Tant que l’on croira que le PIB est un produit et que nous sommes un pays riche….

Tant que l’on croira que le PIB est un produit et que nous sommes un pays riche, nous ne prendrons pas la peine de comprendre la monnaie, pas plus que la réapparition de l’esclavage qui nous permet de vivre agréablement.

C’est par un matraquage constant et universel que les troïkas politiques, médiatiques et universitaires occidentales, nous rabâchent que nous sommes riches et que chaque année le Produit Intérieur Brut (traduction servile du GDP Gross Domestic Product anglo-saxon) augmente cette richesse. L’Insee affirme péremptoirement et faussement que le PIB donne une mesure des richesses nouvelles créées chaque année. C’est devenu une telle évidence qu’il est devenu blasphématoire et crime de lèse-majesté, de simplement constater que le PIB ne mesure qu’un échange et en aucun cas une production et encore moins une richesse nouvelle. Sur cette fausse richesse, nous finançons tous nos fantasmes dont le remboursement d’une dette que l’on creuse davantage chaque jour, et surtout nous faussons tous nos raisonnements en tous domaines comme Vincent Lindon vient de le montrer, apparemment en toute bonne foi, dans son entretien avec Médiapart .

Il est temps de regarder de très près ce qu’est vraiment le PIB, comment il est calculé et ce qu’il indique.

Les définitions de l’Insee et de Wikipédia sont les mêmes mais dans un ordre différent.

Définition de l’lnsee :

Agrégat représentant le résultat final de l’activité de production des unités productrices résidentes.

Il peut se définir de trois manières :

le PIB est égal à la somme des valeurs ajoutées brutes des différents secteurs institutionnels ou des différentes branches d’activité, augmentée des impôts moins les subventions sur les produits (lesquels ne sont pas affectés aux secteurs et aux branchesd’activité) ;

le PIB est égal à la somme des emplois finals intérieurs de biens et de services (consommation finale effective, formation brute de capital fixe, variations de stocks), plus les exportations,moins les importations ;

le PIB est égal à la somme des emplois des comptes d’exploitation des secteurs institutionnels : rémunération des salariés, impôts sur la production et les importations moins les subventions, excédent brut d’exploitation et revenu mixte.

Définition de Wikipédia :

Le PIB est un indicateur macroéconomique nommé agrégat, c’est-à-dire une grandeur globale qui mesure l’activité économique. Il est possible de proposer trois approches du PIB, cependant, on le considère la plupart du temps comme la somme des valeurs ajoutées produites par l’ensemble des unités résidentes, c’est-à-dire les agents économiques effectivement présents sur le territoire pendant au moins 183 jours sur une année.

Le PIB a ainsi une triple optique basée sur les grands principes de la comptabilité nationale :

La production : PIB = somme des VAB + IP – SUBV. L’approche par la production, met ainsi en relation la somme des valeurs ajoutéesbrutes, l’impôt sur la production ainsi que les différentes subventions.

La formation de revenu : PIB = RS + EBE + RMB – SUBV + IP, avec RS la rémunération des salariés, EBE l’Excédent brut d’exploitation, RMB les revenus mixtes bruts, SUBV les subventions et IP les impôts sur la production (liés à la production et aux importations).

La demande : PIB = CF + FBCF + (X-M), avec CF la consommation finale, FBCF la formation brute de capital fixe (l’investissement), X les exportations et M les importations.

On voit déjà que la première définition est la même mais que les deuxième et troisième sont inversées.

Le PIB est donc d’après l’Insee un « agrégat représentant le résultat final de l’activité de production des unités productrices résidentes », l’agrégat étant défini comme « une grandeur synthétique mesurant le résultat de l’activité économique ».

Toujours d’après l’Insee, « il peut se définir de trois manières ». Examinons-les précisément.

Première manière Insee

Le PIB est égal à la somme des valeurs ajoutées brutes des différents secteurs institutionnels ou des différentes branches d’activités, augmentée des impôts moins les subventions sur les produits (lesquels ne sont pas affectés aux secteurs et aux branches d’activité).

Wikipédia en fait un premier décryptage en écrivant sur sa page comptabilité nationale

PIB = somme des VAB + IP – SUBV. L’approche par la production, met ainsi en relation la somme des valeurs ajoutées brutes, l’impôt sur la production ainsi que les différentes subventions.

Wikipédia en fait un décryptage plus complet sur sa page PIB

Composantes vues sous l’angle de la production

Le PIB est égal à la somme des valeurs ajoutées des agents économiques résidents, calculée aux prix du marché, à laquelle on ajoute la part de la valeur ajoutée récupérée par l’État (taxe sur la valeur ajoutée et droits de douane) et de laquelle on soustrait les subventions ;

PIB = Somme des valeurs ajoutées + TVA + Droits et taxes sur les importations – Subventions sur les produits

Si potentiellement trois méthodes coexistent pour calculer le PIB d’un pays ou d’une région (via la production, la dépense ou le revenu), la première méthode (approche par la production) est utilisée pour des raisons pratiques. Selon cette technique, on additionne toutes les valeurs ajoutées issues des comptes de résultats fournis par les entreprises, et les administrations publiques.

Le PIB approche donc l’activité, la non-oisiveté, la neg-otium en latin, le négoce, par la valorisation que fait le client de ce que propose l’entreprise en abandonnant son argent. Cette première approche est la valorisation de ce qui est vendu, par la dépense que fait le client à la fois pour l’entreprise et pour l’État. Pour l’entreprise c’est la valeur ajoutée, ce qu’elle touche de l’extérieur moins ce qu’elle a payé à l’extérieur; pour l’État c’est la TVA moins ce qu’il a donné en subventions.

Le PIB calcule donc la somme des monnaies que les clients apportent à l’entreprise en échange de son travail, somme à répartir entre l’entreprise et l’État, et à l’intérieur de l’entreprise entre salariés et actionnaires. On cherche vainement comment ce simple échange peut être vu comme une création de richesse.

Deuxième manière Insee, troisième Wikipédia

Le PIB est égal à la somme des emplois finals intérieurs de biens et de services (consommation finale effective, formation brute de capital fixe, variations de stocks), plus les exportations, moins les importations.

Wikipédia fait son premier déblayage sur sa page comptabilité nationale :

PIB = CF+ FBCF + (X-M), avec CF la consommation finale, FBCF la formation brute de capital fixe (l’investissement), X les exportations et M les importations.

et une étude plus poussée sur sa page PIB :

Composantes vues sous l’angle des dépenses

Le PIB est égal à la somme des emplois finaux intérieurs de biens et de services, c’est-à-dire : la consommation finale effective (CF), l’investissement (formation brute de capital fixe (FBCF)) et les variations de stocks (VS). Cette définition se déduit de l’égalité comptable entre les ressources de l’économie (PIB) et les emplois qui sont faits de ces ressources.

En situation d’autarcie, on a (équilibre Ressources – Emplois) :

PIB = CF + FBCF + VS

Dans une économie ouverte les importations (notées M) s’ajoutent aux ressources, les exportations (notées X) aux emplois, si bien que la relation ci-dessus devient :

PIB + M = CF + FBCF + VS + X

La dernière relation peut se réécrire :

PIB = CF + FBCF + VS + X – M

Ou, en omettant les variations de stock et en développant la consommation finale :

PIB = C + G + I + (X – M)

Consommation (C)

Investissements (I)

Dépenses publiques courantes (G)

Exportation (X)

Importation (M)

Là c’est l’approche du négoce par l’argent dépensé, la consommation finale comme l’investissement n’étant que des dépenses. Le rajout des exportations qui sont des ventes moins les importations qui sont des achats, est farfelu. Analysons-le.

Observons d’abord qu’une augmentation de stock est comparable à une importation et une diminution de stock à une exportation. On pourrait même appeler exportation toute transformation de nature en monnaie et importation toute transformation de monnaie en nature. Observons donc « en même temps » la gymnastique sur l’import-export et la non gymnastique sur les stocks toujours appelés simplement « variations de stock » sans jamais dire dans quel sens. Est-ce un export ou un import ? Mystère !

Wikipédia nous donne involontairement la clé du mystère en écrivant :

En situation d’autarcie, on a (équilibre Ressources – Emplois) :

                         PIB = CF + FBCF + VS

Dans une économie ouverte les importations (notées M) s’ajoutent aux ressources, les exportations (notées X) aux emplois

                        PIB = C + G + I + (X -M)

Dans la première équation, le PIB est vu comme une ressource et la consommation et l’investissement comme des emplois.  On parle donc en monnaie. VS est une augmentation de stock.

Dans la seconde équation on a rajouté des ressources en nature à des ressources en monnaie, ce qui est aussi stupide que d’additionner des achats et des ventes. On ne sait plus si le PIB est en nature ou en monnaie. On comprend qu’ils « omettent » les variations de stocks dans la formule PIB = CF + FBCF + VS + X – M car quand VS est derrière CF + FBCF, c’est une augmentation de stock et quand il précède X – M, c’est une diminution de stock.  La variation de stock est incalculable et, au lieu de comprendre son erreur, on la masque en ne parlant jamais que de variations de stocks sans jamais en préciser le sens. Cette formule est fausse et surtout elle ne veut absolument plus rien dire.

La seule formule juste est celle qui parle en monnaie de ce qui est dépensé :

PIB = CF + FBCF = C + G + I

Troisième manière de l’Insee et deuxième de Wikipédia

Le PIB est égal à la somme des emplois des comptes d’exploitation des secteurs institutionnels : rémunération des salariés, impôts sur la production et les importations moins les subventions, excédent brut d’exploitation et revenu mixte.

Wikipédia fait son décryptage en remettant en ordre les éléments cités, ce qui permet de voir la supercherie.

PIB = RS + EBE + RMB – SUBV + IP, avec RS la rémunération des salariés, EBE l’Excédent brut d’exploitation, RMB les revenus mixtes bruts, SUBV les subventions et IP les impôts sur la production (liés à la production et aux importations).

Là c’est un vrai bras d’honneur que nous font l’Insee et Wikipédia  qui partent du principe que tout le monde s’en moque et que personne ne regarde de près ce dont on parle. C’est une répétition pure et simple de la première définition en mélangeant les différents termes de l’addition et en les représentant différemment. La définition de la valeur ajoutée (VA) est justement l’excédent brut d’exploitation (EBE) plus la rémunération des salariés (RS) plus la rémunération des dirigeants non-salariés (RMB). Wikipédia l’explique dans sa page comptabilité nationale :

EBE= PIB – Salaires – Impôts (production + produit) + Subvention (exploitation + produit).

Cette dernière définition n’est donc qu’une répétition de la première. Il n’y a donc que deux définitions du PIB toutes les deux chiffrées en monnaie, l’une chiffrant ce qu’il y avait à vendre, l’autre chiffrant la monnaie dépensée pour acheter.

Quiconque vient dire ou écrire que le PIB nous enrichit et, qu’à cause de cela, nous sommes un pays riche capable d’être généreux et même devant l’être, est trompé s’il est de bonne foi et délictueux s’il ne l’est pas.

Faire croire que le PIB est le chiffrage d’une production de richesses permet, grâce à la fausse monnaie légale que les banques ont maintenant le droit de fabriquer, de faire croire que les machines des entreprises créent continuellement des richesses et que, si nous votons bien, nos élus, quels qu’ils soient, pourront faire de nous des nababs aussi généreux qu’intelligents. Nous pourrons alors nous entredéchirer parce que nous nous verrons mutuellement ni assez intelligents ni assez généreux ou trop généreux et trop bêtes, du moment que nous continuerons à consommer et à voter.

On ne peut être réaliste, quel que soit le sujet, si l’on croit vivre en un lieu où coule la corne d’abondance. Tant que nous croirons au PIB créateur de richesses, nous ne serons raisonnables sur aucun sujet car tout sera faussé. Apprenons au moins à sourire quand ils financent tout, à droite comme à gauche et au milieu, avec des pourcentages de PIB.

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