La démagogie de la création de richesses futures

Je reviens sur le sujet tellement le dé-formatage est difficile mais essentiel.

Le monde financier est fondé sur le prêt d’un argent qu’il n’a pas et qu’il crée par la double écriture pour se nourrir des intérêts. Son autre activité qui était accessoire et qui devient première consiste à spéculer sur tout ce qui peut l’enrichir par le jeu, en appauvrissant quelqu’un d’autre qu’il ne connaîtra jamais.

Cette définition un peu dure n’attend que ses contradicteurs qui tous, vont justifier l’action des banques, par l’utilisation des richesses futures créées par l’investissement, le « sésame ouvre-toi » de l’économie actuelle.

Cette ligne de défense s’appuie sur le formatage universitaire de nos élites qui a profondément ancré dans les têtes, l’idée fausse que les entreprises créent de la richesse qui permet de rembourser les emprunts.

Les entreprises créent en effet de quoi éventuellement satisfaire les désirs mais ce qu’elles créent en biens ou en services, n’est richesse que si elles trouvent des acheteurs qui viennent s’appauvrir en monnaie pour que la production de l’entreprise devienne une richesse en nature.

La Terre aussi crée chaque année des fruits, des poissons et du gibier qui sont des richesses parce qu’ils sont consommés. S’ils ne sont pas cueillis, pêchés ou chassés, ils restent un réservoir de nourriture le temps de leurs vies mais ne sont évidemment qu’une richesse potentielle et provisoire. Ils serviront d’engrais naturel en fin de vie. S’ils sont cueillis, pêchés ou chassés mais non consommés, ils vont pourrir et il faudra nettoyer et désinfecter. Ils ne sont clairement des richesses que parce qu’ils ont été autoconsommés par les cueilleurs, les pêcheurs ou les chasseurs ou parce qu’ils ont été vendus à des acheteurs qui se sont appauvris en monnaie pour pouvoir les consommer. Dans les deux cas les richesses n’ont existé que parce qu’elles n’existent plus. Il ne viendrait à l’idée de personne d’utiliser ces fruits, ces poissons ou ce gibier après qu’ils aient été consommés.

C’est pourtant la base même de notre système économique construit par le système bancaire et la science économique avec la complicité des électeurs-consommateurs que nous sommes car cela nous plait beaucoup et si les gens intelligents qui nous gouvernent disent que c’est possible !

Personne ne se demande pourquoi depuis l’aube de l’humanité, il a fallu attendre le milieu du XXème siècle pour qu’un peuple croie pouvoir s’enrichir sans appauvrir quelqu’un d’autre par la guerre et le pillage. Jusqu’à présent les peuples vivaient heureux sans s’enrichir mais en travaillant à vivre heureux. Etaient-ils bêtes ! Nous nous avons inventé par notre intelligence un eldorado sans travail, un pays de cocagne qui attire bien évidemment toute l’humanité.

Par un singulier oubli du bon sens nous appelons production (PIB) tout ce que nous dépensons, nous appelons cela « la création annuelle de richesse » et nous fondons de merveilleuses théories sur la deuxième utilisation de ce qui a déjà été consommé. Par exemple nous empruntons pour acheter une voiture et, au lieu de nous inquiéter d’avoir à payer demain la banque, nous nous rengorgeons en ayant fait de la croissance et du PIB, et en « relançant l’économie » ! La banque est ravie puisqu’elle va toucher des intérêts sur de l’argent qu’elle a créé et qui sera détruit au remboursement. La classe politico-médiatique est ravie car cela dope l’économie et la croissance. La science économique lui a rappelé que Dieu avait dit à Moïse, à Jésus ou à Mahomet que dès qu’il y avait une croissance de 1,5 % l’emploi repartait. Le Parlement, composé de gens n’ayant très majoritairement connu que l’école et la politique s’en contente et s’intéresse surtout à ce que le mot imbécile ne reste pas uniquement masculin. On ne dit plus « Demain on rase gratis » mais nous disons « C’est demain qui paye ».

Mais comme on veut payer demain avec ce que l’on a déjà consommé aujourd’hui, cela ne marche pas. L’appauvrissement équivalent à l’enrichissement des électeurs, s’accumule donc inexorablement dans les entreprises et les Etats et nous assistons au jeu pitoyable mangeur de temps, d’énergie et d’intelligence qui consiste à faire payer le désastre à l’autre, avec des dés pipés. Les joueurs sont l’Etat, les entreprises, les clients et les contribuables. On essaie bien de faire payer les étrangers mais au bout du compte c’est nous qui payons pour eux. Le drame est que ce jeu pitoyable devient impitoyable et que les clients comme les contribuables se laissent de moins en moins tondre la laine sur le dos et commencent à s’interroger.

Tout ça pour flatter l’électeur !

Qui va nous remettre les yeux en face des trous avant que la grande violence ne le fasse ?

Reparlons de la richesse, de la dette et de la croissance

J’ai fait au Sénat le 21 novembre une intervention dans le cadre d’un colloque organisé par l’association Démocraties sur le thème « La fin d’un monde, pas la fin du monde ». Je mets mon intervention sur le blog pour ceux que cela intéresserait.

On m’a proposé comme titre de mon intervention « Croissance, dette, richesse, des problèmes sans solution ». J’ai accepté avec plaisir car, pour reprendre Einstein, « un problème sans solution est un problème mal posé ».

Que croissance, dette et richesse soient toutes les trois des problèmes ne surprendra personne puisque les médias et les Politiques nous expliquent tout par la croissance trop faible, ou par la dette trop forte, ou encore par la mauvaise répartition d’une richesse pourtant apparemment si abondante. Les solutions sont parait-il connues : plus de croissance, moins de dette et une meilleure répartition de la richesse nationale, et tout marchera mieux ! Chacun constate malheureusement que ces solutions sont inaccessibles et qu’au contraire la croissance diminue, la dette augmente et la richesse est de plus en plus discriminatoire. Bref les solutions ne résolvent pas le problème et au contraire elles n’arrêtent pas de le compliquer. Le problème doit donc être mal posé et je vais vous soumettre une autre approche.

Tout part de la richesse qui d’après les Politiques, les médias et les banques est produite chaque année au niveau national comme au niveau mondial. Dans un rapport sorti en octobre 2013 le Crédit Suisse nous a appris que « la richesse mondiale a plus que doublé depuis 2000, atteignant un nouveau record historique de 241 000 milliards de dollars ». Quelle merveille ! Et quelle honte ce serait puisque cet enrichissement de 120 000 milliards de dollars en 12 ans devrait par une distribution équitable et généreuse, apporter près de 1500 dollars par an à chacun des 7 milliards de Terriens !

Ce qui est intéressant, ce n’est pas la sottise du rapport de la banque suisse mais notre propre formatage qui a permis aux médias de diffuser ce rapport sans en être dérangés, et à nous tous de croire à la création de richesse.

Certes Dieu a fait tomber la manne et les cailles pendant les 40 ans de pérégrination des Hébreux dans le désert. Mais je n’ai pas la foi assez chevillée au corps pour croire qu’il continue à le faire à ce niveau et en dollars. Essayons de comprendre notre folie.

Tout d’abord on raconte que les entreprises créent de la richesse. Est-ce aussi évident ? Ce qui est sûr c’est que les entreprises distribuent de la richesse à leurs salariés par les salaires, à leurs actionnaires par les dividendes et à la collectivité par les taxes, les impôts et les cotisations. Mais comment les entreprises possèdent-elles la richesse qu’elles distribuent ?

C’est ce que la comptabilité appelle la valeur ajoutée. C’est ce qui est vendu aux clients moins ce qui a été acheté à l’extérieur pour fabriquer ce bien ou ce service. La difficulté est que ce bien ou ce service n’est une richesse que s’il trouve acheteur. S’il n’y a pas d’acheteur, ce bien ou ce service n’est pour l’instant qu’un embarras qu’il va falloir stocker à grand frais, voire même un déchet qu’il va falloir jeter en tentant de ne pas trop polluer. La science économique n’a jamais étudié la différence entre une richesse, un encombrant et un déchet. C’est de la philosophie et ce n’est pas le point fort de la science économique qui ne sait que chiffrer. Pour elle toute production est une richesse alors que les antiquaires, les brocanteurs ou autres ferrailleurs ont tous bien compris que les encombrements ou les déchets des uns sont souvent les richesses des autres. La richesse n’est qu’un regard qui dépend de chacun et qui varie dans le temps et dans l’espace. La science économique est aphone sur ce point essentiel car un regard ne se chiffre pas.

C’est la mathématique qui nous apprend que les valeurs ajoutées cumulées de toutes les entreprises sont égales au centime près à la somme de toutes les consommations. En effet en ajoutant aux valeurs ajoutées comme aux consommations, les achats cumulés de toutes les entreprises, on obtient dans les deux cas le chiffre d’affaire cumulé de toutes les entreprises. Ce qui veut dire que la richesse distribuée en monnaie par les entreprises n’existe que si des clients sont venus s’appauvrir en monnaie pour s’enrichir en nature (en volume dit l’INSEE). Dans une boulangerie par exemple, le client s’enrichit en pain et s’appauvrit en argent pendant que le boulanger s’enrichit en argent et s’appauvrit en pain. Dans une entreprise le client vient s’enrichir en nature et s’appauvrir en monnaie pour que l’entreprise enrichisse en monnaie les salariés, les actionnaires et la collectivité. Il n’y a pas création de richesse dans les entreprises, il y a transfert de richesse. Transfert par l’activité de l’entreprise, de la richesse du client vers le salarié, l’actionnaire et la collectivité.

Mais alors qu’est-ce que le PIB, le Produit Intérieur Brut, que les Politiques et les médias nous présentent comme la création annuelle de richesse ? Qu’est-ce que la croissance qui doit augmenter le PIB et apporter l’emploi que tout le monde attend ? Ce n’est malheureusement que le chiffrage du transfert de richesse par l’appauvrissement en monnaie des clients vers l’enrichissement en monnaie des salariés, des actionnaires et de la collectivité. Ce n’est qu’une mesure de l’activité des entreprises et l’on comprendra mieux pourquoi l’INSEE à 3 façons différentes de calculer le PIB. Observons ces trois manières en analysant l’activité d’un marché de village avec ses exposants qui veulent s’appauvrir en volume pour s’enrichir en monnaie, et ses clients qui veulent s’appauvrir en monnaie pour s’enrichir en volume.

  1. On peut faire la somme de toutes les transactions effectuées sur le marché et ce sera le PIB par la dépense dit l’INSEE et cela devrait d’ailleurs suffire car c’est très simple mais peu présentable comme une production.
  2. On peut aussi additionner tout ce qui a été dépensé par les acheteurs et on obtiendra le même PIB mais par la distribution dit l’INSEE.
  3. On peut encore voir, en volume dit l’INSEE, toutes les marchandises qui ont été vendues par les maraichers et les forains, les carottes, les poissons, les ceintures, les chiffrer au prix du marché et l’INSEE appelle ce résultat le PIB par la valeur ajoutée, évidemment identique aux deux autres.

Où est la création de richesses ? Nulle part ! Nous ne sommes que dans la distribution, toujours annoncée en euros mais comptée soit en volume par la valeur ajoutée, soit en euro par la dépense ou la distribution. Nous sommes dans le chiffrage de la dépense effectuée. Le PIB chiffre la dépense effectuée. Plus on dépense, plus on fait de la croissance, ce qui met dans un grand embarras les Politiques qui veulent à la fois dépenser moins pour ne pas augmenter la dette et dépenser plus pour faire de la croissance. La droite veut dépenser moins pour pouvoir dépenser plus et la gauche veut dépenser plus pour pouvoir dépenser moins.

Il est pourtant vrai que l’activité des marchés montrait clairement la prospérité de la Province dans les grandes foires médiévales du XIIIème siècle. Mais à l’époque pendant les 50 semaines qui séparaient une foire de la suivante, les hommes travaillaient pour produire et étaient rémunérés pour leur travail. Ils avaient de quoi acheter et de quoi vendre. L’activité de la foire, son PIB, était un vrai constat de création de richesses, fondée sur le travail des hommes. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui car par démagogie on nous a fait croire que nous pouvions nous enrichir de notre part de PIB, que nous pouvions profiter sans être utile aux autres, que nous pouvions consommer plus en travaillant moins. Nous nous sommes laissés séduire tellement c’était agréable à entendre ; nous nous sommes précipités pour le croire et pour cela nous avons utilisé les facilités apparentes des prêts bancaires pour pouvoir acheter et du libre-échange pour être capables de vendre moins cher.

En ce qui concerne les prêts, jusqu’au XXème siècle il n’y avait que des prêts sur gages aux puissants qui se remboursaient soit par l’abandon du gage soit par l’appauvrissement de leurs vassaux car les puissants s’appauvrissaient rarement eux-mêmes. Pour les rares prêts à des personnes moins fortunées, le remboursement était gagé sur l’emprunteur lui-même qui était réduit en esclavage pour payer de sa sueur ce qu’il n’avait pu payer de sa poche.

Mais depuis le XXème siècle on prête à tout le monde en fondant les remboursements sur l’illusoire création de richesses futures. On prête au consommateur qui peut donc acheter, se croire riche et bien voter.

En ce qui concerne le libre-échange tout est fondé sur l’avantage comparatif de Ricardo qui expliquait qu’entre l’Espagne et l’Angleterre, il valait mieux faire tout le vin en Espagne et tous les draps en Angleterre plutôt que de tout faire chacun pour soi. Malheureusement l’avantage comparatif n’est vrai qu’entre pays ayant la même culture et le même niveau de vie. Inutile de dire combien il est faux sur un plan planétaire et comment il génère des réactions violentes chez ceux qui veulent garder leur culture et ne pas se soumettre à la nôtre. Au sortir de la 2ème guerre mondiale, le bon sens tenant provisoirement la corde, l’ONU convoqua à La Havane une « conférence internationale sur le commerce et l’emploi en vue de favoriser le développement de la production, des échanges et de la consommation des marchandises ». Le but était de créer l’« Organisation Internationale du Commerce », l’OIC. Le 24 mars 1948 la Charte de La Havane fut signée par 54 pays dont les Etats Unis, la France et l’Angleterre. Cette charte prévoyait l’équilibre des relations commerciales entre pays, des importations au même niveau que les exportations et une balance des paiements équilibrée. Mais, en dépit de l’insistance pendant 2 ans du Président Truman, le congrès américain ne ratifia jamais cet accord et l’on accoucha à Genève hors de l’ONU, de l’OMC qui a les principes rigoureusement inverses de ceux de la Charte de la Havane. L’OMC prône la liberté du renard dans le poulailler et en nous croyant renard nous nous retrouvons poule. Nous importons beaucoup plus que nous exportons et notre balance commerciale depuis la création de l’OMC en 1995 est passée de 16 milliards d’euros d’excédent (105 milliards en francs) à 70 milliards d’euros de déficit.

En clair, à force d’emprunter au lieu de travailler, et à force d’importer au lieu de produire, la machine se grippe et les seuls emplois que nous créons sont des emplois qui doivent faire tourner la machine tout de même : des emplois de publicitaires, de commerciaux, de conseils, de formateurs, pour activer artificiellement un marché où les acheteurs comme les marchandises à vendre se font rares. On invente le marketing olfactif ou sensoriel, les psychologues pour commerciaux dépressifs. Les agences de publicité, fort couteuses, rivalisent de ruse pour que nous nous appauvrissions ou que nous empruntions afin que la machine tourne.

Ce qui est grave c’est que nous raisonnons comme si c’était l’activité du marché, le PIB, qui était la création de richesses et pour l’activer on va donner de l’argent aux acheteurs par l’emprunt, c’est la politique de la demande chère à certains, et on va trouver des marchandises à vendre par l’importation, c’est la politique de l’offre chère à d’autres. On va réussir à avoir un marché apparemment florissant mais il va falloir, une fois les lampions éteints, payer deux fois : une fois pour payer les importations et une autre fois pour rembourser l’emprunt, ce qui bien évidemment freine une activité insensée. On appelle ce frein, la crise.

Ce qui complique encore, c’est l’absence de vraie réflexion sur la monnaie. Je rappelle que la monnaie comme le monument a comme étymologie moneo qui est en grec la forme causative de la racine men de mnêmosunê, la mémoire. La cause du monument comme de la monnaie est de se souvenir. Au début de tout groupe est un lien social, une raison d’être ensemble, et, à l’intérieur de ce lien social, un échange des êtres, un don de soi et un accueil des autres. Mais lorsque le groupe devient trop important, le chef du groupe, se sentant incapable de surveiller la réalité de l’apport de chacun, invente la monnaie. La monnaie est en effet la mémoire du travail passé des membres du groupe. Pour ce faire, le pouvoir choisit une matière recherchée, pérenne, rare, divisible et transportable comme de petits coquillages peu communs, du sel ou plus tard, du bronze, du cuivre, de l’argent ou de l’or. Il en donne à chacun suivant son apport passé, les biens et les services sont alors chiffrés et l’impression de troc qui s’ensuit force les paresseux à se rendre utile. La monnaie devient l’énergie commune, l’énergie sociale. Elle est stockage collectif des énergies humaines individuelles. Elle ne peut augmenter que par la procréation ou par la réalisation de biens reconnus comme utiles par le groupe. Sans cela c’est de la fausse monnaie qui s’autodétruit par la dévaluation et la hausse des prix.

Nous pouvons maintenant formuler le problème qui se présente à nous :

Grâce à l’emprunt les individus s’enrichissent en jouissant tout de suite de leur voiture ou de leur appartement et en remboursant l’emprunt grâce à leurs appointements.

La variable d’ajustement, ce sont les entreprises qui distribuent avec régularité une richesse aléatoire qu’elles ne possèdent que si leurs clients achètent. Or ces clients achètent de plus en plus avec de la fausse monnaie puisque la monnaie en circulation n’est plus du tout de l’énergie humaine stockée mais une monnaie créée par tout le monde depuis les années 70. Les Etats créent de la monnaie avec leurs budgets déficitaires, les entreprises créent de la monnaie avec les délais de paiement, les individus créent de la monnaie avec la carte de crédit à débit différé et surtout les banques créent de la monnaie avec la double écriture. Il est loin le temps où l’on exécutait les faux-monnayeurs par ébouillantage. Aujourd’hui nous sommes tous des faux-monnayeurs et l’on nous félicite de faire encore tourner la machine. Mais le problème reste. L’enrichissement de l’individu est payé par l’appauvrissement des entreprises qui cachent légalement cet appauvrissement grâce à la comptabilité. La loi permet en effet de présenter des bilans en diminuant les vraies dettes par le hors-bilan et en augmentant artificiellement l’actif. Il suffit de liquider une entreprise pour voir l’étendue du problème. L’actif est souvent divisé par 10 et le passif doublé.

Les lois se multiplient pour permettre aux entreprises de se décharger d’une partie de leur appauvrissement sur leurs fournisseurs et sur l’Etat qui lui-même continue à s’appauvrir volontairement avec ses budgets déficitaires et ses larges distributions souvent électoralistes qui font pâlir d’envie puis attirent tant d’habitants de la Terre. Le bon sens le rattrapant, l’Etat est obligé de demander perpétuellement au contribuable d’alléger son fardeau.

Mais à tous les niveaux il ne s’agit que d’allègements partiels. Pour séduire l’électeur, pour lui permettre de s’enrichir et pour faire tenir encore un moment un système impossible, les appauvrissements nécessaires s’accumulent sur les entreprises, sur l’Etat et sur les contribuables. Nous avons un système redistributif qui redistribue plus que ce qu’il génère. Ce système est explosif car il juxtapose une demande croissante et omniprésente de moyens et une pression fiscale également croissante

Voilà le vrai problème et il est loin d’être simple. La facilité serait de ne pas s’attaquer à la racine et de ne traiter que les conséquences. Si l’on ne veut pas que ce soit la grande violence qui nous remette les yeux en face des trous, il faut nous mettre au travail pour que l’analyse s’affine et devienne majoritaire. Mais s’attaquer à la racine demande humilité, courage et discernement. Humilité d’admettre qu’il n’y a création de richesse que si quelqu’un s’appauvrit pour reconnaitre cette richesse. Courage de dire que le système bancaire actuel est fondé sur le mythe de la création de richesse qui va rembourser les emprunts. Discernement pour comprendre que nous sommes actuellement tous complices de cet adorable et très provisoire Eldorado.

Après ce colloque je réalise que je sépare mes contemporains en deux groupes. Il y a celui qui rassemble tous ceux qui ont compris que l’énergie fabrique mais que l’enrichissement n’existe généralement que si un appauvrissement identique existe dans le même temps. Avec ceux-là je veux travailler. Et puis il y a l’autre groupe qui croit à la création annuelle de richesse par le PIB et qui est aujourd’hui majoritaire. Avec celui-là nous devons expliquer inlassablement et répondre à toutes leurs questions.

La création de richesses

Toute l’économie mondiale est actuellement fondée sur la création de richesses. C’est elle qui va permettre de rembourser aux banques les prêts qu’elles nous font pour investir et pour consommer.

Dans un rapport sorti en octobre 2013 et repris à l’envi par tous les intellectuels de la Terre, le Crédit Suisse nous a appris que « la richesse mondiale a plus que doublé depuis 2000, atteignant un nouveau record historique de 241 000 milliards de dollars ». L’humanité se serait donc enrichie de près de 10.000 milliards de dollars par an depuis le changement de millénaire. Quelle merveille !

Cette « information » a été reprise aussi bien à gauche qu’à droite. A gauche par le Nouvel Observateur en octobre 2013 pour crier au scandale de sa non redistribution et par Jean-Luc Mélenchon qui nous a seriné que la France n’avait jamais été aussi riche. A droite sur France 5 par l’ineffable Dominique Reynié, « agrégé de sciences politiques » (oui cela existe et cela en fait un fonctionnaire avec garantie de l’emploi à vie), directeur général de Fondapol, pourfendeur hautain de tous les populismes et éternel candidat heureusement malheureux à la direction de Sciences Po. Chacun renforce à sa manière et à la méthode Coué, l’idée, totalement fausse mais vitale pour le système bancaire, que le système crée des richesses qui permettent de rembourser les emprunts.

La richesse n’est qu’un regard comme l’est aussi un déchet ou un embarras. L’antiquaire, le brocanteur et le ferrailleur savent que les regards des uns comme des autres ne sont pas identiques et ils en ont fait leurs métiers en faisant se croiser des regards différents. Une maison édifiée sans permis sur un site classé corse est à la fois une richesse pour certains, un embarras pour d’autres, un déchet à éliminer d’urgence pour d’autres encore. Pareil pour l’art moderne ou pour les OGM. Le regard ne se chiffrant pas, on peut approcher la richesse aussi bien en monnaie qu’« en volume » comme dit l’INSEE.

Lorsqu’un client achète un pain à son boulanger, il s’enrichit en volume (en pain) et il s’appauvrit en monnaie alors que le boulanger s’appauvrit en volume et s’enrichit en monnaie. Chacun s’enrichit et chacun s’appauvrit. Les regards évoluent, se croisent mais n’augmentent jamais. On ne peut donc pas créer de richesses car il faudrait pour cela augmenter les regards. Ce qui crée l’impression de richesse c’est que quelqu’un s’appauvrit pour l’obtenir ou est prêt à le faire.

Le calcul de la valeur ajoutée des entreprises montre que la somme de toutes les valeurs ajoutées correspond, au centime près, à la somme des consommations des ménages, des administrations et des collectivités. Il n’y a richesse créée par les entreprises que parce qu’elle est achetée. S’il n’y a pas le regard de l’acheteur prêt à s’appauvrir, il n’y a pas de richesse et nous sommes dans les encombrements et dans les déchets.

La science économique n’a jamais analysé cette évidence et avec la complicité des puissants, l’emprunt est venu casser cet équilibre des regards. Le prêt a toujours existé mais il était sur gages et réservé aux puissants qui le remboursaient soit en se séparant du gage soit en appauvrissant ceux qu’ils dominaient. Mais depuis le XXème siècle le capitalisme a inventé le prêt sans gages en faisant croire que les richesses futures créées rembourseraient l’emprunt. En réalité, en prêtant à l’acheteur de quoi alimenter son regard, en prêtant au vendeur de quoi se payer de la publicité et une force de vente, le système a transformé artificiellement en richesses ce qui n’étaient objectivement qu’encombrements, voire déchets. Mais une richesse n’existant que parce qu’elle est désirée et obtenue, elle ne peut pas servir deux fois et seule la vitesse de circulation de la monnaie va faire croire à la création de richesses. En fait l’enrichissement très réel des individus est compensé par l’appauvrissement caché des entreprises et des Etats qui accumulent les pertes que les techniques comptables permettent de reporter. Mais que ne ferait-on pas pour que l’électeur vote bien et qu’il soit convaincu que la machine tourne et crée des richesses ?

La conclusion est que si le capitalisme a permis comme le fascisme et le communisme, l’édification de fortunes personnelles considérables, il n’est pas plus cohérent et vit son crépuscule dans l’incompréhension générale. L’entêtement des pseudo-élites à croire contre vents et marées à leur système, a créé les millions de morts du fascisme et du communisme. Vu la profondeur de l’entêtement de certains à croire que le capitalisme, si agréable pour eux, est cohérent et ne peut se comparer aux deux autres matérialismes du XXème siècle, la chute risque de ne pas être douce. Elle est pourtant inéluctable et chacun voit qu’elle arrive.

L’ineptocratie

Les Anglo-Saxons ont créé le mot ineptocracy pour définir le système politique américain tant de Bush que d’Obama :

Ineptocraty is a system of government where the least capable to lead are elected by the least capable of producing, and where the members of society least likely to sustain themselves or succeed, are rewarded with goods and services paid for by the confiscated wealth of a diminishing number of producers.

Le net français l’a attribué à Jean d’Ormesson qui n’en a pourtant été que le traducteur. Le net est excusable tellement cette traduction parle bien de nous :

L’ineptocratie est un système de gouvernement où les moins capables de gouverner sont élus par les moins capables de produire et où les membres de la société les moins aptes à subvenir à eux-mêmes ou à réussir, sont récompensés par des biens et des services payés par la confiscation de la richesse d’un nombre de producteurs en diminution constante.

Sur cet intéressant canevas, la classe politique se déchire entre les tenants de la politique de l’offre et ceux de la politique de la demande, pour obtenir de la croissance et de l’emploi puisqu’ils ne savent créer concrètement de l’emploi que par le retour de la croissance, cette fée abstraite que personne n’a envie de définir. Les professeurs d’économie se reposent sur la définition absconse de François Perroux, « La croissance est une augmentation pendant une ou plusieurs périodes longues d’un indicateur de dimension, pour une nation, le produit global net en termes réels », définition que seuls les imbéciles ne comprennent pas comme Andersen nous l’a si bien expliqué dans son conte « Les habits neufs de l’empereur » où il a fallu qu’un enfant vienne dire que l’empereur était nu. Les Politiques et les médias qui ont, eux, bien sûr compris Perroux, l’expliquent tranquillement et sans vergogne comme étant une augmentation des richesses créées, ce qui serait évidemment une manne électorale permettant de surcroît de rembourser demain les emprunts d’aujourd’hui.

Comme personne n’a envie de voir que « l’indicateur de dimension » n’indique que la dimension de l’agitation économique, nous assistons à la farce d’une querelle entre soi-disant experts. Après s’être évidemment cassé les dents sur la politique de la demande, les Politiques, éclairés, illuminés ou aveuglés (rayez les mentions inutiles) par le génie d’Attali déguisé en Macron, se tournent vers la politique de l’offre sur laquelle ils vont à nouveau bien sûr se casser la figure. Il ne faut pas être devin pour l’annoncer, d’abord parce que leurs prédécesseurs ont montré combien c’était inefficace mais surtout parce que la solution ne répond qu’à l’apparence du problème et en rien au problème de fond.

Reprenons l’exemple du marché. Le marché du quartier est-il un peu anémique, ces derniers temps ?

La politique de l’offre va proposer de multiplier les étalages et les marchandises à vendre, partant du principe que les habitants du quartier sont riches et qu’ils achèteront plus dès qu’on leur proposera de belles choses. Si l’on vient à dire que les poches des acheteurs sont vides la politique de l’offre conseillera d’emprunter puisque les richesses créées rembourseront les emprunts et leur intérêt.

La politique de la demande va de son côté proposer de distribuer de l’argent aux habitants pour qu’ils puissent acheter davantage, partant du principe que seule l’absence de monnaie empêche les acheteurs de faire tourner la machine. Si l’on vient à dire qu’il n’y a rien à vendre la politique de la demande dira d’importer puisque les richesses créées paieront les importations.

Tout est toujours fondé sur le PIB création de richesses martelée dans tous les médias à la fois par les Politiques et par les experts de tous poils adeptes de la politique de l’offre ou de celle de la demande. Parmi ces experts l’INSEE figure en bonne place avec ses trois façons de calculer le PIB.

Pour les tenants de la politique de l’offre l’INSEE va chiffrer, au prix du marché précédent, toutes les marchandises et tous les services vendus. Il va obtenir « en volume » le PIB par la « valeur ajoutée ». Comme c’est en volume on lui rajoutera les importations classées en ressources et on enlèvera les exportations classées en emplois.

Pour les tenants de la politique de la demande l’INSEE va chiffrer tout ce que les habitants du marché ont dépensé. Il va obtenir en monnaie le même PIB mais par la distribution. Comme on parle en monnaie, on va rajouter les exportations qui sont aussi une source de monnaie. L’INSEE écrit alors « le PIB est égal à la somme des emplois finals intérieurs de biens et de services (consommation finale effective, formation brute de capital fixe, variations de stocks), plus les exportations, moins les importations ».

L’INSEE mélange allègrement l’activité du marché et l’origine des marchandises vendues comme l’origine de l’argent dépensé. Si on parle du PIB en volume on rajoute les importations à l’activité du marché et on lui retranche les exportations. Si on parle du PIB en monnaie on fait l’inverse et on rajoute à l’activité du marché les exportations en soustrayant les importations. Comme le résultat est toujours le même PIB qui doit en plus être entendu comme une création de richesses, on arrive évidemment à une montagne d’incohérences que chacun peut aller vérifier sur le site de l’INSEE.

Détail amusant, comptabiliser les variations de stocks pose le même problème que l’import-export. Si l’INSEE parle du PIB en volume, une augmentation de stock augmente pour lui le PIB et une diminution de stock le diminue. Mais si l’INSEE parle du PIB en monnaie c’est une diminution de stock qui augmente pour lui le PIB et une augmentation du stock qui le diminue. Pour les stocks, l’INSEE, plutôt que de faire une deuxième fois les efforts de contorsionniste déployés pour l’import-export, a décidé de parler exclusivement de « variations de stocks » ce qui évite les affirmations contradictoires et laisse le lecteur se débrouiller pour savoir dans quel sens les stocks varient.

La seule façon de calculer sérieusement le PIB est la troisième façon qu’a l’INSEE de le calculer et qui est en même temps la plus simple mais la moins aguichante : faire la somme en monnaie de toutes les transactions du marché. Mais dans ce cas comment faire croire qu’il s’agit de création de richesses ?

En laissant croire par électoralisme ou par inconscience que le PIB est une création de richesses alors que ce n’est qu’un constat d’activité, voire d’agitation, les Politiques, les médias et les experts nous poussent tout naturellement à la double facilité de payer par l’emprunt, des marchandises et des services importés. Cela fait exactement le même PIB que si nous avions travaillé pour fabriquer et si nous avions aussi travaillé pour avoir de quoi acheter. L’emprunt et les importations s’envolent pour faire du PIB et une croissance que nous devrons payer deux fois, une fois à ceux qui fabriquent vraiment et une deuxième fois aux banques pour les rembourser d’un argent qu’elles ont créé ex nihilo.

Ce que les Politiques, les médias et les experts appellent la crise n’est qu’une façon de nous dire que cela ne peut pas durer. Mais qui va gagner ? La crise ou l’ineptocratie ? L’ineptocratie, inepte par définition, attend désespérément tout de la croissance en le répétant sur tous les médias et en s’entredéchirant pour savoir comment la faire revenir. Le combat est rude car c’est l’avenir des Politiques, des médias et des experts qui est en jeu. Sera-t-il aussi douillet que leur présent ? La crise leur susurre que non.

Les trois veaux d’or

Chacun sent bien que l’explosion se rapproche et que les efforts déployés par la classe dirigeante pour nous rassurer et nous endormir sont de plus en plus inefficaces.

L’absence totale actuelle de vision d’un futur compréhensible rappelle l’histoire des Hébreux dans le désert lorsque Moïse était parti sur le Sinaï et que le peuple désespérait de le voir revenir.

Le peuple, voyant que Moïse tardait à descendre de la montagne, s’assembla autour d’Aaron, et lui dit : « Allons ! Fais-nous un dieu qui marche devant nous, car ce Moïse, cet homme qui nous a fait sortir du pays d’Egypte, nous ne savons pas ce qu’il est devenu »…. Et tous ôtèrent les anneaux d’or qui étaient à leurs oreilles, et ils les apportèrent à Aaron. Il les reçut de leurs mains, jeta l’or dans un moule, et fabriqua un veau en or. Et ils dirent : « Israël ! Voici ton dieu, qui t’a fait sortir du pays d’Egypte ». (Ex 32,1-4)

Deux remarques jaillissent de ce passage de la Bible.

La première est que lorsqu’un peuple n’a plus de vision, plus de perspective, il s’invente une idole à qui il attribue les pouvoirs des disparus qu’il a aimés. Au début du paragraphe c’est Moïse qui les a fait sortir d’Egypte, quelques lignes plus loin, c’est le veau d’or. Le peuple sans perspective attend tout de son idole puisque c’est son idole qui a déjà tout fait.

La seconde est que l’idole coute très cher et que, pour se rassurer, un peuple sans vision achète à grand prix l’idole à laquelle il se confie. Tout leur or y passe. Le « faire croire » coûte toujours très cher et toutes les idoles appauvrissent.

Aujourd’hui nous sommes comme les Hébreux dans le désert, sans visions, sans perspectives avec une classe dirigeante parfaitement conforme à notre médiocrité perdue. Avec elle nous avons créé trois idoles que nous alimentons de notre or en espérant d’elles un futur radieux qu’elles ne nous donneront évidemment jamais.

La première idole est la croissance que nous nous présentons comme une création de richesses à nous partager alors qu’elle n’est que l’augmentation de notre dépense que les économistes appellent consommation ou investissement selon leur désir de jouissance immédiate ou de jouissance différée. A la question « Comment dépenser plus quand on n’a pas d’argent ? », cette idole répond « Emprunte » car elle ne sait pas que l’argent n’est que de l’énergie humaine stockée qui ne peut se multiplier que par la procréation et le travail utile. Mais comme nous suivons notre idole, cela nous coûte très cher.

La deuxième idole est la démocratie que nous nous présentons comme le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple alors qu’elle n’est que l’achat fort couteux par les Puissants de l’affect du peuple. Les Puissants se sont toujours cooptés entre eux. Ils se sont longtemps servis de Dieu pour se maintenir au pouvoir et ont maintenant fabriqué leur idole en faisant croire que l’avis majoritaire de la foule définit l’intelligence. Mais la réalité est que l’avis majoritaire de la foule donne le pogrom, la ruée et le lynchage et qu’il faut donc beaucoup d’argent pour faire croire à l’idole qu’ils appellent suffrage universel. Ils s’en octroient beaucoup mais n’en ont jamais assez et ont toujours besoin d’un « Urba » ou d’un « Bygmalion » pour toujours mieux acheter l’affect du peuple. A la question « Comment vérifier la liberté, la compétence et l’engagement des votants, bases indispensables de leur responsabilité et donc de l’intérêt de leur avis ? », cette idole répond « Tais-toi et vote, il est très vilain de s’abstenir ou de ne pas s’inscrire » car elle sait que ce système est le seul qui permet aux Puissants de garder un pouvoir dont ils ne savent que faire. En suivant cette idole cela nous coûte très cher.

Mais ces deux premières idoles s’effondreraient d’elles-mêmes si la troisième idole, la formation, n’était pas la plus idolâtrée. Il est d’ailleurs à la mode de la voir « tout au long de la vie ». Il s’agit en fait de formatage pour tenter sans aucun espoir de fabriquer des « agents économiques performants », sujets respectueux de la croissance et de la démocratie, à qui l’on va faire croire que ce qu’on leur raconte va les aider à s’intégrer à un monde incompréhensible et donc évidemment incompris. Tout ce qu’on leur apprend à grand frais n’est quasiment jamais filtré par l’expérience et les malheureux sortent chaque année de nos universités par fournées entières de plus en plus importantes avec la conviction qu’ils sont prêts pour être reconnus alors qu’ils vont enfin découvrir l’expérience que ce qu’ils ont appris ne leur sert à rien et qu’ils vont devoir s’humilier en acceptant d’être livreur de pizzas, vendeurs de fringues ou gardiennes d’oies. Subir le système ou en devenir complice va rapidement devenir leur seul et abominable choix. A la question « Pourquoi l’instruction universelle ne se limite-t-elle pas à lire, écrire et compter ? », cette idole devrait répondre si elle était honnête « Il faut beaucoup de temps pour formater les jeunes à croire à la croissance et à la démocratie et ce temps leur est agréable car il leur en laisse beaucoup pour se distraire et s’évader ». Mais Dieu que cela coûte cher !

Dans la Bible Moïse réagit avec une extrême violence au veau d’or.

Et, comme il approchait du camp, il vit le veau et les danses (aujourd’hui les danses s’appellent le foot, la télé et la française des jeux). La colère de Moïse s’enflamma ; il jeta de ses mains les tables, et les brisa au pied de la montagne. Il prit le veau qu’ils avaient fait, et le brûla au feu ; il le réduisit en poudre, répandit cette poudre à la surface de l’eau, et fit boire les enfants d’Israël. (Ex 32,19-20)

Moïse se plaça à la porte du camp, et dit : A moi ceux qui sont pour l’Éternel ! Et tous les enfants de Lévi s’assemblèrent auprès de lui. Il leur dit : Ainsi parle l’Éternel, le Dieu d’Israël : Que chacun de vous mette son épée au côté ; traversez et parcourez le camp d’une porte à l’autre, et que chacun tue son frère, son parent. Les enfants de Lévi firent ce qu’ordonnait Moïse ; et environ trois mille hommes parmi le peuple périrent en cette journée. (Ex 32,26-28)

Le Coran raconte la même histoire du veau d’or mais Moussa (Moïse en arabe) réagit avec plus de douceur et convainc le peuple de se repentir.

Et nous que devons-nous faire ? Réagir comme Moïse ? Réagir comme Moussa ? Rester idolâtres de nos trois veaux d’or ? La réponse appartient à chacun et elle est loin d’être simple.

La richesse n’est qu’un regard

Il est temps de tordre le cou à la notion stupide de création de richesse tellement à la mode pour ceux qui veulent faire croire à des fins électorales que la croissance apporte naturellement des richesses à se partager.

Prenons l’exemple d’un boulanger. Il fait un pari. Celui de croire que les dépenses qu’il fait en location de la boulangerie, en patente quelle que soit son nom du moment, en achat de pétrisseuse et de four, en salaires et en charges de ses collaborateurs, en farine et levure, que toutes ces dépenses lui permettront de fabriquer des richesses, les différents pains qui lui seront achetés plus cher que ce qu’ils ne lui auront coûté.

Pour gagner son pari il faut que des clients rentrent et sortent contents d’avoir perdu de l’argent et gagné du pain. C’est la double impression d’enrichissement qui donne le bon prix. Le boulanger doit se sentir plus riche en gagnant de l’argent et en perdant son pain. Le client doit se sentir plus riche en ayant du pain et moins d’argent. La richesse n’est qu’un regard.

Pour se convaincre que la richesse n’est qu’un regard, il suffit d’imaginer qu’au sortir de la boulangerie avec son pain, le client voit s’arrêter une voiture dans laquelle un ami qu’il apprécie beaucoup l’invite à déjeuner. Son pain qui était richesse devient instantanément encombrement et sera déchet dès que le pain sera sec.

Mais revenons au pari du boulanger. Il peut aussi perdre son pari si aucun client ne vient ou si trop peu de clients ne se déplacent et lui laissent en fin de journée des pains qui deviennent aussi des encombrements puis des déchets.

Une économie saine est une économie où les clients ont à la fois l’envie d’acheter du pain et l’argent nécessaire fourni par leur travail. Il faut les deux plus le boulanger.

Une économie malsaine, la nôtre par exemple, va se réfugier dans des sommes d’équilibres instables en dépensant inutilement beaucoup d’argent permettant de reporter la prise de conscience du problème en le compliquant davantage.

On va payer très cher les banquiers pour qu’ils prêtent l’argent nécessaire aux achats que le consommateur ne gagne plus par manque d’emploi. On va payer très cher les publicitaires pour qu’ils créent l’envie chez le consommateur désargenté de jouir tout de suite de ce dont il rêve, d’aller emprunter tellement son désir de consommer ou de posséder a été boosté. Il va accepter de devenir l’esclave de son banquier par ses échéances mensuelles pour pouvoir jouir tout de suite. On va payer très cher les médias pour qu’ils diffusent une impression de joie et de fausse légèreté. On va enfin payer très cher les importateurs pour qu’ils importent ce qui a été fabriqué par de lointains esclaves puisque nos parieurs ont évidemment perdu leur pari et déposé le bilan.

Tout cela pour ne pas dire deux vérités anti-électorales, à savoir que la seule issue intelligente est de travailler plus pour payer plus cher des produits en concurrence libre et non faussée par des droits de douane freinant l’esclavage dans l’espace du libre-échange.  La seconde vérité anti-électorale est que le prêt à intérêt est un impôt privé générant un esclavage dans le temps, une servitude volontaire comme Etienne de la Boétie l’a si admirablement décrite.

Mais quel homme politique aura le courage de le dire ? Et quel peuple trouvera en lui-même le courage de l’entendre ?

Achetez votre vie et vous serez plus riches

Un internaute me propose de rappeler deux pages de mon livre « Voter utile est inutile » paru en 2006 qui faisaient un lien entre la croissance et les heures. Les pages 27 et 28 peuvent éclairer sur l’inconsistance de la croissance, du PIB et du PNB puisqu’à l’époque on parlait encore de Produit National Brut à côté du Produit Intérieur Brut. Voici ces pages :

La croissance serait donc l’augmentation des richesses, l’augmentation du PNB, du PIB, de la Valeur Ajoutée, mais pour aborder ces notions et comprendre enfin leurs définitions, il faut sans doute prendre une autre mesure que l’argent dont la définition ne nous apparaît plus clairement, ou que la richesse qui n’est qu’un mode de regard.

Il faut une unité de mesure large, claire et simple : large pour couvrir l’ensemble de notre vie, claire car cette unité doit être une référence stable et identique pour chacun, simple car nous devons tous avoir un accès facile à cette unité.

L’heure correspond à ces exigences et permet probablement de mieux appréhender la croissance. De plus elle ne rentre pas dans les logiques habituelles et son utilisation force à réinventer les raisonnements.

Constatons d’abord l’évidence que nous respirons vingt quatre heures par jour. Nous consommons donc d’une façon totalement stable vingt quatre heures, chaque jour qui passe.

Mais comment ces vingt quatre heures nous parviennent-elles ? Une partie d’entre elles est produite par nous-mêmes, elle est « auto générée », et une autre partie est achetée. Lorsque je dors ou me promène en forêt, lorsque je chante ou répare ma maison, lorsque j’écris ou fabrique un objet, je produis moi-même mes heures, je les autoproduis. Lorsque je regarde la télévision ou prends ma voiture, lorsque je suis au restaurant ou au cinéma, lorsque je fume ou lis un magazine, j’achète mes heures.

Dans les faits, aucune heure n’est pure. Chacune a une partie achetée et une partie autogénérée. Lorsque je roule sur autoroute, j’autoproduis ma conduite et j’achète individuellement ma voiture et collectivement l’autoroute. Quand je lis j’autogénère la lecture et achète le livre… Mais pour clarifier, nous pouvons séparer qualitativement heures achetées et heures autogénérées, mettre d’un côté la partie de notre journée que nous produisons nous-mêmes, et d’un autre, celle que nous achetons.

C’est sans doute parce que nous ne pouvons absolument pas séparer quantitativement les heures achetées et les heures autogénérées que les comptes de la nation, le PNB, le PIB, la Valeur Ajoutée, ne sont fondés que sur les heures achetées. Que le Suisse ait 40.000 $ de PNB par an, le Français 25.000 $, l’Américain 30.000 $ et le Tchadien 230 $ veut simplement dire que si le Suisse achète en moyenne 12 heures par jour, le Français en achète 7, l’Américain 9 et le Tchadien n’achète que 3 minutes et donc, autoproduit 23 heures 57 minutes.

Un consensus quasi général nous voit devant et le Tchadien derrière. Suivant les affinités politiques, le Tchadien sera sous-développé, en voie de développement ou à vocation d’émergence, mais nous sommes tous d’accord pour dire que c’est à lui de nous imiter. Ce consensus peut laisser perplexe. Mais une approche de la croissance se dessine:

La croissance est l’augmentation des heures achetées dans une journée.

Moins nous produisons nous-mêmes d’heures dans notre journée, plus nous devons en acheter. Plus nous achetons nos heures, plus nous faisons de croissance. Les livres de Sagesse, la Bible, l’Evangile ou le Coran, nous disent tous de ne pas acheter notre vie mais de la construire. Faire de la croissance, c’est faire exactement l’inverse, c’est acheter sa vie. C’est le conseil que nous donnent nos dirigeants. C’est l’espoir qui nous fait vivre !

Nous allons acheter nos heures par l’investissement et la consommation, ces deux mots clés de nos choix économiques. Nous nous sommes laissés convaincre que ce sont deux excellentes choses. Ce qui est sûr c’est que ce sont deux dépenses.

S’il était suffisant d’acheter davantage notre journée, si la croissance était la panacée, le remède universel, les solutions seraient simples :

Pour faire de la croissance il suffit d’embaucher un chauffeur au lieu de conduire soi-même sa voiture, de créer un immense embouteillage, d’augmenter la criminalité pour construire des prisons et créer des emplois de police et de justice ; s’empêcher de dormir sans somnifères, augmenter la consommation d’héroïne et de cocaïne pour que le PIB bondisse. L’actrice Anémone s’étonnait dans le Nouvel Observateur que dans la comptabilité publique, les accidentés de la route soient dans la colonne « création de richesses ». On peut aussi casser toutes les vitres de la rue pour relancer les vitriers et les machines à fabriquer du verre ou du mastic. On admirera la séparation de France Télécom et de La Poste qui a fabriqué une belle croissance en faisant payer ses communications téléphoniques à La Poste pendant que France Telecom se mettait enfin à timbrer son courrier. Une femme au foyer et la femme d’un artisan qui donne un coup de main à son mari peuvent échanger leurs fonctions sociales : l’épouse de l’artisan se fera rémunérer pour garder les enfants, faire la cuisine et le ménage chez la femme au foyer qui elle, deviendra la salariée de l’artisan. Tout cela fait de la croissance.

Le produit national ou intérieur brut mesure tout mouvement chiffrable. On considère qu’une valeur a été créée puisqu’une dépense a été faite. Cette dépense peut être une dépense de consommation ou d’investissement ce qui permettra de prôner la relance par la consommation ou par l’investissement. Toute dépense étant considérée comme un enrichissement, permet à l’Etat de s’enrichir concrètement par prélèvement sur cette nouvelle valeur théorique. Vous jouez au ballon avec vos enfants, vous ne faites pas de croissance. Vous êtes bloqués dans un embouteillage, vous faites de la croissance. Vous dormez du sommeil du juste, vous ne faites pas de croissance. Vous avalez des pilules fort coûteuses pour dormir, vous faites de la croissance. Dans l’exemple des coups de main entre voisins, tant que la femme du médecin aide gratuitement son voisin le plombier dans ses papiers, pendant que la femme du plombier donne un coup de main gratuit au médecin pour ouvrir aux clients, ils ne font pas de croissance. C’est uniquement lorsque l’Etat furieux parle de travail au noir et impose le salariat à tout le monde pour prendre sa dîme que l’on fait de la croissance et que nous sommes enfin plus riches. Nous serons d’ailleurs beaucoup plus riches puisque une double amende viendra encore faire plus de croissance. Fin 1999 une croissance fantastique nous a été offerte par une double tempête et par un délicieux pétrolier appelé Erika qui est venu s’échouer sur nos côtes. La classe politique a été un peu gênée par la « cagnotte » que ces catastrophes ont procurée à l’Etat, mais on est vite passé à autre chose.

Mieux encore : vous construisez une maison, vous faites de la croissance, vous la démolissez vous faites de la croissance, vous la reconstruisez, vous faites toujours de la croissance, vous la démolissez une deuxième fois, quatrième contribution à la croissance. Faites cela dix fois et sur dix maisons vous aurez fait cent fois de la croissance. L’Etat aura gagné définitivement beaucoup d’argent, des emplois auront été créés mais le résultat sera par définition nul et stupide. Quelqu’un aura perdu de l’argent non seulement pour faire ces travaux contradictoires mais pour y rajouter la dîme étatique sur le mouvement. La plupart du temps cet appauvrissement est caché car, si le peuple en était conscient, il en serait scandalisé. L’appauvrissement est discrètement financé par l’emprunt et on laissera aux suivants le soin de payer par leur sueur ou leur sang, ce que les fruits de la croissance ne paieront évidemment jamais.

Madame Taubira et les foires moyenâgeuses

Le XIIIème siècle voit dans toute l’Europe l’apogée des foires médiévales. Dans les foires de Champagne on échange les draps des manufactures du Nord contre des produits méditerranéens. L’INSEE n’existait pas mais on pouvait déjà calculer le PIB de la foire par les trois modes de calcul que l’INSEE affirme mais n’explique jamais. On pouvait additionner la valeur de tout ce que les marchands apportaient et vendaient (le PIB par la valeur ajoutée). On pouvait additionner tout l’argent que les acheteurs venaient dépenser (le PIB par la distribution). Et on pouvait bien sûr additionner toutes les transactions (le PIB par la dépense).

Il est intéressant de remarquer que le PIB de la foire donnait une impression assez exacte de la prospérité de la province. Quand la foire tournait bien, l’économie tournait bien. Ils avaient compris que la croissance (l’augmentation du PIB) donnait de l’emploi, de l’argent et de la prospérité.

Un petit détail semble pourtant échapper à nos économistes actuels qui continuent à attendre de la croissance, la solution de nos problèmes. A l’époque le PIB par la distribution, l’argent que les acheteurs possédaient, avait été gagné par le travail. Le PIB par la valeur ajoutée, les marchandises proposées, avaient été fabriquées par le travail. C’est le travail de la province qui générait aussi bien les marchandises à vendre que l’argent pour les acheter. Et si tout tournait bien au moment de la foire, c’est que tout le monde travaillait dur le reste du temps.

Aujourd’hui pour flatter le peuple et pour qu’il vote bien, l’argent est de plus en plus emprunté et les marchandises de plus en plus importées. C’est l’esclavage dans le temps, base réelle de l’emprunt, et l’esclavage dans l’espace, base réelle du libre-échange, qui cherchent à alimenter la croissance pour faire décoller le PIB.

Emprunter pour payer ce que l’on importe et jouir sans produire ne peut marcher que si le travail est sous-traité aux esclaves, à ceux qui sont loin grâce au libre-échange et à ceux que nous serons demain grâce à l’emprunt.

Qui aurait la gentillesse d’aller l’expliquer à Madame Taubira ? Je me suis laissé dire qu’elle n’approuvait pas l’esclavage.

Travailler pour fabriquer

C’est un vrai plaisir de voir la classe dirigeante respecter enfin le « droit au travail » du préambule de la Constitution et mettre unanimement l’emploi en priorité absolue. Mais personne n’envisage d’autres moyens que le retour de la croissance et leur seule activité est de se disputer pour savoir s’il faut la faire revenir par l’offre ou par la demande.

Comme personne ne comprend et qu’évidemment ni l’une ni l’autre ne fonctionne, le débat commence à être haineux.

Commençons par comprendre ce qu’ils voudraient dire. Rappelons pour la forme que le PIB est une mesure d’activité d’un espace donné pendant un temps donné et qu’il peut se calculer de trois façons comme cela est écrit sur le site de l’INSEE et comme cela a déjà été écrit pour un marché forain.

Le PIB du marché peut être calculé par les marchandises apportées le matin par les forains et les maraichers moins celles remportées à la fin, le tout chiffré à leur prix de marché. C’est le PIB INSEE par la valeur ajoutée si chère à nos économistes qui expliquent par là le terme de Produit.

Le PIB du marché peut être aussi calculé en additionnant l’argent qui est dans les poches de tous les gens rentrant sur le marché et en en soustrayant ce qu’ils ont encore en partant. C’est le PIB INSEE par la distribution.

Le PIB du marché peut être enfin calculé en additionnant toutes les transactions. C’est le PIB INSEE par la dépense, évidemment le plus simple à calculer mais le plus difficile à faire passer pour un produit.

Le PIB est donc clairement, non un produit mais une activité qui peut facilement se réduire à une simple agitation.

Que disent nos dirigeants ? Ils affirment à très juste titre que si le marché croît et recouvre tout le quartier, cette croissance créera des emplois de vendeurs chez les maraichers, chez les forains et dans tous les commerces adjacents.

Mais au lieu de regarder le problème du déclin du marché dans sa complexité et surtout dans sa vérité dérangeante, ils se séparent en deux simplismes opposés et évidemment tout aussi inefficaces l’un que l’autre.

Le premier est de faire de la relance par l’offre et de faire venir plus de maraichers, plus de forains. S’il n’y a pas les acheteurs cela ne marche évidemment pas. C’est pourtant la solution des gens qui se disent de droite. Le second est de faire de la relance par la demande, par l’augmentation de la consommation en remplissant les poches de tous les gens qui entrent sur le marché. S’il n’y a rien à vendre cela ne peut pas marcher non plus. C’était la solution des gens qui se croient de gauche et qui, devant l’échec évident de leur simplisme, sont en train de tourner casaque pour enfourcher le cheval de la relance par l’offre qui ne peut pas plus marcher que la relance par la demande.

Les somptueux économistes que nous avons, ont expliqué aux partisans de la relance par la demande qui se demandaient comment trouver des marchandises à vendre, qu’il n’y avait qu’à importer ce qui permettrait de faire de la croissance par la consommation. Personne n’a jamais expliqué d’où viendrait l’argent qui permettrait à la fois d’être mis dans la poche des consommateurs et d’acheter de quoi leur vendre.

D’autres économistes tout aussi distingués ont tout expliqué aux partisans de plus en plus nombreux dans leur apparente sagesse de la relance par l’offre et qui se demandaient qui viendrait acheter les marchandises à vendre. Ils leur ont dit qu’il n’y avait qu’à vendre à tous les étrangers et faire de l’exportation grâce à l’Europe et à la mondialisation. Personne n’a jamais expliqué comment les mêmes marchandises pouvaient être en même temps sur le marché et exportées pour avoir l’argent nécessaire à leur achat sur le marché.

Faut-il en rire ou faut-il en pleurer ? C’est du même niveau que la querelle entre vouloir dépenser plus pour dépenser moins, c’est-à-dire faire de la croissance pour rembourser la dette, ou vouloir dépenser moins pour dépenser plus, c’est-à-dire accepter l’austérité pour atteindre la prospérité.

Pourquoi des gens intelligents se complaisent-ils dans de telles fadaises enrubannées de médias, en les faisant proférer par une dizaine de satrapes repus qu’on a laissés déguiser leur incompétence en expertise ?

La réponse est malheureusement très simple. Pour relancer le marché, il faut à la fois fabriquer ce qui sera à vendre et à la fois travailler pour avoir l’argent pour l’acheter. Il faut travailler pour fabriquer. Les foires montraient la prospérité d’une région car jusqu’au XXème siècle on y travaillait pour fabriquer.

Mais aujourd’hui vouloir mettre de l’argent dans les poches des gens pour leur faire acheter des produits importés ne mène pas loin. Pas plus que se gargariser en pensant que notre système éducatif fabrique une telle intelligence que la Terre entière va venir nous l’acheter en nous évitant le travail. La vanité fait rire, elle ne nourrit pas.

Travailler plus pour produire réellement nous-mêmes et acheter moins facilement car supprimer l’esclavage nous coutera très cher, est évidemment la seule sortie de crise possible. Mais il n’y a que deux voies pour cela : le protectionnisme et la guerre qui seuls nous mettront en face de nous-mêmes.

Les Politiques n’aiment pas le protectionnisme car mettre les Français en face d’eux-mêmes n’est pas électoral. Comme le disait un spécialiste du monde politique à un candidat qui voulait dire la vérité : « Tu veux dire la vérité ou être élu ? ».

Les élus ont tous choisis d’être élus. Ils ne sont pas pourris, ils sont cohérents. Ils ne peuvent choisir le protectionnisme sans affronter leurs électeurs, ce qu’ils ne peuvent envisager. Ils laissent la guerre nous mettre en face de nous-mêmes. Ils clament que le protectionnisme mène à la guerre mais ce sont eux qui,  consciemment ou inconsciemment, ont choisi la guerre. Le côté haineux du débat actuel commence déjà à fabriquer les boucs émissaires possibles.

Louis XV disait déjà : « Après moi le déluge ! ». Serions-nous tous des Louis XV ? Allons-nous attendre qu’ils nous disent tous comme Mac Mahon : « Que d’eau ! Que d’eau !  » ?

Renouer avec la prospérité

Un « journaliste économique  » d’Europe 1 expliquait récemment que pour renouer avec la prospérité il fallait accepter la rigueur.

Le discours politico-médiatique est en crise car il vit mal son écartèlement.

Une fois que l’on a compris d’abord que la croissance n’est que la dépense, ensuite que l’argent n’a plus rien à voir avec de l’énergie humaine stockée et enfin que l’oligarchie au pouvoir, toutes fausses nuances confondues, a besoin de beaucoup d’argent pour acheter notre affect et déguiser finement la ploutocratie en démocratie pour garder le pouvoir, nous ne pouvons que constater l’impossibilité dans laquelle le discours politico-médiatique est obligé de s’enfermer et les contradictions qui s’affichent de plus en plus au grand jour.

D’un côté on attend la croissance. Notre président va même en Côte d’Or pour tenter de redorer sa cote. Il faut dépenser !  Peu importe que la dépense soit intelligente ou stupide, peu importe que ce soit avec de l’argent laborieusement gagné ou avec de l’argent volé, emprunté ou fictif, peu importe que ce que l’on paye soit utile ou nocif, il faut dépenser pour faire de la croissance. « Importons et consommons » disent ceux qui se croient de gauche tout en disant que nous, méchants occidentaux, nous consommons trop. « Investissons et exportons » disent ceux qui se croient de droite et qui n’arrêtent pas de déprécier les actifs qu’ils ont acheté beaucoup trop cher. Tout le système repose sur la croyance en une valorisation d’actifs qui permet l’emprunt pour dépenser mais qui ne tient que si le système continue. L’INSEE additionne « en volume » le PIB et les importations et additionne en monnaie le PIB et les exportations !

De l’autre côté l’idéologie du mondialisme nous oblige à approuver les instances supranationales (la Commission de Bruxelles, la Banque Centrale Européenne, rue du Kaiser à Francfort, le FMI, l’OCDE, l’OMC) qui toutes nous disent de dépenser moins en coûtant elles-mêmes très cher.

Augmenter la dépense publique pour faire de la croissance. Diminuer la dépense publique pour plaire au marché et continuer à pouvoir emprunter un argent qui n’existe pas mais qui rapporte gros aux fabricants de rêves. Il faut faire les deux il faut augmenter et diminuer à la fois.

Cela donne le jeu sympathique parlementaire entre ceux qui disent qu’il faut dépenser plus (accepter le déficit budgétaire) pour pouvoir enfin dépenser moins ( freiner l’augmentation de la dette !!!!! ) et ceux qui disent qu’il faut dépenser moins (accepter la rigueur) pour pouvoir enfin dépenser plus ( renouer avec la prospérité ).

Se moquent-ils de nous ou d’eux-mêmes ? C’est la seule question qui nous sépare encore d’une prise de conscience intelligente ou du désastre.