Le protectionnisme s’oppose-t-il vraiment au libre échange ?

La doxa libérale a réussi le coup fantastique de faire croire que le protectionnisme s’oppose au libre-échange et qu’à la limite il est synonyme d’autarcie, ce qui est évidemment impossible si la communication n’est pas bridée comme en Corée du Nord. Or aucune personne honnête et réaliste n’a évidemment envie de brider la communication à l’époque d’internet.

Ce qui ne va pourtant pas dans ce que les libéraux appellent le libre-échange c’est tout simplement que ce n’est pas un échange ou plus exactement qu’un des termes de l’échange est de la monnaie dont on a oublié qu’elle ne devrait être qu’un véhicule d’énergie humaine alors qu’elle ne l’est plus. On la fabrique aujourd’hui à qui mieux mieux partout et à tout instant, ce qui rend l’échange parfaitement malhonnête en permettant à une toute petite minorité d’échanger ensuite à son tour la monnaie perçue contre des biens ou des services palpables. L’observation que la monnaie est en fait de la fausse monnaie en n’étant alimentée par aucun travail humain, fait qu’il n’y a aucun véritable échange mais qu’il y a en revanche une véritable escroquerie. Le libre- échange n’est en réalité que la libre-escroquerie qui s’habille pour être présentable. C’est ainsi que le Régent a remboursé les dettes faramineuses laissée par Louis XIV grâce au système de Law. C’est ainsi qu’à la révolution française, grâce aux assignats, la bourgeoisie a récupéré sans grands frais les biens détenus jusqu’alors par la noblesse et le clergé. C’est ainsi qu’aujourd’hui et depuis le 15 août 1971, depuis que nous avons à nouveau un papier-monnaie sans aucun lien avec le travail humain, un petit groupe s’enrichit sur l’appauvrissement des peuples en s’habillant du libéralisme et du libre-échange.

Nous devons retrouver le bon sens et de vrais échanges libres en distinguant l’échange des êtres, de l’échange des avoirs. L’échange des êtres se fait à l’intérieur des groupes qui sont cohérents par le but qu’ils se sont donné. Je les appelle des oïkos et ils sont une famille, un village, une tribu ou une équipe quelle soit militaire, sportive, ouvrière ou laborieuse dès l’instant où il y a un but commun. L’échange des avoirs, c’est-à-dire le troc, se fait lui avec les autres oïkos avec lesquels il n’y a a priori aucune cohérence,et aucun but réellement commun. Nous avons complètement oublié que la racine grecque de l’économie est oïkos nomos, « la coutume du groupe cohérent ». Cette coutume a toujours été de n’échanger des marchandises avec des étrangers que contre d’autres marchandises. C’est ce que le bon sens de l’ONU primitif avait fait en réunissant en 1947 à La Havane tout ses membres pour créer l’OIC par la complètement oubliée Charte de La Havane. Cette Charte rendait obligatoire l’évidence de l’équilibre des paiements entre des oïkos différents, des nations  différentes. L’OMC de Genève foule aux pieds cette évidence sous les applaudissements de tous les imbéciles. L’euro doit monter pour équilibrer la balance commerciale allemande mais il doit baisser pour équilibrer la nôtre et celles de beaucoup d’autres pays européens. Le résultat, qu’on le veuille ou non, est que l’Allemagne est en train de réussir provisoirement ce qu’Hitler avait raté : asservir l’Europe.

Sur cette confusion permanente institutionnalisée entre l’échange des avoirs et l’échange des êtres, vient se greffer l’incompréhension de ce qu’est la monnaie, simple véhicule de l’énergie humaine d’un groupe humain donné. De ce bourbier intellectuel sort l’Union européenne qui impose la libre circulation des monnaies transformant le libre-échange en libre-escroquerie puisque l’on paye en assignats l’énergie des autres, celle qu’ils ont comme les Arabes ou celle qu’ils sont comme les Chinois. Les deux s’empressent pour transformer les assignats reçus en immeubles parisiens ou en vignobles bordelais avec la bénédiction de nos dirigeants qui croient avoir tout compris en remportant des élections qui ne sont plus que le résultat des humeurs de la foule façon pogrom ou lynchage.

Les peuples occidentaux ont envie de croire aux rêves qui les arrangent. Ils en mourront si personne ne les réveille. A bon entendeur ….

Une réflexion au sujet de « Le protectionnisme s’oppose-t-il vraiment au libre échange ? »

  1. Cher Marc,

    Le libre-échange n’est que l’application ou pour mieux dire l’autre nom du libéralisme économique. Comme tous les modèles de la « science économique » il a la particularité de ne pas fonctionner, parce qu’il requiert des conditions jamais réunies dans la réalité. Aussi bien, il ne s’est jamais appliqué, qu’imposé par le fort au faible, pour le plus grand profit du fort. Autrement, le protectionnisme a toujours si bien limité le libre-échange, que le premier était en fait la règle.

    Au demeurant, sur le plan théorique, il faut reconnaître que ce pauvre Adam Smith, dont les néo-libéraux « marchéistes » n’ont retenu -et mal- que « La Richesse des nations » (en oubliant « Théorie des sentiments moraux »), ne pensait sans doute pas faire de la « main invisible » l’organisatrice d’un marché auto-régulé. Loin d’être un «marchéiste», Smith fait au contraire l’éloge de l’État souvent plus efficace que la libre-concurrence et dénonce les dégâts du capitalisme sur l’humain.

    Le néo, ou ultra-libéralisme hostile à toute protection, n’est autre que l’éternelle hubris appliquée à l’économie et au droit (on oublie trop souvent l’aspect juridique intiment lié à la première) pour le service des puissants. Les puissants, c’est-à-dire aujourd’hui une poignée de multinationales, plus fortes que la plupart des États. C’est en définitive une doctrine au service de la « Davocratie » pour reprendre le mot de Renaud Camus.

    Toutefois, la doxa néo-libérale n’empoisonne pas les régions du monde d’égale façon. L’Europe, sauf erreur, est la plus touchée. Comment expliquer les raisons qui mettent le Vieux-Continent sous l’emprise de cette idéologie. Peut-être sa faiblesse militaire et politique face aux États-Unis, peut-être aussi l’euro qui soumet l’Europe à la puissance allemande. Peut-être au-delà de cela, une certaine « fatigue de vivre » que semble connaître cette vieille civilisation tout empreinte de « repentance », d’ »ouverture à l’autre » au détriment de soi…

    « Les peuples occidentaux mourront si personne ne les réveillent » dis-tu très justement. Peut-être pas tous les peuples occidentaux, mais l’Europe occidentale sûrement. Le problème, vois-tu, dépasse l’aspect purement économique, lequel n’est qu’un épiphénomène. Rien, rien ne s’arrangera, tant que les Européens oublieront qui ils sont, tant qu’ils n’en finiront pas avec la haine d’eux-mêmes, tant qu’ils ne retrouveront pas leur identité. Tant qu’ils n’auront pas recouvré leur fierté.

    C’est par là qu’il faut commencer, avant d’espérer une renaissance de l’esprit de la Havane.

    Le groupe de Visegrad nous montre la voie. L’espoir est à l’Est…

    Amitiés,

    Pierre

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