Qui comprend le mantra éternellement seriné: « Notre déficit ne doit pas dépasser 3% du PIB » ?


Si nous parlions de nous, cela voudrait dire qu’il est de bonne gestion de dépenser jusqu’à 103% de ce que nous gagnons. Nous savons tous que ce n’est pas durable mais alors pourquoi ce qui n’est pas durable pour un individu, le serait pour un groupe ?

Il faut remonter à l’origine de la vie en société pour commencer à y voir clair. Au début, où que ce soit, on consomme ce que l’on produit par la chasse, la cueillette, l’agriculture et l’artisanat. Production et consommation sont au même niveau, non chiffré mais constaté. La consommation agréable et nécessaire à la vie, réclame la production qui est énergivore et souvent moins agréable. Cela entraîne un équilibre naturel entre production et consommation et deux besoins naturels de fête et de religion pour donner un sens à tout cela.

Se met alors en place le système simple et équilibré du don et du contre-don, bien étudié par le sociologue Marcel Mauss qui l’a appelé le donner-recevoir-rendre et qu’il a considéré comme un fait social total à dimensions culturelle, économique, sociale, religieuse, symbolique et juridique, ne pouvant être réduit à l’une ou à l’autre de ses dimensions. C’est d’autant plus vrai que c’est un échange d’énergie humaine et que l’homme est à dimensions culturelle, économique, sociale, religieuse, symbolique et juridique, ne pouvant évidement être réduit à l’une ou à l’autre de ses dimensions. C’est ce fait social total, encore vivant dans une famille, que le XXe siècle a réduit intellectuellement au troc par un matérialisme maladif et pervers, tout en étant évidemment totalement incapable de décrire le quotidien du troc qui n’a évidemment jamais existé. Le drame contemporain vient du fait que l’on veut croire que la monnaie est un simple produit venu faciliter les échanges alors qu’elle s’est substituée à un fait social total. Nous voulons oublier qu’elle est elle-même un fait social total. Seule une compréhension de l’introduction de la monnaie permet d’y voir clair.

Le don et le contre-don fonctionnent très bien tant que le groupe n’est pas trop important. Mais toujours et partout arrive un moment où la taille du groupe ne permet plus de vérifier que tous ceux qui consomment, produisent également. La paresse et l’égoïsme ont toujours été des tentations universelles. Aucune civilisation n’a échappé à ce moment et à la nécessité qu’il a entraînée d’une création de monnaie, prélèvement par l’impôt d’une petite partie de la production pour être la preuve transportable qu’un travail a été effectué pour l’obtenir.

L’argent est une preuve transportable qu’un travail a été effectué pour le posséder. Il est un substitut de l’énergie humaine et, en ce sens, un fait social total.

L’introduction de la monnaie qui a ajouté la notion de revenu à celles de production et de consommation, a généré un nouveau problème, celui de la quantité de monnaie à créer et donc à prélever sur la production. Pas trop pour ne pas trop amputer la consommation mais suffisamment pour que chacun puisse transporter la preuve de son travail. Si l’on n’en prélevait pas assez, la monnaie ne remplissait plus son rôle, si l’on en prélevait trop, elle retirait trop de production et perdait de sa valeur puisque sa masse totale devait être par définition au même niveau que la production et que la consommation puisqu’elle n’était que leur intermédiaire. Cette harmonie entre la masse monétaire, la production et la consommation a été partout une difficulté permanente avec ceux qui économisait pour acheter plus tard et ceux qui n’amassait que pour le plaisir de posséder. L’harmonie entre la production, le revenu et la consommation est devenu un tel problème qu’on a fini par lui donner au XXe siècle un nom, le PIB. L’Insee continue d’ailleurs dans ses définitions, à écrire que le PIB se calcule indifféremment par la production, le revenu ou la consommation qu’il appelle la dépense. L’Insee écrit :

Le PIB (…) peut être mesuré de trois façons :

  • selon l’optique de la production, en faisant la somme des valeurs ajoutées de toutes les acti­vités de production de biens et de services …..;
  • selon l’optique des dépenses, en faisant la somme de toutes les dépenses finales…;
  • selon l’optique du revenu, en faisant la somme de tous les revenus…

Le PIB, s’est appelé produit intérieur brut pour faire joli mais il aurait pu s’appeler revenu intérieur brut ou dépense (consommation) intérieure brute. Il n’a jamais été jusque dans les années 1970 qu’une vérification permanente que la masse monétaire n’était bien que la quantité chiffrable de la production et de la consommation.

La définition de la monnaie en tant que preuve transportable qu’un travail a été effectué pour l’obtenir, définition simple et compréhensible par tous, est soigneusement dissimulée par l’université parce qu’elle est fausse depuis un demi-siècle alors qu’elle a été vraie pendant des millénaires. Certes il y a eu pendant tout ce temps, des myriades de tentatives de fausser la monnaie et faire de la fausse monnaie, mais jamais nulle part jusque dans les années 1970, il avait été nié que la monnaie était la preuve mobile qu’un travail avait été fourni pour l’obtenir. Soit c’était en soi une richesse comme le sel ou l’or, soit c’était du papier représentant une richesse reconnue. Les peuples croient encore que la monnaie est une preuve qu’un travail a été effectué pour l’obtenir, ce qui est aujourd’hui complètement faux même si cela reste vrai pour la petite minorité qui produit ou est au service de la production.

Les États-Unis ont arrêté (provisoirement ont-ils écrit !!!) en 1971 le lien de 35 dollars pour une once d’or, ce qui a détaché toutes les monnaies du monde d’une quelconque production. La valeur des monnaies est passée de l’objectivité d’une richesse réelle à la subjectivité de la confiance que l’on fait aux émetteurs de la monnaie.

La boite de Pandore étant ouverte, on a vu apparaître dans les années 2000 les cryptomonnaies qui, avec un très intéressant système de blockchain, ne sont que des systèmes de Ponzi dont la valeur n’existe que par la ruine programmée de tous ceux qui en posséderont lorsque leur valeur atteindra à nouveau le zéro comme ce fut le cas avec les oignons de tulipes au XVIIe siècle en Hollande. Un autre système de Ponzi se met en place actuellement sous les yeux éteints du pouvoir, c’est l’idée qu’avec 250 €, l’IA va vous faire gagner des milliers d’euros par mois. Mais bien avant et dès le détachement du dollar de l’or, les banques ont compris qu’elles pouvaient créer de la monnaie en équilibrant simplement la promesse de remboursement d’un emprunteur avec leur promesse d’honorer les chèques et les virements que l’emprunteur fera avec les chiffres déposés sur son compte.

Toutes ces créations monétaires ont eu d’abord comme conséquence d’enlever tout sens au PIB qui n’est plus du tout le niveau unique de la production, du revenu et de la consommation. Même au niveau mondial où production et consommation sont au même niveau, la monnaie est dix ou cent fois plus haute, personne ne le sait. Pour une nation, cela devient un véritable enfumage ou l’incompétence et la veulerie le disputent au cynisme pour ne calculer le PIB que par la valeur ajoutée qui est la dépense des clients amputée des dépenses externes des entreprises et à laquelle on rajoute toutes les dépenses de la fonction publique et celles de la drogue et de la prostitution. Il faut, je le répète, beaucoup d’incompétence, de cynisme ou de veulerie pour dire que le PIB chiffre la création de richesse alors qu’il ne chiffre plus que la dépense faite avec un argent qui est à 95% créé pour être dépensé. Le PIB de la Russie que les médias qui n’y comprennent rien vilipendent, est en réalité dix fois plus fort que celui de l’occident, si l’on enlève de part et d’autre les milliards uniquement créés pour être prêtés et dépensés en fabriquant un PIB artificiel que l’on continue à nous présenter comme une création de richesse alors que ce n’est qu’une création de dette.

Le PIB qui, à sa création était vraiment le chiffrage d’une création de richesse par le constat des montées équilibrées par le travail, toujours au même niveau de la production, de la consommation et de la masse monétaire, est devenu le chiffrage de nos dépenses quand 95% de la monnaie en circulation est de la fausse monnaie au sens de sa définition depuis des millénaires jusqu’en 1971. Sans prendre conscience de cette abomination, on ne peut comprendre que les critères de Maastricht sont :

Vous ne pouvez pas dépenser plus de 103% de ce que vous avez dépensé l’année dernière.

Vous ne pouvez pas emprunter plus de 60% de ce que vous avez dépensé l’année dernière.

En clair, plus vous dépensez, plus vous pouvez dépenser et plus vous pouvez emprunter. Merci l’UE et sa compétence.

Devant l’apathie générale des politiques, des médias, des universitaires et de l’UE, il y a urgence à sortir de l’UE, à casser les faux thermomètres et à retrouver notre bon sens en commençant par retrouver notre cohérence. Il sera toujours temps d’envoyer là où ils devraient déjà être, tous ceux qui savent ce que je viens d’écrire en le taisant consciencieusement. Au lieu de cela, plus l’UE déraille, plus il faut d’UE. La violence et la drogue d’un côté, l’argent et les normes de l’autre, tout est fait pour ne pas aborder la raison de notre incohérence et chacun se replie sur son quant-à-soi en sachant le déluge arriver.

Tout cela parce que nous avons laissé transformer en produit, un fait social total !

Voyez-vous un seul candidat à l’élection présidentielle de l’an prochain, conscient du problème ?

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