Les pieds d’argile du colosse

Il pourrait être désespérant de constater dans toutes les campagnes électorales combien le seul sujet est de prendre le pouvoir, de vanter les réformes qui changeront tout et qui ne changent rien, de combattre les dérives qui réapparaissent à chaque nouvelle livraison de personnel politique. D’où nous vient donc cette ridiculisation de la politique qui n’est plus qu’un jeu dont il est écrit d’avance que le peuple est perdant et l’oligarchie gagnante ?

Certes le principe imbécile d’ « un homme, une voix » sans aucune vérification de la liberté du votant, ni de sa compréhension de la question posée, ni de l’intérêt qu’il y porte, donne le pouvoir aux médias et aux fabricants d’argent qui se font eux, de ce pouvoir, une vie facile et déconnectée de la vie réelle du peuple.

Certes l’autre principe imbécile de prendre la partie pour le tout et l’instruction pour  l’éducation, donne des générations de têtes apparemment bien pleines mais tellement mal faites qu’elles savent seulement se coucher, se révolter ou fuir, en tous cas se réfugier dans la négation du groupe dont elles ont pourtant un besoin vital.

Mais la base de notre désastre intellectuel, et la source qui rend malheureusement actifs ces deux principes destructeurs, est cette nouvelle religion totalement majoritaire qui croit que la richesse est quantifiable et que l’on peut s’enrichir sans appauvrir quelqu’un d’autre. Cela donne un clivage agressif très surprenant entre deux erreurs qui s’accusent mutuellement, l’erreur de trouver normal de s’enrichir et l’erreur de trouver anormal de ne pas en profiter soi-même.

Elle est très commode cette religion. Elle permet de faire croire qu’il est normal en travaillant normalement, en jouissant tout aussi normalement des plaisirs de la vie, de laisser à ses enfants plus que ce que l’on a reçu de ses parents, en étant tous libres, égaux et fraternels. C’est ce qu’on nommera plus tard l’Attaligate dont le chemin est balisé, nous serine ce monsieur avec talent, par la démocratie, les marchés et l’initiative personnelle. Mais comme pour les marchés, l’homme n’est rien alors que pour la démocratie, il est tout, le conseil pontifiant d’Attali se résume en « Débrouille-toi entre moins l’infini et plus l’infini ».

Cette religion remplace progressivement dans tout l’Occident le christianisme qui  se réduit dramatiquement lui-même à une volonté de partage équitable des richesses produites et qui se meurt de son abandon de la gestion de la difficulté humaine primordiale : donner un sens à une vie où normalement l’on travaille et où l’on ne s’enrichit pas.

Nous en arrivons à choisir comme président un homme qui s’est enrichi à millions dans une banque internationale sans même nous demander qui a été appauvri d’autant et où se situe l’honnêteté de l’échange. Le mythe de la création de richesse est tellement inséré dans nos esprits que nous sommes convaincus qu’il a simplement pris une grosse part de la richesse créée. Il serait même dans nos têtes tellement dans le vrai, le bien et le beau, que nous allons lui donner une majorité à l’Assemblée Nationale pour qu’il puisse nous montrer comment faire avant que nous lui montrions nous-mêmes que la roche tarpéienne est proche du Capitole.

Comme toutes les religions, elle a son clergé qui se donne l’impression d’exister en inventant depuis deux siècles tout un salmigondis autour de la monnaie. Ce clergé méprise l’évidence que la monnaie n’est qu’un véhicule pratique de l’énergie humaine pour en faire un générateur divin de richesses avec des formules pseudo mathématiques d’idées qui s’additionneraient à d’autres pour en égaler encore d’autres que personne ne comprend sans oser le dire. Ce clergé de plus en plus nombreux, aussi inutile que coûteux, nous refait le coup du conte d’Andersen  Les habits neufs de l’empereur où il a fallu qu’un enfant dise que le roi était nu puisque tout le monde faisait semblant d’admirer son costume que parait-il seuls les imbéciles ne pouvaient pas voir. Je suis l’imbécile qui ne voit pas la création de richesse.

Tant que les intellectuels d’Occident continueront à croire que l’on peut créer de la richesse, ils continueront à chercher des solutions miracles dans la manipulation des monnaies avec des techniques dignes des médecins de Molière, dans la manipulation du peuple en le laissant croire à l’eldorado et en l’endormant par médias interposés et dans la manipulation de la jeunesse qui cherche désespérément son avenir avec une énergie qu’elle dépense à attendre. Le mondialisme, la dette et l’immigration continueront à nous dissimuler notre triste réalité et la violence continuera à monter aussi régulièrement que le nombre de commentateurs qui n’auront toujours pas grand chose à dire mais qui pourront disserter sur l’effondrement du colosse.

 

La monnaie, véhicule d’énergie humaine

C’est sous ce titre que l’association Démocratie m’a demandé d’ouvrir la première table ronde d’un colloque d’une journée qu’elle organisait le 27 février 2017 dans la salle Colbert de l’Assemblée Nationale sur « L’argent et ses dérives ». Voici mon intervention:

Tout groupe d’êtres humains a au départ une raison d’être et organise dans ce but les apports de chacun en rendant complémentaires les différentes énergies individuelles. Tout groupe se crée dans la coopération entre ses différents membres et il ne se crée jamais dans la compétition interne. Cette organisation a été improprement appelée troc en supposant une simultanéité du don et de sa contrepartie alors que cette simultanéité a toujours été loin d’être systématique. Le don et sa contrepartie, sa contrevaleur, le contredon, existent dès la création du groupe (couple, association ou tribu) mais ils ne sont que très rarement simultanés. L’anthropologue et professeur au Collège de France Marcel Mauss a parfaitement expliqué que le don entraînait le contredon et que le « donner-recevoir-rendre » était au service du lien social et qu’il le nourrissait. Mauss a développé que le don et le contredon était ce qu’il a appelé un « fait social total » à dimensions culturelle, économique, religieuse, symbolique et juridique et qu’il ne pouvait être réduit à l’une ou à l’autre de ses dimensions.

Mais quand la taille du groupe devient importante, la détection des profiteurs et des tire-au-flanc devient difficile et rend obligatoire la simultanéité de la contrepartie. L’origine de la monnaie est cette invention de la contrepartie simultanée. La monnaie est donc le nouveau « fait social total » qui remplace le don et le contredon. Elle est aussi culturelle, économique, sociale, religieuse, symbolique et juridique en ne pouvant être réduite à l’une ou l’autre de ses dimensions.

Le fait que la monnaie remplace le don comme le contredon entraîne plusieurs conséquences entièrement oubliées de nos jours. La monnaie est fondée sur deux pieds qui sont à la fois son origine et son emploi. Comme l’électricité qui véhicule une énergie fossile, atomique, solaire, éolienne ou gravitationnelle jusqu’aux lieux d’utilisation de ces énergies, la monnaie véhicule l’énergie humaine vers ses utilisations futures. La monnaie est dette vis-à-vis du donneur et créance sur le contredonneur La monnaie est à la fois une créance et une dette. Les banques l’ont parfaitement compris en créant l’argent par la double écriture d’une dette inscrite à leur passif et d’une créance de même montant inscrite à leur actif. Elles irriguent l’économie en honorant leurs dettes mais sont incapables d’encaisser leurs créances sans tout fonder sur la création de richesses futures, ce qui est la base erronée du capitalisme.

La monnaie servant deux fois dans les échanges d’énergie, une fois pour payer le don et une fois pour acheter le contredon, la somme des échanges énergie-monnaie calculée dans le PIB est  le double de la quantité de monnaie nécessaire au fonctionnement du groupe. On constate par exemple dans la zone euro que le PIB y est de l’ordre de 10.000 milliards d’euros et qu’il est bien globalement le double de la monnaie en circulation (M1), 5.000 milliards d’euros.

L’oubli que la monnaie est un bipède transportant de l’énergie humaine vers son utilisation a entraîné dans la vague mercantile anglo-saxonne du XXe siècle un regard erroné sur la monnaie qui n’est devenu qu’une marchandise, donc unijambiste. La monnaie n’a plus été considérée comme un vecteur ni comme un véhicule d’énergie. Si l’on devait garder la comparaison avec l’électricité, nous nous trouverions dans le cas de figure où le peuple aurait par démagogie accès gratuit à l’électricité sans qu’aucune énergie ne l’alimente. Il se passerait ce qui se passe actuellement pour la monnaie : on fait payer le passé par l’impôt, le futur par la dette et on essaie de faire payer les autres, comme le font les Allemands, par une balance commerciale excédentaire. Malheureusement notre balance commerciale étant déficitaire depuis la création de l’OMC en 1995, c’est nous qui payons en plus pour les autres en voyant monter encore davantage, et nos impôts et notre dette.

La monnaie, marchandise sans origine créée à tout-va, nous fait croire que nous sommes riches alors que nos productions ne sont de plus en plus majoritairement que des embarras voire des déchets, ce que la science économique n’a jamais souhaité étudier.

C’était la rareté de la monnaie qui était limitée à l’énergie humaine déjà dépensée qui avait toujours permis de différencier une richesse d’un encombrant ou d’un déchet dans l’abondance des productions. Mais nous avons oublié simultanément l’origine de la monnaie et la définition de la richesse. Ce double égarement nous empêche de comprendre ce qui se passe. Essayons de dépasser cette difficulté.

Tout groupe se constitue autour d’une approche commune du beau, du bien et du vrai qui, comme l’a écrit Montaigne dans le chapitre II, XII de ses Essais avant d’être paraphrasé par Pascal, sont trois notions totalement subjectives :

« Les lois de notre pays, cette mer flottante des opinions d’un peuple », (…) « Quelle bonté est-ce, que je voyais hier en crédit, et demain ne l’être plus : et que le trajet d’une rivière fait crime ? », (…) « Quelle vérité est-ce que ces montagnes bornent, mensonge au monde qui se tient au delà ? », (…) « Les mariages entre les proches sont capitalement défendus entre nous, ils sont ailleurs en honneur », « (…) Le meurtre des enfants, meurtre des pères, communication de femmes, trafic de voleries, licence à toutes sortes de voluptés : il n’est rien en somme si extrême, qui ne se trouve reçu par l’usage de quelque nation ».

De même sont totalement subjectives et évidemment inchiffrables, les trois symbioses que créent les rapprochements deux à deux entre le beau, le bien et le vrai.

Le bien et le vrai donnent le juste, le vrai et le beau donnent le pur et le beau et le bien donnent le riche. Le juste n’est pas forcément beau, le riche n’est pas forcément vrai (une riche idée est une bonne idée et une belle idée) et le pur peut être un pur salaud (symbiose du beau et du vrai salaud).

C’est sur une approche commune de la justice, de la pureté et de la richesse que se constituent les civilisations. Ces notions ne sont pas les mêmes en Papouasie, chez les Dogons, chez les Gujaratis, chez Daesh et chez nous. Autrefois le voyage consistait à aller observer respectueusement d’autres harmonies que les nôtres entre le beau, le bien et le vrai. Ils formaient parait-il la jeunesse alors qu’aujourd’hui ils ne font que faire retrouver notre propre harmonie tellement chancelante chez nous, une fois plaquée chez les autres par une élite locale que nous avons formatée dans nos universités et qui détruit l’harmonie de son propre peuple. Aujourd’hui nos élites cherchent à inventer un nouveau colonialisme où l’on imposerait à toute l’humanité notre notion du beau, du bien et du vrai, où chaque homme aurait les mêmes goûts et la même approche de la justice, de la pureté et de la richesse. Ces élites ont oublié que la Terre ne pouvant fournir les mêmes choses à de plus en plus de milliards d’hommes, ils inscrivent la guerre comme l’issue inéluctable de leur aveuglement.

Pour défendre le système et pour que l’argent créé et déjà dépensé soit une créance réelle sur quelque chose, nous avons inventé l’idée de création de richesse et nous avons fait prospérer des verbes comme investir, développer ou rentabiliser qui ne sont là que pour nous faire croire que notre monnaie peut faire des petits. Aristote avait pourtant prévenu qu’il « avait vainement cherché sur une pièce de monnaie ses organes reproducteurs ». Nous n’avons pas encore osé chiffrer la justice et la pureté mais nous avons décidé de chiffrer la richesse bien que ce soit évidemment impossible. On ne peut rendre objectif par le chiffrage une richesse qui est subjective par définition.

Pour réussir l’impossible nous avons décidé de chiffrer notre richesse par notre dépense en appelant produit (PIB) ce que nous dépensions. Plus nous dépensons, plus nous nous réputons riches, plus nous augmentons nos dépenses plus nous sommes fiers de faire de la croissance. Ayant oublié que l’origine de l’argent est de l’énergie humaine dépensée, c’est-à-dire du travail utile au groupe et déjà effectué, nous créons artificiellement de la monnaie pour pouvoir croire nous-mêmes que nos productions sont des richesses et que les productions de demain rembourseront l’argent « investi » afin de le « rentabiliser » et de « développer » l’économie. Il est vrai que nos dépenses enrichissent l’Etat par la TVA. Le mois de décembre 1999 qui a vu un Erika souiller 400 kms de côtes et deux tempêtes ravager la France, a nécessité d’énormes dépenses de nettoyage et de réparation donc une importante rentrée de TVA appelée alors « cagnotte ». Le tout a généré un PIB fantastique, une rentrée de TVA miraculeuse mais c’est le peuple qui a payé toute cette dépense !

Personne n’a envie de voir que nous payons très cher des machines, voire des robots pour pouvoir nous passer de main d’œuvre et essayer de faire payer les autres par nos exportations tout en payant dans le même temps notre peuple à survivre sans travail. Personne n’aime voir que, par la publicité qui tient le sport et les médias, nous dépensons à nouveau des sommes folles pour tenter de transformer en richesses les encombrants que nos machines produisent continuellement. Pour que ces encombrants soient achetés, certains rêvent même d’un revenu universel ou d’une monnaie aspergée par hélicoptère pour que le peuple achète les encombrants. L’oubli de l’énergie humaine comme origine de la monnaie a fait sauter tous les freins à la création de monnaie et nous a amené à oublier le bon sens.

Il y a encore 50 ans étaient imprimés sur tous les billets de banque que la fabrication de fausse monnaie entraînait les travaux forcés à perpétuité car, en l’ayant pourtant déjà oublié, il restait la notion informelle qu’il n’y avait pas d’argent sans sa source, l’énergie humaine dépensée utilement. Aujourd’hui les Etats fabriquent de l’argent par leurs budgets déficitaires, les entreprises créent de l’argent par les délais de paiement qu’elles accordent, les particuliers créent de l’argent par les cartes de crédit à débit différé et les banques ne survivent que par la création d’argent par la double écriture. Tout doit être théoriquement remboursé par les richesses futures que nous devons créer comme si c’était une marchandise alors que la richesse n’est qu’une façon de regarder. Pour ce faire, tout est fondé sur la concurrence et la compétitivité où il faut que l’autre meure le premier.

Peut-on encore suggérer que dans un monde harmonieux c’est la coopération entre les êtres en prenant le risque de l’autre qui est la seule harmonie possible ?

Le droit au travail est inscrit dans le préambule de nos deux dernières constitutions mais quel Politique va expliquer qu’il n’est pas bon de chercher à être compétitifs avec les Chinois, les Ethiopiens ou les Bengalis ? Il faut savoir s’enrichir de leurs connaissances, apprendre de leurs expériences mais il faut renoncer à leur imposer un bien universel, un beau universel et un vrai universel dont nous serions détenteurs.

Pour cela il faut faire reprendre conscience aux Français que nous vivons collectivement au-dessus de nos moyens par les deux esclavages qui nous permettent de vivre provisoirement agréablement : l’esclavage dans l’espace en faisant travailler comme des bêtes, des hommes, des femmes et des enfants qui sont suffisamment loin pour que nous ne les voyions pas et l’esclavage dans le temps qu’est la dette de plus en plus irremboursable que nous laissons à nos enfants.

Mais plaire ou conduire, il faut choisir, et ce choix devient pour tout Politique, un nouveau travail d’Hercule. Prendre conscience de la réalité en est le premier pas.

Peut-on résoudre un problème mal posé ?

Chacun attend la relance de l’économie et le redémarrage de la croissance comme d’autres attendent le Messie. Peu de gens réfléchissent aux deux blocages qui sont la confusion entre production et richesse et l’oubli du fait que la monnaie est une créance-dette.

Le temps perdu en faux débats

Depuis les années 70, depuis la fin de ce que l’on nous a dit être les trente glorieuses, les politiques se déchirent pour savoir s’il faut relancer l’économie par l’offre ou par la demande. Cette question est l’un des faux débats dont l’Occident se repaît depuis qu’il a renoncé à regarder en face son problème. Faut-il être de droite ou de gauche ? Libre-échangiste ou protectionniste ? Libéral ou social ? Souverainiste ou mondialiste ? Dirigiste ou démocrate ? A qui faut-il donner la priorité entre l’ordre et la justice ? A chaque fois la bonne réponse est qu’il faut combiner les deux et que c’est justement l’harmonisation des deux qui est la voie de la réussite par le moyen de la difficulté vaincue. Mais la facilité ambiante qui sous-traite à la guerre le soin de nous remettre les yeux en face des trous, nous impose scandaleusement d’être unijambistes, borgnes et manchots.

C’est sans doute en économie que cette amputation est la plus dramatique car elle nous a conduit à l’impasse dans laquelle nous sommes. La monnaie est devenue impotente car on a décidé qu’elle était une marchandise comme une autre et donc qu’elle n’avait qu’un pied alors qu’elle en a deux, qu’elle était un stock alors qu’elle est un flux.

Une production n’est richesse que si elle trouve acheteur

C’est par la comparaison avec l’électricité que l’on réalise le mieux l’étendue du problème. Nous avons tendance à croire que l’électricité est une énergie alors qu’elle ne fait que capter et transporter les énergies renouvelables, fossiles ou atomiques. Sans l’origine de l’énergie, que ce soit une énergie renouvelable, fossile, atomique ou simplement la gravitation, il n’y a pas d’électricité, mais sans sa consommation, pas d’électricité non plus puisque nous ne savons pas réellement la stocker. Nous sommes obligés pour ne pas perdre l’électricité produite de la vendre en urgence même à perte à un pays étranger qui en a l’usage ou de la consommer en en sauvant 70% par la technique du STEP, du pompage-turbinage qui remonte l’eau dans les barrages. L’électricité n’est pas une énergie mais une circulation entre une production d’énergie et sa consommation. L’électricité est sur deux pieds et pas sur un seul. La collectivité est maîtresse de cette circulation d’énergie et a le pouvoir d’en choisir les bénéficiaires. Elle contrôle à la fois la captation de l’énergie et ses utilisateurs, ce qui lui donne le pouvoir. Mais s’il est aisé de comprendre que sans source d’énergie il n’y a pas d’électricité, il est moins connu mais tout aussi vrai que sans consommateurs, il n’y a pas non plus d’électricité. L’électricité est l’exemple probablement le plus clair qu’une production n’est richesse que si elle trouve son utilisateur. Les dépenses faramineuses en publicité et en commercial pour trouver des acheteurs arrivent de plus en plus difficilement à convaincre que certaines productions sont encore des richesses alors qu’elles ne sont que des embarras.

La monnaie est un vecteur d’énergie humaine

Il en est de même pour la monnaie qui marche aussi sur deux pieds. Rappelons qu’au début n’a jamais été le troc, échange des avoirs, mais le don et le contre-don, échange des êtres, comme l’a si bien montré l’anthropologue et professeur au Collège de France Marcel Mauss. Il a même souligné que le « donner-recevoir-rendre » nourrissait le lien social et était un « fait social total » à dimensions culturelle, économique, religieuse, symbolique et juridique. Lorsque la monnaie a remplacé le contre-don pour vérifier sa réalité en le rendant simultané, elle a gardé les dimensions culturelle, économique, religieuse, symbolique et juridique qu’avait le contre-don mais nous l’avons complètement oublié. La monnaie est, comme l’électricité, un transporteur d’énergie mais l’énergie qu’elle transporte est de l’énergie humaine. La monnaie est, de ce fait, un fait social total. Elle n’existe que parce qu’il y a à son origine une énergie humaine et à son extrémité une décision humaine de consommation. Jean Rémy dans son interview sur TVlibertés parle même avec talent de « vecteur » pour bien montrer que la monnaie marche sur deux pieds comme l’électricité avec une origine et une destination. La monnaie véhicule l’énergie humaine du donneur envers qui elle a une dette, vers le lieu et le moment de son échange avec l’énergie du contre-donneur sur lequel elle a une créance. Même les banques qui créent la monnaie ont conscience qu’elle est une créance-dette puisqu’elles écrivent simultanément le même montant à leur actif comme créance sur monsieur Dupont et à leur passif comme dette vis-à-vis du même monsieur Dupont.

Donner tort à ceux qui disaient « Il faut une bonne guerre »

C’est parce que nous avons oublié ces vérités de base que nous ne comprenons plus l’économie. D’un côté nous confondons production et richesse et de l’autre nous rêvons à la monnaie hélicoptère ou au revenu universel. Comme aucune solution ne marche et ne peut marcher quand le problème est mal posé, nous avons besoin de trouver des boucs émissaires responsables de tous nos maux. Ces pelés, ces galeux, sont toujours ceux d’en face dans les faux débats que nous affectionnons tant.

Faut-il vraiment se résigner au fait que seule la guerre est assez puissante pour nous remettre les yeux en face des trous ?

 

Diagnostic

Ce diagnostic se divise en trois parties. D’abord une approche fondamentale de ce qu’est l’économie en anthropologie, puis les déviations qui ont abouti à l’impasse actuelle et enfin les pistes de solutions.

I L’économie en anthropologie

Tout groupe d’êtres humains a au départ une raison d’être et organise dans ce but les apports de chacun et rend complémentaires les différentes énergies individuelles. Cette organisation a été improprement appelée troc en supposant une simultanéité du don et du contre-don qui n’a jamais été systématique. Le don et le contre-don existent dès la création du groupe (couple, association ou tribu) mais ils ne sont que très rarement simultanés. L’anthropologue et professeur au Collège de France Marcel Mauss a parfaitement expliqué que le don entraînait le contre-don et que le « donner-recevoir-rendre » était au service du lien social et qu’il le nourrissait.  Mauss a développé que le don et le contre-don était ce qu’il a appelé un « fait social total » à dimensions culturelle, économique, religieuse, symbolique et juridique et qu’il ne pouvait être réduit à l’une ou à l’autre de ses dimensions. Mais quand la taille du groupe devient importante, la détection des profiteurs et des tire-au-flanc devient difficile et rend obligatoire la simultanéité du contre-don. L’origine de la monnaie est cette invention du contre-don simultané. La monnaie est donc culturelle, économique, religieuse, symbolique et juridique. Par sa facilité d’usage la monnaie est devenue le regard que le groupe utilise pour isoler les richesses échangées contre de la monnaie dans le fatras des productions. C’est parce qu’une production trouve acheteur qu’elle est reconnue comme richesse et non comme embarras ou déchet. Toutes les fonctions de la monnaie décrites depuis l’antiquité, réserve de valeur, unité de compte et intermédiaire des échanges, découlent toutes de ce que la monnaie est l’étalon culturel de la richesse. C’est l’énergie du groupe, l’énergie sociale, quand le travail est l’énergie individuelle. La monnaie est reconnaissance par le groupe de l’utilité du travail individuel. Toutes les querelles autour de la monnaie viennent de la difficulté à marier la notion de richesse qui est un regard dynamique essentiel au lien social avec la notion d’étalonnage qui est arithmétique et avec la notion de culture qui est sociologique. Toutes les incompréhensions viennent de simplifications excessives et contradictoires.

II Les déviations

Le XXe siècle, sous impulsion anglo-saxonne commerçante, a fait croire par une fabrication erratique de contre-dons que l’augmentation de la production était une augmentation de richesse, et par une très belle illusion qu’une dépense était une richesse et que l’augmentation des échanges commerciaux était aussi une augmentation de la richesse du groupe. Tout a été fait pour que l’on croie à ces deux erreurs, à commencer par la diffusion de l’idée que ces augmentations de richesses permettaient de moins travailler, ce qui a beaucoup plu aux peuples latins. La richesse n’étant qu’un regard, la propagande a remplacé une démonstration inexistante.

Pour faire croire que la croissance du commerce était augmentation de richesse on a additionné tous les échanges dans une zone donnée en appelant finement cette addition d’échanges « gross domestic product » servilement traduit en français par « produit intérieur brut ». En se servant à tout propos de pourcentages du PIB comme d’une ressource ou de son augmentation comme d’une victoire, on a instillé dans les esprits que le commerce était en soi une richesse et que son développement était « la » croissance, alors que le commerce n’est que l’intermédiaire qui se fait payer pour mettre en relation producteurs et consommateurs. A la méthode Coué, d’une dépense on a fait une richesse, d’un emploi on a fait une ressource. Comme cela ne marche évidemment pas, on a nommé ce ratage, la crise, et on a fait de la fuite en avant en cherchant de nouveaux marchés, en inventant la concurrence, l’austérité et le nouvel esclavage dans l’espace qu’est la mondialisation.

Pour faire croire que l’augmentation de la production était augmentation de richesse on a simplement fabriqué du contre-don utilisable à tout moment. Plus on fabriquait de la monnaie plus on laissait croire que les productions étaient des richesses sans que personne ne s’appauvrisse pour reconnaître ces fausses nouvelles richesses. Depuis le début du XXe siècle, par cette inflation dans son vrai sens, par cette fabrication incessante de monnaie, on a sans arrêt dévalué toutes les monnaies par rapport à l’or. Dans les années 70 on a même cassé le thermomètre en déconnectant les monnaies de l’or et l’erreur est devenue encore moins facilement perceptible. N’étant dorénavant liées ni à l’or ni au travail humain utile qu’étaient le don et le contre-don, les monnaies ne sont plus limitées dans leur fabrication et elles se sont donc toutes totalement dévaluées. Aujourd’hui les monnaies ne valent plus rien. Il n’y a que les peuples qui ne le savent pas. On a oublié que la monnaie n’était une énergie que parce qu’elle était contre-don d’un travail utile. Elle était et n’est plus stockage de travail humain. Pour retarder cette prise de conscience on a remplacé la coopération par la concurrence et seul le désir de ne pas mourir le premier empêche une flambée générale des prix. Pour que la fausse monnaie soit utilisée et pour que les productions continuent à être reconnues comme richesses, elle est prêtée à tout va en créant un nouvel esclavage, l’esclavage dans le temps qu’est la dette.

Les acteurs des déviations

Pour arriver à un tel imbroglio il a fallu que plusieurs corps s’agrègent pour que la propagande soit malheureusement convaincante.

Les banques créent la monnaie. Elles ont d’abord détourné le pouvoir régalien de battre monnaie puis l’ont confisqué aux Etats-Unis en 1913 par la création de la FED et en Europe par le traité de Maastricht et le passage à l’euro. Cœur du système, les banques l’ont créé et l’entraîneront dans leur chute. C’est la bête de la mer de l’Apocalypse « Et toute la terre était dans l’admiration derrière la bête » Ap 13,3.

Les medias et leur propriétaire, la publicité, prennent au peuple la monnaie nécessaire à lui faire croire par le plaisir qu’il est possible d’être heureux sans vision. C’est la bête de la terre de l’Apocalypse, celle qui  « faisait que la terre et ses habitants adoraient la première bête » Ap 13,12.  « Elle séduisait les habitants de la terre par les prodiges qu’il lui était donné d’opérer» Ap 13,14.

Les multinationales et la science économique donnent au peuple de quoi survivre et payer la publicité. On a inventé la science économique qui a remplacé le bon sens par une logorrhée déguisée en mathématique et qui a délivré des diplômes sanctionnant les étudiants qui avaient répété sans comprendre tout ce qu’on leur avait embecqué. La science économique cherche sans succès à démontrer qu’il y a des solutions hors bon sens. Elle est la référence officielle nobélisée des deux erreurs sur l’augmentation de la richesse par l’augmentation de la production et par l’augmentation des échanges. La science économique a envahi les multinationales qui, déconnectées de la réalité, ont besoin des banques pour cacher leurs pertes. Les multinationales font de la cavalerie entre elles pour dégager des bénéfices fictifs. Grâce au principe irréaliste de pérennité de la comptabilité, elles peuvent présenter en toute légalité, des passifs sous-évalués et des actifs surévalués.

La recherche et l’innovation. La recherche récupère de belles intelligences déboussolées et les met au service de qui la paye sans se préoccuper d’où vient l’argent, du vrai but recherché et des deuils que les innovations généreront. La recherche vit dans le cercle fermé « demain paiera et demain sera mieux grâce à l’innovation ».

Les politiques, pour ne pas faire trop travailler au présent les électeurs-consommateurs, veulent faire travailler le passé par l’augmentation de la ponction fiscale, faire travailler le futur par l’augmentation de la dette et faire travailler les autres par la balance commerciale excédentaire. Si la balance commerciale est déficitaire on fera travailler davantage le passé et le futur, c’est-à-dire les électeurs-consommateurs et leurs enfants. Les politiques nous ont construit un pays de Cocagne illusoire fondé sur l’esclavage dans l’espace qu’est le mondialisme et sur l’esclavage dans le temps qu’est la dette, un eldorado où l’homme n’aurait plus à travailler mais la partie des peuples encore au travail vit de plus en plus mal de recevoir systématiquement sur la tête le marteau que leurs dirigeants ont envoyé en l’air pour que leurs électeurs ne se fatiguent pas.

Les spectateurs des déviations

Les peuples changent leurs dirigeants chaque fois qu’ils le peuvent et constatent que tout empire. Mais ils ont été formatés à croire à l’esclavage dans l’espace pour payer moins cher et à l’esclavage dans le temps pour ne même plus se poser la question du « Qui paye ? ». On les a même formatés à limiter dans leurs têtes l’esclavage au vilain esclavage des gentils noirs par les méchants blancs.

Les intellectuels sont en voie de disparition. Les derniers spécimens comme Michel Onfray disent «  Le bateau coule, mourez debout ». D’autres comme Jacques Attali se réfugient dans la logorrhée en fondant tout sur le marché, la démocratie et l’initiative personnelle. Mais le marché dit que l’homme ne vaut plus rien depuis que l’humanité est passée en deux siècles de 1 à 6 milliards d’individus alors que la démocratie dit rigoureusement l’inverse en faisant semblant de sacraliser l’individu. Le message intellectuel d’Attali traduit en français n’est que « Débrouille-toi entre moins l’infini et plus l’infini ».

Les religions par une absence d’analyse incroyable, se sont auto réduites au monde des Bisounours sans vision, sauf une partie de l’Islam qui, sur une lecture littérale du Coran soigneusement éludée, enflamme encore.

III Les axes de solutions

Non par calcul mais par simple sédimentation des médiocrités dans une société sans vision, nous avons construit une société monstrueuse et totalement instable. Nous assistons même à la querelle désolante bien que sans doute de bonne foi entre ceux qui comme l’Union Européenne veulent plus de mondialisation pour avoir moins de dettes, et ceux qui comme Mélenchon & Co, veulent plus de dettes et moins de mondialisation.

Il nous faut pourtant répondre à la question dramatique à laquelle nous sommes chaque jour davantage confrontés et qui est de savoir s’il y a un autre moyen que la guerre pour nous remettre les yeux en face des trous. Y répondre positivement est le devoir des générations actuelles.

La direction pourrait être celle-ci :

1 – Expliquer ce qui se passe à un peuple perdu, anesthésié et étourdi pour lui redonner une vision, le réveiller et le dégourdir. Redonner en premier lieu sa place à la coopération face à la concurrence et ensuite leurs places aux devoirs face aux droits, au travail face à la dette, à la fraternité face à la solidarité, à la rigueur face au laxisme, au réalisme face au rêve.

2 – Retrouver notre souveraineté pour pouvoir agir.

3 – Ne pas importer plus que ce que nous exportons et fabriquer en France, même plus cher, ce que nous importons sans être capable de le payer. C’est l’esprit de la charte de La Havane et de l’Organisation Internationale du Commerce, mère de la parricide Organisation Mondiale du Commerce.

Donner par ces décisions conformes à l’O.I.C. mais opposées à l’U.E. et à l’O.M.C., du travail à tous les nationaux qui en demandent, par la création d’entreprises de production à capital mixte public-privé.

4 – Une fois les Français au travail, rééquilibrer petit à petit pour faire payer par le présent ce qui est consommé au présent en renonçant à faire payer le passé par l’impôt et le futur par la dette. Là est évidemment le plus gros problème mais qui ne pourra être abordé que lorsque les trois premiers points auront été réalisés.

La confusion entre richesse et production

Cette confusion est une difficulté majeure de notre temps et le fait que cette confusion soit si mal perçue est une énigme car elle impacte tous les autres problèmes. Personne ne semble avoir vraiment envie de l’analyser. Nous savons tous pourtant qu’une production n’est pas forcément richesse, qu’une inondation est une production d’eau qui n’est pas richesse, pas plus que la grêle qui produit ses grêlons. Une production n’est plus richesse dès qu’elle est surproduction et elle n’est pas richesse si elle n’est pas désirée.

Une production se constate alors qu’une richesse s’évalue, une production est objective alors qu’une richesse est subjective. Le crottin est une production du cheval mais il n’est richesse que pour le jardinier. Ce qui fait le lien entre la production et la richesse c’est la monnaie. Comme cela n’est malheureusement pas écrit dans les livres d’économie, le premier rôle de la monnaie est de distinguer les richesses parmi les productions, rôle dont découlent les multiples rôles secondaires de la monnaie très justement décrits dans les livres d’économie.

Pour bien comprendre cette distinction il faut d’abord prendre conscience que la monnaie est une énergie. Elle permet de se déplacer, de se nourrir, de s’habiller, de se loger, de se chauffer. C’est une énergie apparemment créée par le groupe qui utilise cette monnaie mais aucune énergie ne s’invente ou ne s’imprime toute seule. L’énergie de la monnaie lui vient forcément d’une autre énergie mais de laquelle ?

Dans les énergies il y a celles que l’homme constate et qu’il sait plus ou moins bien maîtriser et gérer comme les énergies solaire, éolienne, gravitationnelle, géothermique, sismique, animale ou végétale. Il y a celles que l’homme a su développer comme les énergies chimique, électrique ou atomique. Mais aucune de ces énergies n’est stockée dans un billet de banque. La seule énergie qui peut se retrouver stockée dans une monnaie est l’énergie humaine, le travail, énergie que nous retrouvons inconsciemment dans nos portefeuilles comme j’ai pu le développer dans mon article sur la monnaie. Mais ce n’est pas notre travail personnel qui s’y retrouve mais le travail passé de toute la communauté.

Tout l’art des dirigeants est de chiffrer ce travail passé et d’appréhender la quantité de monnaie à mettre en circulation, la quantité d’« énergie travail » stockée dans la monnaie n’étant pas négociable car on ne refait pas le passé. Pas assez de monnaie et le travail humain ne se stocke plus, trop de monnaie et le travail humain passé est dévalué par la dévaluation de la monnaie.

La vie dans un groupe est une série continue de coups de mains que se donnent les uns les autres, c’est un échange permanent que certains appellent le don et le contre-don  et d’autres, le don de soi et l’accueil de l’autre. La monnaie arrive lorsque le groupe est trop important pour que l’échange d’efforts puisse se vérifier autrement que par la simultanéité des deux efforts. La monnaie ne fait que remplacer celui des deux efforts qui n’est pas simultané.

Le rôle de la monnaie est donc essentiel pour réguler l’économie. Elle remplit dans la société le rôle des parents dans la famille qui doivent savoir dire « non ». La tentation est grande en effet de se croire au pays de Cocagne et de vouloir obtenir tout ce que l’on désire.

Si l’on était démagogue et cynique on oublierait que la monnaie n’existe que par le travail déjà reconnu et on en fabriquerait par la dette. Cela permettrait de transformer en richesses des productions qui n’en sont pas. Cela enclencherait une spirale car des petits malins s’intéresseraient plus aux désirs qu’aux besoins. Ils inventeraient de nouvelles productions que l’on reconnaîtrait comme richesses par la monnaie créée par la dette.  La recherche et l’innovation s’engouffreraient vers tout ce qui pourrait plaire. Comme l’argent serait facile, on achèterait pour produire des machines voire même des robots. Le travail ayant quitté la monnaie, il quitterait la production. On ne s’intéresserait plus qu’aux désirs que l’on alimenterait par la publicité payée par la dette. Plus personne ne se demanderait « qui paye ? » puisque la dette aurait remplacé le travail. On en arriverait à une société où la dette transformerait en richesses toutes les productions des machines et où les hommes pourraient se distraire par la dette, leurs deux seules obligations étant de consommer et de voter. Mais comme la dette monterait et deviendrait embarrassante il y aurait unanimité pour affronter le problème et vouloir « faire des réformes » c’est-à-dire faire payer au peuple l’incurie de ceux qu’il aurait bêtement élus.

Gloire au travail

Il y a une contradiction apparemment insurmontable entre l’affirmation souvent énoncée ici qu’il n’y a pas de création annuelle de richesses et l’observation apparemment indiscutable que depuis l’époque de l’homme de Cro-Magnon une multitude de richesses a été créée par les hommes.

Les tenants de la création annuelle de richesse la chiffrent même par le PIB et souhaitent son augmentation par ce qu’ils appellent la croissance économique.

Mais la richesse n’est qu’une façon de regarder et si elle est richesse pour les uns, elle est embarras pour d’autres et même rebuts pour certains. Cela est vrai dans l’espace mais aussi dans le temps. Si en Hollande de 1634 à 1637, le prix d’un bulbe  de tulipe valait 15 ans de salaire d’un maçon, le prix d’une maison ou d’un carrosse avec ses deux chevaux , il vaut aujourd’hui 6 euros la douzaine. Un lieu de vie qui aurait été conservé en Europe dans l’état où il était à l’époque de Néanderthal serait aujourd’hui par sa rareté et sa tranquillité hors de prix et réservé à quelque émir ou oligarque. La sculpture « dirty corner » qu’Anish Kapoor a créée à Milan et déposée dans les jardins du château de Versailles est sûrement une richesse aux yeux des organisateurs de l’exposition, sûrement un déchet aux yeux de ceux qui l’ont surnommée « Le vagin de la reine » et probablement un encombrant et une gêne pour tous ceux qui venaient voir Versailles pour remonter le temps. Si le Pont du Gard est une richesse aujourd’hui, était-il à sa construction autre chose qu’un élément de voirie pour approvisionner Nîmes en eau ? 

C’est notre regard individuel qui différencie ce qui à nos yeux est précieux et ce qui peut partir à la poubelle. Ce qui nous est précieux nous est richesse mais n’est qu’une richesse individuelle. La richesse collective est beaucoup plus difficile à appréhender car elle appelle deux questions : quel collectif ? et qu’est-ce qu’un regard collectif ?

La doxa « attalienne mincienne et BHLienne », relayée par les médias, nous dit que le collectif est le monde qu’il baptise, comme s’il n’y en avait qu’une, « la planète » par un égocentrisme très révélateur. Cette doxa affirme que si les espèces animales ont le droit d’avoir des races de chiens, de poules ou de chevaux, l’espèce humaine, elle, n’a plus de races et qu’il faut même supprimer le mot des dictionnaires. Cette doxa pateline et mielleuse veut imposer sa morale et sa vision à toute l’humanité en pensant trouver dans la fuite en avant la réponse à l’échec qu’ils ont tous eu chez nous. Cette volonté de mondialisation du collectif entraîne bien évidemment des réactions violentes de gens que l’on appellera terroristes pour ne pas se compliquer la vie. Cette doxa, constatant que la communication s’était mondialisée, en a déduit complètement à tort qu’il en était de même pour la réflexion et l’action.

Une autre doxa, politicienne celle-là, nous dit que le collectif est européen. cette doxa-là veut appliquer à l’Europe toutes les recettes qui ont échoué individuellement dans chaque pays. Pour cette fuite en avant,  les politiques ont un besoin vital de l’euro, cet outil mort-né qu’ils momifient au lieu de l’enterrer. Ils se réunifient tous, ceux qui veulent dépenser plus pour dépenser moins comme ceux qui veulent dépenser moins pour dépenser plus, tous unis pour sauver l’euro, leur Europe et surtout eux-mêmes. Tous unis contre ceux qui veulent retrouver un collectif qui a déjà fait ses preuves, la nation ou la patrie.

Quant au regard collectif sur une chose, c’est son prix car seule la monnaie est reconnue par tous comme une richesse. Si des membres du groupe acceptent de s’appauvrir en monnaie en l’échangeant contre une chose ou un service, alors cette chose ou ce service qui n’était qu’une production est reconnue par le groupe comme une richesse, au moins à un moment donné et en un lieu donné.

Malheureusement depuis bientôt 50 ans nous fabriquons par la dette de la fausse monnaie qui casse tous les équilibres. Les productions sont réputées être des richesses alors qu’elles ne sont en réalité qu’encombrements ou déchets, par le simple fait qu’elles sont achetées avec de la monnaie obtenue sans efforts par l’emprunt . Il est plus facile d’emprunter à la banque de l’argent qui n’existe pas, que de travailler à la sueur de son front. Il est plus facile d’importer des marchandises que de les fabriquer en travaillant. Comme cela fait exactement le même PIB, les observateurs sont contents et on a simplement remplacé le travail par la dette qui monte, qui monte, qui monte…..

La montée des machines est un exemple intéressant de la perversité de la dette.

Les machines remplacent les hommes mais elles coûtent cher à concevoir et à réaliser. Normalement l’équilibre entre les trois entités créatives, l’homme, l’argent et la machine, se fait naturellement car d’un côté l’homme est attiré par la machine qui fait le travail à sa place mais de l’autre, il n’y a de machine que si l’homme a suffisamment travaillé pour avoir l’argent nécessaire à son achat. La machine ne crée pas le chômage parce qu’elle n’existe que si l’homme travaille assez pour pouvoir se la payer.

Or avec la dette le verrou saute. La machine est payée immédiatement par l’emprunt et à terme par les mythiques richesses futures. Le résultat est une mécanisation galopante qui fait monter parallèlement le chômage et la dette. Ne pourrait-il y avoir des économistes pour hurler aux oreilles des puissants que si l’on n’abandonne pas l’outil stupide de la dette pour retrouver le travail humain, le chômage ne peut que monter, la dette s’envoler et la violence atteindre des sommets.

Gloire au travail, le seul que l’on ose ignorer le jour de sa fête !

Regard individuel et regard collectif

Tout s’écroule sauf la certitude de nos dirigeants droits dans leurs bottes d’apparat. Ils sont tellement peu sûrs d’eux-mêmes qu’ils ont besoin de se cramponner aux faux intellectuels façon Attali, Minc ou BHL qu’ils ont toujours écoutés, droite et gauche confondues, et qui les ont toujours conduits dans le mur. Ils sont incapables d’envisager qu’ils se trompent depuis toujours, que leurs analyses sont fausses et que les cycles économiques sont des leurres. A force d’acheter l’affect du peuple, ils se sont convaincus qu’ils étaient réellement appréciés pour leur supériorité naturelle.

De l’autre côté une partie du peuple croit au complot en pensant que le désastre est voulu dans le but d’en enrichir certains. Certes il y a manigance dans l’organisation de la débandade, mais il y a surtout une incompréhension généralisée de ce qui se passe et de la raison du désastre. Il suffit de parler en privé à des politiques pour constater combien ils sont perdus et combien ils ont peur d’affronter la réalité car comme le dit Daniel Cohn-Bendit « le discours de la vérité ne peut pas avoir la majorité ». Or les politiques craignent la vérité, ils veulent la majorité.

Toute notre société est structurée autour de l’idée que nous créons annuellement des richesses et que nous devons nous les partager au moins mal. Notre économie, notre éducation et notre politique sont fondées sur cette certitude et notre énergie n’est bandée que sur l’augmentation de la production de richesses, la fameuse croissance, et sur l’ajustement de sa répartition. Voilà notre dessein actuel qui est accessoirement d’un matérialisme affligeant.

Or il n’y a pas de création de richesses en économie contrairement au formatage martelé si agréable à entendre.

Une richesse n’étant qu’un regard il faut différencier le regard individuel du regard collectif. Il y a bien évidemment des regards individuels qui voient leurs créations comme des richesses. L’enfant qui fait avec son couteau un sifflet à partir d’une branche de frêne ou le peintre du dimanche qui se fait plaisir en maniant son pinceau, se créent évidemment des richesses à leurs propres yeux, richesses qui deviendront d’ailleurs souvent avec le temps embarras puis débarras. Mais nous ne faisons pas de l’économie en constatant cela. L’échange des regards individuels, c’est-à-dire le troc, n’a jamais existé que dans les cours d’écoles au grand dam des parents.

L’économie étudie, ou devrait étudier, les échanges entre les regards individuels et le regard collectif. Le regard collectif c’est la monnaie car, à l’intérieur du groupe qui a cette monnaie, chacun la regarde comme une richesse et le regard que portent tous les individus sur la monnaie est le même. Il n’y a donc qu’un seul regard collectif et la monnaie est une richesse reconnue par tous dans le groupe.

L’économie est censée étudier comment les individus qui portent un regard individuel de richesse sur ce qu’ils fabriquent par leur travail, vont pouvoir vérifier que ce qu’ils ont fabriqué est réellement reconnu comme richesse par le groupe et n’est pas considéré par le groupe comme inintéressant voire nocif.

La seule façon de faire cette vérification ponctuelle est de constater qu’un client vient s’appauvrir en monnaie pour s’enrichir de ce qui n’était quelques instants auparavant qu’un regard individuel de richesse non encore reconnu. Dès que le client s’est appauvri par son achat d’une certaine quantité de monnaie, cette quantité devient le chiffrage du regard collectif que le groupe porte à ce qui a été créé. C’est par son propre appauvrissement que le client confère à la production de l’entreprise l’estampille richesse.

On ne peut donc pas dire qu’une entreprise crée forcément des richesses. Elle crée soit des richesses soit des inutilités soit des déchets qui n’intéressent personne. C’est en échangeant son argent contre la production de l’entreprise que le client transforme cette production en richesse parce que le regard collectif de l’argent a rencontré le regard individuel du producteur. C’est l’abandon par le client de son argent qui crée la richesse et non l’entreprise qui n’avait créé qu’une richesse potentielle et aléatoire.

Ce qu’il faut étudier ce n’est pas le bien ou le service qui a été proposé mais d’une part l’origine de l’argent qui a transformé ce bien ou ce service en richesse reconnue par le regard collectif et d’autre part les motivations qui ont poussé le client à s’appauvrir en monnaie.

Et c’est là où le bât blesse durement.

Dans une société normale c’est par le travail passé qu’un individu se trouve en possession de monnaie et il la dépense avec parcimonie car il sait les efforts qui ont été nécessaires pour l’obtenir. Mais dans notre société qui n’a réellement comme seul but que de justifier la surproduction que la mécanisation de tout a entrainée, ce frein salutaire a été saboté pour que la machine tourne. Il faut sauver la machine et tous ceux qui la servent. Ils sont faciles à reconnaitre : ce sont tous ceux qui gagnent beaucoup d’argent. Ce sont les mondes de la publicité (donc du sport et des médias), de la banque, de la politique et des dirigeants de grandes entreprises.

Et ça marche !

La machine tourne, tout le monde s’endette pour acheter, l’endettement mondial est sidéral comme l’endettement des particuliers, des entreprises et des Etats. L’Europe n’est pas encore endettée ? La Banque Centrale Européenne rachète aux banques par le « quantitative easing » des créances titrisées sur Etats qui ne pourront être honorées que par de nouveaux emprunts. Ce sont les subprimes en beaucoup plus gros mais mieux imaginées car totalement fondées sur la création de richesses futures auxquelles tout le monde fait semblant de croire.

La guerre a commencé pour savoir qui, des Etats, des entreprises ou des particuliers, va être contraint de sauver le système bancaire mondial que personne ne peut rembourser sans s’endetter à nouveau ou sans faire payer les autres. Le système bancaire mondial est déjà en décomposition avancée mais assez bien dissimulée pour faire encore provisoirement bonne figure.

Peut-être faut-il rapidement prendre conscience que la richesse n’est qu’un regard, individuel ou collectif !

La richesse

La richesse est avec le progrès un des mots les plus ambigus de la langue française. Non qu’il n’ait pas un sens précis mais le capitalisme s’en est servi pour faire de ses victimes ses complices.

Le mot riche vient du mot franc riki qui veut dire puissance, pouvoir et qui a aussi donné en allemand, le reich.

Tout groupe a dans son lien social et dans ses lois écrites ou coutumières, sa notion du beau, du bien et du vrai comme celle de leurs mélanges deux à deux, le juste qui joint le bien au vrai, le pur qui rassemble le beau et le vrai (il peut y avoir de purs salauds) et le riche qui cumule le beau et le bien ( une riche idée est à la fois une bonne idée et une belle idée). Ces six notions, le beau, le bien, le vrai, le pur, le juste et le riche sont toutes totalement abstraites. Elles ne se chiffrent pas, elles s’apprécient en pourcentage de la perfection vue subjectivement par des regards généralement communs aux membres du groupe. Les regards ne sont d’ailleurs pas toujours communs et les ferrailleurs, les brocanteurs et les antiquaires gagnent leur vie sur des différences de regards. Ce qui est déchet ou embarras pour les uns, peut être richesse pour d’autres. Ces notions varient d’ailleurs de groupe en groupe et Montaigne écrivait : « Quelle est cette vertu qu’un trajet de rivière fait crime ? » et « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà ». Elles se chevauchent aussi. « C’est bel et bien lui » veut dire « c’est vraiment lui ». « Une bonne grippe » et « au beau milieu du discours » ne sont ni dans le beau ni dans le bon mais dans le vrai.

Le pouvoir, quand il a besoin de l’approbation du peuple, utilise volontiers ce qui plait, le beau et le bon, en laissant souvent de côté le vrai qu’il faut affronter et qui est donc nettement moins plaisant. On retrouve donc plus souvent le pouvoir du côté de la richesse que du côté de la justice ou de la pureté. C’est la nature humaine qui sépare si souvent le pouvoir de la vérité. On le comprend mieux si l’on est conscient que la puissance est le sens premier de la richesse. Le pouvoir a toujours du mal à ne voir la richesse que comme un regard et voudrait tout chiffrer. Le peuple en revanche était beaucoup plus sage par ses maximes comme « Le riche est celui qui se contente de ce qu’il a ». Diogène dans son tonneau était riche de son soleil quand il a dit à Alexandre le Grand : « Ôte-toi de mon soleil ».

Pour créer une richesse, il faut simplement changer de regard. Je me souviens étant enfant avoir passé un été sur le plateau d’Emparis que l’on n’atteignait alors qu’à dos de mulet et ou les bergers faisaient sécher les bouses en les retournant au bout de trois jours et en les laissant reposer un an à l’abri pour s’en servir de combustible à cette altitude où il n’y a plus d’arbres. Ils avaient créé des richesses qu’ils utilisaient eux-mêmes mais ces bouses séchées restaient des encombrements et des déchets pour l’enfant que j’étais et qui savait que je ne reviendrais plus.

La création de richesses par les entreprises, qu’elles soient de production ou de service, est particulière car elle se fait en deux temps. Dans un premier temps l’entreprise, qu’elle soit unipersonnelle ou multinationale, fabrique un bien ou propose un service sans avoir généralement la certitude que sa production sera achetée. Elle crée ce qu’elle espère être une richesse en dépensant de l’énergie humaine stockée qu’est l’argent et de l’énergie humaine vive qu’est le travail. Mais sa création n’est qu’une richesse potentielle et peut être un encombrement qu’il faudra mettre en stock ou même un déchet si aucun acheteur ne vient s’appauvrir pour l’acheter. Cette richesse aléatoire ne deviendra vraiment richesse que lorsqu’un acheteur viendra jeter sur elle un regard d’envie et qu’il le concrétisera en s’appauvrissant pour le payer.

L’argent dont le client s’est appauvri pour acheter, servira à payer les fournisseurs, les salariés, les actionnaires et la collectivité sous forme de taxes, d’impôts ou de cotisations, mais surtout cet argent aura transformé une richesse potentielle en une richesse réelle. C’est cet argent et lui seul qui a prouvé que l’on pouvait regarder la production de l’entreprise comme une richesse. Il n’est donc pas possible de dire que l’entreprise crée des richesses sans regarder de près l’origine de l’argent du client qui a réellement créé la richesse en abandonnant son argent. Dans une économie normale l’abandon par l’acheteur de son argent est une vraie preuve que la production de l’entreprise est une richesse à ses yeux car l’argent durement gagné se dépense difficilement.

Mais la mécanisation a amené une production continue qui a souvent dépassé les besoins et créé des produits qui n’étaient plus des richesses mais des encombrements, voire des déchets. C’est là où le capitalisme intervient à grand frais en créant à la fois le désir par la publicité (le sport et les médias ne vivent que par elle) et la possibilité par le prêt bancaire que l’on présente comme indolore puisque remboursé par la création de richesses futures. Non seulement la publicité et l’emprunt coûtent intrinsèquement très cher mais les richesses futures n’étant qu’un mythe, il va falloir, nous dit-on, sauver les banques en prenant au sérieux leurs actifs donc en remboursant les prêts sans création de richesses nouvelles.

Nous sommes donc aujourd’hui dans une arène où les états endettés, les entreprises endettées et les particuliers endettés se mènent un combat à armes de moins en moins mouchetées pour savoir qui va s’appauvrir pour sauver les banques. Il ne faut pas longtemps pour comprendre que les entreprises paieront avec l’argent de leurs clients, les états avec l’argent de leurs contribuables, bref qu’au bout du compte c’est le peuple qui, s’il l’accepte, s’appauvrira pour sauver les banques.

La bataille sur la réalité de la création de richesses futures ne fait que commencer car le capitalisme mourra le jour où il y aura prise de conscience générale que la création de richesse est un leurre. Inutile de dire que la bataille sera rude. Le formatage des esprits est profond pour nous faire croire que nous sommes un pays riche alors que nous ne sommes qu’endettés pour des biens que nous surévaluons,

Le bon sens  triomphera-t-il ?

La valeur et le prix

Le verbe valeo en latin se traduit par être fort, vigoureux, puissant. Nous donnons de la valeur à ce que nous reconnaissons être fort, vigoureux, puissant. La valeur est le regard que nous portons sur ce que nous voulons estimer et elle varie suivant les individus, les lieux et les moments. Ce sont les regards communs sur des biens, des services ou des idées qui constituent les groupes et deviennent leurs liens sociaux, leurs raisons d’être.

Tout groupe est généré par des regards communs sur ce que le groupe va considérer comme vrai, comme beau ou comme bon.

Les communautarismes actuels comme le mondialisme sont les deux réponses faciles mais trop courtes à l’absence actuelle de groupe cohérent. Les uns se replient sur la communauté qui partage clairement et concrètement leurs valeurs de vrai, de beau et de bien, en utilisant tous les avantages du groupe plus important appelé société sans en accepter les devoirs. L’autre se réfugie dans l’intellectualisme de la fuite en avant vers un monde utopique qui partagerait unanimement les mêmes valeurs de vrai, de beau et de bien que ses adeptes ne savent même plus clairement définir pour eux-mêmes. Ces deux excès sans avenir, surfent sur la peur et la violence pour l’un et sur l’uniformisation et la financiarisation de tout pour l’autre. Le communautarisme voudrait nous faire revivre le premier millénaire et le mondialisme nous entraine vers un monde de consommation uniformisée où les peuples ayant les mêmes désirs s’entretueront pour avoir ce que la Terre ne peut fournir à tous.

Mais le regard individuel positif peut admirer ou désirer. Il est passif en admirant, il est actif en désirant. S’il désire il va devoir se confronter à un autre regard individuel et au regard collectif. Il lui faudra renoncer, convaincre ou se laisser convaincre. L’autre regard individuel est celui du vendeur, le regard collectif est la monnaie du groupe et l’harmonie difficile entre ces trois regards s’appelle le prix.

Une erreur fréquente est de penser qu’un prix peut ne se définir que par la liberté d’un vendeur et d’un acheteur. Cette idée n’est vraie que si le prix n’est pas exprimé en monnaie. Etant exprimé en monnaie, on ne peut parler de prix sans comprendre l’origine de la monnaie et la nécessité du groupe pour la regarder collectivement comme vraie, belle et bonne, bref, pour qu’elle soit une vraie monnaie.

Des trois fonctions régaliennes, sécurité extérieure (l’armée), sécurité intérieure (loi, police, justice) et représentation du groupe dans l’économie par la gestion de la monnaie dans un but de sécurité intérieure et extérieure, la troisième est la moins claire par les hésitations de la science économique qui n’a jamais clarifié son regard sur la fonction régalienne double de création et d’utilisation de la monnaie.

J’ai rappelé en février dernier dans l’article « Nous sommes tous responsables » l’origine de la monnaie et comment la monnaie est probablement apparue. Cette invention aussi géniale que la roue et qui est apparue sur tous les continents, donne à chacun une quantité d’une matière recherchée, rare, pérenne, divisible et transportable qui correspond pour chacun à son apport passé au groupe. La cause de la monnaie est de se souvenir (moneo est la forme latine causative de la racine grecque men de la mémoire). La monnaie empêche les tire-au-flanc par l’obligation qu’ils ont de reconstituer leurs stocks de monnaie.

La monnaie est devenue l’énergie du groupe, le stockage des énergies individuelles et le regard collectif reconnu par tous d’une richesse objective à l’intérieur du groupe.

Mais si la monnaie répond bien au besoin de vérifier la réalité du travail de tous, le pouvoir est confronté à deux questions quantitatives fort complexes : quelle quantité de monnaie faut-il insérer ? et quels vont être les prix des biens et des services ?

Au niveau de la quantité de monnaie créée il ne faut pas oublier que la monnaie n’est que l’énergie du groupe. Si l’État en augmente la quantité, il n’a pas le pouvoir d’augmenter pour autant l’énergie du groupe et chaque élément monétaire perd simplement de sa capacité énergétique. C’est la dévaluation et son corollaire la hausse des prix. Mais a contrario si l’État ne fait pas suivre par la quantité de monnaie l’augmentation de l’énergie du groupe, la monnaie perd de son intérêt, les échanges matériels se grippent et l’on ouvre la porte au désastre du prêt à intérêt. Dans mon article de décembre 2013 « Le prêt à intérêt » je rappelais que c’était un esclavage dans le temps quand le mondialisme est un esclavagé dans l’espace.

Au niveau de l’utilisation de la monnaie, on aborde le sujet très difficile du prix.

Le prix en monnaie est la concordance de trois regards, celui du vendeur, celui de l’acheteur et celui du groupe. L’erreur du libéralisme est d’avoir cru que les regards du vendeur et de l’acheteur suffisaient. Il n’en est rien car le regard collectif vérifie que l’énergie collective échangée par le changement de mains de la monnaie, est considérée par le groupe comme juste (mariage du vrai et du bien). Le rôle du regard collectif est de vérifier que la monnaie ne fait pas passer l’ensemble du groupe de l’échange des êtres qui prévalait avant l’introduction de la monnaie, à un simple échange des avoirs qui casserait l’harmonie indispensable entre l’individuel, le collectif et le sacré.

Si le prix est trop élevé l’enrichissement du vendeur se fait par une confiscation d’une partie de l’énergie humaine stockée du groupe. Si cette monnaie escamotée n’est pas remplacée, les échanges vont se gripper et la monnaie ne jouera plus son rôle fondamental. Si elle est remplacée par une nouvelle introduction de monnaie sans création d’énergie individuelle, ce sera une dévaluation c’est-à-dire un paiement involontaire par tous de l’enrichissement d’un seul, une sorte d’impôt privé. C’est le cas par exemple des retraites chapeaux ou des intérêts des prêts bancaires.

Si le prix est trop bas la dévalorisation du travail effectué en amont du vendeur, cassera l’harmonie sociale.

On voit la difficulté qu’a l’État à gérer à la fois la quantité et l’utilisation de la monnaie qu’il crée (ou qu’il créera dès que nous serons sortis de l’aspirateur de la fausse Europe). Ceux qui veulent le diriger doivent se souvenir que pendant les Trente Glorieuses l’État contrôlait tous les prix, tous les loyers.

L’État doit, par le regard collectif, moraliser les regards individuels c’est-à-dire réconcilier l’individuel et le collectif. Pour ce faire il n’a pour moi pas d’autres solutions que de supprimer les prêts, les faire lui-même, ou fixer les prix.

La démagogie de la création de richesses futures

Je reviens sur le sujet tellement le dé-formatage est difficile mais essentiel.

Le monde financier est fondé sur le prêt d’un argent qu’il n’a pas et qu’il crée par la double écriture pour se nourrir des intérêts. Son autre activité qui était accessoire et qui devient première consiste à spéculer sur tout ce qui peut l’enrichir par le jeu, en appauvrissant quelqu’un d’autre qu’il ne connaîtra jamais.

Cette définition un peu dure n’attend que ses contradicteurs qui tous, vont justifier l’action des banques, par l’utilisation des richesses futures créées par l’investissement, le « sésame ouvre-toi » de l’économie actuelle.

Cette ligne de défense s’appuie sur le formatage universitaire de nos élites qui a profondément ancré dans les têtes, l’idée fausse que les entreprises créent de la richesse qui permet de rembourser les emprunts.

Les entreprises créent en effet de quoi éventuellement satisfaire les désirs mais ce qu’elles créent en biens ou en services, n’est richesse que si elles trouvent des acheteurs qui viennent s’appauvrir en monnaie pour que la production de l’entreprise devienne une richesse en nature.

La Terre aussi crée chaque année des fruits, des poissons et du gibier qui sont des richesses parce qu’ils sont consommés. S’ils ne sont pas cueillis, pêchés ou chassés, ils restent un réservoir de nourriture le temps de leurs vies mais ne sont évidemment qu’une richesse potentielle et provisoire. Ils serviront d’engrais naturel en fin de vie. S’ils sont cueillis, pêchés ou chassés mais non consommés, ils vont pourrir et il faudra nettoyer et désinfecter. Ils ne sont clairement des richesses que parce qu’ils ont été autoconsommés par les cueilleurs, les pêcheurs ou les chasseurs ou parce qu’ils ont été vendus à des acheteurs qui se sont appauvris en monnaie pour pouvoir les consommer. Dans les deux cas les richesses n’ont existé que parce qu’elles n’existent plus. Il ne viendrait à l’idée de personne d’utiliser ces fruits, ces poissons ou ce gibier après qu’ils aient été consommés.

C’est pourtant la base même de notre système économique construit par le système bancaire et la science économique avec la complicité des électeurs-consommateurs que nous sommes car cela nous plait beaucoup et si les gens intelligents qui nous gouvernent disent que c’est possible !

Personne ne se demande pourquoi depuis l’aube de l’humanité, il a fallu attendre le milieu du XXème siècle pour qu’un peuple croie pouvoir s’enrichir sans appauvrir quelqu’un d’autre par la guerre et le pillage. Jusqu’à présent les peuples vivaient heureux sans s’enrichir mais en travaillant à vivre heureux. Etaient-ils bêtes ! Nous nous avons inventé par notre intelligence un eldorado sans travail, un pays de cocagne qui attire bien évidemment toute l’humanité.

Par un singulier oubli du bon sens nous appelons production (PIB) tout ce que nous dépensons, nous appelons cela « la création annuelle de richesse » et nous fondons de merveilleuses théories sur la deuxième utilisation de ce qui a déjà été consommé. Par exemple nous empruntons pour acheter une voiture et, au lieu de nous inquiéter d’avoir à payer demain la banque, nous nous rengorgeons en ayant fait de la croissance et du PIB, et en « relançant l’économie » ! La banque est ravie puisqu’elle va toucher des intérêts sur de l’argent qu’elle a créé et qui sera détruit au remboursement. La classe politico-médiatique est ravie car cela dope l’économie et la croissance. La science économique lui a rappelé que Dieu avait dit à Moïse, à Jésus ou à Mahomet que dès qu’il y avait une croissance de 1,5 % l’emploi repartait. Le Parlement, composé de gens n’ayant très majoritairement connu que l’école et la politique s’en contente et s’intéresse surtout à ce que le mot imbécile ne reste pas uniquement masculin. On ne dit plus « Demain on rase gratis » mais nous disons « C’est demain qui paye ».

Mais comme on veut payer demain avec ce que l’on a déjà consommé aujourd’hui, cela ne marche pas. L’appauvrissement équivalent à l’enrichissement des électeurs, s’accumule donc inexorablement dans les entreprises et les Etats et nous assistons au jeu pitoyable mangeur de temps, d’énergie et d’intelligence qui consiste à faire payer le désastre à l’autre, avec des dés pipés. Les joueurs sont l’Etat, les entreprises, les clients et les contribuables. On essaie bien de faire payer les étrangers mais au bout du compte c’est nous qui payons pour eux. Le drame est que ce jeu pitoyable devient impitoyable et que les clients comme les contribuables se laissent de moins en moins tondre la laine sur le dos et commencent à s’interroger.

Tout ça pour flatter l’électeur !

Qui va nous remettre les yeux en face des trous avant que la grande violence ne le fasse ?