monnaie véhicule l’énergie humaine du donneur envers qui elle a une dette, vers le lieu et le moment de son échange avec l’énergie du contre-donneur sur lequel elle a une créance. Même les banques qui créent la monnaie ont conscience qu’elle est une créance-dette puisqu’elles écrivent simultanément le même montant à leur actif comme créance sur monsieur Dupont et à leur passif comme dette vis-à-vis du même monsieur Dupont.

Donner tort à ceux qui disaient « Il faut une bonne guerre »

C’est parce que nous avons oublié ces vérités de base que nous ne comprenons plus l’économie. D’un côté nous confondons production et richesse et de l’autre nous rêvons à la monnaie hélicoptère ou au revenu universel. Comme aucune solution ne marche et ne peut marcher quand le problème est mal posé, nous avons besoin de trouver des boucs émissaires responsables de tous nos maux. Ces pelés, ces galeux, sont toujours ceux d’en face dans les faux débats que nous affectionnons tant.

Faut-il vraiment se résigner au fait que seule la guerre est assez puissante pour nous remettre les yeux en face des trous ?

 

Les machines suppriment-elles l’emploi?

Cela fait deux siècles que l’on s’affronte sur cette question par des affirmations de part et d’autre péremptoires et évidemment opposées. D’un côté le luddisme, les canuts de Lyon, la CGT de la grande époque et le constat que le chômage progresse en même temps que la mécanisation, voire même de la robotisation. De l’autre les chantres du progrès et de l’innovation qui affirment que l’histoire a toujours montré que de nouveaux emplois plus nombreux ont toujours remplacé les anciens tombés en désuétude.

On ne peut se faire une idée cohérente et non dogmatique sur cette question qu’en revenant d’abord aux fondamentaux pour savoir avec quels critères se faire une opinion. La vie économique est un échange d’énergie humaine et la monnaie est ce qui substitue l’énergie humaine lorsque l’échange doit devenir simultané pour contrer les profiteurs. Oublier cela permet tous les rêves et prépare des réveils brutaux.

La machine demande de la recherche, de la conception, de la fabrication, de l’argent et tout cela est une somme de dépenses d’énergie humaine qui n’a pas été utile à autre chose qu’à la réalisation de cette machine

La première approche est de vérifier si le résultat est bien de libérer l’homme pour qu’il puisse se dépenser utilement mais autrement. Dans ce cas  la machine est évidemment un progrès remarquable ce qui a été le cas de la roue, de la machine à vapeur et de tant d’autres automatismes qui ont permis à l’homme de dépenser son énergie autrement, dans l’intérêt bien compris de son groupe, de lui-même et de leur sacré.

A l’inverse si le résultat est de rendre inactifs des individus que le groupe va payer à ne rien faire, on aura la dépense d’énergie humaine qu’est la machine, à la charge de son propriétaire, plus la dépense d’énergie humaine qu’est le paiement par le groupe des individus qui ne dépensent plus leur énergie. Dans ce cas le propriétaire de la machine lève un impôt privé comme les banques qui prêtent de l’argent qu’elles créent sans savoir qu’on ne crée pas de l’énergie humaine d’un claquement de doigts.

On voit tout de suite que la machine est très intéressante si elle libère l’homme pour qu’il puisse agir et être utile au groupe là où il n’avait pas le temps de s’y consacrer.

Mais comme on a oublié que l’économie est échange d’énergie, on a poussé par démagogie les individus à dépenser leur énergie non plus pour les autres mais pour eux-mêmes. Des sports d’hiver au jogging en passant par le bricolage et les randonnées jusqu’au ridicule absolu des salles de sport si à la mode, l’énergie humaine ne s’échange plus, elle se dépense depuis que la notion même de groupe s’affadit par manque de vision commune.

Nous sommes en train de séparer les hommes dont l’énergie est essentielle à l’économie, d’un « système » qui tournerait sans énergie humaine grâce à la monnaie dont on a complètement oublié qu’elle n’est qu’énergie humaine stockée mais dont on se sert pour faire tourner un système impossible. On dépense pour que les machines et les robots produisent, on dépense en publicité et en commercial pour que leur production continue soit reconnue comme richesses, on dépense pour acheter toutes ces merveilles et on dépense pour que les hommes qui n’ont rien à faire ne meurent pas de faim et puissent même offrir des cadeaux et aller aux sports d’hiver.

Mais qui paye ?

Tout le monde connait la réponse mais elle est tellement désagréable que tels des ados qui ne veulent pas se lever et qui se retournent dans leurs lits en maugréant, nous nous refusons à l’affronter tellement nous aimons notre eldorado impossible. C’est l’énergie humaine passée qui paye et on la récupère par l’impôt; c’est l’énergie humaine future qui paye et on la récupère par la dette. On essaie bien de faire payer les autres par l’export mais si les Allemands y arrivent, les Français n’y arrivent pas et payent en plus pour les autres. Ce faux eldorado attire évidemment la Terre entière car, comme disait un chauffeur de taxi parisien et tunisien : « Chez nous si on ne travaille pas on ne mange pas; ici, même si on ne travaille pas, on mange. Alors on vient tous ici ».

Commençons par refuser de payer pour les autres en ne leur demandant plus de payer pour nous. Revenons au bon sens de la Charte de La Havane où tout le monde était d’accord pour coopérer sans concurrence en n’important pas plus que ce que l’on exporte. A part le rêve imbécile de la croissance qui propose de dépenser toujours plus, fabriquer nous-mêmes notre déficit commercial est la seule et unique façon de redonner du travail aux Français et qu’ils soient à nouveau fiers de dépenser utilement leur énergie.

Ce jour-là, quand les salles de sport auront fermé, quand nous manquerons d’énergie humaine, nous apprécierons à nouveau les machines qui nous libéreront.

Diagnostic

Ce diagnostic se divise en trois parties. D’abord une approche fondamentale de ce qu’est l’économie en anthropologie, puis les déviations qui ont abouti à l’impasse actuelle et enfin les pistes de solutions.

I L’économie en anthropologie

Tout groupe d’êtres humains a au départ une raison d’être et organise dans ce but les apports de chacun et rend complémentaires les différentes énergies individuelles. Cette organisation a été improprement appelée troc en supposant une simultanéité du don et du contre-don qui n’a jamais été systématique. Le don et le contre-don existent dès la création du groupe (couple, association ou tribu) mais ils ne sont que très rarement simultanés. L’anthropologue et professeur au Collège de France Marcel Mauss a parfaitement expliqué que le don entraînait le contre-don et que le « donner-recevoir-rendre » était au service du lien social et qu’il le nourrissait.  Mauss a développé que le don et le contre-don était ce qu’il a appelé un « fait social total » à dimensions culturelle, économique, religieuse, symbolique et juridique et qu’il ne pouvait être réduit à l’une ou à l’autre de ses dimensions. Mais quand la taille du groupe devient importante, la détection des profiteurs et des tire-au-flanc devient difficile et rend obligatoire la simultanéité du contre-don. L’origine de la monnaie est cette invention du contre-don simultané. La monnaie est donc culturelle, économique, religieuse, symbolique et juridique. Par sa facilité d’usage la monnaie est devenue le regard que le groupe utilise pour isoler les richesses échangées contre de la monnaie dans le fatras des productions. C’est parce qu’une production trouve acheteur qu’elle est reconnue comme richesse et non comme embarras ou déchet. Toutes les fonctions de la monnaie décrites depuis l’antiquité, réserve de valeur, unité de compte et intermédiaire des échanges, découlent toutes de ce que la monnaie est l’étalon culturel de la richesse. C’est l’énergie du groupe, l’énergie sociale, quand le travail est l’énergie individuelle. La monnaie est reconnaissance par le groupe de l’utilité du travail individuel. Toutes les querelles autour de la monnaie viennent de la difficulté à marier la notion de richesse qui est un regard dynamique essentiel au lien social avec la notion d’étalonnage qui est arithmétique et avec la notion de culture qui est sociologique. Toutes les incompréhensions viennent de simplifications excessives et contradictoires.

II Les déviations

Le XXe siècle, sous impulsion anglo-saxonne commerçante, a fait croire par une fabrication erratique de contre-dons que l’augmentation de la production était une augmentation de richesse, et par une très belle illusion qu’une dépense était une richesse et que l’augmentation des échanges commerciaux était aussi une augmentation de la richesse du groupe. Tout a été fait pour que l’on croie à ces deux erreurs, à commencer par la diffusion de l’idée que ces augmentations de richesses permettaient de moins travailler, ce qui a beaucoup plu aux peuples latins. La richesse n’étant qu’un regard, la propagande a remplacé une démonstration inexistante.

Pour faire croire que la croissance du commerce était augmentation de richesse on a additionné tous les échanges dans une zone donnée en appelant finement cette addition d’échanges « gross domestic product » servilement traduit en français par « produit intérieur brut ». En se servant à tout propos de pourcentages du PIB comme d’une ressource ou de son augmentation comme d’une victoire, on a instillé dans les esprits que le commerce était en soi une richesse et que son développement était « la » croissance, alors que le commerce n’est que l’intermédiaire qui se fait payer pour mettre en relation producteurs et consommateurs. A la méthode Coué, d’une dépense on a fait une richesse, d’un emploi on a fait une ressource. Comme cela ne marche évidemment pas, on a nommé ce ratage, la crise, et on a fait de la fuite en avant en cherchant de nouveaux marchés, en inventant la concurrence, l’austérité et le nouvel esclavage dans l’espace qu’est la mondialisation.

Pour faire croire que l’augmentation de la production était augmentation de richesse on a simplement fabriqué du contre-don utilisable à tout moment. Plus on fabriquait de la monnaie plus on laissait croire que les productions étaient des richesses sans que personne ne s’appauvrisse pour reconnaître ces fausses nouvelles richesses. Depuis le début du XXe siècle, par cette inflation dans son vrai sens, par cette fabrication incessante de monnaie, on a sans arrêt dévalué toutes les monnaies par rapport à l’or. Dans les années 70 on a même cassé le thermomètre en déconnectant les monnaies de l’or et l’erreur est devenue encore moins facilement perceptible. N’étant dorénavant liées ni à l’or ni au travail humain utile qu’étaient le don et le contre-don, les monnaies ne sont plus limitées dans leur fabrication et elles se sont donc toutes totalement dévaluées. Aujourd’hui les monnaies ne valent plus rien. Il n’y a que les peuples qui ne le savent pas. On a oublié que la monnaie n’était une énergie que parce qu’elle était contre-don d’un travail utile. Elle était et n’est plus stockage de travail humain. Pour retarder cette prise de conscience on a remplacé la coopération par la concurrence et seul le désir de ne pas mourir le premier empêche une flambée générale des prix. Pour que la fausse monnaie soit utilisée et pour que les productions continuent à être reconnues comme richesses, elle est prêtée à tout va en créant un nouvel esclavage, l’esclavage dans le temps qu’est la dette.

Les acteurs des déviations

Pour arriver à un tel imbroglio il a fallu que plusieurs corps s’agrègent pour que la propagande soit malheureusement convaincante.

Les banques créent la monnaie. Elles ont d’abord détourné le pouvoir régalien de battre monnaie puis l’ont confisqué aux Etats-Unis en 1913 par la création de la FED et en Europe par le traité de Maastricht et le passage à l’euro. Cœur du système, les banques l’ont créé et l’entraîneront dans leur chute. C’est la bête de la mer de l’Apocalypse « Et toute la terre était dans l’admiration derrière la bête » Ap 13,3.

Les medias et leur propriétaire, la publicité, prennent au peuple la monnaie nécessaire à lui faire croire par le plaisir qu’il est possible d’être heureux sans vision. C’est la bête de la terre de l’Apocalypse, celle qui  « faisait que la terre et ses habitants adoraient la première bête » Ap 13,12.  « Elle séduisait les habitants de la terre par les prodiges qu’il lui était donné d’opérer» Ap 13,14.

Les multinationales et la science économique donnent au peuple de quoi survivre et payer la publicité. On a inventé la science économique qui a remplacé le bon sens par une logorrhée déguisée en mathématique et qui a délivré des diplômes sanctionnant les étudiants qui avaient répété sans comprendre tout ce qu’on leur avait embecqué. La science économique cherche sans succès à démontrer qu’il y a des solutions hors bon sens. Elle est la référence officielle nobélisée des deux erreurs sur l’augmentation de la richesse par l’augmentation de la production et par l’augmentation des échanges. La science économique a envahi les multinationales qui, déconnectées de la réalité, ont besoin des banques pour cacher leurs pertes. Les multinationales font de la cavalerie entre elles pour dégager des bénéfices fictifs. Grâce au principe irréaliste de pérennité de la comptabilité, elles peuvent présenter en toute légalité, des passifs sous-évalués et des actifs surévalués.

La recherche et l’innovation. La recherche récupère de belles intelligences déboussolées et les met au service de qui la paye sans se préoccuper d’où vient l’argent, du vrai but recherché et des deuils que les innovations généreront. La recherche vit dans le cercle fermé « demain paiera et demain sera mieux grâce à l’innovation ».

Les politiques, pour ne pas faire trop travailler au présent les électeurs-consommateurs, veulent faire travailler le passé par l’augmentation de la ponction fiscale, faire travailler le futur par l’augmentation de la dette et faire travailler les autres par la balance commerciale excédentaire. Si la balance commerciale est déficitaire on fera travailler davantage le passé et le futur, c’est-à-dire les électeurs-consommateurs et leurs enfants. Les politiques nous ont construit un pays de Cocagne illusoire fondé sur l’esclavage dans l’espace qu’est le mondialisme et sur l’esclavage dans le temps qu’est la dette, un eldorado où l’homme n’aurait plus à travailler mais la partie des peuples encore au travail vit de plus en plus mal de recevoir systématiquement sur la tête le marteau que leurs dirigeants ont envoyé en l’air pour que leurs électeurs ne se fatiguent pas.

Les spectateurs des déviations

Les peuples changent leurs dirigeants chaque fois qu’ils le peuvent et constatent que tout empire. Mais ils ont été formatés à croire à l’esclavage dans l’espace pour payer moins cher et à l’esclavage dans le temps pour ne même plus se poser la question du « Qui paye ? ». On les a même formatés à limiter dans leurs têtes l’esclavage au vilain esclavage des gentils noirs par les méchants blancs.

Les intellectuels sont en voie de disparition. Les derniers spécimens comme Michel Onfray disent «  Le bateau coule, mourez debout ». D’autres comme Jacques Attali se réfugient dans la logorrhée en fondant tout sur le marché, la démocratie et l’initiative personnelle. Mais le marché dit que l’homme ne vaut plus rien depuis que l’humanité est passée en deux siècles de 1 à 6 milliards d’individus alors que la démocratie dit rigoureusement l’inverse en faisant semblant de sacraliser l’individu. Le message intellectuel d’Attali traduit en français n’est que « Débrouille-toi entre moins l’infini et plus l’infini ».

Les religions par une absence d’analyse incroyable, se sont auto réduites au monde des Bisounours sans vision, sauf une partie de l’Islam qui, sur une lecture littérale du Coran soigneusement éludée, enflamme encore.

III Les axes de solutions

Non par calcul mais par simple sédimentation des médiocrités dans une société sans vision, nous avons construit une société monstrueuse et totalement instable. Nous assistons même à la querelle désolante bien que sans doute de bonne foi entre ceux qui comme l’Union Européenne veulent plus de mondialisation pour avoir moins de dettes, et ceux qui comme Mélenchon & Co, veulent plus de dettes et moins de mondialisation.

Il nous faut pourtant répondre à la question dramatique à laquelle nous sommes chaque jour davantage confrontés et qui est de savoir s’il y a un autre moyen que la guerre pour nous remettre les yeux en face des trous. Y répondre positivement est le devoir des générations actuelles.

La direction pourrait être celle-ci :

1 – Expliquer ce qui se passe à un peuple perdu, anesthésié et étourdi pour lui redonner une vision, le réveiller et le dégourdir. Redonner en premier lieu sa place à la coopération face à la concurrence et ensuite leurs places aux devoirs face aux droits, au travail face à la dette, à la fraternité face à la solidarité, à la rigueur face au laxisme, au réalisme face au rêve.

2 – Retrouver notre souveraineté pour pouvoir agir.

3 – Ne pas importer plus que ce que nous exportons et fabriquer en France, même plus cher, ce que nous importons sans être capable de le payer. C’est l’esprit de la charte de La Havane et de l’Organisation Internationale du Commerce, mère de la parricide Organisation Mondiale du Commerce.

Donner par ces décisions conformes à l’O.I.C. mais opposées à l’U.E. et à l’O.M.C., du travail à tous les nationaux qui en demandent, par la création d’entreprises de production à capital mixte public-privé.

4 – Une fois les Français au travail, rééquilibrer petit à petit pour faire payer par le présent ce qui est consommé au présent en renonçant à faire payer le passé par l’impôt et le futur par la dette. Là est évidemment le plus gros problème mais qui ne pourra être abordé que lorsque les trois premiers points auront été réalisés.

Le capitalisme en soins palliatifs

 

Personne ne semble avoir envie d’analyser le dogme essentiel de notre économie qui ne supporte pas les hérétiques tellement il a pénétré les cerveaux. Ce dogme baigné de bonnes intentions est :

Nous nous en sortirons par la croissance créatrice de richesses.

 De là toutes les querelles affligeantes entre ceux qui savent tous ce qu’il faut faire pour que la croissance revienne et qui s’extasient en cercle devant son frétillement à 0,1%.

Ce dogme est lui-même fondé sur la croyance que la recherche du profit est le moteur de l’humanité alors que les deux moteurs de l’humanité sont la recherche du pouvoir et celle de la gloire, la recherche du profit n’en étant que le carburant dans le système capitaliste.

Le capitalisme fait croire à une création de richesses alors que cette richesse est mythique car elle n’est qu’un regard qui change suivant les individus et les groupes, suivant le lieu et le moment. Cette lubie de création de richesses ne tient que grâce à des profiteurs et à des jaloux.

Les profiteurs sont ceux qui dépensent à flots de l’argent que leurs banques croient qu’ils possèdent, les jaloux se divisent en jaloux imitateurs que sont les libéraux et en jaloux destructeurs que sont les anticapitalistes.

Les profiteurs sont les serviteurs du système que l’on trouve à tous les carrefours stratégiques, politiques, financiers, médiatiques et publicitaires. Ils dépensent beaucoup d’argent et génèrent autour d’eux, aux mêmes carrefours et dans toute la société, les jaloux admiratifs et les jaloux vengeurs. Ils sont salariés surpayés, héritiers ou flagorneurs. Ils ont le pouvoir et la gloire qui leur permettent de vivre fabuleusement bien parce qu’ils ont réussi à faire croire que nous créons annuellement des richesses dont ils s’octroient une modeste part. Ils ont réussi à faire croire à leurs fortunes en générant des jaloux. Ils ont réussi à faire croire qu’en travaillant normalement un individu pouvait donner à ses enfants plus qu’il n’a reçu de ses parents et que l’enrichissement par le travail était possible sans appauvrissement d’autres personnes. Ils ont fait de leurs victimes leurs complices

Les jaloux admiratifs et imitateurs sont les libéraux qui se divisent eux-mêmes entre ceux qui élucubrent des théories et ceux qui travaillent comme des bêtes pour changer de catégorie. Une infime minorité y arrive en vendant sa start-up ou en gagnant au loto.

Les jaloux vengeurs et destructeurs sont les anticapitalistes qui montrent du doigt la richesse des profiteurs en exigeant une nouvelle répartition : « 1% des humains possèdent 99% des richesses de LA planète » ! Un ami m’a écrit : « l’immense majorité ne tire pas de son travail une part équitable tandis que les fonds de pensions, les banques, les compagnies d’assurances et autres « machins » financiers accumulent des fortunes colossales ». Il m’écrit ce que les profiteurs veulent qu’il croit pour que cela tienne, à savoir que l’on crée des richesses et que le seul problème est de savoir comment se les partager. Lui vit mal matériellement, eux vivent bien matériellement mais cela n’est possible que parce qu’ils savent qu’ils ne sont pas riches et que cet ami croit qu’ils le sont. Leur richesse n’est qu’illusoire. Ce sont des actions en bourse valorisés par eux-mêmes ou leurs semblables à des prix qui sont ce qu’ils échangent entre eux. Ce sont des propriétés qui leur seront reprises quand elles ne seront pas détruites. Les riches familles égyptiennes ou romaines ont-elles eu des héritiers ?

Tous alimentent le dogme et les jaloux rendent le système presque réel en l’admirant ou en l’abhorrant.

La réalité est que l’économie qui est l’action dans la maison, dans l’oïkos, est un échange du travail des êtres de la maison. Normalement tout est don et contre-don ce qui apparaît à un observateur inattentif comme du troc alors que le troc qui n’a jamais existé aurait remplacé la confiance par la simultanéité. Dans le contre-don il y a reconnaissance que le don de l’autre est richesse aux yeux du donneur et du groupe. Mais la notion d’enrichissement sans appauvrissement volontaire de l’autre n’existe pas car tout n’est qu’échange non simultané de travail.

La monnaie a remplacé partout le contre-don lorsque les groupes sont devenus trop nombreux pour que la confiance suffise à l’harmonie. La monnaie était donc un support objectif d’énergie humaine concrétisant le contre-don en étant un symbole concret, recherché, rare, pérenne, transportable et divisible. Mais la monnaie nous a fait oublier qu’il n’y a pas d’enrichissement sans appauvrissement d’un autre. Nous avons théorisé le don et le contre-don en production, dépense et revenu sans souvent comprendre que la production était ce qui était vendu, le revenu était la source de la monnaie utilisée pour acheter et la dépense le constat de leur échange. En appelant cet échange PIB on a fait croire que c’était une ressource alors que ce n’est que le constat d’un échange de deux valeurs.

L’idée est venue, puisque la monnaie remplace le travail du contre-don, de multiplier la monnaie pour éviter le travail. Depuis toujours on pillait, on mettait à sac et on réduisait en esclavage pour avoir de la monnaie et éviter le travail et l’idée de travailler sur la monnaie existe aussi depuis toujours par le billonnage, ce trafic illégal ou caché de monnaies défectueuses. Mais c’est depuis que les monnaies ont été déconnectées de toute référence objective (15 août 1971) que les freins ont sautés.

C’est l’art du capitalisme d’avoir inventé la création de richesses alors que seul l’appauvrissement en monnaie de quelqu’un reconnait une production en tant que richesse. Cette reconnaissance par l’échange ne génère aucune création de richesse pour le groupe.

Mais l’illusion fait vivre…

On a inventé l’investissement, la rentabilité, le profit et on a remplacé le travail par la dette. Rien que pour la dette publique, la France était ruinée après les guerres de Louis XIV et avait une dette publique insupportable à l’époque de 1,5 milliard de livres (12 milliards d’euros) qui a amené le système de Law et la ruine de tant de Français. Aujourd’hui nous en sommes à une dette publique française de 2.000 milliards d’euros et la dette publique mondiale continue de monter de plusieurs milliards d’euros par jour.

On fait tout pour faire payer les autres par l’exportation ou par le bidouillage des monnaies et cela nous retombe généralement sur le nez car nous ne sommes pas les meilleurs en bidouillage.

La FED et la BCE fabriquent sans arrêt, qui des dollars, qui des euros, des monnaies qui ne valent objectivement plus rien. Mais tant que le boulanger et son client croiront ensemble qu’un euro est aussi intéressant qu’une baguette de pain, le système tiendra. Mais dès que la confiance dans le système malhonnête disparaîtra, le papier monnaie ne sera plus que du papier comme les billets de Law en 1720, les assignats de la révolution ou les emprunts russes. C’est parce que certains le savent qu’à Davos on parlait suppression totale de la monnaie. Comme si, une fois de plus on voulait simplement casser le thermomètre.