La question essentielle qu’aucun politique ne se pose

D’où vient le décalage permanent en tous domaines entre le réel et le narratif ? Combien de temps va pouvoir durer ce monde où la communication qui a déjà remplacé l’action, tente maintenant de remplacer aussi la réflexion ? Qui peut croire qu’il est possible de ne vivre qu’en faisant des phrases comme le font les politiques, les acteurs, les chanteurs, les étudiants, les publicitaires, l’immense majorité des fonctionnaires, les journalistes, les universitaires et les « experts » de plateau quelle que soit leur « spécialité » ?

Si encore ces phrases étaient là pour réveiller ! Mais elles sont là, moitié pour endormir et moitié pour geindre et rabâcher que rien ne va sans jamais s’en demander la cause.

Si l’IA est le dernier clou du cercueil en voulant remplacer la réflexion par la communication sans penser un instant à l’énergie nécessaire, le clou le plus important a été le lent remplacement de l’action par la communication avec le narratif stupide mais bien implanté : « Nous sommes tellement intelligents que nous savons que tout a toujours existé sans jamais avoir été créé et que le monde entier va nous acheter une petite part de notre intelligence en fabriquant pour nous, tout ce dont nous avons besoin, ce qui nous permettra de vivre de mieux en mieux en travaillant de moins en moins ». Nous appellerons ça le progrès et nous nous bourrerons de tranquillisants et ferons de moins en moins d’enfants tellement nous aurons du mal à y croire.

L’invention récente (un demi-siècle) et stupide d’une économie mondiale incohérente nous a fait oublier que le revenu n’est que le passage à sens unique de la production vers la consommation et que dans tout système, équilibré par construction ou fermé par obligation ou décision, production, revenu et consommation sont mathématiquement globalement au même niveau et que c’est la production qui crée le revenu, et le revenu qui crée la consommation.

Nous avons manipulé le revenu par les deux bouts. D’un côté nous avons créé, pour nous croire riches, du revenu artificiel par le crédit, création monétaire permanente. De l’autre, en nous croyant riches, nous nous sommes offerts et nous offrons à qui le désire, une consommation sans production qui attire la Terre entière. Ce déséquilibre est évidemment intenable pendant que le système mondial obligatoirement fermé reste lui parfaitement cohérent avec une production, un revenu et une consommation mondialement au même niveau par obligation. Mais si les pays dit pauvres produisent pendant que les pays dit riches consomment, le revenu est majoritairement confisqué par ceux qui font circuler les hommes, les marchandises et les monnaies, ce qu’ils appellent le commerce international. Armateurs, banquiers et politiques, prennent la dîme qu’ils décident sur tout ce qui bouge. Tout le narratif actuel n’est là que pour faire tenir aussi longtemps que possible ce système scandaleux et intenable au profit d’une petite minorité qui joue sur les faiblesses de la majorité.

Ce narratif est intéressant dans sa complexité bien construite et apparemment cohérente même s’il est scandaleux. Il élimine consciencieusement toute critique du mondialisme et présente avec intelligence la rapine du revenu comme un élément du bien commun. Il utilise pour cela toutes les techniques de Bernays qui a bien expliqué que pour les peuples, ce ne sont pas les faits qui comptent mais leur perception des faits. Il suffit donc d’éclairer ou d’envelopper les faits pour les faire percevoir comme on le souhaite.

Pour éliminer toute critique du mondialisme, les oligarques utilisent l’argent que leurs banques fabriquent, prêtent et récupèrent avec intérêt tout en promettant dans leurs comptes qu’elles le paieront un jour. Cet argent faramineux constitue la plus grosse partie de la dette mondiale principalement financière et trop rarement étudiée. Il sert à la fois à désorganiser les structures antérieures cohérentes (communes, départements, nations) en les doublant de structures artificielles coûteuses et désorganisantes (communautés de communes, régions, union européenne) et à diffuser par leurs médias un narratif qui cache la réalité et en invente une autre. Il cache la baisse du niveau de vie par une dévaluation monétaire permanente, due à la création d’argent sans contrepartie préalablement existante et il invente une fausse réalité de création de richesse par la croissance qui va prétendument tout résoudre et augmenter le niveau de vie sans jamais évidemment expliquer comment.

La croissance est le « sésame ouvre-toi » du narratif où il devient impossible de savoir si ceux qui en parlent sont simplement incompétents en y croyant, ce qui est le cas de l’immense majorité, ou manipulateurs sans y croire car il en faut pour construire le narratif.

La croissance, la création de richesse chiffrée par le PIB, a une histoire et avait une réalité. Quand les nations avaient leur souveraineté et leur monnaie, elles avaient chacune l’équilibre qui est actuellement mondialisé entre la production, le revenu et la consommation. C’est en augmentant la production que l’on augmentait le revenu et la consommation et il y avait réellement création de richesse et croissance. L’augmentation parallèle de la production, du revenu et de la consommation, chiffrait alors en effet une création de richesse car, dans un pays donné, si la production, le revenu et la consommation augmentent ensemble, toujours du même montant, ce pays s’enrichit par la qualité de son travail. Mais c’était l’époque où l’argent ne venait quasiment que de la vente de la production et était lui-même une preuve physique d’un travail déjà effectué. Mais depuis que les monnaies ont été déconnectées de toute richesse reconnue et que les banques ont fabriqué 90% de l’argent actuellement en circulation sans aucun lien avec une richesse reconnue, la dépense d’argent qui était la preuve qu’une production avait été réalisée, n’est plus devenue qu’une dépense d’argent fabriqué pour cela.

Ce qui est stupéfiant c’est que l’INSEE continue à écrire en août 2026 dans ses définitions que le PIB se calcule indifféremment par la production, le revenu ou la consommation, ce qui était vrai à sa création. La malhonnêteté publique de l’INSEE apparait quand il continue à écrire que le PIB chiffre la création de richesse en ne le calculant plus que par la valeur ajoutée qui est pour toute entreprise la dépense de ses clients simplement diminuée de sa propre dépense à l’extérieur d’elle-même. Si c’est en effet une création de richesse pour l’entreprise, richesse qui est distribuée aux salariés, aux actionnaires et à l’État, la valeur ajoutée d’une entreprise n’est nullement une création de richesse nationale mais une dépense nationale. Et comme cette dépense est faite avec de l’argent uniquement créé pour être dépensé, il est aujourd’hui mensonger de parler de création de richesse quand on la chiffre par le PIB.

Pour justifier l’extorsion d’une partie du revenu mondial par les oligarques, le narratif rend incontournable le commerce international présenté comme le progrès dont seuls les petits esprits et les retardataires chafouins ne voient pas l’impérieuse nécessité. Que des bêtes soient élevés dans un pays pour être abattues dans un autre, découpées dans un troisième et vendues dans un quatrième est totalement négligé puisque c’est comme cela que les oligarques prennent leur dîme en prétendant que c’est plus économique.

Le plus extraordinaire est l’invention ex nihilo des « investisseurs » et des « marchés » que les médias et les politiques nous présentent comme des décideurs anonymes de bon sens qui nous jugent et décident des taux d’intérêt qu’ils nous infligent, alors que ce ne sont que des banques qui créent l’argent qu’elles prêtent en ne le payant généralement jamais puisque les dettes que les banques accumulent en ne payant pas l’argent qu’elles prêtent, se retrouvent dans la dette mondiale qui monte, qui monte, qui monte. Ce qui est fascinant, c’est l’enfantillage de Giscard et Pompidou qui ont fait voter en janvier 1973 une loi qui a interdit à la banque de France de prêter à l’État, ce qu’elle faisait sans intérêt, afin que, forcé d’emprunter avec intérêt à des banques privées, les politiques fassent des budgets serrés et non dépensiers. On connaît le résultat et l’impéritie des mêmes politiques qui ne changent pas et qui nous font peur avec une dette faramineuse d’un argent qui n’a jamais été gagné.

Aucun politique n’en parle, les plus bêtes parce qu’ils n’y comprennent rien, les plus intelligents car ils ont trop envie d’aller pantoufler à Bruxelles et ont trop besoin de l’argent des banques pour financer leur campagne. C’est en ce sens que l’élection présidentielle de 2027 ne changera absolument rien puisque tous les candidats ont besoin de l’argent créé par les banques pour nous convaincre que tout va bien et que si nous pensons que tout va mal, c’est que nous sommes soit stupides, soit complotistes. Ils payent des sites spécialisés pour ça.

Comment sortir de notre incohérence alors que les Français ne se divisent quasiment qu’entre ceux qui ne voient pas l’incohérence générale et ceux qui pensent en sortir par la croissance ?

C’est pratiquement impossible tellement le narratif a enveloppé le réel qui n’intéresse plus personne. Chacun s’enferme dans son quotidien personnel et ses vacances en n’envisageant même plus le collectif dont il ne sait même plus lequel.

Il faudra pourtant, par l’intelligence avant que la violence ne le fasse, que soient remis sur le tapis toutes les fausses avancées du troisième quart du XXe siècle fondées exclusivement sur un argent imaginaire : l’inutilité du spirituel, le divorce, l’avortement, la suppression de la peine de mort, la consommation plutôt que la production, la jouissance plutôt que l’effort, l’université stupide et obligatoire, l’interdiction de la fessée qui apprenait que la violence fait mal, l’inversion des valeurs millénaires, une science sans conscience qui n’est que ruine de l’âme comme disait Rabelais au XVIe siècle.

Surtout ne rembourser qu’à l’État une dette dont le créancier ne démontre pas que l’argent prêté a été d’abord gagné, peu importe qu’il ait été ensuite acheté ou confié. La dette de l’État s’effondrera comme les impôts qu’elle génère mais les politiques n’auront plus de banques pour financer le bourrage de nos crânes qui préfèrent la servitude à la reconnaissance de l’erreur comme l’a développé en peu de pages La Boétie toujours au XVIe siècle.

3 réflexions sur « La question essentielle qu’aucun politique ne se pose »

  1. Marc !
    J’ai soumis votre analyse à ChatGPT qui me donne ce résumé suivant :

    « Et c’est ici que je modifierais radicalement la conclusion de l’auteur
    Son intuition pourrait être sauvée en supprimant toute la partie idéologique.
    Je la résumerais ainsi :
    Le problème contemporain n’est pas que nous créions de la monnaie. C’est que nous pouvons créer beaucoup plus rapidement des créances financières que nous ne pouvons créer de richesses réelles.
    Puis :
    Tant que la production future permet de rembourser ces créances, le système fonctionne. Lorsque les créances croissent durablement plus vite que la capacité productive, la société doit choisir entre inflation, austérité, défaut, restructuration de dette ou transfert de richesse.
    Et enfin :
    Le PIB ne permet pas à lui seul de distinguer suffisamment clairement ces phénomènes, puisqu’il mesure un flux de production et non le bilan patrimonial complet d’une société.
    Là, nous aurions une véritable critique économique.
    Et elle serait, à mon sens, beaucoup plus redoutable que celle de l’article, parce qu’elle ne reposerait pas sur des erreurs concernant le PIB ou la création monétaire.
    Mon classement final
    🟢 Très solide : création monétaire bancaire, limites du PIB, importance de la dette, rôle de la finance, critique de la communication politique.
    🟠 Partiellement juste : mondialisation, marchés, loi de 1973, perte de pouvoir d’achat, croissance.
    🔴 À rejeter : valeur ajoutée ≠ richesse, monnaie bancaire = argent sans contrepartie, PIB = mensonge de l’Insee, loi de 1973 = origine fondamentale de la dette actuelle, transformations morales du XXᵉ siècle causées par la création monétaire.
    En somme : l’auteur pose plusieurs bonnes questions, mais donne souvent de mauvaises réponses. Et c’est précisément ce qui rend son texte dangereux intellectuellement : les erreurs sont noyées dans un raisonnement qui contient suffisamment de vérités pour paraître entièrement juste.
    Gagnez en précision pour les documents et la recherche »

    Que pouvez-vous opposer à une IA qui va chercher ses conclusions dans la masse des analyses de l’oligarchie mondiale ?

    • L’intelligence artificielle est faite par les puissances d’argent et tente de les défendre avec un narratif toujours bien fait mais sans jamais l’ombre d’un raisonnement. Lisez bien ce qu’elle vous a écrit. Comme ses maîtres, elle juge, elle affirme, elle réfute avec un ton tellement sûr de lui qu’on pourrait la croire.

      Son résumé de mon article est ce que ses maîtres voudraient y voir. Puisse sa réponse donner une idée de ce qu’est vraiment l’intelligence artificielle qui n’est qu’une jolie présentation de ce que nous devrions tous penser.

      Tout ce que l’intelligence artificielle répute « à rejeter » est l’ensemble des vérités que l’article démontre et qui déplait évidemment à ceux qui la crée en pensant la faire payer très cher dès que possible.

      L’intelligence artificielle travaille à notre servitude. Elle y réussit déjà chez les élèves et les étudiants. Je suis presque fier qu’elle juge mon texte dangereux. Mon but est en effet de mettre ses maîtres en danger.

  2. C’est vraiment très bien vu.
    Je ne défends pas autre chose en appelant à la formation d’une équipe déterminée à mettre en forme un plan de réformes adapté à ces circonstances détestables.
    Vous devriez nous rejindre dans cette action déterminée.
    Alliance souveraine
    Alain SANDLER

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