Les intellectuels n’aiment pas plier le genou

Un intellectuel ne devrait-il pas en permanence gérer son grand écart entre les deux nécessités de construire et de douter de ses bases ?

Pour ma part je n’ai plus que deux certitudes pour lesquelles je soigne mes contradicteurs en ne les écoutant que pour les faire changer d’avis. La première est que responsabilité et risque sont les deux facettes d’une même réalité. La seconde est qu’on ne débloque une situation qu’en se remettant en cause soi-même. Pour tout le reste ce ne sont pour moi que des convictions sur lesquelles je construis certes aussi ma vie mais en m’enrichissant de ce que pensent mes contradicteurs.

Le monde aujourd’hui est fondé sur une nouvelle religion matérialiste qui dit que l’homme crée des richesses alors qu’il ne fait que constater que les œuvres de la nature ou des autres hommes sont des richesses quand il s’appauvrit en énergie pour les obtenir.

L’homme a commencé par constater les richesses de la nature par la dépense de son énergie physique au travers de la chasse, de la pêche et de la cueillette. Sans dépense d’énergie humaine ces richesses naturelles se reproduisaient puis disparaissaient en se décomposant. Puis l’homme s’est mis à produire en agriculteur, en constructeur et en fabricant mais en vérifiant naturellement sans arrêt que sa production était richesse aux yeux des autres et non rebut par le fait que le don qu’il faisait de sa production était appréciée par les contre-dons que lui rendaient tous les autres. La dérive a commencé quand des intellectuels ont appelé sottement cela, le troc.

Lorsque le contre-don a été remplacé par l’argent pour être simultané, rien n’a fondamentalement changé parce que la monnaie était le substitut social de l’énergie humaine, garantie socialement, religieusement et politiquement mais limitée en quantité par le travail humain utile du groupe.

Par flagornerie les intellectuels ont fait croire aux puissants puis aux peuples que la monnaie n’était plus le substitut social de l’énergie humaine mais une marchandise qui pouvait devenir manne divine. L’homme ne constatait plus la richesse par la dépense de son énergie mais il la créait par la fabrication de la monnaie. Nous vivons aujourd’hui dans cette vanité sans avenir que la guerre fera exploser si notre intelligence continue à renoncer à le faire. Cette vanité nous empêche de réaliser que contrairement à la nature qui fait disparaître ses productions non reconnues comme richesses, nous sommes de plus en plus incapables de nous débarrasser de nos déchets et de nos surproductions.

Nous rêvons d’un pays de Cocagne où des robots et des machines produiraient et où les hommes recevraient l’argent pour acheter ces productions. On appelle économie en Occident ce double regard sur la production et la consommation où l’homme ne serait nécessaire que pour consommer. Cette fadaise ne tient que par les mensonges politico-médiatiques qui nous martèlent que nous sommes un pays riche et que la croissance annuelle de cette soi-disant richesse s’appelle le PIB alors que le PIB n’est que le constat chiffré d’une énergie déjà dépensée. Cette énergie dépensée est de moins en moins notre énergie actuelle mais de plus en plus celle du passé aspirée par l’impôt, celle du futur créée par la dette et celles des autres hommes que nous voudrions pomper par une balance commerciale excédentaire.

Aujourd’hui ce sont les autres qui pompent notre énergie par notre balance commerciale déficitaire, l’augmentation des impôts atteint ses limites et c’est donc la dette qui explose. Le FMI vient de dire que la dette mondiale atteignait désormais 152.000 milliards de dollars tout en continuant à comparer cette dette au PIB mondial qu’il continue scandaleusement à présenter comme une création annuelle de richesse. Le FMI s’alarme que la dette mondiale soit de 225% de la création annuelle de richesse alors qu’elle est de 225% de ce que nous avons dépensé en une année. Avec quoi pourrions-nous rembourser la dette ?

Mesdames et Messieurs les intellectuels, continuons-nous à faire le lit de la guerre en regardant ailleurs et en ne nous interrogeant que sur ce qui la déclenchera ou nous mettons-nous enfin au travail ?

17 réflexions au sujet de « Les intellectuels n’aiment pas plier le genou »

  1. Une belle mise au point de plus du flagrant délit de l’aveuglement héréditaire de nos élites auto reproduites. Elles ont été formatées avec des diplômes tellement turgescents qu’elles ne peuvent même pas envisager une seule nano- seconde que ce qu’on leur a enfourné pourrait être une monstrueuse ânerie que seul le bon sens dévoile comme une banale évidence.

    Pourvu que le cul-de-sac dans lequel nous enfonce ces prochaines campagnes présidentielles – aux USA comme en France – en invite quelques-uns à oser être curieux et à chercher pour comprendre, puis à bousculer les « lignes » médiatiques nécrosées par l’immédiateté du buzz avec 140 caractères plutôt qu’à s’ouvrir aux profondeurs des visionnaires.

    Le principal problème en la matière n’est pas la vision, ni l’idée mais qui l’exprime. Une ineptie venant d’une personnalité médiatique est assurée de faire le tour des plateaux télé & radio et de la presse écrite comme « une idée à creuser » alors que si un inconnu dit : « elle tourne… », combien d’années encore avant que l’on s’y intéresse… malgré les réseaux sociaux, devenus aussi engorgés qu’un stade sans contrôle aux entrées et aussi sélectifs que les médias, pourtant asphyxiés aussi par des informations venant de toutes parts en flux continus.

    Qui va oser lire (et quoi) puis prendre le temps de réfléchir avant de cliquer tout de suite pour aller ailleurs ? vite, vite, vite…

  2. 3 phrases à retenir par leur justesse dérangeante:
    … Responsabilité et risque sont les deux facettes d’une même réalité.
    … On ne débloque une situation qu’en se remettant en cause soi-même.

    et
    … « Le FMI s’alarme que la dette mondiale soit de 225% de la création annuelle de richesse alors qu’elle est de 225% de ce que nous avons dépensé en une année »

    Que l’on partage ou non toutes les idées de Marc, il est (ou devrait être) évident que le PIB ne représente en aucun cas la création annuelle de richesses mais tout au plus les dépenses d’une année. La création annuelle de richesses , si elle existe (ce que je crois et ce que nie Marc) serait tout au plus représentée par le delta des dépenses d’une année sur l’autre, si tant est que ces dépenses aient contribué au bien commun.

    B.L., secrétaire général du club Idées Nation.

    • La création de richesses serait donc pour toi l’augmentation des dépenses ayant contribué au bien commun. Le fait même qu’une dépense puisse être vue comme un enrichissement m’étonne mais c’est ce que disent tous ceux qui voient le PIB comme une création annuelle de richesse alors que ce n’est que le constat des dépenses passées. Mais toi qui est d’accord avec le fait que le PIB n’est que la somme des dépenses passées, comment arrives-tu à croire qu’augmenter les dépenses c’est s’enrichir ?

      • S’il y a eu des dépenses c’est bien qu’en face il y a eu une offre. D’une année sur l’autre s’il y a plus de nouvelles maisons que de maisons détruites j’en déduis qu’il y a eu une augmentation du bien être. Ce ne sont pas les dépenses en soi qui sont un bien ou un mal, c’est la contrepartie qui m’intéresse. Quand il y a pollution puis dépollution ce n’est évidemment pas un mieux, m^me s’il vaut mieux dépolluer que laisser la pollution, bien sûr.

        • C’est ton raisonnement que tu dois affiner. A te lire les nombreuses villes chinoises vides sont des richesses alors qu’elles ne sont qu’encombrements. Ces villes fantômes par dizaines n’ont en aucun cas augmenté le bien-être de la population Relie la production et la monnaie, le don et le contre-don, l’un n’existant pas sans l’autre. La vie est échange et pas du tout distribution de l’enrichissement collectif bidon.

          • J’ai répondu à propos du pain et de la monnaie. S’il y a augmentation de pain, augmentation de monnaie, et que tout le pain est acheté, je dis qu’il y a augmentation de richesses. Introduire la pollution, ce qui est vrai, n’a rien à voir avec mon questionnement. Je n’ai jamais nié qu’il pouvait y avoir création/augmentation d’encombrants ou de déchets mais toi, Marc, tu nies qu’il peut y avoir création/augmentation de richesses.
            Qui refuse d’écouter l’autre, en sortant un peu de son paradigme et de postures toutes faites?
            Tu sais que je trouve qu’il y a beaucoup trop de dettes et de crédits, mais pas au point de dire qu’elles ou ils sont tous une erreur.

            • Laisse de côté la morale, les postures toutes faites et raisonnons. Tu ne tiens pas compte de la consommation. Alors que le pain produit est habituellement consommé, tu te retrouves en fin de journée avec du pain produit et mangé mais plus de monnaie qu’au début de la journée, tout ça pour que tu trouves un moyen de te faire croire à la création de richesses. Quand feras-tu le saut essentiel de reconnaître puis de hurler toi-même qu’il n’y a pas de création de richesses mais rien que des échanges d’énergie.

  3. Il faut sans doute une fois de plus tout reprendre du début.

    Tu écris « S’il y a augmentation de pain, augmentation de monnaie, et que tout le pain est acheté, je dis qu’il y a augmentation de richesses ». Tu aimerais que l’on puisse substituer à la vérité de base du don et du contre-don, de l’échange des efforts, un échange matérialiste d’une production créée par les machines et de billets créés par d’autres machines.

    Quand tu auras réintégré que la monnaie est autant religieuse qu’économique, autant sociologique que quotidienne, tu redécouvriras que la monnaie n’est que la simultanéisation du contre-don et qu’on ne peut la réduire à un objet qui fabriquerait des richesses.

    Une piste de réflexion pour t’aider à sortir de ton matérialisme économique : pourquoi la monnaie est-elle sacrée ?

  4. Pour moi, seul est sacré, ou peut l’être, ce qui est transcendant. La monnaie ne l’est pas, m^me si le veau d’or a perdu de nombreuses générations.

  5. Sacré, ce qui est transcendant, au dessus de l’homme, et qui fait grandir l’homme
    Fétichisme, ce à quoi se raccroche l’homme, en le réduisant à des superstitions qui le font se recroqueviller

    C’est la différence entre le christianisme et le vaudou

    Si tu ne vois pas la différence, dommage.

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