Les calendes grecques

Faire de la politique, cela devrait être s’intéresser aux autres et comprendre dans quel cadre pourrait se faire une cohabitation harmonieuse entre des êtres que quelque chose unit. Les Politiques actuels passent toute leur énergie à flatter l’affect du peuple pour être élus en appelant crise leur incapacité à s’intéresser aux problèmes de fond et en appelant croissance la manne divine qui leur permettrait, si elle tombait, d’en être les généreux distributeurs en attente de remerciements électoraux. La très hypothétique manne divine est le seul espoir de tous ces Politiques qui ne parlent que « croissance » car ils ne peuvent morigéner un peuple dont ils quémandent l’approbation et à qui l’on a fait croire que la vie était facile. Ceux qui ne rentrent pas dans ce rêve sont traités de populistes ou d’extrémistes et sont décrétés méprisables par ceux qui, comme Alain Juppé, les voient comme « les deux extrêmes, de droite comme de gauche, qui n’ont rien compris au monde ».

Il est évidemment très tentant de se moquer de leur « démocratie », de leurs « valeurs de la république » ou de leur « laïcité » dont ils nous rebattent les oreilles à longueur de temps sans réaliser combien ces mantras sont vides de sens et ne sont que des attrape-nigauds que les médias ont érigés en idoles. Il est bien sûr compréhensible de manifester son dégoût en refusant de s’inscrire sur les listes électorales ou bien en montrant par l’abstention ou le bulletin blanc la fatuité de leurs gesticulations. Nous ne devons pourtant pas nous laisser submerger par ce dérisoire car ce serait accepter que seule la guerre remette les yeux en face des trous tant en éducation qu’en économie et qu’en politique, ce qu’elle fait malheureusement toujours très bien et très vite mais à un coût inacceptable.

Mais comment concurrencer la guerre ? Comment renverser sans violence les trois veaux d’or que sont la croissance, la démocratie et l’éducation, toutes trois présentées comme des solutions alors qu’elles ne sont que des réponses aveuglantes à des problèmes mal posés que ces fausses solutions compliquent toujours davantage ? Comment reconstruire sur la liberté, l’égalité et la fraternité sans déraper vers l’individualisme, l’identité et la solidarité qui nous rongent ?

A ces questions extrêmement difficiles, le bon sens nous rappelle que, s’il y a une solution, elle passe d’abord par l’arrêt de la fuite en avant et par la prise de conscience des problèmes à résoudre. L’accord irresponsable du 13 juillet 2015 sur « l’aide à la Grèce » va exactement dans le sens contraire et dans la fuite en avant qui reporte ad patres ce que l’on est incapable de résoudre. L’unanimité s’est faite pour ne rien affronter et redécouvrir les calendes grecques. Rappelons que c’est juste avant l’ère chrétienne que Rome a réorganisé le calendrier et appelé calende le premier jour du mois. Mais les Grecs ont refusé ce changement et la légende dit que ce serait l’empereur Auguste qui aurait utilisé les « calendes grecques » pour plaisanter sur une date qui n’existe pas.

Alexis Tsipras est content parce qu’on redonne 85 milliards d’euros à la Grèce et qu’il remboursera les dettes précédentes plus cette dette nouvelle aux calendes grecques. Angela Merkel est contente car rien n’est abandonné de sa créance. François Hollande est content parce qu’il a redécouvert les calendes grecques, la Saint Glinglin et la semaine des 4 jeudis, en travaillant la « maturité » de la dette grecque. Tous les trois comptent sur la croissance pour rembourser en continuant à la voir comme l’augmentation de la création annuelle de richesses mais en reportant aux calendes grecques les échéances de remboursement.

Tout cela pour sauver l’euro pendant quelques mois ! Déjà le précédent plan d’aide à la Grèce avait sauvé les banques créancières en les faisant rembourser par les contribuables européens contre un petit abandon et aujourd’hui Laurent Fabius vient dire au Sénat que ne pas redonner de l’argent à la Grèce, c’est perdre ce qu’elle nous doit déjà. Comment ne pas voir une complicité objective avec Nicolas Sarkozy, maître d’œuvre du plan précédent.

Nous voyons, en temps réel comme ils disent, comment les Politiques par couardise ou simple incompréhension de ce qui se passe, ferment toutes les pistes autre que la guerre pour nous remettre les yeux en face des trous. Quel Politique osera dire au peuple que le pays de Cocagne n’existe pas plus que les calendes grecques ?

Le pays de Cocagne par Brueghel l’ancien

Quos vult perdere Jupiter dementat prius (Ceux que Jupiter veut perdre, il leur ôte d’abord la raison)

2 réflexions au sujet de « Les calendes grecques »

  1. Le roi était nu, pensais-je. Je croyais qu’après le référendum grec, le projet de l’euro allait commencer à s’effriter et du coup, les vrais problèmes feraient enfin surface, de toute part, des quatre coins de l’Union et que, in fine, nous aurions alors une chance de remettre les yeux devant les orbites vu tous les soucis qui inévitablement allaient d’un coup sauter aux yeux, et ce sans se faire la guerre. Que nenni ! Les politiques ont trouvé de nouveaux habits pour le roi. Et s’ils sont encore plus transparents que les précédents, la plupart des gens veulent voir de nouveaux habits, car on leur que le roi avait de nouveaux habits. Pour parfaire le tour de magicien, tous les parlements votent : « oui, on voit les habits ! »
    En fait, j’ai le sentiment que le 13 juillet 2015, vers 6 heures de matin, l’euro est mort.
    Il ne reste plus qu’à l’enterrer, ni vu ni connu. Quelque part au fond du jardin, là où personne ne va, et inventer que dire aux enfants. C’est peut-être ce qui va se passer avec ce énième plan, dit de sauvetage, pour la Grèce.

    • L’euro est mort-né en 2002, inventé par des gens qui ne voient dans la monnaie que le substitut du troc.
      Les Politiques ont besoin de l’euro pour partager et tenter de diluer leur incapacité à résoudre les problèmes.
      La comédie ne fait que commencer car aucune classe politique n’a le courage de mettre son peuple en face de lui-même. La haine de l’autre va commencer à monter car il faudra bien des coupables.

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