Le désir de vendre et le désir d’acheter

Les désirs d’acheter et de vendre sont inhérents à la nature humaine. Le désir de vendre est généré par le désir de faire du profit, de transformer quelque chose que nous aimerions être reconnue comme une richesse, un bien, un service ou notre propre temps, en une vraie richesse reconnue qu’est la monnaie. Ce désir part d’une estimation de ce que l’on aimerait vendre et il génère la recherche d’un acheteur ayant la même estimation. Cela est vrai pour tout ce que l’on veut vendre, que ce soit soi-même en cherchant du travail, un objet trouvé, acheté ou fabriqué, ou un service que nous nous sentons capables de rendre.

Le désir d’acheter est généré, lui, par l’attrait du plaisir, par le contentement que nous éprouvons à consommer ou à posséder.

Si ces désirs bien naturels ne sont pas réfrénés, on en arrive à la blague de Jacques Attali qui, selon lui au début et à la fin de sa narration, «résume bien l’escroquerie des théories économiques de ce qui se passe aujourd’hui dans le système financier moderne». Voici sa blague dans laquelle le choix des prénoms est évidemment aléatoire.

C’est Schlomo qui téléphone à David en lui disant « Ecoute j’ai une affaire formidable à te proposer. J’ai un camion de pantalons et les pantalons valent un dollar. Tu les veux ? Formidable ! ». David prend les pantalons, téléphone à Jonathan « Ecoute, j’ai une affaire formidable pour toi, un camion de pantalons à 2 dollars. Tu les veux ? Formidable ». Jonathan téléphone à Saül, lui propose 3 dollars, l’histoire continue jusqu’à un moment où Moshe téléphone à Christian et lui dit « J’ai une affaire formidable pour toi, des pantalons à 49 dollars ». « Ah ! 49 dollars ? Formidable ! ». Il les prend. Le lendemain Christian téléphone à Moshe : « Ecoute, tu es vraiment un escroc ». « Comment je suis un escroc ? ». « Mais si ! Tu m’as vendu 49 dollars des pantalons immettables ». « Qu’est-ce que tu racontes ? ». « Tu sais très bien. J’ai ouvert le camion. Il y avait des pantalons qui n’avaient qu’une jambe. Qu’est-ce que tu veux que je fasse avec des pantalons qui n’ont qu’une jambe. Personne ne met des pantalons qui n’ont qu’une jambe ! ». « T’as rien compris, ce n’est pas fait pour mettre mais pour acheter… pour vendre… pour acheter… pour vendre.

L’escroquerie inévitable, générée par les désirs effrénés de vendre et d’acheter, a normalement dans toutes les civilisations le frein naturel de l’échange. Cet échange c’est le troc avec l’étranger que l’on ne connait pas et qui nécessite l’échange des avoirs. Et c’est l’échange avec la monnaie quand elle est encore comprise comme un véhicule d’énergie humaine à l’intérieur d’un groupe donné cohérent, d’un « oïkos ».

Mais depuis le 15 août 1971, depuis que Nixon a rompu l’équilibre fragile et déjà sans avenir de Bretton Woods de 1944, l’échange se fait avec une monnaie qui n’a aucune valeur réelle. Les expériences précédentes de Law sous la Régence ou des assignats sous la Révolution avaient encore le support de la compagnie du Mississipi pour Law et des biens de la noblesse et du clergé pour les assignats. Mais nos monnaies actuelles ne sont plus fondées que sur la confiance, exactement comme les emprunts russes de 1888 à 1914.

Mais le système de Law n’a duré que 4 ans entre 1716 et 1720, les assignats, 8 ans de 1789 à 1797, les monnaies actuelles attendent depuis 47 ans l’événement qui officialisera leur absence de valeur comme la révolution russe a montré l’absence de valeur des emprunts du même nom. C’est ce qui permet à la dette de monter sans fin partout dans le monde puisqu’elle est libellée en une monnaie qui ne vaut rien.

Les manuels d’histoire expliqueront que le système de Law a permis au Régent de faire payer au Français les dettes de Louis XIV, que les assignats ont permis aux classes moyennes de récupérer les biens du clergé et de la noblesse et que les monnaies de la deuxième partie du XXe siècle et du premier quart du XXIsiècle ont permis à une nouvelle et fausse noblesse d’argent de récupérer les biens des classes moyennes tout en clamant que le droit à la propriété est sacré.

Les cryptomonnaies nouvel eldorado des spéculateurs

Une cryptomonnaie n’est pas une monnaie mais une marchandise virtuelle rare qu’un « mineur » peut extraire d’une mine virtuelle dans laquelle il travaille en faisant tourner le système, Pour ne prendre que le bitcoin sa valeur repose sur sa limitation arbitraire à 21 millions et sur l’énergie exponentielle nécessaire à sa création.

Il en existe déjà plus de 17 millions et pour continuer à faire vivre le système de la blockchain il faut rémunérer les vérificateurs en les rémunérant par de nouveaux bitcoins. Ce travail en chambre n’étant pas fatigant, il est très recherché et donc tout naturellement de plus en plus réservé à ceux capables de payer leur place, et pas en bitcoins. On retrouve le principe des innombrables stagiaires qui doivent payer leur stage obligatoire.

Le mode de paiement est assez fin et est double, une première fois en investissement, une seconde fois en frais de fonctionnement.

Il faut d’abord se payer en vraie monnaie un ordinateur de plus en plus puissant pour être le premier à dépasser les obstacles qui départagent les candidats mineurs et qui mènent à la mine où l’on décroche le pompon, pardon ! les nouveaux bitcoins. Cette course, de moins en moins rémunérée (la rémunération est divisée grosso modo par deux tous les quatre ans), est donc de plus en plus rude et demande des ordinateurs de plus en plus puissants que l’on ne peut plus acheter qu’en se regroupant entre apprentis mineurs donc en divisant l’investissement mais aussi la rémunération à se partager.

Il faut ensuite payer en électricité et en vraie monnaie le fonctionnement des ordinateurs de plus en plus gigantesques indispensables à la course entre mineurs. De bonnes âmes ont fait le calcul et trouvé que la consommation du système bitcoin correspondait grossièrement à la consommation électrique de l’Irlande avec son très beau PIB (!). Tout cela évidemment payé par les apprentis mineurs.

Le principe de ce travail rémunéré, facile et donc alléchant, est que son coût augmente exponentiellement en vraie monnaie pour un résultat de plus en plus faible en bitcoins. La valeur artificielle du bitcoin monte donc naturellement et exponentiellement, ce qui ravit les nigauds.

Mais que va-t-il se passer au fur et à mesure que l’on va se rapprocher de la limite fondamentale des 21 millions de bitcoins, ce qui se rapproche bien évidemment puisque nous avons dépassé les 17 millions ?

Je ne vois que deux réponses possibles qui toutes deux amènent à l’interdiction du bitcoin et donc à une valeur identique à celle de l’emprunt russe du tsar Nicolas.

Soit la limite de 21 millions est dogmatiquement maintenue et nous irons tout droit à la révolte des mineurs qui auront de plus en plus investi et de plus en plus payé pour un résultat de moins en moins rentable. Et dans ce cas les vérifications se feront mal ou plus et l’État interviendra pour protéger les dindons de la farce, mineurs et utilisateurs.

Soit la limite des 21 millions disparaît comme par enchantement et nous entrerons subrepticement dans ce qui s’appellera dans l’histoire, le système de Bitcoin comme on parle du système de Ponzi où toute la valeur objective des bitcoins ne reposera plus que sur les dépenses indispensables et croissantes pour en obtenir de nouveaux. Seule la dépense des mineurs permettra de croire à la valeur de cette monnaie virtuelle. Et quand seuls les tenants d’un système monétaire s’activent et en fabriquent pour y croire, on retombe dans le système de Law ou dans les assignats dont nous connaissons l’issue. L’État interviendra d’abord pour en profiter, ensuite pour en constater la mort.

L’aventure du bitcoin nous apprend tout de même la force de l’informatique dans les cryptomonnaies où les particuliers, même en se regroupant ne pourront gagner face aux pouvoirs des nations. Mais si une multinationale comme IBM crée sa cryptomonnaie comme elle envisage très sérieusement de le faire, ce sera alors un combat de titans entre IBM et les États d’où sortira la fin du capitalisme ou la fin des nations. Je prends le risque d’annoncer la fin du capitalisme et le retour aux espaces cohérents.

Le protectionnisme s’oppose-t-il vraiment au libre échange ?

La doxa libérale a réussi le coup fantastique de faire croire que le protectionnisme s’oppose au libre-échange et qu’à la limite il est synonyme d’autarcie, ce qui est évidemment impossible si la communication n’est pas bridée comme en Corée du Nord. Or aucune personne honnête et réaliste n’a évidemment envie de brider la communication à l’époque d’internet.

Ce qui ne va pourtant pas dans ce que les libéraux appellent le libre-échange c’est tout simplement que ce n’est pas un échange ou plus exactement qu’un des termes de l’échange est de la monnaie dont on a oublié qu’elle ne devrait être qu’un véhicule d’énergie humaine alors qu’elle ne l’est plus. On la fabrique aujourd’hui à qui mieux mieux partout et à tout instant, ce qui rend l’échange parfaitement malhonnête en permettant à une toute petite minorité d’échanger ensuite à son tour la monnaie perçue contre des biens ou des services palpables. L’observation que la monnaie est en fait de la fausse monnaie en n’étant alimentée par aucun travail humain, fait qu’il n’y a aucun véritable échange mais qu’il y a en revanche une véritable escroquerie. Le libre- échange n’est en réalité que la libre-escroquerie qui s’habille pour être présentable. C’est ainsi que le Régent a remboursé les dettes faramineuses laissée par Louis XIV grâce au système de Law. C’est ainsi qu’à la révolution française, grâce aux assignats, la bourgeoisie a récupéré sans grands frais les biens détenus jusqu’alors par la noblesse et le clergé. C’est ainsi qu’aujourd’hui et depuis le 15 août 1971, depuis que nous avons à nouveau un papier-monnaie sans aucun lien avec le travail humain, un petit groupe s’enrichit sur l’appauvrissement des peuples en s’habillant du libéralisme et du libre-échange.

Nous devons retrouver le bon sens et de vrais échanges libres en distinguant l’échange des êtres, de l’échange des avoirs. L’échange des êtres se fait à l’intérieur des groupes qui sont cohérents par le but qu’ils se sont donné. Je les appelle des oïkos et ils sont une famille, un village, une tribu ou une équipe quelle soit militaire, sportive, ouvrière ou laborieuse dès l’instant où il y a un but commun. L’échange des avoirs, c’est-à-dire le troc, se fait lui avec les autres oïkos avec lesquels il n’y a a priori aucune cohérence,et aucun but réellement commun. Nous avons complètement oublié que la racine grecque de l’économie est oïkos nomos, « la coutume du groupe cohérent ». Cette coutume a toujours été de n’échanger des marchandises avec des étrangers que contre d’autres marchandises. C’est ce que le bon sens de l’ONU primitif avait fait en réunissant en 1947 à La Havane tout ses membres pour créer l’OIC par la complètement oubliée Charte de La Havane. Cette Charte rendait obligatoire l’évidence de l’équilibre des paiements entre des oïkos différents, des nations  différentes. L’OMC de Genève foule aux pieds cette évidence sous les applaudissements de tous les imbéciles. L’euro doit monter pour équilibrer la balance commerciale allemande mais il doit baisser pour équilibrer la nôtre et celles de beaucoup d’autres pays européens. Le résultat, qu’on le veuille ou non, est que l’Allemagne est en train de réussir provisoirement ce qu’Hitler avait raté : asservir l’Europe.

Sur cette confusion permanente institutionnalisée entre l’échange des avoirs et l’échange des êtres, vient se greffer l’incompréhension de ce qu’est la monnaie, simple véhicule de l’énergie humaine d’un groupe humain donné. De ce bourbier intellectuel sort l’Union européenne qui impose la libre circulation des monnaies transformant le libre-échange en libre-escroquerie puisque l’on paye en assignats l’énergie des autres, celle qu’ils ont comme les Arabes ou celle qu’ils sont comme les Chinois. Les deux s’empressent pour transformer les assignats reçus en immeubles parisiens ou en vignobles bordelais avec la bénédiction de nos dirigeants qui croient avoir tout compris en remportant des élections qui ne sont plus que le résultat des humeurs de la foule façon pogrom ou lynchage.

Les peuples occidentaux ont envie de croire aux rêves qui les arrangent. Ils en mourront si personne ne les réveille. A bon entendeur ….

Naissance, vie et mort de la richesse matérielle

La richesse est ce que l’homme trouve beau ou bon et elle est matérielle quand elle est palpable. Elle est le regard satisfait que l’homme porte sur sa production ou sur celle de la nature.

Mais comme tout ce qui est humain la richesse naît, vit et meurt et comme pour tout ce qui est humain, nous nous intéressons plus à sa naissance dont nous nous réjouissons qu’à sa mort que nous redoutons mais que nous feignons d’ignorer. La science économique, oubliant dogmatiquement qu’elle marche sur deux pieds, néglige volontairement la mort de la richesse, ce qui rend les économistes inefficaces et inutiles, voire dangereux quand on les écoute ou quand ils déforment des étudiants.

La mort de la richesse est pourtant la plupart du temps programmée. Soit elle est immédiatement consommée comme l’alimentation ou le conseil, soit c’est son obsolescence qui est programmée, soit elle est volontairement détruite par des bombardements, par des saccages ou par des grands projets à la Haussmann. Elle peut encore être accidentellement détruite par des incendies, des tempêtes ou des séismes. Reconstruire un château sur un château, une église sur une église, une ville sur une ville, est une constante humaine car le lieu primitivement choisi l’a toujours été pour de bonnes raisons. Cela fait naître une richesse nouvelle qui constate la mort de l’ancienne. Quand une civilisation se croit vivante, elle n’a cure de la destruction car pour elle la richesse créée est plus belle que la richesse détruite et elle se croit donc plus riche. C’est lorsqu’elle a un peu honte de ce qu’elle crée, lorsqu’une civilisation est fatiguée, qu’elle regrette les richesses détruites et qu’elle ne construit plus que pour l’immédiateté tellement elle a peur du futur, c’est à ce moment qu’elle se met à admirer les vestiges de ce qui a été détruit comme le mur des lamentations, dernier vestige du deuxième temple à Jérusalem ou à en vénérer ce qui a été conservé comme ses cathédrales, ses pyramides, ses dolmens, ses stupas ou ses châteaux.

C’est au travers d’une vision peu claire de la richesse matérielle que l’on voudrait aussi durable que la richesse intellectuelle que nous devons étudier le rapport entre la richesse matérielle et l’argent. Ce rapport est à la base de toute la science économique.

La richesse est un regard subjectif sur l’efficacité du travail humain alors que la monnaie est un véhicule concret, objectif et chiffrable de ce même travail humain. Mais si le lien entre richesse et argent est individuellement très bien compris, il est généralement beaucoup plus mal perçu au niveau global. La richesse matérielle se fait pourtant reconnaître comme richesse parmi les productions par son échange avec de la monnaie qui est une autre fabrication humaine précédemment reconnue comme une richesse par un groupe donné.

Monnaie et richesse aborde le même concept, la monnaie l’aborde quantitativement quand la richesse l’aborde qualitativement.

La monnaie étant un véhicule de l’énergie humaine que le groupe juge avoir été bien utilisée, elle mesure quantitativement une autre expression de l’énergie humaine bien utilisée d’après le groupe, à savoir sa richesse matérielle. La richesse matérielle d’un groupe et la quantité de monnaie, recouvrent donc toutes les deux le résultat de l’énergie humaine que le groupe juge avoir été dépensée intelligemment. Elles sont par définition identiques et la quantité de monnaie en circulation dans un groupe doit donc correspondre à la quantité de richesse matérielle vivante. Elle doit augmenter quand le groupe pense s’être enrichi, elle doit diminuer quand le groupe pense s’être appauvri.

On peut imaginer qu’à l’introduction d’une monnaie dans un groupe, on a évalué en la chiffrant la richesse matérielle de chacun, on a tout additionné, on en a tiré un chiffrage de la richesse collective du groupe sans oublier de chiffrer ce qui appartenait à la collectivité. C’est alors qu’on a fait une image de cette richesse, une image du travail déjà effectué, son double avec une matière rare, pérenne, transportable et divisible. Au départ les membres du groupe ont des biens, le groupe a des biens et de la monnaie. Le groupe, appelons-le l’État, ne garde alors que la monnaie correspondant à ses biens propres et distribue à chacun la monnaie équivalente à ce qu’il possède déjà, beaucoup à celui qui a beaucoup, rien à celui qui n’a rien. L’introduction de la monnaie ne change en rien la propriété des uns et des autres et celui qui n’a que son travail à vendre, voit simplement devenir concret le fruit de son effort. A la création de nouveaux biens reconnus comme richesse, le groupe augmente la monnaie, à la mort de ces biens, le groupe diminue la monnaie.

La bonne quantité de monnaie qui doit rester en permanence le chiffrage par le groupe de sa richesse matérielle du moment, dépend donc de cinq facteurs. Trois sont évidents, sa création (augmentation de la quantité de monnaie en circulation), sa circulation (sa capacité à reconnaître plusieurs fois de la richesse) et sa destruction (diminution de la quantité de monnaie en circulation). Deux le sont moins mais ont autant d’impact, sa consommation (on consomme de la monnaie en détruisant des richesses) et sa dissimulation (l’épargne).

Une première réflexion s’impose suivant que la monnaie est déjà perçue comme une richesse en soi comme l’or ou l’argent ou qu’elle n’est qu’un symbole comme le papier-monnaie ou l’argent virtuel. Dans le premier cas l’or ou l’argent fait partie de la richesse du groupe et la monnaie est une valeur reconnue pouvant par simple fonte redevenir richesse. L’inconvénient est qu’en frappant monnaie, on stérilise une partie de la richesse du groupe pour en faire de la monnaie, mais l’avantage est que le rééquilibrage entre richesse et monnaie est très facile à faire. Pour garder l’égalité entre la monnaie et la richesse il suffit, si la richesse monte, de frapper de nouvelles pièces, et si elle descend d’en fondre. En revanche avec du papier-monnaie ou de la monnaie virtuelle, il n’y a que la confiance en ses fabricants qui garantit qu’il n’y aura pas plus de monnaie que de richesses, ce qui dévaloriserait malhonnêtement la monnaie.

Nous pourrons nous demander dans un prochain billet s’il n’y aurait pas un lien de ce type entre ces coïncidences constatées : La crise de la tulipe est arrivée au XVIIe siècle à la fin de la guerre ruineuse « des quatre-vingts ans » entre les sept provinces protestantes du nord des Pays-Bas et l’Espagne catholique ; le système de Law (que l’on prononçait Lasse) est arrivé au XVIIe siècle quand le Régent n’arrivait plus à payer les guerres de Louis XIV ; les assignats sont apparus quand la république française se battait contre toute l’Europe; la catastrophe du mark de Weimar a suivi le défaite allemande de 1918 et le change flottant depuis 1971 n’a fait que constater l’échec des accords de Bretton Woods en fin de deuxième guerre mondiale sans faire le lien avec la fin catastrophique de tous ses prédécesseurs. Depuis 1971 tous les gouvernements occidentaux ont en plus inventé, pour plaire au peuple et garder le pouvoir, la notion de croissance économique qui justifierait qualitativement, mais évidemment pas quantitativement même si elle était réelle, la fabrication de monnaie. Tant que le peuple accepte de faire semblant d’y croire, il ne fait que laisser, toute honte bue, les drames de l’explosion à ses enfants. N’y aurait-il pas un lien avec le fait qu’il fait de moins en moins d’enfants et qu’il laisse la place ?

De tous côtés les petits maîtres abondent qui apportent leur solution miracle en évitant la question essentielle. Mais cette question ne pourra être sérieusement abordée que lorsque nous aurons reconnu que la richesse matérielle meurt comme elle naît et que la monnaie n’en est que l’image transportable aussi volatile qu’elle. Ce n’est pas du tout ce qui est enseigné dans nos universités.

Comment remettre de l’ordre dans les idées ?

« Père gardez-vous à droite, père gardez-vous à gauche ». Cette phrase a été prononcée en 1356, nous disent nos livres d’histoire, par Philippe âgé de 14 ans tentant de protéger à la bataille de Poitiers son père, notre Bon roi Jean qui va tout de même être fait prisonnier avec son fils par le vilain Prince Noir. Elle redevient d’actualité, nourrie qu’elle est actuellement par le mythe de la création de richesse qui sape notre société plus sûrement que tous les prétendus complots.

Il faut évidemment rappeler d’abord ce qu’est la Droite et la Gauche en France depuis qu’à la révolution on a mis dans l’hémicycle les Montagnards à gauche et les Girondins à droite. Si chacun s’accorde à reconnaître que mouvement et harmonie sont essentiels à une vie de groupe dynamique et sereine, la Droite privilégie l’harmonie et la Gauche le mouvement. L’âge fait souvent évoluer de la Gauche vers la Droite sauf de rares exceptions dont Victor Hugo. Aujourd’hui le mouvement devient essentiel car s’il ne vient pas de l’intérieur, il nous sera imposé de l’extérieur par ce que l’on a l’habitude d’appeler la guerre. Mais quel mouvement devons-nous faire ?

Il faut aussi se souvenir qu’un mythe est un récit imaginaire débouchant sur une réalité concrète, fondant et justifiant une vision du quotidien. Que ce soit le mythe de Prométhée qui donne le feu ou le mythe d’Enée qui donne la fondation de la cité, ces mythes sont fondateurs car leurs aboutissements sont indéniables et concrets. Le mythe de la création de richesse, lui, est le récit d’entreprises qui créeraient de la richesse par la valeur qu’elles ajouteraient. Mais où est l’aboutissement indéniable et concret ? La valeur d’une production n’existe que si elle est concrétisée par la rentrée de l’argent de sa vente et elle est rigoureusement égale à la paupérisation de l’acheteur qui vient abandonner son argent pour obtenir cette production. Tout le monde est satisfait par cet échange mais en macroéconomie, en vue d’ensemble, il y a eu échange entre deux créations, celle d’une production et celle de l’argent. Pour croire à la création de richesse il suffit d’annuler le poids de la création d’argent et c’est ce que nous faisons depuis un demi-siècle en nous croyant intelligents. Il suffit de négliger l’un des termes de l’échange et l’autre devient une création quasi divine. Il suffisait d’y penser ! Nous allons envelopper d’un épais brouillard la production de la monnaie pour en arriver à la négliger et ne voir dans l’échange que la création de ce qui est vendu, création qui est évidemment une richesse puisqu’elle a été vendue.

Il y a création de richesse dès que la création d’argent est négligée ou considérée comme, automatique, facile, divine ou miraculeuse. Sottement et à tous les niveaux nous rééditons une fois de plus le système de Law et celui des assignats qui ont montré par deux fois que le siècle des Lumières n’était pas lumineux en économie. On cache les drames que les effondrements de ces deux systèmes ont provoqués comme ceux de l’oignon de tulipe hollandais ou du mark de la république de Weimar pour l’expérimenter à nouveau depuis que Nixon a déconnecté le dollar de l’or le 15 août 1971. Nous ne nous occupons plus que d’en retarder la fin inéluctable et d’en accuser l’espace de jeu, nation, continent ou globe terrestre.

On présente comme une réalité quotidienne chiffrée, la création de richesses que serait le Produit Intérieur Brut, ce fameux PIB dont chacun veut s’approprier des pourcentages et qui au niveau mondial permettrait d’éradiquer la pauvreté. Mais le PIB n’est que la somme de toutes les dépenses annuelles passées et ne sert qu’à nourrir des courbes. Il alimente et stérilise aussi bien la fougue des tenants du mouvement que le dynamisme des tenants de l’harmonie.

Les gens du mouvement, ceux qui se croient de gauche, fondent leur action, leur réflexion et leur communication sur l’étonnement scandalisé de ne pas voir redistribuée cette richesse tellement évidente. Les mouvements sociaux, les retraites, l’éducation nationale, tout ce qui n’arrête pas de demander des « moyens », tout est abordé avec l’idée fausse que de la richesse est créée et est donc disponible. Le mythe de la création de richesse justifie toutes les demandes et empêche toute réflexion saine sur les mouvements nécessaires. Les gens du mouvement se veulent optimistes et s’avouent crédules.

Les gens de l’harmonie, ceux qui se croient de droite, fondent leur action, leur réflexion et leur communication sur la gestion quotidienne de l’impossible, à savoir faire croire que l’on va redistribuer alors que l’on va au contraire ponctionner davantage pour faire croire à l’arrivée tellement attendue de la croissance. C’est ce que font tous les gouvernements depuis 50 ans en promettant l’augmentation du niveau de vie et en en accompagnant la diminution. Le mythe de la création de richesse alimente alors un autre mythe, celui des « tous pourris » qui explique à bon compte l’inanité des gouvernants qui n’y peuvent rigoureusement rien. Il empêche toute réflexion saine sur l’harmonie, sur les équilibres et donc sur le chômage. Les gens de l’harmonie se veulent réalistes et s’avouent perdus.

Dans une république bien menée, qu’elle soit monarchique, aristocratique ou démocratique, les gens du mouvement rappellent que la compétition est le moteur du dynamisme et les gens de l’harmonie rappellent qu’une compétition n’est saine qu’entre des entités coopérant vers le même but. Les deux ont raison car la compétition est vivifiante entre coopérants et mortelle sans un socle commun coopératif, ce que les libéraux semblent avoir complètement occulté. Pour ne rester que dans le règne animal les chiens de traîneau ont toujours un meneur alors que d’autres s’étripent entre mâles pour une femelle.

Dans la fausse démocratie dans laquelle nous baignons, il faut être du mouvement pour obtenir le pouvoir et il faut être de l’harmonie pour le garder quand on y est parvenu. Dans les deux cas il faut savoir mentir. Mentir pour vendre du mouvement quand on demande à être aux manettes, mentir pour cacher la vérité quand on y est et que l’on est obligé de faire l’inverse de ce que l’on avait promis et la même chose que le précédent que l’on avait pourtant dégagé en le vouant aux gémonies. Notre système sélectionne les menteurs mais c’est malheureusement ce que le peuple attend car, sans manne divine, tous les raisonnements changent et affronter la réalité n’a jamais été l’apanage du peuple tant qu’il n’y est pas obligé. C’est là où la guerre marque des points dans son combat avec l’intelligence. Le peuple préfère tout attendre du nouveau venu, adepte du mouvement, et le dégager simplement très vite par un autre nouveau venu, encore plus adepte du mouvement, en se disant consciemment qu’on va bien enfin en trouver un qui va redistribuer cette richesse créée, et en se disant inconsciemment, comme la mère de Napoléon après les victoires de son fils : «Pourvu que ça dure !».

Nous sommes tous les vrais responsables du désastre vers lequel nous courrons par notre obstination à croire que nous créons des richesses. Il nous parait tellement naturel de laisser à nos enfants, après une vie de travail, plus que ce que nous avons reçu de nos parents, que nous n’envisageons pas qu’en macroéconomie tout puisse être matériellement à somme nulle. Nous n’avons plus besoin de donner un sens à nos vies puisque grappiller pour nos enfants une partie de la richesse créée, nous suffit. Les Eglises, au lieu de combattre le mythe qui rend les religions inutiles et multiplie les agnostiques, réduisent les religions au partage des richesses créées. Un peu honteuses, elles regardent d’un œil gourmand l’islam qui a moins cédé à l’abêtissement par les fausses richesses.

Des gens très sérieux et très doctes disent que personne ne peut entendre que la création de richesse est un mythe qui n’est fondateur de rien. Il paraîtrait même que ce soit inaudible. Cela vient sans doute de ce que le mot créer a plusieurs sens et que les confondre est bien commode. Créer vient du sanskrit kri qui veut dire faire et a le sens de sortir du néant réservé aux dieux. Mais il a aussi pour les humains les trois sens d’imaginer, de produire et de fonder. Imaginer est une création de l’esprit qui a toute liberté mais n’a aucun effet sans un passage à l’acte. Produire est une création matérielle qui peut être vue comme une richesse mais aussi comme un encombrant ou comme un déchet. Fonder est une création sociale qui peut tenir ou s’effondrer. Le mot richesse étant lui-même totalement subjectif, il est très tentant de tout mélanger et de croire sorti du néant ce qui n’est que création humaine soit purement imaginaire, soit simple transformation. C’est le cas du PIB que l’on présente comme sorti du néant et donc utilisable, alors qu’il n’est défini que par son coût et qu’il n’est que la mesure de notre folie dépensière d’un argent que l’on nous fabrique et qui est payé par les trois esclavages de la mondialisation, de la dette et de l’immigration.

Si nous prenons par exemple la cathédrale de Chartres, c’est en l’admirant que notre imagination fait de cette production, une richesse. Mais elle pourrait contribuer au PIB en se faisant détruire car il faudrait dépenser beaucoup d’argent pour remettre la Beauce dans l’état où elle se trouvait avant sa construction. Après destruction pourrait-on réellement utiliser 2% du PIB généré par cette destruction pour équiper l’armée française comme le propose Macron ? Les innombrables courbes en pourcentage du PIB sont un véritable scandale généré par le mythe de la création de richesse.

Ce mythe fausse tous nos raisonnements et nous empêche même de nous tourner vers un apport de vraies solutions aux problèmes que nous tentons de résoudre, tellement nous sommes éblouis par la richesse soi-disant créée. La richesse résout apparemment tout y compris même l’existence de sa propre création. Les dépenses somptuaires de publicité, alimentées par les banques centrales, par les penseurs de l’économie et par notre appauvrissement collectif, n’ont comme seule conséquence que de dissimuler en le dévalorisant le rôle de la monnaie dans la reconnaissance de la richesse afin de laisser croire à la génération spontanée de la richesse. C’est pourtant parce que la monnaie véhicule du travail humain déjà utilisé efficacement qu’elle est capable de reconnaître la richesse par son propre abandon.

Comment réordonner nos idées ?

D’abord en constatant que la richesse est un regard commun et qu’il ne peut y avoir de richesse objective. Toute richesse ne se conçoit qu’en lien avec un groupe. Un trésor caché sur une île déserte n’a de sens que s’il est rapporté au sein du groupe (cf Monte Cristo). Ensuite en distinguant clairement la richesse matérielle qui est possession d’un avoir, de la richesse immatérielle qui est satisfaction de l’être.

Quand elle est matérielle la richesse se constate par le regard commun d’un vendeur et d’un acheteur, de celui qui possède et de celui qui désire ou simplement admire. Par deux fois l’antiquaire fait ce constat. Il constate d’abord avec son fournisseur que l’objet est un encombrant dont le possesseur veut se débarrasser et il constate ensuite avec son client que le même objet est une richesse que l’acheteur désire posséder. Deux regards, deux constats, aucune création. L’encombrant des uns peut être la richesse des autres par des regards différents. Si les regards sont les mêmes, ce qui est le cas habituel dans une même civilisation, quand quelqu’un s’enrichit, d’autres s’appauvrissent des mêmes montants puisqu’il n’y a pas de création de richesse. Qui s’est appauvri des millions d’euros qu’un jeune énarque a gagnés dans une banque d’affaire ? Ne pas se poser la question, c’est rester enfermé dans le mythe bien commode et malheureusement très tranquillisant de la création de richesse. Se la poser, c’est commencer à comprendre la dévaluation de la monnaie, ce que l’on appelle maintenant l’inflation. La vraie inflation, telle qu’on l’apprenait il y a encore un demi-siècle, est faite par la création monétaire des banques (la monnaie qui enfle).

Quand elle est immatérielle la richesse est celle de l’esprit, c’est la satisfaction qui, elle, se crée bien évidemment. Elle se crée par l’éducation, par l’expérience, par la méditation et aussi par l’échange doublement désiré qui crée deux satisfactions. Le commerçant et son client sont tous les deux contents, l’un d’avoir vendu un bon prix, l’autre d’avoir acheté un bon prix. L’un pense qu’il aurait accepté de vendre un peu moins cher, l’autre qu’il aurait accepté d’acheter un peu plus cher. Ce qui est stupéfiant c’est de voir mettre le chiffrage du compromis de cet échange dans le PIB en l’appelant production au singulier et en laissant croire qu’il y a eu une création de richesse disponible dont on va pouvoir utiliser des pourcentages à qui mieux mieux. L’homme est content, il s’est fait dieu et il a créé. Nombre d’intellectuels vont se convaincre par facilité qu’aucun esprit sensé ne fabriquera ce qui n’a pas d’acheteurs. Cela n’est plus vrai et toute production est réputée richesse depuis l’introduction de la machine et depuis que la monnaie n’est plus que du papier journal que les rotatives des banques centrales impriment à foison. Nous créons de la richesse !! Ce Qu’il Fallait Démontrer ! Même Eric Verhaeghe dont les billets sont généralement si affûtés en arrive à écrire que « la hausse de la CSG (……) compense une redistribution inégalitaire des richesses ».

Même la Terre ne crée pas seule des richesses car la nature ne fait que proposer du minéral, du végétal et de l’animal qui ne deviennent des richesses que si l’homme fait l’effort d’aller l’extraire, le cueillir, le ramasser, le chasser, le piéger ou le pêcher. Sans ce lien au groupe, la nature renouvelle annuellement sa proposition en végétal et en animal pour qu’elle reste constante tant que l’homme ne la surexploite pas, et fait disparaître avec une discrétion exemplaire les propositions antérieures non exploitées et devenues inutiles.

Une économie harmonieuse fait que le résultat du travail de chacun est regardé par le groupe comme une richesse sans avoir besoin du monde de la publicité et de ses sous-produits, le sport et les médias qui coûtent si cher. Dans une économie harmonieuse il est naturellement proposé à chacun de travailler au bien commun. Ce bien commun est le but commun auquel chacun coopère en essayant de se dépasser soi-même. Une économie harmonieuse marie la coopération et la compétition comprise comme une pétition commune prise en commun

Un enfant qui fait un dessin croit évidemment fabriquer une richesse car il sait que maman va trouver le dessin très beau et il s’applique pour ne pas la décevoir. Elle achètera le dessin avec la seule monnaie qu’ils connaissent entre eux, les étreintes et les bisous. Maman était prête à en donner encore plus et l’enfant se serait contenté d’un peu moins. Mais si maman n’est pas là, si personne ne vient s’extasier sur la beauté du dessin, l’enfant, encore intelligent car non encore formaté et écrasé par le rouleau compresseur de la société actuelle et n’ayant encore rien compris à la publicité, va voir son dessin pour ce qu’il est, un encombrant et très vite un rebut. Très intelligemment il va s’en désintéresser et passer à autre chose.

Aucun prix Nobel ne semble avoir étudié sérieusement ce mécanisme économique apparemment si simple, à savoir que l’économie ne marche que sur deux pieds et qu’il n’y a aucun résultat sans une cause, sans une origine. L’homme ne crée pas. Il ne sait que transformer avec son énergie personnelle. Tout ce qui se croit unijambiste et singulier comme le PIB, la monnaie, la croissance, l’innovation ne fait que négliger l’autre pied qui en est la source souvent cachée et qui est respectivement la dépense pour le PIB, le travail pour la monnaie, l’augmentation des dépenses pour la croissance et le deuil pour l’innovation.

Pendant ce temps-là les esclavages du mondialisme, de l’immigration et surtout de la dette apportent l’énergie que notre travail théoriquement véhiculé par la monnaie n’apporte plus.

Alors que faire ?

  • Remplacer les esclavages par le travail de notre propre peuple en sortant de la querelle séculaire entre le public et le privé par le mariage aujourd’hui innovant de l’initiative personnelle à la force collective.
  • Échanger avec toute la Terre dans le respect réciproque qui interdit le déséquilibre d’un échange que la compétition encourage et que la coopération réprouve.
  • Retrouver une monnaie qui véhicule réellement le travail de ceux qui l’utilisent en interdisant sa dévalorisation par une fabrication bancaire incontrôlée.
  • Mettre l’expérience au même niveau que l’instruction dans le système éducatif pour permettre de jauger la qualité de l’instruction par son efficacité.
  • Instaurer un permis de voter et le référendum d’initiative populaire pour faire les choix que le réalisme imposera.
  • Retrouver une spiritualité majoritaire qui seule permet d’aplanir les conflits naturels entre l’individuel et le collectif.

Mais tant que nous n’aurons pas pris conscience que la richesse matérielle ne se crée pas et ne peut donc être ni distribuée ni redistribuée, nous continuerons à être gouvernés par les pantins de notre propre veulerie, qui ne laissent pas seulement la violence monter mais qui l’encouragent en laissant croire à Droite comme à Gauche qu’un échange avec de la fausse monnaie, fait d’une production une richesse nouvellement créée. Ils utilisent cette fausse création pour se faire mousser et font monter les esclavages, la violence et la haine qu’ils condamnent bien sûr par ailleurs, avec la même hypocrisie que nous tous !

Gardons-nous à droite, gardons-nous à gauche ! Et réveillons-nous tant qu’il en est encore temps. Souvenons-nous que dans notre civilisation judéo-gréco-romaine, la bonne nouvelle est que nous savons que lorsque l’on s’est trompé, que l’on a renié ou trahi, il ne faut ni désespérer comme Judas, ni se justifier comme les pharisiens mais faire comme Pierre qui « sortit et pleura ». C’est sur ces pleurs pleins d’humilité, de courage et de discernement retrouvés, sur cette destruction créatrice que l’Eglise fut fondée.

Concurrence ou coopération

La concurrence est partout. Tout n’est que concours et compétitivité. La fête planétaire des jeux olympiques célèbre maintenant tous les deux ans la compétition après s’être contentée de le faire tous les 4 ans pendant 70 ans. L’Office Mondial du Commerce genevois (OMC) a définitivement enterré l’Office International du Commerce onusien (OIC) et sa charte de La Havane. Un site libéral comme Contrepoints ressort sous la plume de sa rédaction le 11 février 2018, la traduction d’un article américain  intitulé« Olympics Put Value of Competition on Display » et qu’il avait déjà fait paraître en août 2012 sous la traduction très tendancieuse de « Jeux olympiques : célébration des vertus de la concurrence » avec comme chapeau :

L’économie fonctionne de la même façon qu’une compétition olympique. La concurrence tend à rendre tout le monde meilleur. Et aucune entreprise ni aucun pays ne peuvent maintenir un avantage indéfiniment.

Son dernier paragraphe mérite d’être recopié dans son intégralité :

Dans son livre The World America Made, Robet Kagan écrit que dans les années 1950, il y avait à peu près 1 milliard de personnes riches et 5 milliards de pauvres. « Dès le début du XXI siècle, 4 milliards de ces pauvres ont commencé à sortir de la pauvreté », écrit-il. « Cette période de prospérité globale a bénéficié à un grand nombre de pauvres et a permis l’émergence de puissances économiques comme la Chine, le Brésil, la Turquie, l’Inde ou l’Afrique du Sud dans des parties du monde qui avant cela ne connaissaient surtout que la pauvreté. » Dit autrement, le reste du monde nous rattrape économiquement, et cela améliore les vies de milliards d’individus.

Cette dernière phrase résume une double erreur. D’abord l’éternelle idée colonialiste que nous sommes les premiers, le phare de l’humanité, et que les autres doivent être félicités et sanctifiés pour la seule chose que nous leur donnons le droit de faire, nous rattraper. Qu’ils soient sous-développés, en voie de développement ou « à vocation d’émergence », c’est toujours nous qui éclairons l’univers. Devons-nous vraiment nous conformer à cette vanité américaine alors que nos économies, la leur comme la nôtre, sont au bord de l’explosion ?

Ensuite cette confusion extraordinaire entre l’amélioration de la vie et l’augmentation des dépenses puisque la pauvreté n’est définie chez les bien-pensants que par l’absence de dépenses. Sortir de la pauvreté c’est dépenser. Cette confusion perverse entre la richesse et la monnaie inonde les médias et les esprits alors que la richesse n’est qu’un regard et que la monnaie n’est qu’un véhicule. Devons-nous continuer à négliger ce que transporte la monnaie et à dogmatiser ce qui est vu comme une richesse ?

Ne faut-il pas retrouver la limite entre la concurrence et la coopération, la limite de ce que j’appelle l’oïkos, la maison en grec, à l’intérieur de laquelle seule la coopération est une qualité et la compétition un défaut ? C’est à l’extérieur de l’oïkos que la coopération et la compétition s’analysent au cas par cas, les valeurs n’étant pas forcément les mêmes. La compétition mène à la guerre, chacun étant sûr de son bon droit. Seules la coopération et l’indifférence mènent à la paix. Les médias nous ayant interdit l’indifférence, il ne nous reste que la coopération pour éviter la guerre.

Mais qu’est-ce que la coopération puisque l’on ne nous parle que de compétitivité ? La coopération c’est ce que toutes les familles, tous les villages, toutes les tribus, toutes les nations connaissaient depuis toujours et que les libre-échangistes ont réinventé comme l’eau chaude en l’appelant du terme abscons d’ « avantage comparatif » en le prétendant inventé par David Ricardo il y a seulement deux siècles. De quoi s’agit-il ? Simplement de l’évidence que dans un groupe cohérent, ce que j’appelle l’oïkos, les individus les plus limités sont toujours appelés à apporter, là où ils sont les meilleurs et même les moins bons, leur pierre à l’édifice. Aurait-il fallu attendre Ricardo et ses laudateurs pour que l’idiot du village et l’enfant attardé soient intégrés, qui à son village, qui à sa famille ? Si l’ « avantage comparatif » était mis en application depuis toujours, c’est parce qu’il y avait un but commun, des valeurs communes, une vraie cohérence qui soudait la famille ou le village et qui obligeait à intégrer les plus faibles.

Et c’est là où la perversité du libre-échange se dévoile en dépit malheureusement d’une honnêteté intellectuelle chez beaucoup de ses adeptes. Cette coopération intelligente, cette cohérence, ne tiennent qu’à l’intérieur d’un oïkos d’individus qui ont les mêmes valeurs, et qui ont donc une même civilisation et un but commun. Ce qui explique l’horreur du mondialisme actuel qui veut imposer un seul oïkos à toute la Terre, une seule civilisation, celle déclinante de l’occident qui a décidé de s’imposer à toute la Terre avec la création d’un but commun assigné : éradiquer la misère selon sa définition de la misère. Il suffit de définir la misère comme l’absence de dépense et la prospérité comme les dépenses permanentes pour faire croire à la générosité et à l’altruisme de gens qui dans la réalité, consciemment ou inconsciemment, veulent se construire un eldorado personnel fondé sur les trois esclavages du mondialisme, de la dette et de l’immigration.

Qui ne voit que c’est la guerre assurée avec les civilisations qui ne veulent pas disparaître comme l’islam. Cette guerre aura pour nos adversaires l’appui des peuples dont la civilisation n’est réputée intéressante par la globalisation que dans les médias ou dans les musées.

La sagesse des religions nous incite pourtant à respecter les différents oïkos. C’est le mythe biblique de la tour de Babel que l’islam curieusement réduit à la folie de deux hommes et non à la folie d’un peuple, peut-être parce qu’il se veut aussi mondialiste.

Ne pouvant plus défendre mes idées sur le site de Contrepoints puisque j’en ai été banni, j’invite mes lecteurs à leur communiquer l’existence de cet article. J’accueillerai avec grand plaisir leurs commentaires que je m’engage à reproduire in extenso.

La responsabilité écrasante des élites

Le chômage baisse, la croissance revient, nous voyons le bout du tunnel. Ces mensonges éhontés, étayés par des chiffres fabriqués, relayés par des médias leur appartenant, ne sont là que pour convaincre le bon peuple que les élites travaillent pour son bien.

Dans la réalité, quand elles sont dans l’opposition, elles pointent tout ce qui va mal tout en n’en faisant que des fausses analyses. Quand elles sont au pouvoir, elles s’agitent et se montrent, en expliquant qu’il leur faut du temps et en appliquant à la lettre par un usage immodéré des sondages la phrase du maréchal de Saxe « Je suis leur chef, il faut bien que je les suive ». Et quand elles sont dans ce que l’on appelle la société civile, par acceptation inconsciente de l’application par les politiques entre eux de l’ordre militaire « Je ne veux voir qu’une tête », nos élites ne pensent qu’à leurs petites personnes en se moquant éperdument de l’intérêt collectif.

Depuis deux siècles, à partir d’un siècle des Lumières dévoyé et d’une révolution qui a permis à la bourgeoisie d’accaparer les biens de la noblesse et du clergé, certes acquis bizarrement, et pour cela, de prendre le pouvoir, nous détruisons systématiquement par étapes notre civilisation.

Le XIXe siècle a méprisé l’individu comme cela a parfaitement été montré par Zola et expliqué en 1891 par le pape Léon XIII dans son encyclique Rerum Novarum : « Les travailleurs isolés et sans défense se sont vu, avec le temps, livrés à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d’une concurrence effrénée. Une usure dévorante est venue accroître encore le mal ». Faut-il rappeler que la concurrence et la compétitivité étaient déjà les ennemies de la coopération et que l’usure était le nom du prêt à intérêt avant de n’en devenir très curieusement que l’excès, la rendant par là-même acceptable ?

Le XXe siècle a tenté de tuer la spiritualité par ses trois matérialismes, fascisme, communisme et capitalisme dont le dernier, seul rescapé du siècle, fanfaronne en un pathétique chant du cygne qui inonde la Terre entière de son venin destructeur. L’homme occidental ne sait plus réagir à ce qui le dépasse si ce n’est par l’oubli dans la consommation suivant le vieux principe de l’ivrogne.

Le XXIe siècle est en train d’achever le travail en tuant systématiquement tous les groupes par une survalorisation grotesque de l’individu qui se prend pour un dieu au lieu de reconnaître qu’il n’est qu’un animal social qui n’existe pas sans le groupe. Ne sachant déjà plus réagir à ce qui le dépasse, ayant abandonné l’exclusion définitive des asociaux volontaires, l’homme occidental perd la solidarité comme la coopération, en oublie même de se reproduire et  se contente de geindre en attendant des élites la réalisation des promesses électoralistes aussi ridicules qu’intenables.

Tout cela ne tient provisoirement que par l’adoration béate et obscurantiste de trois veaux d’or et par trois esclavages qui font le travail évidemment indispensable. Les trois veaux d’or sont la croissance économique, la démocratie et la formation tout au long de la vie qui n’est qu’un essai raté d’avance, de formatage à l’impossible. Quant au trois esclavages, ils ratissent large pour permettre à l’homme occidental de se croire un dieu qui va profiter de la vie et non la réaliser. Le mondialisme ratisse l’espace, la dette ratisse le temps et l’immigration comble les derniers trous ici et maintenant.

 Si la guerre arrête en un instant l’adoration des veaux d’or comme le recours à l’esclavage, ne pourrions-nous pas, si nous nous intéressons réellement aux autres, faire appel à notre bon sens pour éviter à nos enfants les horreurs de la barbarie ? Ne faut-il pas commencer par comprendre que les esclavages ne cesseront que lorsque nous auront renversé simultanément les veaux d’or ?

Est-il impensable de faire prendre conscience que la création de richesses n’est qu’un mythe qui fausse tous nos raisonnements et qui est à la base de toutes nos erreurs ? Nos entreprises ne font que faire circuler l’argent en faisant alimenter le circuit par leurs clients. Nos banques ne font que fabriquer de l’argent pour nous faire croire que  nos entreprises créent des richesses et que ce ne sont pas les esclavages qui sont à la manœuvre. Tout cela, pour que nous trouvions nos élites intelligentes et efficaces et que nous les élisions puisqu’elles nous convainquent que nous n’avons jamais été aussi riches.

Est-il inaudible de dire que la démocratie n’a de sens que si les votants ont tous compris que risque et responsabilité sont les deux facettes d’une même réalité et qu’elle n’est envisageable qu’au travers du poids de la responsabilité qu’engendre le tirage au sort ou au travers de l’effort du permis de voter ? Sans ce poids ou sans cet effort, nous laissons le pouvoir à la veulerie aguichante de l’ « en même temps » macronien et de la superposition contradictoire attalienne de sa démocratie où l’homme est tout et du marché ou l’homme n’est rien.

Est-il impossible de retrouver ce que toutes les civilisations savent et que la nôtre a perdu ? L’éducation est avant tout fondée sur l’expérience, l’instruction étant réservée au petit nombre capable de la digérer, à son rythme et au rythme de la collectivité. Nous gaspillons en argent et en hommes une énergie considérable à tenter sans succès de faire croire qu’un formatage des êtres en fera des individus responsables. Alors que la nature nous indique que l’âge adulte commence à la puberté, nous créons, depuis que notre civilisation se décompose, le déséquilibre de l’adolescence en formatant, avec leur complicité exigée, des « adulescents » à vie, des adolescents dans des corps d’adultes dont on va simplement travailler l’affect par les médias pour qu’ils votent bien et surtout, qu’ils ne croient pas un instant qu’ils pourront renverser la table.

Nos élites ont quitté la vie collective pour n’être que dans la survie collective et dans leur vie personnelle. Pour ne pas affronter les problèmes, ils résolvent les contradictions en en créant de nouvelles encore plus complexes. Tous ne se battent que pour imposer l’espace qui leur convient et dans lequel ils pensent pouvoir plaire. Pour Macron c’est l’Europe, pour l’UPR c’est la France, pour les nationalistes corses, c’est la région. Pour tous les autres ce n’est pas clair et ça dépend des jours, mais aucun n’aborde le fond de ce qu’il faut faire dans l’espace qui leur plait. Et pour cause ! Ils n’y ont jamais réfléchi. Ils n’ont pas le temps et cela dérangerait tellement les habitudes que ce serait impensable, inaudible et  impossible. Pour eux, et surtout sans le dire, seule la guerre pourra être efficace.

Le peuple ressent tout cela et en dépit des rodomontades de ses élites, a peur de l’avenir. Les femmes ne font plus leurs trois enfants nécessaires, les hommes, ne sachant que faire, dépensent leur énergie en salle de sport en jogging ou en trail. Chacun alimente les « psy » qui n’ont rigoureusement rien à dire. L’immédiateté de la survie éclipse le bonheur de la vie et ne se supporte que par le matraquage de l’innovation qui va tout résoudre demain. Nous avons oublié que toute innovation a un coût et qu’elle est en même temps systématiquement un deuil suivant le principe de la destruction créatrice chère à Schumpeter. Pourtant si nous parlons beaucoup du travail de deuil, nous ne parlons jamais du travail d’innovation ni de l’origine de l’argent qui  la finance.

Quand la France et l’Occident auront-ils droit à un parti politique qui abordera les problèmes de fond  et proposera l’impensable, l’inaudible et l’impossible ? Souvenons-nous de Mark Twain : « Ils ne savaient pas que c’était impossible. Alors ils l’ont fait ». Napoléon disait déjà, parait-il, qu’impossible n’était pas français. Par qui, d’où, quand et comment jaillira le renouveau ?

Les entreprises créent-elles de la valeur ?

Tout le système économique est fondé sur la création de valeur par les entreprises et sur la répartition des richesses créées. Un énarque trentenaire peut gagner des millions dans une banque privée et les dépenser pour devenir un président de la République à l’actif modeste parce qu’il aurait dit-on apporté une valeur ajoutée fantastique à Rothschild.

Quel est le principe de la création de valeur, de la valeur ajoutée ? Une entreprise ou un artisan achète des fournitures, les travaille, les transforme avec des outils ou des machines, et vend à des clients le résultat, évidemment plus cher que ce qu’il a payé pour pouvoir travailler. C’est cette différence entre les achats et les ventes que l’on appelle la valeur ajoutée. Dans les services c’est une action ou une réflexion qui font monter les prix.

Mais cette valeur prétendument ajoutée n’existe pas si un client ne vient pas s’appauvrir en monnaie pour la créer. C’est la même histoire qu’une classe de CE2 qui prépare des cadeaux pour la fête des mères. On a investi dans une salle de classe, on a acheté tout un tas d’ingrédients, les enfants ont travaillé, un instituteur, pardon! un professeur des écoles, a été payé pour tout organiser et le jour J les cadeaux sont prêts. Mais que se passe-t-il pour l’enfant qui n’a personne à qui l’offrir, personne qui viendra « acheter » son oeuvre sans aucune discussion et avec beaucoup de bisous ? Un cadeau n’existe que si quelqu’un va être content de le recevoir. Sans ce « client », sans maman, la production n’est qu’encombrant voire même déchet que l’enfant va jeter avec rage en en voulant à la Terre entière et qu’on ne lui parle jamais de création de valeur ! La personne qui crée la valeur c’est maman en admirant le cadeau, personne d’autre ! Et cette valeur vient de la rencontre, de la force et de la cohérence de deux énergies, celle de l’enfant qui s’est donné et celle de la maman qui s’est aussi donnée. Est-ce réellement chiffrable ?

Ce que tout le monde comprend pour le cadeau de l’enfant, personne n’a envie de le comprendre pour une entreprise qui ne donne l’impression de créer des richesses que parce qu’il y  a une rencontre, une force, une cohérence entre d’un côté les énergies de l’argent de ses actionnaires et du travail de ses salariés, et de l’autre l’énergie de ses clients qui l’apportent par l’argent qu’ils ont gagné précédemment.

Au lieu de s’attaquer au problème extrêmement difficile du prix qui est le chiffrage de l’inchiffrable, la folie actuelle est de se servir du prix pour l’appeler le PIB et se convaincre qu’il est une richesse que l’on va pouvoir utiliser. C’est exactement comme si papa voulait utiliser pour payer ses impôts ou les courses, le plaisir qu’ont ressenti maman et fiston le jour de la fête des mères.

Il n’empêche que des tas d’experts et de gens très sérieux vont continuer à dire que les entreprises ajoutent une valeur qu’elles créent sans se rendre compte que leur fantasme rend obligatoire les trois esclavages de la mondialisation, de la dette et de l’immigration.

D’autres, ou les mêmes, vont se torturer les méninges pour trouver comment, en bidouillant la monnaie, papa pourra payer ses impôts avec le plaisir de la fête des mères.

Pendant ce temps-là les esclavages progressent et notre civilisation régresse.

Vœux 2018

En ce premier jour de l’année 2018 je forme le vœu que les peuples occidentaux prennent conscience en urgence de ce qu’est réellement la richesse qui les attire tant mais qui les engourdit tellement qu’ils ne réagissent plus devant le désastre qu’ils préparent aveuglément eux-mêmes.

Souvenons-nous que riche vient du mot franc riki qui veut dire pouvoir, et qui a donné reich en allemand. Etre riche c’est avoir un pouvoir, être assis sur quelque chose (traduction littérale du verbe latin possidere), être riche c’est posséder. Mais avoir le pouvoir sur quoi ? Posséder quoi ? Avoir le pouvoir, ce n’est pas posséder des rebuts ou ce qui encombre, c’est posséder ce qui fait envie, ce qui est désiré, ce qui plait parce que c’est ressenti comme beau ou comme bon. La richesse c’est la possession de ce qui est perçu comme agréable, admirable ou délicieux.

Pour percevoir, l’homme a cinq sens dont quatre pour le beau et le bon. La vue et l’ouïe perçoivent le beau, l’odorat et le goût perçoivent le bon et seul le toucher tente de percevoir le vrai comme Thomas dans les évangiles n’a accepté de croire qu’en touchant. Ces trois notions du beau, du bien et du vrai se construisent et se détruisent, évoluent générations après générations, pour former une civilisation qui, petit à petit d’ailleurs, les mélangent et les confondent. On dira en effet en français que « c’est bel et bien lui qui, au beau milieu du printemps, a eu une bonne grippe » pour ne parler que de vérités sans jamais parler du vrai.

Ces trois notions ne sont pourtant des références qu’à l’intérieur d’une même civilisation. Montaigne voyait déjà les lois définissant le bien comme une « mer flottante des opinions d’un peuple ou d’un Prince » et il s’interrogeait: « Quelle bonté est-ce que je voyais hier en crédit, et demain plus, et que le trajet d’une rivière fait crime ? Quelle vérité que ces montagnes bornent, qui est mensonge au monde qui se tient au delà ? ». Aujourd’hui le bien chez Daesh n’est pas celui de Macron. Pour Daesh, Macron est un mécréant qu’il faut crucifier ou à qui il faut couper un bras et une jambe opposées comme le Coran en laisse le choix dans la sourate 5, et pour Macron, la guerre contre Daesh sera «gagnée d’ici mi, fin février» comme il l’a annoncé aux Français le 17 décembre. Prudent et surtout rusé, il a ajouté « en Syrie » ! Mais Macron comme Daesh n’envisage pas que la civilisation de l’autre soit respectable car chacun croit malheureusement détenir les définitions qu’il veut universelles du beau, du bien et du vrai.

Ces trois abstractions sont pourtant totalement subjectives et nullement universelles quelle que soit l’opinion de certain pape qui s’enferme dans le mot catholique qui veut dire universel en grec. Ces trois entités génèrent, en se combinant entre elles, trois nouvelles abstractions tout aussi subjectives: le bien et le vrai donnent le juste, le vrai et le beau donnent le clair et le beau et le bien donnent le riche, chaque notion cherchant à tout englober en cherchant à valoriser son point faible qu’elle voudrait voir perçu par tout le monde comme non bancal.

La clarté cherche en s’expliquant à être bonne, ce qu’elle n’est pas.
La justice cherche en ses palais à être belle, ce qu’elle n’est pas.
La richesse cherche en se chiffrant à être vraie, ce qu’elle n’est pas.

Mais dans notre civilisation, pendant que la justice tente de rester aveugle et qu’il y a toujours clairement des ordures, nous avons réussi, grâce aux médias, aux économistes et aux politiques qui y ont tous intérêt, à nous convaincre nous-mêmes que la richesse était une vérité et qu’il était même possible de la chiffrer. Oubliés Lao-Tseu et son « Savoir se contenter de ce que l’on a, c’est être riche », oubliés l’ancien président malien Amadou Toumani Touré à propos de son pays réputé pauvre et son « Nous sommes riches de la famille », oublié le bon sens qui sait que la consommation donne un peu de plaisir mais ne mène pas au bonheur. Nous surfons sur une idéologie anesthésiante qui nous a inventé des outils de diffusion du mensonge déguisé en vérité.

Ces outils sont la création de richesses avec son chiffrage le PIB et sa tour de Babel la croissance économique. La croissance qui fait rêver tous les politiques, les conduit systématiquement tous à l’échec, y compris bien sûr l’actuel quarantenaire élyséen comme tous ses contradicteurs, de cette brave Marine à ce pauvre Jean-Luc, puisque la croissance n’est que l’augmentation d’une richesse mythique que personne n’ose remettre en question. On cherche l’ambition politique, le journaliste ou l’économiste qui ne croirait pas la France riche et n’intégrerait pas la croissance dans son discours. Si nous étions le pays riche qu’ils nous présentent tous, comment se fait-il que nous devions mendier pour sauver Notre-Dame de Paris ou le château de Versailles, pour financer la recherche ou nourrir les plus déshérités ? Sans création de richesses les politiciens et leurs mentors n’ont rien à distribuer. Leur travail ou plus exactement leur occupation ne consiste qu’à nous convaincre que la vie a cessé d’être, ce qu’elle a été pendant des millénaires, une transformation par le travail humain de ce que la Terre nous donne puis un partage de tous les résultats. La vie serait devenue d’après eux création comme le ferait n’importe quel dieu. Pour ce faire il faut chiffrer cette « création » pour la rendre crédible et c’est le PIB, somme de toutes nos dépenses, que les polytechniciens de l’INSEE nous présentent comme la création annuelle de richesse et que journalistes et économistes nous inoculent à la méthode Coué pour en utiliser des pourcentages à qui mieux mieux. Plus nous dépensons, plus nous sommes riches! Qui ne serait sensible à cet agréable postulat ? Il faut donc de la croissance mais, comme ce n’est que l’augmentation des dépenses alors qu’il faut « en même temps » diminuer nos dépenses pour résoudre enfin la quadrature de leur cercle, la croissance patine et l’on scrute les étoiles pour savoir dans cet obscurantisme du troisième millénaire quand et où la manne reviendra enfin. A droite comme à gauche on l’attend et on l’implore avec une constance affligeante !

Ces outils fallacieux font rêver à des lendemains qui chantent mais ils faussent tous nos raisonnements. Ils nous ont fait perdre en particulier deux notions essentielles, le sens de l’oïkos et le sens de la monnaie.

L’oïkos, la maison en grec qui a donné leur préfixe à l’économie, à l’écologie et à l’écosophie, est le groupe cohérent, famille, nation, église, à l’intérieur duquel les échanges n’ont pas du tout la même nature qu’à l’extérieur : la coopération à l’intérieur, le troc à l’extérieur, deux types d’échange qui n’ont rien à voir. La coopération est l’échange des êtres en valorisant l’être au maximum, en cherchant à le rendre utile quelles que soient ses capacités comme c’est le cas dans n’importe quelle famille et comme c’était le cas dans les villages, alors que le troc est l’échange des productions, chacun cherchant à valoriser sa propre production et à se sentir le gagnant de l’échange. L’échange des êtres n’existe qu’à l’intérieur de l’oïkos, à l’extérieur il n’y a que l’échange des avoirs avec une satisfaction chez les deux protagonistes. L’avantage comparatif de David Ricardo que tout le monde connait inconsciemment depuis des millénaires à l’intérieur de l’oïkos et qui valorise l’être, devient complètement faux quand des idéologues l’extrapolent à l’extérieur de l’oïkos où seul le troc est réaliste car les valeurs des êtres ne sont pas les mêmes. Plaquer artificiellement des valeurs comme la laïcité ou les valeurs universelles ( ou catholiques pour les évêques de France avec leur accueil effréné des migrants ) pour accoucher aux fers de nouveaux oïkos, est dérisoire, la laïcité ou les valeurs universelles étant au contraire la négation de l’oïkos et l’imposition de nouveaux colonialismes éthiquement déguisés. Le chômage n’est que la conséquence de l’oubli de l’oïkos et de l’oubli des êtres au profit des avoirs. Cela va tellement loin que nous réinventons l’esclavage qui ne consiste qu’à prendre des êtres humains pour des avoirs. Nous réinventons l’esclavage ailleurs qu’est la mondialisation, l’esclavage plus tard qu’est la dette et l’esclavage ici et maintenant qu’est l’immigration. Accessoirement ces esclavages nous permettent de croire que nous vivons sur la création de richesses, et des générations entières ne cherchent plus à vivre mais à « profiter de la vie ». Nos hommes produisent de moins en moins, nos femmes font de moins en moins d’enfants, fin programmée de l’oïkos, fin programmée de notre civilisation sous nos yeux absents.

Mais la perte de l’oïkos ne serait pas possible sans la perte simultanée du sens de la monnaie. La capacité énergétique de la monnaie ne dépend que de l’oïkos mais elle le structure également. La monnaie est ce véhicule d’énergie contrôlé par l’oïkos comme l’électricité véhicule une énergie qui était contrôlée en France jusqu’à présent par EDF. Les deux ne sont que des transporteurs d’énergie, simples intermédiaires entre une production et une utilisation. Mais si l’origine de l’énergie électrique est multiple et reconnue, la perte de l’oïkos nous a fait passer à la trappe l’origine de l’énergie de la monnaie qui est l’énergie humaine. Nous nous prenons pour des dieux qui se donnent l’impression de créer collectivement des richesses en créant par l’intermédiaire des banques une monnaie imprimée ou virtuelle. Les banques, en créant la monnaie, oublient toujours de dire qu’elles émettent en même temps des créances sur leurs clients si ce sont des banques commerciales, ou sur leurs peuples si ce sont des banques centrales. Ces créances de plus en plus irrécouvrables sont l’explosif qui n’attend que son détonateur. Parallèlement les crypto-monnaies comme le bitcoin, après avoir fait semblant de créer un nouvel oïkos, sont définitivement tombées dans l’avoir et flambent comme l’immobilier, les bourses, les œuvres d’art et comme les oignons de tulipes au XVIIsiècle au Pays-Bas jusqu’à leur effondrement en février 1637. Je ne crois pas un instant que l’éclatement de ces bulles attendent 2037.

Mais pour demeurer dans l’illusion le plus longtemps possible, nous nous habillons tous en observateur, en conseiller, en commentateur, en journaliste, en fonctionnaire public ou privé pour expliquer, sans rire et pour survivre, comment faire fonctionner le pays de Cocagne. Nous sommes devenus un peuple qui explique sans produire comment produire et comment nous allons tous vivre mille ans grâce à la recherche financée par la création de richesses.

Nous confions aux entreprises la mission totalement impossible de créer des richesses alors qu’elles ne font que répartir l’argent de leurs clients entre leurs fournisseurs, leurs actionnaires, leurs salariés et la collectivité. Pour faire circuler l’argent, les entreprises produisent des biens et des services mais il n’y a aucune création de richesse, il n’y a que des transferts si ce qu’elles produisent intéresse. Les clients viennent échanger volontairement leur argent contre la production de l’entreprise, les deux étant normalement le fruit de l’énergie humaine, ce qui est complètement oublié depuis que l’on a inventé le revenu universel, la monnaie hélicoptère ou simplement la dette. La publicité est l’ultime trouvaille que nous avons conçue pour nous convaincre, avec de l’argent aussi abondant que dévalorisé, que les masses d’encombrants fabriquées en continu par les machines sont des richesses.

Je forme le vœu que se diffuse en 2018 dans le monde, à partir de la France, l’idée simple que la richesse n’est qu’une façon de regarder, de trouver beau ou bon un objet, une idée ou un être, que se diffuse l’évidence que la richesse est donc inchiffrable, qu’elle se constate et ne peut se créer. Il est enfantin puis pervers, car refus du bon sens et base de notre autodestruction, de croire à la création de richesses, de voir dans la richesse autre chose que le regard que les puissants portent sur leurs propres avoirs en nous faisant payer à tous leur vie trop facile et en nous promettant la lune pour que nous continuions à rêver à leur ressembler. Il nous faut nous extraire des grandes théories que nous ânonnons sans les comprendre et donc sans oser les affronter. Souvenons-nous simplement que dans notre oïkos que nous appelons nation, il est écrit dans le préambule de nos deux dernières constitutions que le travail est un droit. Appliquons ce droit par des sociétés productives d’économie mixte public-privé en arrêtant les esclavages, en mariant enfin la puissance publique et l’initiative privée, ce que ni le communisme ni le libéralisme n’ont réussi à faire. Nous devrons certes payer le prix auquel nous sommes capables de produire mais nous économiserons les gaspillages fabuleux en publicité et nous aurons la fierté d’avoir collectivement sauvé notre civilisation sans la prendre vainement, vaniteusement et bêtement pour LA civilisation sur LA planète. Puisse 2018 être l’année où, en refusant enfin de croire à la création de richesses, nous aurons arrêté la construction de la nouvelle tour de Babel.

 

 

 

 

La parité et l’homosexualité ne sont-elles pas en train d’achever notre civilisation déjà bien malade ?

La respiration est-elle plus importante que l’alimentation ou lui est-elle accessoire ? L’une ne pourrait-elle pas remplacer l’autre si l’une des deux venait à manquer ? Chacun voit bien l’inanité de ces questions mais ne peut que constater leur actualité si l’on remplace ces deux mots féminins par un mot masculin, l’homme, et par un mot féminin, la femme.

La nature a pourtant doté la femme de la seule capacité à fabriquer les enfants, donc le futur, l’homme n’en étant que le déclencheur indispensable. Parallèlement la même nature que l’on peut appeler Dieu, a doté l’homme d’une force physique supérieure à la femme qui a du, pour se faire respecter, approfondir sa finesse et prendre le pouvoir  à la maison dans quasi toutes les civilisations pendant que l’homme gardait ce pouvoir à l’extérieur de la maison.

La vague actuelle d’individualisme triomphant a mis à mal cet équilibre et chaque sexe succombe de plus en plus souvent pour exister, à l’utilisation perverse de ses forces. La société réagit actuellement très heureusement contre les violences faites aux femmes. Elle devrait réagir aussi quand certaines femmes dégradent leur finesse en ruse et en manipulation du côté nigaud des hommes.

Cette vague d’individualisme parachève l’effondrement de notre civilisation qui s’est déroulée en trois temps sous nos yeux absents. Le XIXsiècle avec la révolution industrielle a négligé l’individu qui a tenté de résister par le romantisme et le socialisme. Notre civilisation croit avoir ensuite tué Dieu au XXsiècle avec ses trois matérialismes, communisme, fascisme et capitalisme, le dernier peinant à mourir. Et pour terminer le travail, ce qui reste de notre civilisation cherche actuellement au XXIsiècle à affaiblir voire à ridiculiser tous les groupes comme la famille, l’église ou la nation en survalorisant l’individu et en ne voyant plus qu’une famille humaine, une spiritualité universelle et une gouvernance mondiale, bref, une nouvelle tour de Babel qui veut à nouveau transpercer le ciel. Les seuls groupes qui donnent l’illusion de tenir, sont les associations grâce à leur côté évanescent et éternellement renouvelable, et les sociétés commerciales grâce au mensonge éhonté sur lequel elles sont toutes construites, le principe de continuité, base de la comptabilité et des bilans et qui réfute dogmatiquement la mort en légalisant le mensonge. Quand une entreprise s’arrête il faut généralement multiplier son passif par deux et diviser son actif par dix.

Deux fantasmes médiatiquement entretenus, la parité et l’homosexualité, n’alimentent-ils pas l’effondrement de notre civilisation par leur individualisme exacerbé ?

La parité que l’on nous vend comme juste et bénéfique, rompt l’harmonie entre l’homme et la femme car il ne peut y avoir de parité dans la fabrication des enfants et au moins au début de leur façonnage prépubertaire. Les femmes envahissent tous les métiers en en excluant progressivement les hommes comme c’est déjà patent en médecine et en droit. Et quand la force physique est indispensable, c’est l’immigration et la machine qui prennent le relais des hommes. L’immigration maghrébine et subsaharienne fait aussi largement plus de trois enfants par femme quand les femmes blanches dont la seule évocation fait soupçonner de racisme, en font en moyenne à peine plus qu’un, acceptant tacitement la fin de notre civilisation

Les hommes assistent impuissants à la « matriarchisation », à la mécanisation et à l’immigration de notre société. Ils se féminisent et dilapident leur force physique inexploitée en salle de sports ou en violence contre les autres ou contre eux-mêmes. Les suicides se multiplient dans l’indifférence générale.

L’homosexualité que l’on ne préconise pas mais dont on condamne le refus est avant tout un mystère que l’on ne veut élucider. Est-elle acquise ou innée ? Innée elle serait génétique à cause d’un gène auquel personne ne croit suffisamment pour le chercher. Acquise elle culpabiliserait les parents qui, quoi qu’on en dise, la vivent comme un malheur. Personne ne veut se souvenir que les Grecs avaient parfaitement vu que l’homosexualité n’est qu’un passage dont la société actuelle ne parle jamais. A Athènes les familles confiaient leur éromène de 12 ans à un éraste de 18 ou 20 ans avec mission de le préparer à l’âge adulte en tous domaines y compris sexuel. Et si l’homosexualité faisait partie de cette étape, elle n’en n’était pas l’essentiel et n’était qu’un moment. Celui qui y restait coincé était méprisé et pouvait même dans certains cas extrêmes, être exécuté par apotympanismos.

Ce passage, conscient ou inconscient, qui s’évacue souvent par le sport, est la première approche de l’autre, pas trop différent de soi et qui intimide moins qu’un abord direct de l’autre sexe. Il ne mérite ni honneur ni indignité, il est tout simplement naturel. Mais y rester bloqué génère une souffrance à vie qui mérite sympathie, compassion ou empathie, quel que soit le préfixe que l’on met à la souffrance que génère ce blocage. Il est triste de voir actuellement cette souffrance tenter de se compenser par un étalage accrocheur et, quand un adolescent a la franchise d’exprimer son malheur et même envisager de se supprimer quand il se croit homosexuel, il est scandaleux de lui conseiller de s’assumer et de ne pas au contraire dédramatiser en éclatant de rire et en lui rappelant qu’il n’est que comme tout le monde.

Se trouvera-t-il suffisamment de citoyens avec assez d’humilité, de courage et de bon sens pour diffuser ces vérités simples dont l’oubli nous accable ?