Comment comprendre le désastre dans lequel nous entrons sans comprendre le chemin économique aberrant que nous empruntons depuis 50 ans et que nous appelons naïvement progrès en oubliant les bases de l’économie qu’il faut tout de même rappeler ?
Au départ tout peuple produit ce qu’il consomme et consomme ce qu’il produit. Puis partout, lorsque le groupe devient important, une petite minorité de tire-au-flanc consomme sans participer à la production qui demande toujours un effort. Tout naturellement est alors créée partout, en réaction, une monnaie qui est une richesse transportable servant de preuve qu’un travail a bien été fait pour l’obtenir (très souvent de l’or). Cette monnaie qui sert à l’échange, est prélevée par l’impôt sur la richesse du groupe vue par lui-même et sert aussi d’unité de compte et accessoirement de réserve de valeur quand on l’épargne comme Aristote l’avait remarqué. Est alors rajoutée la notion de revenu à celles de production et de consommation. Cela fait rentrer l’argent dans l’économie où il n’était pas. Son introduction permet le chiffrage de l’économie. La circulation monétaire (circulaire comme son nom l’indique) permet de chiffrer la quantité d’argent aux trois passages de la production, du revenu et de la consommation pour vérifier qu’ils restent bien tous les trois au même niveau. L’épargne fausse un peu cette égalité puisqu’elle retire de l’argent de la circulation et force le pouvoir à la remplacer par une nouvelle monnaie, donc par un nouvel impôt. Cela explique dans la tradition la mauvaise réputation de l’épargne que Molière a stigmatisée dans l’Avare avec sa cassette. Le chiffrage de l’économie se fait en utilisant l’argent comme unité de compte et en additionnant à chaque passage toutes les dépenses, c’est-à-dire chaque fois que l’argent change de main et donc circule. Au passage de la production elle est chiffrée par la dépense des acheteurs de ce qui est produit, amputée des dépenses faites à l’extérieur par le producteur pour ne pas les compter deux fois. Ce chiffrage est appelé valeur ajoutée. Au passage du revenu elle est chiffrée par la dépense faite par celui qui le distribue. Ce chiffrage s’appelle rémunération. Au passage de la consommation elle est chiffrée par la dépense faite pour consommer. Ce chiffrage s’appelle le pouvoir d’achat. La valeur ajoutée, la rémunération et le pouvoir d’achat sont normalement de même montant dans une économie saine puisqu’il s’agit d’une seule circulation. C’est l’équivalence de ces trois chiffrages qui démontre la santé économique d’un peuple. En les chiffrant par l’argent dépensé à chaque étape, on peut être alerté d’un décrochage de la production, du revenu ou de la consommation. Au XXe siècle on a appelé ce chiffrage le PIB et l’on a dit, à juste titre à l’époque, que son augmentation était une preuve d’enrichissement puisque la production, le revenu et la consommation augmentaient ensemble simultanément et toujours du même montant avec un léger prélèvement par l’impôt de l’augmentation de la masse monétaire rendue nécessaire par la montée du PIB. La montée vertueuse de cette circulation monétaire a été appelée création de richesse. On ne peut comprendre le déraillement actuel sans avoir bien en tête l’harmonie économique que les siècles nous avaient enseignée et qui est toute simple et si mal comprise. C’est la dissimulation, la manipulation et le mensonge déguisé en vérité qui sont compliqués. Si l’on n’a pas, ancrée en soi, la base de l’économie, et en particulier le fait que l’argent n’est qu’un vecteur d’énergie humaine, on se laisse facilement séduire par le mensonge qui est souvent agréable à entendre. Ursula von der Leyen vient encore de l’illustrer avec son marché de 700 millions de consommateurs et sa fierté d’avoir signé le Mercosur en oubliant de vérifier qu’il y a bien 700 millions de producteurs.
La bataille de fond est entre les peuples, déresponsabilisés, mal informés, mal représentés et inconscients de cette bataille, et les oligarques qui renversent à leur avantage toutes les bases de l’économie en les habillant de narratifs et de mots convenus comme capitalisme, socialisme ou libéralisme qui véhiculent du vent mais font impression. Au sortir de la deuxième guerre mondiale, le bon sens, meurtri par les horreurs de la guerre, a fait dépasser provisoirement les clivages et a créé sur la base du bon sens, en France le Conseil National de la Résistance et à l‘ONU l’Office International du Commerce fondé sur l’harmonie entre la production, le revenu et la consommation de chaque peuple. Le commerce extérieur doit y être libre et un simple échange, import et export devant être de même montant. Pour que cela reste un simple échange, l’OIC favorise les droits de douane, appelés tariffs avec deux f chez les Anglo-saxons, pour qu’une production étrangère ne vienne pas tuer la production nationale. Au même moment les oligarques font signer à Genève aux mêmes hommes politiques, inconscients de signer des documents contradictoires, le General Agreement on Tariffs and Trade (GATT) qui propose rigoureusement l’inverse, à savoir une abolition des droits de douane pour favoriser la consommation à partir d’une production là où elle est la moins coûteuse. Comptant sur l’incompétence populaire et sur les médias qui leur appartiennent, ils répètent à l’envi que le but est de favoriser la croissance économique et l’emploi. Le vrai but est de s’enrichir au maximum en faisant produire n’importe où au moindre coût et consommer dans les pays réputés riches puisque c’est là que l’on consomme beaucoup. Ils font abandonner l’OIC en en faisant refuser la ratification par le sénat américain puis transformer, toujours à Genève, le GATT en OMC, exact contraire du défunt OIC de l’ONU.
Ils sont extraordinairement aidés en 1971 par la déconnection des monnaies de toute richesse réelle, permettant aux banques commerciales de créer de la monnaie ex nihilo par le crédit, monnaie qui représente aujourd’hui près de 90% de la monnaie en circulation. La création monétaire par les banques est théoriquement encadrée mais ne l’est pas dans les faits puisque toutes les banques ont des filiales dans les paradis fiscaux qui créent de la monnaie sans aucune limite. Une fois créée, la monnaie se confond avec la précédente alors qu’elle n’est plus la preuve d’un travail effectivement réalisé mais au contraire l’annonce masquée, soit d’un nouvel impôt, c’est-à-dire un appauvrissement, soit d’un travail à faire plus tard en ayant déjà consommé sa contrepartie, ce qui peut être une définition de l’esclavage. Qui ne voit pas que c’est ce que nous vivons ? La multiplication par plus de 60 de la masse monétaire depuis 1971 a permis de faire bondir la consommation sans faire évoluer de la même manière la production et le revenu. Le revenu a augmenté beaucoup moins que la consommation et la production encore moins que le revenu. En fait les peuples occidentaux se sont mis à consommer sur une dette mondiale toujours croissante en vivant dans des villes où l’on ne produit plus que des services à la consommation. La consommation est reine. La production devient secondaire puisque l’argent se fabrique facilement, les machines se fatiguent moins que les humains et demain paiera. Les oligarques s’enrichissent sur l’appauvrissement futur des peuples où tout est fait pour qu’ils n’en prennent pas encore conscience.
C’est évidemment intenable et il est intéressant de regarder comment l’on tente de nous faire croire que ce système impossible est durable. Cela se fait en 3 étapes : casser le thermomètre et lui faire dire que la dépense enrichit, fabriquer tout l’argent qu’il faut pour dépenser et officiellement s’enrichir, et enfin reporter la solution à trouver dans le temps et dans l’espace par le commerce international façon OMC. Chaque étape fera l’objet d’un article.
D’abord casser le thermomètre pour lui faire dire ce que l’on veut et pas ce qu’il dit. Il suffit de regarder comment l’INSEE définit le PIB pour pressentir l’ampleur du scandale. Il garde la base vraie des trois calculs du PIB par la production, par la consommation qu’il appelle la dépense et par le revenu mais ne dit pas qu’il ne s’agit que d’une circulation monétaire.
https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1365
Définition
Le produit intérieur brut aux prix du marché vise à mesurer la richesse créée par tous les agents, privés et publics, sur un territoire national pendant une période donnée. Agrégat clé de la comptabilité nationale, il représente le résultat final de l’activité de production des unités productrices résidentes.
Le PIB aux prix du marché peut être mesuré de trois façons :
- selon l’optique de la production, en faisant la somme des valeurs ajoutées de toutes les activités de production de biens et de services et en y ajoutant les impôts moins les subventions sur les produits ;
- selon l’optique des dépenses, en faisant la somme de toutes les dépenses finales (consacrées à la consommation ou à l’accroissement de la richesse) en y ajoutant les exportations moins les importations de biens et services ;
- selon l’optique du revenu, en faisant la somme de tous les revenus obtenus dans le processus de production de biens et de services (revenus salariaux, excédent brut d’exploitation et revenu mixte) et en y ajoutant les impôts sur la production et les importations moins les subventions.
Personne ne peut affirmer sans rire que l’Insee ne ment pas effrontément en prétendant trouver les mêmes résultats par ces trois mesures. En multipliant les dépenses avec une nouvelle masse monétaire sans augmenter la production et le revenu, on voit mal comment on pourrait arriver au même résultat qui est tout de même annoncé pour tous les idiots utiles en rajoutant des fins de phrases ou des parenthèses pour que personne n’y comprenne plus rien. Par exemple rajouter aux dépenses les exportations qui sont des recettes, n’est pas très sérieux pour un organisme qui nous est présenté comme la référence du sérieux qu’il n’est pas. Ou faire intervenir le commerce extérieur dans le calcul par la consommation sans qu’il n’intervienne dans les calculs par le revenu ou par la production, tout en prétendant obtenir le même résultat ! Ce n’était vrai qu’à l’époque ou le commerce extérieur n’était qu’un échange à somme nulle qui n’affectait pas l’équilibre production revenu consommation puisque le solde du commerce extérieur était dérisoire.
Mais casser le thermomètre ne suffit évidemment pas. Il faut en même temps faire croire qu’il n’est pas cassé pour pouvoir rendre crédible ce que l’on va faussement lui faire dire : faire croire que le PIB continue à chiffrer la richesse créée et compter sur le commerce extérieur pour faire apparaître demain une solution imaginaire, sont les deux autres étapes de notre dégringolade qui seront décrites chacune dans un prochain article.