Le protectionnisme, repli sur soi ou cordon sanitaire indispensable ?

Il est de bon ton chez les intellectuels médiatisables de se gausser du protectionnisme en le comparant à l’autarcie et à la Corée du Nord. L’avenir est à la mondialisation et même le front national se croit obligé de parler de « protectionnisme intelligent » tellement l’idée simple de se protéger n’a plus droit de cité en elle-même depuis que ce qu’il y aurait à protéger est devenu si flou.

Grâce à la mondialisation des échanges et de la communication, l’Occident a mis dans la tête des gens que le commerce international était la modernité alors que le nivellement des goûts sur toute la Terre au moment même où le nombre d’humains explose dramatiquement, nous entraîne inéluctablement vers la guerre car la Terre ne pourra fournir. Tant que certains aimaient les insectes et d’autres le bœuf, tant que chacun priait son Dieu, on reconnaissait différentes civilisations, différentes cultures qui inspiraient les voyages, l’étonnement, l’enrichissement, le respect, le partage et …. le repos chez soi. Depuis que l’OMC a décidé que sortir de la pauvreté c’était vivre comme un occidental et que la laïcité était la verticale commune, il faut faire disparaître les autres civilisations ou les mettre dans des réserves avant de s’entre-tuer pour savoir qui aura le droit de survivre.

La République s’étant abandonnée à la fausse démocratie où une caste achète l’affect du peuple avec de l’argent qu’elle n’a pas, il y a une quasi unanimité à essayer de faire croire au peuple qu’il peut alléger son travail en faisant payer le passé par l’impôt, le futur par la dette et les autres peuples par une balance commerciale excédentaire.

Une première difficulté est de savoir qui sont les autres quand on ne sait plus qui l’on est soi-même; d’où les souverainistes, les régionalistes, les européistes et les mondialistes … plus tous ceux qui ne se posent même plus la question de savoir qui ils sont.

Une seconde difficulté est que l’idée de « faire payer les autres », une fois mondialisée, se retourne évidemment en « payer pour les autres » avec ses corollaires, la concurrence et l’austérité.

Mais le pire est de voir ce qui se passe quand le système fonctionne et le lait nous en donne un exemple remarquable. Entendu sur RTL le 30 août :

C’est en Nouvelle-Zélande que s’est constituée la laiterie du monde. Ce pays est à l’origine de 27% des produits laitiers vendus sur le marché international. Il est le premier exportateur mondial de lait en poudre, de beurre et de fromage, devant l’Europe. La Nouvelle-Zélande collecte 22 milliards de litres de lait par an. Elle possède 6,5 millions de vaches (il y en a plus que d’habitants).

La plus grosse partie de la production locale est le fait d’une seule entreprise, Fonterra. Cette coopérative regroupe 10.000 éleveurs et réalise à elle seule le quart des exportations totales du pays. La dépendance de l’économie néo-zélandaise à l’égard de « l’or blanc » est telle que, lorsque le secteur souffre, la monnaie du pays est dévaluée.

Comme elle est le plus gros acteur mondial, la Nouvelle-Zélande – et plus précisément Fonterra – fait les prix mondiaux. Ceux-ci pèsent sur les cours européens, puisque l’Europe a démantelé tout récemment son système propre de fixation de la production et des prix. Les laiteries normandes ou bretonnes dépendent donc en partie de ce qu’il se passe à 19.000 kilomètres de chez nous.

Si l’on rajoute que les prix s’effondrent à cause d’une forte surproduction mondiale générée par des investissements colossaux faits en Nouvelle-Zélande pour satisfaire une demande chinoise qui n’arrive pas, on en arrive à la conclusion que les éleveurs neo-zélandais n’arrivent pas à rembourser leurs dettes parce qu’ils ont trop investi et que les éleveurs français n’arrivent pas à survivre parce que Lactalis applique la règle du système et achète au cours mondial.

Comment peut-on être à ce point aveugle pour se contenter de clouer au pilori le petit-fils Besnier au lieu de vanter le protectionnisme en laissant aux imbéciles prétentieux le soin d’y voir un repli sur soi ?

Mais le monde politico-médiatique n’est-il pas dangereusement contaminé par l’imbécilité prétentieuse ?

9 réflexions au sujet de « Le protectionnisme, repli sur soi ou cordon sanitaire indispensable ? »

  1. Toujours un peu navrant de lire des choses aussi caricaturales.
    La description du monde idéalisé d’Autrefois est toujours sidérant. Autrefois on mourrait pour des maladies aujourd’hui bénignes; Autrefois quantité de femmes mourraient en couche. Autrefois notre continent et les autres étaient en proie a des guerres qui emportaient nos jeunes par milliers puis par millions.

    Le commerce et les échanges ont enrichi le Monde. Qu’ils en aient enrichis certains plus que d’autres est une évidence mais mème dans les sociétes les plus archaiques et fermées les inégalités existaient et existent. S’y ajoute la brutalité de la force au lieu de la justesse du Droit.
    L’exemple du lait Neo-Zelandais est intéréssant mais non concluant. La NZ est un petit pays de qq millions d’habitants qui a très peu d’atouts naturels à part des vastes espaces herbeux. Ils ont décidés de spécialiser leur économie et ils ont bien faits car avec un marché intérieur aussi réduit ils étaient incapable de produire pour eux mème voitures, machines, avions, médicaments, etc. Il fallait bien qu’ils trouvent quelque chose à vendre pour pouvoir acheter. C’est le principe qui a prévalu au développement des échanges depuis que l’humanité est sortie des grottes.

    La question plus intéressante que peut poser cet article est celui de la lutte contre la concurrence déloyale. La concurrence Néo-zélandaise sur le lait n’est pas déloyale car les travailleurs du lait Néo-Zélandais ne sont pas des coolies payés au lance-pierre et sans couverture sociale et le Dollar NZ n’est pas maintenue artificiellement bas par la banque centrale pour maintenir un avantage comparatif. D’ailleurs si l’auteur de cet article s’était donné la peine de faire un minimum de recherche il aurait vu que la NZ a un commerce extérieur déficitaire ce qui prouve que ces « méchants néo-zélandais » achètent plus au reste du monde qu’il ne lui vend (machines, avions, certains produits agricoles,produits pharmaceutiques, etc).

    Le problème d’un nécessaire protectionnisme se pose quand un grand pays comme la France subit de la part de certains pays une concurrence à la fois massive et ouvertement déloyale. Le cas de la Chine est exemplaire.

    Comment la Chine a pu maintenir des balances commerciales aussi massivement excedentaires? En exploitant sa main d’oeuvre bien sur mais surtout en maintenant sa monnaie à un niveau excessivement bas et de facon artificielle. Les principes économiques sont simples. Quand un pays accumule des excédents de balance des paiements sa monnaie s’apprécie et perd progressivement l’avantage concurrentiel de ses couts bas.

    Enfin il faut arrêter de blâmer le reste du monde pour nos problèmes. La France est devenue un ogre administratif et social qui engloutit le dynamisme de ses forces vives et l’appauvrit.

    Frédéric

    • Enfin un contradicteur et pas n’importe lequel puisque c’est Frédéric Amoudru dont je connais la bonne foi.

      Ce que personnellement je trouve navrant c’est l’accumulation de dogmes qui, certes fabriquent des œillères, mais qui restent complètement faux. Je me suis permis de les mettre en gras dans le texte de Frédéric.

      D’abord je vois mal où j’idéalise autrefois à moins que tu mettes le bon sens dans les valeurs passéistes.

      Premier dogme faux qui est une invention de l’OMC et des banques « Le commerce et les échanges ont enrichi le Monde ». J’ai écrit un article entier « Diagnostic » pour démonter cette assertion mensongère et indéfendable hors le martèlement à la méthode Coué. Je te propose de dire sous cet article ce qui te paraît erroné.

      Deuxième dogme faux « Il fallait bien qu’ils trouvent quelque chose à vendre pour pouvoir acheter. C’est le principe qui a prévalu au développement des échanges depuis que l’humanité est sortie des grottes ». C’est un renversement des valeurs et l’oubli qu’un groupe n’est pas seulement matérialiste mais culturel.
      Renversement des valeurs parce que le groupe commence par chercher comment survivre par lui-même avant d’envisager des échanges avec ses voisins qui sont toujours accessoires à sa culture.
      Ne justifier l’existence d’un groupe que par la nécessité des échanges avec ses voisins est une façon de le tuer en l’englobant matériellement uniquement dans quelque chose de plus vaste qui voudrait lui faire abandonner sa culture.

      Troisième faux dogme, l’avantage comparatif de Ricardo qui plait tellement aux banques et à l’OMC mais qui n’est vrai qu’à l’intérieur de cultures comparables. C’est parce que Ricardo, Portugais de Londres, était dans sa tête aussi bien portugais qu’anglais qu’il voyait à juste titre l’avantage comparatif du vin portugais et du drap anglais. Voir un avantage comparatif entre le Bengla Desh et la France est une escroquerie que même la méthode Coué ne fera jamais passer.

      Sur ces faux dogmes on, peut perdre son temps à vouloir manipuler les monnaies et trouver des boucs émissaires commodes comme l’ogre administratif. C’est vrai mais c’est la même facilité que ceux qui accusaient le marché noir d’être responsable de la mauvaise économie de la guerre. La lourdeur administrative n’est pas responsable du déclin de la France, elle est au contraire comme l’était le marché noir, le résultat naturel de l’absence de vision cohérente. Même l’islam commence à être plus cohérent aux yeux de nos enfants !!!!

  2. Le protectionnisme est inhérent à l’activité humaine et à fortiori à l’économie. Les plus grandes puissances économiques allant de la Chine aux Etats-Unis d’Amérique en passant, dans une moindre mesure, par l’UE usent de politiques protectionnistes.
    Le problème de l’UE est qu’elle applique des politiques économiques uniques à des pays au structures économiques différentes les unes des autres. Ainsi, les cycles économiques des pays européens sont asynchrone. Il en devient impertinent d’appliquer des politiques uniques dans cet état de fait qui plus est sans la maîtrise de sa propre monnaie. Alors, le protectionnisme de l’UE peut être utile à l’un mais désastreux pour l’autre. Le cas des manufactures chinoises, du lait néo-zélandais ou encore des fraises espagnoles sont exemplaires.

    Les pères de l’économie moderne qui ont posé les principes repris par l’OMC étaient proches de milieu financier comme Ricardo et éloigné de l’activité de production comme Adam Smith.
    Pendant longtemps jusqu’aux années 60, la tradition économique française considérait le capitalisme comme un force prédatrice captant la valeur productive, seule véritable richesse aux yeux d’une nation, pour le bienfait du capital qui est avant tout un aspect financier de l’économie. C’est peut-être passéiste de dire cela, mais c’est aussi reconnaître la pertinence de cette pensée économique puisqu’elle se révèle aujourd’hui dans les faits : le financier ne sert plus « l’économie réelle »mais bien l’inverse où la production est au service de la finance. La mondialisation poussée par un libre-échangisme dérégulé le montre très clairement.

    Sans membrane dans un chaos totale, la cellule ne peut survivre. Son identité, son code génétique, se verra alors altéré pour disparaître dans un organisme vivant plus fort. Le capitalisme serait alors un darwinisme économique.

  3. Une phrase de Marc m’interpelle particulièrement:

    « #faire croire au peuple qu’il peut alléger son travail en faisant payer le passé par l’impôt, le futur par la dette et les autres peuples par une balance commerciale excédentaire. »

    Elle est très belle, et montre tout le talent épistolaire de son auteur, et serait un très beau slogan. Mais autant la troisième partie n’a pas besoin d’explication (faire payer les autres peuples en leur vendant notre production, au lieu de chercher simplement à équilibrer nos échanges) autant les deux autres parties en auraient peut être besoin, au moins pour moi, en particulier pour les impôts et le passé.

    • Je crois qu’il faut toujours garder en tête que la monnaie est normalement un stockage d’énergie humaine puisqu’elle substitue le contre-don. Si l’on s’est imprégné de ce que je crois être une vérité non enseignée, on comprend vite que l’impôt est une façon d’aller chercher l’énergie passée et que la dette est un véritable esclavage qui a déjà utilisé de l’énergie humaine future.

      • Je reste dubitatif sur l’opérationnalité, sinon la véracité de « # la monnaie est normalement un stockage d’énergie humaine ».
        Mais même en admettant cela (et je ne sais toujours pas comment évaluer une énergie humaine, stockée ou non, tellement le travail humain est différent d’un individu à un autre autrement qu’en faisant confiance aux échanges réalisés, ce qui est un peu trop libéral à mon goût) je ne comprends pas (en tout cas, pas vite) « #que l’impôt est une façon d’aller chercher l’énergie passée »

        • Pourquoi veux-tu tout évaluer ? Observe, constate et admire.

          Acceptes-tu oui ou non que la monnaie soit une énergie ? Si tu l’admets, quelle énergie est stockée dans la monnaie ? L’énergie animale ? l’énergie solaire ? l’énergie carbone charbon ou pétrole ? Il n’y a que l’énergie humaine qui est stockée dans la monnaie.

          L’impôt est une récupération de l’argent gagné précédemment, une récupération de l’énergie humaine dépensée hier.

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