La monnaie est une énergie, n’en déplaise aux grincheux

La régularité et l’obstination avec lesquelles certains s’enferment dans le déni de la réalité en refusant que la monnaie soit une énergie, forcent à le démontrer par la méthode scientifique.

La méthode scientifique a été définie par Aristote au 4e siècle avant Jésus-Christ dans ses Seconds Analytiques :

« Nous estimons posséder la science d’une chose d’une manière absolue quand nous croyons que nous connaissons la cause par laquelle la chose est, que nous savons que cette cause est celle de la chose, et qu’en outre il n’est pas possible que la chose soit autre chose qu’elle n’est. »

Tout commence donc par connaître la cause de la monnaie.

Tout groupe d’êtres humains a au départ une raison de se trouver ensemble et il organise dans ce but les apports de chacun. Il rend complémentaires les différentes énergies individuelles. Cette organisation a été improprement appelée troc en supposant une simultanéité du don et de sa contrepartie alors que cette simultanéité n’a jamais été habituelle et que l’échange entre les participants passe souvent par l’organisation du groupe. Le don et sa contrepartie, sa contrevaleur, existent pourtant dès la création du groupe (couple, famille, association ou tribu) mais ils ne sont que très rarement concomitants. L’anthropologue et professeur au Collège de France Marcel Mauss a parfaitement expliqué que le don entraînait ce qu’il appelait le contredon et que le « donner-recevoir-rendre » était au service du lien social et qu’il le nourrissait. Mauss a développé que le don et le contredon était partout ce qu’il a appelé un «fait social total» à dimensions culturelle, économique, religieuse, symbolique et juridique et qu’il ne pouvait être réduit à l’une ou à l’autre de ses dimensions.

Mais quand la taille du groupe devient importante, la détection de ceux qui oublient de rendre devient difficile et rend obligatoire la simultanéité de la contrepartie. La cause de la monnaie est de répondre à cette nouvelle obligation de simultanéité de la contrepartie qui n’était pas obligatoire auparavant. Il n’y a pas d’exception connue sur toute la surface de la Terre. Substitut du donner-recevoir-rendre que chacun connait dans sa propre famille, la monnaie est comme lui culturelle, économique, religieuse, symbolique et juridique ne pouvant être réduite à l’une ou à l’autre de ses dimensions. Elle est « au service du lien social et elle le nourrit ». C’est le « fait social total »  sur lequel sont fondés tous les systèmes financiers et toutes les civilisations.

Mais pour que la contrepartie ne soit pas un leurre, il faut qu’elle véhicule avec elle le souvenir d’une réelle énergie humaine qui soit véritablement un contredon et non une simple promesse qui n’engage que celui qui y croit. C’est pourquoi toutes les civilisations ont toujours pris comme monnaie une richesse préalablement reconnue qui était forcément le résultat d’un travail humain déjà effectué, des plumes d’oiseaux très rares, du sel, du blé, du bétail, du cuivre, de l’argent ou de l’or. Même les monnaies papier ont toujours été, sans aucune exception jusqu’à l’euro, créées sur une richesse préalablement reconnue. Le système de Law l’était sur la richesse de la Louisiane, les assignats sur les biens confisqués à la noblesse et au clergé, la monnaie-papier de la Grande Catherine sur ses mines de cuivre, le dollar continental sur la livre-sterling, elle-même adossée à l’or, etc etc.

Le dernier lien entre les monnaies et une richesse préalablement reconnue a été défini par les accords de Bretton Woods en 1944. Il a lié toutes les monnaies au dollar et le dollar à l’or. Mais pendant plus de 25 ans la FED, imitant en cela et en médiocrité Law et les révolutionnaires français, a imprimé frauduleusement 5 fois plus de dollars qu’elle n’avait d’or à sa garde. Elle l’a fait pour payer le plan Marshall et les guerres de Corée et du Vietnam. Voyant fondre les réserves d’or de Fort Knox, le président Nixon a été contraint en 1971 de rompre le lien entre les monnaies et la richesse préalablement constatée qu’était l’or. Depuis cette date, et contrairement aux billets de la rue Quincampoix et aux assignats qui ont eu le bon goût de disparaitre humblement lorsqu’ils ne valaient plus rien, le dollar continue pour l’instant à être reconnu comme ayant une valeur, les Américains vivant facilement le rêve de posséder toute la richesse du monde. En Europe, pour la première fois dans toute l’histoire de l’humanité, on a, à l’extrême fin du deuxième millénaire, créé une monnaie, l’euro, qui n’est liée à aucune richesse préexistante et qui n’a comme contrepartie que d’autres monnaies qui avaient été déconnectées de toute richesse préexistante plus de 25 ans avant. Ce tour de passe-passe nous a fait oublier que la monnaie est l’étalon culturel de la richesse. C’est l’énergie du groupe, l’énergie sociale fondée sur l’énergie individuelle qu’est le travail.

Il faut maintenant pour respecter la méthode scientifique, montrer qu’il n’est pas possible que la monnaie soit autre chose. Il faut pour cela commencer par écouter ce qu’il en est dit.

L’université dit qu’au début était le troc et qu’un jour c’est devenu trop compliqué et que l’on a inventé la monnaie. Que ceux qui vivent les échanges dans leur couple, leur famille, leur groupe d’amis ou leurs associations comme du troc, creusent cette voie. Les enfants ne mangent-ils que s’ils ont rangé leur chambre ? Ne fait-on les courses que si le ménage est fait ? Faut-il inventer une monnaie familiale pour tout simplifier ? On constate à l’évidence que cette voie est fausse et indéfendable bien qu’omniprésente et assénée sans explications comme une vérité indiscutable ! Le troc n’a jamais existé où que ce soit à l’intérieur d’un groupe cohérent et il n’existe au contraire qu’entre des gens ou des groupes qui ont toutes les raisons de se méfier les uns des autres. Dans la méfiance chacun valorise avec sa propre monnaie les marchandises à échanger et si chacun pense que les deux tas ont la même valeur, l’échange peut se faire et donne au passage le vrai taux de change entre les deux monnaies. Sans cela, le taux de change est laissé aux spéculateurs comme c’est le cas actuellement.

Si on tend l’oreille pour percevoir ce qui est dit sur la monnaie, on entend aussi chez tous ceux qui n’étudient pas vraiment la monnaie, que la monnaie est une convention, une marchandise, un signe, une institution, un artefact, un contrat mais chaque fois, à la moindre demande d’explication, on retombe dans l’échange et l’idée de troc instillée consciencieusement dans les esprits par l’université. C’est un travail de longue haleine de relier dans l’esprit de nos concitoyens la monnaie et le donner-recevoir-rendre de l’énergie humaine.

Il faut bien sûr rester attentif à toute nouvelle explication qui n’aurait encore jamais été proposée et qui donnerait une autre cause à la monnaie mais dans l’attente, on peut déjà observer les dégâts que produit le déni de la réalité énergétique de la monnaie et l’oubli volontaire de ce dont cette énergie est la contrepartie.

Tout a été fait pour oublier que la monnaie n’est qu’un véhicule d’énergie humaine déjà constatée comme l’électricité n’est qu’un véhicule d’énergie fossile, éolienne ou nucléaire déjà utilisée. On parle pourtant facilement d’énergie électrique alors que la notion d’énergie monétaire est dogmatiquement écartée. Serait-elle trop dérangeante ? Il est pourtant facilement observable que, de même que l’énergie nucléaire transforme l’énergie de l’uranium en énergie calorique puis en énergie électrique, l’énergie monétaire transforme l’énergie humaine en tout ce que nous achetons et que nous transformons en richesses en les achetant. Sans nos achats, sans cette transformation, tout resterait comme la bouse de vache, production ne devenant pas richesse. Toute énergie a besoin de convertisseurs et les convertisseurs d’énergie monétaire en richesses utilisables sont les commerçants. Qu’on l’accepte ou non, la monnaie, quand elle est une vraie monnaie, est un vecteur d’énergie humaine qu’elle a stockée.

Malheureusement personne n’a jamais défini la monnaie si ce n’est en lui collant un des mots précédemment cités, tous aussi vagues les uns que les autres. On ne présente la monnaie que par ses utilisations dont les trois principales ont été données par Aristote : unité de compte, réserve de valeur et intermédiaire des échanges. C’est un peu comme si, pour définir l’électricité, on se contentait de dire que c’est ce qui éclaire, ce qui chauffe et ce qui fait bouger les TGV. Cela ferait sourire mais il n’étonne personne que l’on ne présente la monnaie que par trois de ses utilisations sans jamais la définir. N’est-ce pas cela qui est étonnant ? Chacun semble dire : si Aristote n’a pas jugé utile de définir la monnaie, qui suis-je pour vouloir la définir ? Quitte à sembler manquer d’humilité je regrette que si peu de gens soient conscients que la monnaie est un titre de créance sur n’importe quel membre du groupe qui l’utilise. Ce titre de créance est causé par l’énergie humaine qui a été préalablement utilement dépensée pour que le groupe puisse créer une monnaie en souvenir de ce bon travail. Le le groupe voit alors la monnaie comme une richesse par l’énergie humaine qu’elle véhicule. L’oubli de cette réalité empêche l’argent de remplir, par sa rareté, son rôle naturel de facteur limitant des fantasmes humains. L’oubli de la rareté du bon argent et sa prolifération néfaste s’appelait encore il y a 50 ans dans les écoles de commerce et à l’université, l’inflation, le gonflement non justifié de la masse monétaire qui enfle. Ce mot a complètement changé de sens en moins de 50 ans pour devenir la hausse des prix. Or la hausse des prix n’est que la conséquence naturelle de la vraie inflation et sa contrepartie. La vraie inflation ne dérange plus personne puisque nous  n’avons plus le mot simple qui en parlait. C’est un peu comme si on ne disait plus « J’ai mal à la tête » mais « Je prends de l’aspirine ». Cela détourne l’attention de l’essentiel. Il serait intéressant de retrouver qui a été à l’initiative de ce changement de sens dans les années 70. Le frein monétaire dû à la rareté de la monnaie est parfaitement naturel puisqu’il n’est que le souvenir de la limite naturelle de l’énergie humaine qu’est la fatigue. Son abandon a autorisé, sans en être la cause qu’il faut évidemment analyser par ailleurs, l’arrivée concomitante des libéraux-libertaires et d’un emballement économique gaspilleur des ressources naturelles de la Terre. Autrement dit, c’est parce que notre médiocrité a oublié que la bonne monnaie ne s’obtient que par une énergie humaine préalablement dépensée, et qu’elle est donc rare par définition, que nous avons ouvert la boite de Pandore de toutes les folies occidentales actuelles que les bobos de la politique et des médias encensent.

Les banques ont vécu notre médiocrité comme leur chance et elles l’ont flattée par l’invention au XXe siècle de la monnaie-dette qui est une fausse monnaie légale que les banques justifient en disant qu’elles la détruisent quand on la leur rend. Elles considèrent comme insignifiants les dégâts que cette fausse monnaie crée pendant son existence, durée d’existence qui s’allonge tous les jours avec la montée exponentielle permanente de la dette mondiale qui se chiffre déjà aujourd’hui en centaines de milliers de milliards de dollars ou d’euros. Les banques ont abandonné leur métier traditionnel de prêter sur gages à des riches, l’argent d’autres riches, ce qui avait toujours été le cas, pour se mettre à prêter à tout le monde sur richesses futures fantasmées, ce qui est imbécile, vicieux et qui sera forcément un jour criminalisé.

Pour que le fantasme puisse être vécu comme une réalité, il a fallu d’abord faire croire à la magie d’une création de richesses et à une valeur ajoutée par les entreprises en confondant volontairement production et richesse. Pourtant, si l’investisseur et le travailleur créent ensemble une production comme la vache crée des veaux, du lait et des bouses, c’est le client qui transforme la production en richesse en l’échangeant contre son argent. Il n’y a pas de création de richesses, il n’y a que des échanges entre une production que l’on espère être une richesse et de l’argent qui est une richesse déjà reconnue et qui transforme la production en richesse. Mais pour faire croire à la création de richesse, on a amplifié le mouvement de fabrication de fausse monnaie pour que toute production devienne richesse en étant achetée. Tout est devenu manipulation des esprits. On a inventé le fameux PIB (produit intérieur brut), traduction servile du Gross Domestic Product en additionnant toutes les dépenses, qu’elles soient de consommation ou d’investissement avec l’idée aussi géniale que mensongère de l’appeler produit et de faire croire partout que c’est un revenu ! Les Politiques et les médias utilisent même pour leurs projets des pourcentages de PIB qu’ils voient comme un revenu sans se rendre compte qu’ils voudraient utiliser une deuxième fois ce qui a déjà été dépensé.

On a aussi inséré dans les esprits que le profit était la part individuelle d’une corne d’abondance imaginaire d’un pays de Cocagne fantasmé. Pour cela il a fallu faire oublier que la vie n’est qu’échange et que tout profit est mathématiquement compensé par un appauvrissement quelque part, volontaire ou forcé. Tout cela est conséquence du refus de voir que la monnaie est une énergie.

Bien pire, et ce que la fausse élite médiatico-politique ne veut surtout pas voir, c’est que la réalité s’impose d’elle-même naturellement partout. Toute la fausse monnaie créée par les banques, toute cette énergie factice cherche sa source énergétique humaine. Elle réinvente l’esclavage sous toutes ses formes avec une discrétion redoutable : l’esclavage dans l’espace qu’est le mondialisme, l’esclavage dans le temps qu’est la dette, et l’esclavage ici et maintenant qui est à la fois la paupérisation des classes moyennes et l’immigration souhaitée par des responsables à courte vue. Et cette fausse élite a eu le culot de créer une journée annuelle contre l’esclavage pendant qu’elle le recréait elle-même par incompétence.

Quand proposera-t-on au peuple une cohérence dans laquelle il pourra s’épanouir ? Quand l’économie arrêtera-t-elle de se croire la science utopique de la création et de la répartition des richesses pour se reconnaître l’organisation des énergies humaines où le chômage démontre combien elle est actuellement défaillante ? Quand reconnaîtra-t-on que l’organisation des énergies humaines ne peut se faire sans parfaite maîtrise de l’énergie sociale qu’est l’argent ? Maîtriser la monnaie n’est-ce pas à la fois comprendre sa raison d’être et vérifier qu’elle n’est pas détournée de sa mission ? Des personnalités comme Valérie Bugault, Charles Gave, Jean-Marc Jancovici ou Charles Sannat, et sûrement bien d’autres de toutes générations qui cumulent, chacun dans son domaine, intelligence et bon sens, ce qui n’est malheureusement pas si fréquent, ne deviendraient-ils pas carrément efficaces s’ils avaient l’heur d’intégrer à leur réflexion le frein social terriblement puissant qu’est la monnaie quand elle est vraie et quand la fausse monnaie des banques n’accélère pas notre marche à l’abîme ?

18 réflexions au sujet de « La monnaie est une énergie, n’en déplaise aux grincheux »

  1. Merci Marc pour votre mise au point. Espérons qu’elle devienne salutaire.

    Trop d’euros sont-ils actuellement émis ?
    Quand nous voyons à quels prix faramineux sont vendus les logements en zones demandées (région parisienne et grandes villes), on peut se le demander. Aucun salaire moyen ne permet d’acquérir désormais un logement décent dans de telles zones sauf à s’endetter sur une très longue durée.

    Quand nous voyons à quels prix excessifs sont vendus certains services en zone délaissée, par exemple un abonnement à l’eau courante, on peut également se demander si trop d’euros sont émis.

    Si tant de foyers ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts, n’est-ce pas en raison d’une inflation cachée ?
    Inflation cachée par non prise en compte de certains éléments dans son calcul (par exemple le coût du logement).

    Maintenant, cette inflation cachée résulterait-elle seulement d’une création de masse monétaire excessive ?
    N’est-elle pas également due aux déséquilibres d’une organisation territoriale et sociale (entre autres) ?

    Hommes et femmes s’agglutinent dans des zones recherchées en raison des possibilités de travail qu’elles offrent tandis qu’ils délaissent les territoires où il est très difficile de trouver un emploi. Ce phénomène engendre une pression de la demande et un renchérissement des coûts. Phénomène aggravé par le très grand nombre de séparations : un même foyer va occuper deux logements par intermittence.

    En somme, ne conviendrait-il pas d’inverser l’implication ? Non pas une inflation commandée par une augmentation de la masse monétaire mais une inflation commandée par d’autres facteurs : pression de la demande sur certains biens, elle-même induite par une désorganisation sociale. De sorte, qu’au bout du compte, ce serait une inflation de la demande de certains biens qui contraindrait les Etats à émettre de la monnaie.

    Inflation de la demande qui porte non seulement sur des logements mais aussi sur des attentes de sécurité, de formation, de soins, de confort et d’objets semble-t-il incontournables.

    Parmi les attentes précitées, figurent celles qui nécessitent une prépondérance de temps humain à la fois expert, disponible et proche, toutes qualités qui ne se trouvent pas au loin mais qui peuvent être utilement développées sur place à condition que ceux qui expriment de telles attentes aient les moyens de les acheter. Or nous constatons qu’en raison des mécanismes succinctement rappelés auparavant, ces moyens font défaut puisque toutes les ressources des ménages sont consacrées à l’acquisition de biens au coût trop élevé et, pour certains (biens industriels et même agricoles), de plus en plus en provenance de l’extérieur. Ne conviendrait-il pas d’ouvrir la possibilité d’un financement annexe (décrit dans la tribune du projet France2022 : création d’une monnaie de service et d’abondance) ? Financement permettant à la fois de satisfaire des besoins primordiaux mal couverts (y compris la construction de nouveaux logements ou l’amélioration de l’habitat existant), d’alléger les charges pesant sur nos entreprises et donc d’améliorer notre commerce extérieur. Notamment en prévoyant qu’une grande partie du temps de travail de la fonction publique ne soit plus financée par l’impôt mais par l’émission d’une monnaie nationale de service.

    Certes cela reviendrait à injecter une énergie monétaire non fondée sur un travail déjà effectué mais sur un travail à venir et donc sur une énergie humaine à déployer.

    Le pari de la création d’une monnaie de service repose au fond sur la conviction que des trésors de disponibilité, d’expertise et de proximité sont comme en jachère et qu’ils sont actuellement perdus à cause d’une désespérance entretenue par le chômage, les divorces et les avortements.

    Emettre une nouvelle monnaie réorientant notre consommation non pas vers des biens rares et en voie de disparition mais vers ces trésors contribuerait à inverser une tendance qui conduit au pillage des ressources non renouvelables alors que le temps humain peut être accru par encouragement de la natalité en France et en Europe et par développement de toutes les techniques qui tendent à démultiplier sa productivité.

  2. Cher monsieur,
    Contrairement à ce que vous insinuez j’ai travaillé sur la question monétaire. Je vous recommande à cet égard la lecture de mon ouvrage, co-écrit avec Jean Rémy, « Du nouvel esprit des lois et de la monnaie ».
    Par ailleurs, ce n’est pas parceque la monnaie valide socialement la créativité humaine et certainement une dépense d’énergie qu’elle est une énergie ! À ce rythme, tout ne serait qu’énergie et l’on ne pourrait plus parler de rien d’autre ! La monnaie est une pure création humaine, à ce titre elle relève des « sciences humaines » et en aucune façon d’une science dure, qui est précisément le domaine de l’énergie. La différence entre science humaine et science dure n’est pas anecdotique, elle a des implications tout à fait essentielles et qui ont d’ailleurs joué dans le problème bancaire que vous déplorez à juste titre par ailleurs ! Avoir un langage précis permet d’avoir une pensée claire et d’éviter la confusion mentale ainsi que de graves impasses théoriques pour l’avenir.
    Cordialement,
    Valérie Bugault

    • Je vous remercie d’illustrer avec véhémence ma phrase « La régularité et l’obstination avec lesquelles certains s’enferment dans le déni de la réalité ».

      Jean Rémy qui partageait mes idées puisqu’il a repris une partie de mes textes a écrit sur la monnaie et vous sur l’esprit des lois. J’attends vos dires personnels sur la monnaie puisque Jean nous a quittés.

      Vous avez raison. La monnaie est une pure création humaine comme l’électricité. Mais pourquoi donc acceptez-vous l’énergie électrique et refusez-vous dogmatiquement l’énergie monétaire ?

      Vous dites que la monnaie est une institution. Ne renvoyez pas simplement aux écrits de Jean Rémy ou même aux vôtres. J’attends votre définition simple de la monnaie qui a bien sûr été instituée.

      • Puisque vous voulez une définition, la voilà : « la monnaie est une institution sociale, un étalonnage de la valeur permettant de fluidifier les échanges. Elle est une institution humaine et relève à ce titre des sciences humaines ».
        C’est vous qui êtes dogmatique en voulant à tout prix considérer la monnaie comme une énergie ! Vous ne voyez vraiment aucune différence entre l’électricité et la monnaie ? Alors vous souffrez de confusion mentale. L’électricité n’a pas été créée par l’homme, qui en a tout au plus découvert les principes. Rien à voir avec la monnaie, qui, je le répète, est une pure création abstraite humaine. La monnaie est une institution et l’électricité relève des sciences dures.
        Ce n’est pas parceque tout le monde ne parle que d’énergie qu’il faut en voir partout !

        Nous avons déjà eu ce débat, vous et moi avec Jean Rémy, du temps où il était encore vivant ! Jean et moi étions parfaitement d’accord pour vous contredire quant à votre affirmation selon laquelle la monnaie serait une énergie. Nous ne nous étions alors pas mis d’accord sur ce sujet, nous ne serons pas plus d’accord aujourd’hui. Aucune chance. Vous pouvez continuer à raconter cela, mais je ne serai jamais d’accord avec vous sur ce sujet !
        La monnaie n’est pas une énergie ! Elle valide socialement des dépenses d’énergie faites par les humains (c’est la seule relation entre la monnaie et l’énergie), ce qui n’en fait pas de l’énergie !

        • Merci d’appuyer ma démonstration en retombant dans la définition de la monnaie comme un machin qui facilite les échanges et en illustrant aussi bien la régularité et l’obstination.

          Puisque vous faites parler les morts retournez donc à votre livre commun et voyez comment Jean Rémy a repris sous sa plume un passage entier de mes écrits en contradiction absolue avec vos thèses. Mais Jean avait l’humilité chevillée au corps et c’était vraiment très agréable.

          Si vous avez encore le temps de vous remettre en question, demandez-vous si l’échange que permet la monnaie ne permet qu’un échange des avoirs ou, comme je le crois, surtout un échange des êtres car elle véhicule de l’énergie humaine.

          • Jamais je n’ai prétendu que la monnaie ne permettais qu’un échange des « avoirs », où avez-vous lu ça ? Je soutien l’exact contraire ! Ce qui ne fait pas de la monnaie une énergie ! L’énergie est une donnée physique qui existe indépendamment de l’homme, ce qui n’est évidemment pas le cas de la monnaie !
            Il semble que vous appréciez la contradiction surtout quand elle vous permet d’imposer votre point de vue ! En l’occurence, ce dernier est une incongruité. Ce qui ne signifie évidemment pas que le reste de ce que vous écrivez sur la monnaie est erroné ; seulement votre qualification d’énergie est fausse. À vous-même de vous remettre en question cher monsieur.

  3. Brillante démonstration.
    Et de fait, je suis moi-même convaincu que tant et aussi longtemps qu’on aura pas résolu la question de la monnaie pour remplacer le système actuellement aussi vicié que vicieux, on pourra bien avoir occasionnellement des gouvernements valables, l’embellie ne sera que temporaire en attendant la prochaine crise.

  4. Les questions monétaires sont passionnantes. Les traiter avec véhémence tire la passion du mauvais côté. Restons calmes, posés, à l’écoute des uns et des autres.

    Par exemple : monnaie, une énergie ? Un carburant ? Nerf de la guerre ? …
    Un outil ? Un instrument ? …

    Sûrement un objet complexe !
    Il peut se comporter comme un accélérateur ou un frein.
    Un accélérateur quand il est investi et dépensé à bon escient.
    Un frein quand il est thésaurisé et idolâtré.

    La monnaie, un solide, un liquide, un gaz ?
    Un artifice ? Une idole ? Un tyran ? …

    On parle de « blé », de « fric », « d’argent », de « liquide », « d’avoine » …

    L’état actuel du monde met sous nos yeux de nombreuses structures dissipatives : elles font le job mais elles engendrent beaucoup de gaspillage et de déchets. Saurons-nous mettre de l’huile dans les rouages et non pas sur le feu ?

    Nos économies ne manquent pas de carburant. Pas encore.
    Il semble qu’elles manquent singulièrement de la bonne huile du St Esprit : confiance, probité, générosité, intelligence, conseil, piété …

    Et d’une huile plus terre à terre. Cette monnaie de service que nous appelons de nos voeux. De quoi redonner de la fluidité à des systèmes grippés. Si grippés qu’ils tendent à mettre beaucoup de personnes en quarantaine : l’homme superflu devient … monnaie courante. Des machines font le job, presqu’à la perfection. A quoi bon s’encombrer d’êtres fatigables, faillibles, rebelles … ?

    L’un des grands défis du XXIème : articuler l’automate et l’humain. Tout l’humain. Faire qu’ils travaillent en bonne intelligence, se complétant sans que l’homme ne soit ravalé au rang d’une machine ou d’un rouage jetable et interchangeable.

    Nous y parviendrons en valorisant, beaucoup mieux que nous ne le faisons aujourd’hui, le temps des hommes. Non pas avec une monnaie qui quantifie les richesses produites mais avec une monnaie qui donne à chaque heure travaillée le poids qu’elle mérite. Et en particulier à toutes ces heures qui n’engendrent pas des biens susceptibles d’être revendus : heures d’enseignement, de soins, de prise en charge, de défense, … Des heures au fond inestimables mais qu’une économie saine prend en compte à leur juste valeur afin que nul n’en soit privé faute de moyens.

    Les monnaies actuelles sont insuffisantes : elles mettent tout dans le même sac comme si tout pouvait se valoir. Elles mélangent surtout valeurs matérielles et valeurs immatérielles. Les unes sont nettement limitées et, pour certaines, en voie d’extinction. Les autres sont potentiellement infinies.

    Pour les ressources limitées, nous avons besoin d’une monnaie peu à peu mondiale qui permette, au bout du compte, d’accorder à chacun une part sensiblement égale en valeur monétaire. Une part qui varie en nature d’un territoire à l’autre, au gré des circonstances locales.

    Pour les ressources en expansion, essentiellement le temps humain, nous avons besoin d’autres monnaies. Cette fois des monnaies locales (nationales, provinciales, régionales voire municipales selon le degré de complexité qui paraît utile) qui valorisent le temps humain à l’intérieur d’une économie où les rapports de temps ne sont pas nécessairement les mêmes que dans une économie voisine. Où les priorités sociales peuvent également être différentes. D’où des choix d’irrigation (toujours cette idée de liquide ! ) variant d’un territoire à un autre. Ici : encouragement de la natalité par versement d’un montant à chaque naissance. Là : investissement prioritaire dans la dépollution …
    Bref des monnaies locales qui deviennent des outils de pilotage pour des politiques efficaces. De quoi redonner de l’élan à des secteurs en perdition ou d’avenir. Des monnaies énergies alors ? Si l’on veut mais sans le dire trop fort pour ne pas incommoder qui ne l’entendrait pas de cette oreille !

    Monnaies huiles nous paraît plus conforme. Plus naturel. Plus coloré. Plus pictural et nous terminerons sur cette impression : huiles de Monet. Claude Monet ! Et non pas Jean Monet pour ne pas fâcher ce qui ont une dent contre … l’Europe !

    Finalement, oui, garder l’euro pour les biens issus de ressources limitées et faire en sorte que cet euro s’améliore au point de pouvoir devenir un étalon mondial des biens matériels. Garder l’euro tout en favorisant l’éclosion de monnaies locales permettant à chaque nation, voire à chaque province de conduire des politiques de travail, de santé, d’investissement, d’éducation … originales et indépendantes. Finalement, heureusement complémentaires.

    • Difficile de vous répondre car il faut discerner vos idées clés et y répondre en peu de mots. En bon Politique vous ménagez la chèvre et le chou avec une monnaie pour l’échange des avoirs et une monnaie pour l’échange des êtres.

      Vous mettez le côté accélérateur de la monnaie dans le camp du bien avec « l’investissement à bon escient » et son côté frein dans le camp du mal avec la « thésaurisation et l’idolatrie » alors que je fais exactement l’inverse. Pour moi la monnaie, par sa rareté dont il faut comprendre la nécessité, freine les folies aussi bien de la mise à sac de la Terre que de l’idolatrie de toute minorité.

      Mais rien ne peut avancer dans les esprits sans commencer par la généralisation de la prise de conscience que la monnaie est un véhicule d’énergie humaine. C’est tellement facile d’en fabriquer pour faire croire à l’efficacité d’une énergie venant de nulle part.

      Là est le vrai combat et chacun y est le bienvenu.

  5. Plutôt une monnaie pour l’échange des biens en voie de raréfaction per capita : minerais et énergies fossiles notamment. Soit l’euro, le dollar, le yen … à faire converger vers une monnaie mondiale unique dont le volume, à valeur constante, doit en effet être contenu puisqu’elle quantifie des ressources finies.

    Et des monnaies locales pour les échanges de temps humain mais aussi de toute ressource renouvelable ou en abondance. Pour ces monnaies, aucune raison d’en contenir a priori le volume, à valeur constante, sauf dans les régions du monde où il serait souhaitable d’éviter une surpopulation puisqu’elles quantifient des ressources en expansion tant que ne survient pas une catastrophe démographique.

    • Vous escamotez le problème en le divisant en deux problèmes simples à chaque extrémité, chacun résolvable apparemment avec sa monnaie spécifique. J’y vois deux gros inconvénients:

      Le premier est d’éviter de nous affronter au problème de savoir comment gérer la ressource dont nous ne savons pas si elle est rare ou abondante ou dont nous savons qu’elle peut être rare et abondante suivant les moments et les lieux. On dépenserait une énergie folle à savoir s’il faut utiliser telle ou telle monnaie.

      Le second est plus grave car il veut apporter une solution compliquée par le haut alors que les bonnes solutions sont celles qui arrivent spontanément par évidence. C’est toute la différence entre l’équilibre stable et l’équilibre instable, entre le funambule et la pomme au bout de sa branche. Quelle est le meilleur équilibre et le moins énergivore ?

      Je maintiens que tout commence par comprendre et faire comprendre pourquoi la monnaie a une telle efficacité, et quelle est l’origine de cette efficacité.

  6. L’usage de deux monnaies est en effet complexe mais, nous semble-t-il, de plus en plus incontournable pour gérer d’une part ce qui est fini voire en décroissance et d’autre part ce qui est en expansion.

    La décroissance entraîne une contraction monétaire. Aujourd’hui, cette contraction est contournée par une course en avant qui risque de mal se terminer : en refusant de voir que nous allons être tenus de faire des économies de matières et d’énergie, nous faisons comme si nous pouvions toujours obtenir de la croissance. L’injection d’un trop plein d’euros (fort mal distribués) participe de cette illusion.

    Mieux vaudrait prendre acte de cette contraction (de matières et d’énergie) tout en libérant un potentiel de croissance beaucoup plus immatériel, reposant principalement sur le facteur temps.

    La complexité ne résulte pas tant des arbitrages à faire entre matériel et immatériel que des efforts à mener pour que le temps des hommes soit considéré à sa très juste valeur : un trésor à faire fructifier par des actions de formation qui permettent à chacun de développer son génie propre afin d’être en mesure d’offrir à tous un temps de très belle qualité, c’est-à-dire un temps généreux, expert, revitalisant.

    Beaucoup de métiers sont aujourd’hui sous payés en raison de la contraction des économies. Contraction patente malgré toutes les tentatives de faire illusion.
    Les médecins généralistes, la plupart des enseignants et tant d’autres ne perçoivent plus un salaire décent. Le point commun entre ces professions payées au lance pierre est de faire usage de peu de matière et d’énergie. Elles mettent un temps expert au service de la collectivité.

    Pour sortir de l’impasse, nous devons augmenter les moyens de ceux qui ont besoin d’être formés, soignés, … en orientant leurs capacités d’achat non pas vers la consommation de matières et d’énergie mais vers la consommation de temps ou de tout bien à forte composante immatérielle, notamment les oeuvres artistiques.

  7. Quel article!! Et quel débat !! Je suis surpris de rencontrer Mme Burgault ici et que vous citiez Charles Sannat… Amha, la monnaie est un vecteur, vecteur/support de temps/énergie humaine pour concevoir/ construire quelque chose qui sera perçu par un autre comme utilisable par lui de la manière qui lui sera la plus profitable..des intermédiaires se sont arrogés le droit de dire la valeur des différents groupes au travers des monnaies…concernant l’étalon de la monnaie, il me revient à l’esprit un auteur de SF du milieu du 20ème siècle ,Jack Vance, qui décrivait dans ses univers une monnaie ,l’ UVS pour Unité de Valeur Standard, correspondant à une heure de travail humain sans valeur ajoutée…un précurseur, peut être 😉
    Je me permets,avec votre autorisation bien-sûr, de partager cet article.
    Très cordialement
    Bruno F

  8. Je pense que Valérie Bugaut a raison ,nous avons des énergies naturelles telles que le soleil ,le vent ,l’eau ,des énergies humaines et animales ,des énergies fossiles charbon , pétrole et gaz ,des énergies végétales ,le bois ,la paille et en règle générale les déchets végétaux ,mais la monnaie je ne vois pas quelle énergie elle peut produire,à part mettre le feu aux billets de banque .
    Toutes les énergies peuvent se mettre à notre service tandis que la monnaie nous mets en ESCLAVAGE de part celui qui la possède en grande quantité.
    Le problème n’est pas la monnaie en tant que telle ,mais son utilisation liée à la RAISON humaine

    • Vous mettez le doigt sur le problème essentiel. La monnaie étant un titre de créance sur n’importe quel membre du groupe qui l’utilise et si ce titre n’est pas causé, ce qui est le cas avec la fausse monnaie actuelle des banques, c’est évidemment une forme d’esclavage.
      Il faut donc revenir à de la monnaie uniquement causée par une énergie humaine déjà dépensée utilement pour le groupe. Dans ce cas le titre de créance est causé par cette dépense d’énergie humaine déjà dépensée et nous ne serions absolument pas dans l’esclavage.

  9. Ping : Métapolitique : Cette nouvelle religion, si à la mode qu’elle se croit moderne, ne deviendrait-elle pas criminelle ? par Marc Dugois.: »Cette nouvelle religion impose une société imaginaire individualiste où l’homme est complet sans la femme, où la femme est complète sans l’homme,… »

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