Vue d’ensemble

D’où vient l’argent que nous dépensons ? Les sources sont multiples: de nos salaires, de nos retraites, de nos traitements, de nos honoraires, de nos héritages, de nos emprunts, de nos émoluments, de nos commissions, de nos appointements, de nos pourboires, de nos rémunérations, de nos rétributions, etc… Mais sur un plan plus général il vient de l’entreprise, de la banque, de l’État ou de la générosité qu’elle soit familiale ou associative.

Qui crée cet argent ? Pas l’État puisqu’il ne bat plus monnaie depuis des lustres et que Maastricht le lui interdit. Pas la générosité qui ne fait que transférer de l’argent existant. Pas l’entreprise qui ne fait que répartir l’argent de ses clients entre ses fournisseurs, ses salariés, ses actionnaires et la collectivité. Pas non plus les banques qui, contrairement à ce que l’on croit et à ce que j’ai pu dire moi-même en restant ponctuel, ne font qu’avancer l’argent. Toutes les banques ayant un bilan équilibré absolument obligatoire, toute création d’argent est simultanément compensée par une créance sur quelqu’un. Cette créance est sur l’emprunteur dans les banques commerciales et elle est sur les peuples dans les banques centrales.

Mais alors d’où vient-il cet argent ? Il vient exclusivement du futur et cela explique pourquoi tout le monde est coincé. Nous vivons dans un monde où tout incite à la dépense, de la publicité à la mendicité de plus en plus publique voire télévisuelle. Les prétendus intellectuels ne cherchent pas à savoir d’où peut bien venir cette énergie monétaire qui nous fait manger, nous déplacer, nous soigner, survivre et même vivre. Ils ne débattent que pour savoir si la monnaie est une marchandise, un signe ou une institution.

Alors chacun dans son coin veut faire payer les autres. Les banques par l’intérêt et les entreprises par la hausse des prix veulent faire payer leurs clients. Les Français veulent faire payer l’État par les subventions, et les entreprises par des augmentations de salaires. L’État veut faire payer tout le monde par la montée sans fin de la fiscalité directe et indirecte. Chacun voudrait qu’un autre fasse payer un troisième.

Les Politiques, qui ne sont que l’expression de notre propre médiocrité ajoutée à la leur, attendent tout de la croissance qui n’est que l’augmentation de la dépense. Ils ne la voient d’ailleurs qu’avec les changements dont ils rêvent et qu’ils appellent soit les réformes soit le changement de l’espace de jeu. Ceux qui se croient les plus intelligents veulent faire payer les autres peuples par le commerce extérieur bénéficiaire, en espérant que les autres peuples soient assez bêtes pour ne pas faire pareil.

Tant que nous n’aurons pas une réflexion sereine sur la richesse et la monnaie, nous continuerons à faire monter la haine puisque personne ne veut voir que nous nous reprochons tous mutuellement de nous accaparer une richesse qui n’existe pas. Nous dépensons tous, et certains scandaleusement plus que d’autres, un argent qui n’existe qu’en faisant monter l’emprunt,la dette, l’incompréhension et la violence.

17 réflexions au sujet de « Vue d’ensemble »

  1. Le paradoxe de ces gilets jaunes c’est qu’a la fois ils ne veulent pas payer d’impots et à la fois ils veulent des services publics
    Il faut dire que les dirigeants se moquent du monde 14000 euros de salaires pour un role de représentation …. les francais ne sont pas si stupides ….

    • Ce n’est pas un paradoxe si l’on sort du paradigme selon lequel l’énergie monétaire n’a pas d’origine et ne peut être utilisée qu’en la prenant autre part.

      L’origine de l’énergie monétaire, c’est l’énergie humaine. Rendre utile tous les chômeurs comme tous ceux qui sont payés à être inutiles, permettrait d’augmenter, en commençant par arrêter de diminuer, les services public sans augmenter les impôts.

      Quant aux salaires des Politiques renvoyés par les électeurs et planqués par leurs amis, il est bon que cela se sache.

  2. Enfin un billet avec lequel je suis entièrement d’accord, du moins sur les quatre premiers paragraphes qui ne parlent que de la provenance (actuelle) de la monnaie. Le crédit sur du déjà existant, tout à fait normal, s’étant transformée en créance sur le futur.
    En revanche, les réflexions sur la croissance brouillent la limpidité du billet, dommage. « Be more specific, dear pal »

    • La professeur émérite à HEC que tu es, sait très bien que le PIB n’est que la somme de toutes nos dépenses et que la croissance n’est que l’augmentation du PIB et donc de nos dépenses. Avec quel argent ? Et venant d’où ?

      Si tu n’es pas d’accord avec quelque chose, dis avec quoi et dis ce que tu en penses toi. Dire simplement qu’une phrase brouille la limpidité du billet montre simplement que tu n’as pas fait complètement ton chemin de Damas, ce qui est bien dommage car tu pourrais être très utile.

      Je rajoute que le crédit sur du déjà existant n’est pas forcément très normal car s’il est remboursé autrement que par l’abandon du gage, cela veut dire que l’on a créé de la monnaie. Qui? Pourquoi? et comment ?

      • C’est avec ton concept de richesse que je ne suis pas d’accord. En revanche tout à fait OK quand tu écris « Rendre utile tous les chômeurs comme tous ceux qui sont payés à être inutiles, permettrait d’augmenter, en commençant par arrêter de diminuer, les services public sans augmenter les impôts »

        Alors, je redis, pour clarifier ce que tu juges obscur: tu n’as pas besoin de parler de richesses, les concepts de monnaie et d’énergie monétaire et de travail humain sont largement suffisants. Pourquoi rajouter quelque chose à ce qui serait limpide autrement. Oui le PIB est la somme de dépenses, pourquoi ne pas se contenter de cela, sans introduire le concept flou de richesses

        • Parce que les deux sont totalement liés. On ne pourrait pas faire du PIB en dépensant à tout va et en faisant croire qu’en dépensant, on crée des richesses, si on comprenait que la richesse n’est qu’un regard.

          Force-toi à donner ta définition de la richesse pour clarifier ta pensée.

  3. Qui est ce « nous » ?

    Le Politique est censé représenter au mieux ce « nous » comme un seul homme, à savoir ce bien commun ce « comme UN » puisque l’argent tel le sang circule pour nourrir chaque organe à proportion de ces besoins dans l’organisme.

    Trop de sang provoque une stase voire une thrombose. Pas assez, une anémie.

    Je suis d’accord il faut en débattre sinon nous allons nous battre ! C’est ce qui se passe.

    Donc, le débat c’est le rôle du Politique au plus haut niveau. Comme il y a collusion et privauté entre les hommes politiques, le grand patronat et les banques, bien évidemment, ce n’est pas d’eux qu’il va falloir attendre un débat au Parlement sur ces questions ….

    Le peuple est nu.

    • Votre comparaison de l’argent avec le sang est intéressante et tout-à-fait vraie.

      Mais contrairement au sang qui est fabriqué dans la moelle osseuse et distribué à tous les organes utiles du corps, l’énergie monétaire a perdu dans nos têtes son origine qui est l’énergie humaine. Il y a un abîme entre la capacité énergétique du peuple qui la montre actuellement et sa non-utilisation ou son utilisation dévoyée.

      Tous les peuples sont prêts à dépenser leur énergie pour participer à la création de ce qu’ils voient comme des richesses.

      Il faut le faire savoir à nos dirigeants car le « nous » c’est le peuple français qu’ils sont supposés diriger.

  4. Marc,
    Très bon article, à envoyer d’urgence aux gilets jaunes, à la fois victimes et bourreaux fiscaux, l’argent des riches ne suffira jamais à apaiser leur colère, à la fois societale et identitaire.

    • Tout est lié en effet et, si j’ai écrit « L’inéluctable révolution », c’est que je crois que seule une révolution des esprits nous évitera une révolution sanglante.

      Mais les commentaires divers et variés montrent bien que, si la révolution des esprits se met en route, elle doit accélérer sa marche si elle veut rattraper la révolution sanglante.

      Elle pourrait commencer par forcer les médias à remarquer son existence.

    • Très bel article, lumineux pour le non spécialiste des questions de politique monétaire, mais qui pressent bien que le « sang » qui circule dans les artères de l’économie est une question fondamentale.

      Je rebondis néanmoins sur l’affirmation :
      « L’argent des riches ne suffira jamais à apaiser leur colère (celle des gilets jaunes) ». C’est une certitude. Les ordres de grandeur des masses monétaires mises en jeu (au sens propre !), dans les salles de marché le montrent facilement. Ces « énergies » virtuelles, car seulement monétaires, donnent seulement le vertige.

      Je regrette que les mots : juste, justice, équité, à défaut de véritable égalité au sens révolutionnaire de notre devise nationale, n’apparaissent pas dans la brillante démonstration, sauf à la fin : « Tant que nous n’aurons pas une réflexion sereine sur la richesse et la monnaie, nous continuerons à faire monter la haine ». La réflexion doit être plus large que celle sur le « richesse et la monnaie ». Vouloir tout comptabiliser, croire que tout s’achète, même les hommes, et vouloir gérer une société seulement par des sanctions financières calculées par des algorithmes de plus en plus illisibles est une utopie dans laquelle nous nous enfonçons.

      La colère des gilets jaunes qui « pètent les plombs » vient de cette sensation d’injustice, qui n’est pas nouvelle, mais qui, de nos jours, se révèle facilement grâce aux réseaux. Cela fait aussi partie de la « vue d’ensemble ».

      • Pour moi vous avez complètement raison sauf sur un point. Parler de richesse et de monnaie ce n’est pas vouloir tout comptabiliser car la richesse n’est qu’un regard qui ni ne se chiffre ni ne se comptabilise. C’est en réduisant la richesse à ce que l’on se croit capable de chiffrer que l’on commence à dériver.

  5. Bonsoir et meilleurs voeux à tous.
    Pour répondre à certaine interrogation concernant la colère des GJ. Sa source , à mon humble avis de GJ, ne se trouve pas dans l’ origine de la monnaie mais, dans le système tel qu’ il est actuellement, d’ une part dans l’ injustice fiscale ( et non pas le sentiment ) et d’ autre part dans l’ allocation des ressources budgétaites de l’ Etat. Environ 50 milliards’ euros par an sont affectés à de multiples associations dont l’ intérêt général est pour le moins discutable, sans compter les autres gabegies. Cdt

    • La monnaie n’est en effet pas directement la source de la colère des Gilets jaunes. Mais si l’État, en oubliant son rôle, achète des fidèles en distribuant allègrement de l’argent qu’il n’a pas, tout en essayant d’en trouver chez ceux qui sont trop faibles pour lui résister, c’est parce que nous avons oublié que la monnaie est un titre de créance sur n’importe quel membre du groupe et que l’existence de cette monnaie doit suivre, et en aucun cas précéder, la réalité de la dette que le groupe reconnait avoir vis-à-vis de celui à qui il donne ce billet normalement créé par l’État.

      C’est uniquement si la personne physique ou morale a réellement apporté un plus au groupe que l’État le reconnaît en créant de l’argent pour l’en rémunérer. C’est par l’organisation de l’apport des chômeurs à la société, sans se contenter de sous-traiter le problème aux entreprises, que nous redonnerons à la monnaie son véritable rôle.

    • Résoudre l’injustice fiscale ,résoudrait tous les problèmes car dans ce monde tout n’est qu’un système de vases communicants .
      On trouve facilement de l’argent pour payer des gens qui ne travaillent pas (chômeurs,bénéficiaires du RSA,bénéficiaires de stages ,migrants etc)
      Mais d’où vient cet argent ,sinon de la pléthore de taxes et impôts en tous genre que l’on ponctionne sur chaque personne ,chaque entreprise ,chaque … BEN NON … ,attendez un peu !!!,non … non!!!,tout le monde ne paie pas ce qu’il devrait payer .
      Les transporteurs aériens ne paient aucunes taxes (TIPP) sur le kérosène ,les transporteurs maritimes ne paient pas de taxes (TIPP) sur le fuel lourd ,les multinationales font leurs bénéfices dans les paradis fiscaux et paient peu d’impôts dans les pays de production et de consommation ,les très riches ont la possibilité d’investir dans les niches fiscales ,les riches ont les moyens de défiscaliser et en fait c’est la classe moyenne ou même le bas de la classe moyenne qui paie ce que les grosses fortunes et les grandes multinationales ne paient pas.
      Si le bas des classes moyennes payait moins d’impôts et de taxes il pourrait embaucher plus et le cercle vicieux actuel se transformerait en cercle vertueux.
      Nous avons les moyens de payer des gens à ne rien faire comment est-il possible que nous n’ayons pas les moyens de les payer à travailler ?
      Sans compter que les sommes astronomiques que les très riches et les multinationales soustraient au paiement des impôts et taxes
      ne viennent absolument pas soutenir les économies locales ,elles sont soit gelées dans des paradis fiscaux ou investies dans des domaines boursiers et financiers opaques ,dans des recherches inutiles ou dans des rêves de domination farfelus .

      • Vous posez la question fondamentale « Nous avons les moyens de payer des gens à ne rien faire comment est-il possible que nous n’ayons pas les moyens de les payer à travailler ? »

        Tout simplement parce que c’est l’État qui paye les gens à ne rien faire et qui se refuse à les payer à travailler parce qu’il en donne le monopole aux entreprises.

        Sujet à méditer.

        • Si c’est l’état qui paye ,c’est que nous sommes sous un régime administré de type communiste que la plupart des commentateur appellent pourtant « libéral » .
          Il y a fraude sur la marchandise !!!
          Faudrait revoir les copies !!!

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