D’où vient l’homosexualité ?

Sujet tabou s’il en est tellement les conséquences de la réponse sont impressionnantes. Est-elle génétique ? Vient-elle de l’éducation ? Est-ce l’effet d’une éducation sur un terrain génétiquement favorable ? Pourquoi la question dérange-t-elle tellement  et pourquoi n’a-t-elle pas droit de cité ?

Aborder le sujet c’est avancer sans protection sur un terrain défendu par des archers vigilants et très réactifs, mais l’étendard arc-en-ciel est tellement brandi actuellement qu’il est déraisonnable de ne pas s’interroger.

S’interroger n’est pas répondre, mais déjà se demander s’il n’y a que ces réponses possibles. Et l’on constate curieusement l’oubli de la réponse que les Grecs apportaient à cette question. Pour eux l’homosexualité était un passage organisé de l’adolescence qu’il fallait savoir vivre et dont il fallait savoir sortir.

Les familles grecques cultivées sortaient leurs garçons vers 12 ans de la tutelle féminine pour le confier en tant qu’éromène à un éraste de 17 à 20 ans qui l’ouvrait à la sexualité et à la complexité du monde des adultes. Dans l’Iliade d’Homère Achille est l’éromène de son éraste Patrocle dont il vengera la mort devant Troie. Mais pour les Grecs l’homosexualité n’était qu’un passage et malheur à ceux qui y restaient enfermés ! L’homosexualité devait rester initiatique et sacrée.

Aujourd’hui l’indifférence portée à cette approche est surprenante tant elle semble pourtant cohérente. Ne serait-il pas en effet naturel qu’après la découverte de son propre corps et avant la découverte d’un corps vraiment complémentaire, il y ait d’abord pour certains une envie de partage avec ce qui n’est pas trop différent de soi, une fille pour une fille et un garçon pour un garçon ? Ne serait-il pas alors naturel que, dans une société qui prendrait à tort ce passage pour définitif, les adolescents qui ressentiraient cette envie se précipitent sur le sexe opposé, pour se prouver à eux-mêmes qu’ils ne sont pas homosexuels ? Ne verrait-on pas alors des adultes se marier et avoir des enfants juste pour se prouver qu’ils ne sont pas homosexuels tout en enfouissant ce désir ressenti comme infamant ? Ne générerait-on pas alors tout naturellement une réaction à cette hypocrisie en valorisant cette tendance non évacuée que l’on présenterait comme une orientation factuelle dont la source serait inconnue mais dont on pourrait, ou même devrait, être fier ? N’en déduirait-on pas une certaine lassitude du mariage et son abandon progressif au profit de concubinats temporaires ou même de mariages pour tous ? Ne verrait-on pas alors des adultes mariés avec enfants tout quitter vers la quarantaine pour partir avec quelqu’un de leur sexe ?

A la réflexion il apparaît prudent de rejeter avec vigueur cette réponse grecque à la question de l’origine de l’homosexualité car, si nous la faisions nôtre, nous verrions les homosexuels adultes, hommes ou femmes, comme de grand ados intelligents, hypersensibles mais non aboutis, ce qui poserait un gros problème tellement ils inondent actuellement, la politique, les médias et tous les tréteaux en voulant supprimer le genre et superposer les sexes pour les égaliser ? Ne pas rejeter l’interprétation de l’homosexualité de la Grèce antique qui la vivait sans lui donner de nom, ébranlerait tellement l’édifice que, pour la sauvegarde de cet édifice, il vaut probablement mieux rester dans le flou très sécurisant d’une orientation sexuelle définitive dont la cause serait inconnue et ses adeptes épatants. Après tout, si nous avons tort, ce ne sont que nos descendants qui paieront la sauvegarde de cet édifice.

8 réflexions au sujet de « D’où vient l’homosexualité ? »

  1. Faut il vraiment chercher des explications à tout? Des réponses sans importance à des questions qui n’en ont guère plus… « L’homosexualité » est le terme qui est utilisé pour réduire la relation amoureuse de deux personnes de même… sexe, réduisant ainsi toute la complexité des relations et rapports amoureux à sa seule expression « bestiale »: le sexe! « Oh Mon Dieu!!! »…
    Cela permet de ranger dans la case du « mal » ce qui disconvient à la bonne société… judéo-chrétienne où la relation sexuée ne doit être destinée qu’à la procréation; « tu ne répandras point ta semence en vain » nous dit le Livre et la Halacha des juifs orthodoxes interdit les relations sexuelles hors mariage… La Bible des chrétiens aussi… mais également toute forme de sexualité seul ou à deux (à plusieurs, n’en parlons pas!), donc en dehors de tout objectif de reproduction. « Croissez et multipliez »… la belle affaire!..
    Toutes ce pudibonderies pour réprimer ce qui est pour le coup tout à fait « naturel à » l’Homme, selon moi: le plaisir physique. J’ai écrit « naturel à » et pas « propre à », car en effet la copulation homosexuelle (en tout cas « masculine ») est assez commune dans le règne animal, où elle ne sert pas de marqueur social, mais de soulagement d’une pulsion… Il n’y a, a priori pas de « fantasmagorie » sexuée, chez l’écureuil roux, le chimpanzé, ou le berger allemand, il y a néanmoins des rapports homosexuels chez à peu près tous les mammifères… et chez certains volatils, comme le colvert, ou le pingouin.
    Le biologiste américain Bruce Bahemihl ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Bruce_Bagemihl) a répertorié plus de 450 espèces animales ayant des comportements « homoerotiques » et de ces comportements qu’ils peuvent être séparés en cinq groupes distincts : parade amoureuse, affection, relation sexuelle, vie en couple et… comportement parental! Ses travaux ont servi à décrété la fin de l’illégalité des rapports sodomites dans de nombreux états américains où ils étaient considérés comme tels car, de l’avis des bigots, « contre nature ». Or, Bagemihl prouva largement qu’ils étaient parfaitement naturels…

    Alors, de l’intérêt d’expliquer la « provenance » de tels « comportements » chez l’être humain me parait assez vain… L’important n’est-il pas surtout que les gens s’aiment et qu’on les laisse s’aimer comme ils veulent?..
    A partir du moment où, quoiqu’il se passe, cela se passe entre adultes consentant-e-s n’est-ce pas là le principal et l’essentiel?

    • Bel exemple d’évitement du sujet. En tauromachie, on appelle cela une véronique.

      Est-ce qu’il suffit que la question paraisse vaine à certains pour qu’elle soit sans intérêt ?

      Et le plaisir que la religion a trop longtemps négligé, doit-il être pour autant le seul moteur ?

      Fustiger qui cherche à comprendre, reste pour moi une énigme.

  2. Mais pour les Grecs l’homosexualité n’était qu’un passage et malheur à ceux qui y restaient enfermés ! L’homosexualité devait rester initiatique et sacrée.

    Oui, c’est là qu’il faut creuser, et aller voir par exemple les initiations de Baruya de Papouasie (Maurice Godelier).

    Sinon, cette question reste totalement biaisée par les influences et confusions (semi-[in-]volontaires ?) criminelles et criminalisantes des monothéismes (anti-pratiques “païennes”) puis médico-psychanalytiques (sauf Jung).

    Merci pour cette réflexion…

  3. Sur un plan relatif, il est toujours légitime de s’interroger.
    Et sur un plan plus élevé? Spirituel par exemple? « Ne plus se considérer comme homme ou femme est le B-A Ba de la spiritualité » disait Nisargadatta Maharaj.
    Et les religions alors? Au-delà de la pudibonderie et de la dégénérescence des religions en morale, il faut se souvenir que dans la voie spirituelle, succomber à un désir est toujours une défaite. Fût-il « hétéro » ou non sexuel. Dans le cas du désir sexuel « hétéro » il y a seulement l’excuse (si on peut dire) de la perpétuation de l’espèce. Point barre.
    Quant à l’exploitation d’une certaine homosexualité dans nos sociétés… Diviser pour régner, toujours. C’est le propre d’un monde diabolique (et d’abord au sens étymologique).

  4. « pour les Grecs l’homosexualité n’était qu’un passage !(….) L’homosexualité devait rester initiatique et sacrée. »
    La réponse que vous apportez ne m’était pas totalement inconnue, quelques autres – très rares, semble-t-il – la partagent. Elle est bien sûr intéressante dans la mesure où votre approche n’est pas celle qui a cours dans notre société de plus en plus mondialisée et qu’elle oblige chacun à « monter sur la table » pour considérer toute chose d’un autre point de vue que celui que nous sommes conditionnés à adopter.
    Cependant vous ajoutez « et malheur à ceux qui y restaient enfermés! »
    Quelle réponse apportez vous alors aux causes faisant que certains y restaient enfermés? Passage mal négocié ou bien d’autres raisons à rechercher?

    • Je ne sais pas. La seule chose que je constate est que ceux qui étaient restés dans l’homosexualité à l’âge adulte étaient très mal considérés dans la Grèce antique et même mis à mort à certaines époques.
      Je n’ai pas les compétences pour expliquer pourquoi certains n’en sortaient pas.

  5. Sans doute une erreur de la nature dans ses dosages ?

    Que ceux ou celles qui en sont affligés, ou heureux, ne nous demandent pas de les imiter, pas plus que nous ne leur demandons de se refaire
    Discrétion, réserve et compréhension de part et d’autre.
    Ni un crime, ni un exemple, une affaire personnelle qui ne concerne qu’eux.
    Et surtout pas de Carnaval Gay Pride provocation.

  6. 1)
    A Guillaume, lequel nous invite à ne pas chercher explication à tout, je répondrai qu’il est alors contradictoire de convoquer un Bahemihl dont la science pointue ne m’a jamais aidé à expliquer quoi que ce soit en tant moi-même qu’homosexuel.
    Dois-je comprendre que cette science vous a rassuré au contraire en tant qu’homosexuel vous-même ? Ou alors pour justifier cette espèce de tolérance convenue et obligatoire qui caractérise notre société et qui a tout de la nouvelle religion du troupeau ?
    Bon, d’accord, les pratiques « homo » sexuelles (je laisse de côté le petit hiatus sémantique) sont légion autant chez les primates que chez les gros poissons ou les hérons cendrés. Me voilà donc pleinement justifié en tant que dauphin comme les autres dans mon bassin, et en bonne compagnie en plus (encore une barrière judéo-chrétienne à faire sauter : celle des espèces).
    Ou bien je dois en venir à penser que mes penchants affectifs m’ont aidé à retrouver cette état de nature qui fait tant défaut aux grands malades porteurs de la peste homophobe, y compris les bien-portants.
    Allelujah ! On a retrouvé le bon sauvage. C’est le Pédé (notez la majuscule) et j’en suis !

    Mon problème à moi est que je n’ai jamais été un être de nature sorti des livres (pas ceux de ce pauvre Rousseau à qui l’on a prêté tant d’âneries qu’il n’a jamais proférées) mais un être réel de culture, déterminé par la culture qui m’a pétrie en chair et en os, et dont les pulsions les plus profondes se sont TOUJOURS au bout du compte heurtées à une obligation de CHOIX .
    LE choix s’est fait pour moi à l’adolescence, lorsque, pour des raisons familiales et scolaires, je suis sorti d’un monde masculin rassurant -où mes penchants profonds avaient déjà pu trouver des ouvertures- à un monde inconnu où intervenait cette créature terrifique qu’était la jeune fille.
    Et terrifique parce qu’irradiant elle aussi une invitation au désir d’autant plus puissante qu’elle contenait une sorte d’injonction implicite à la LOI. Et alors…
    Et alors j’ai DECIDE… De retourner de fait dans les jupes à ma mère.
    Acte de rebellitude célébré par l’air naissant du temps -68 c’était un an après- mais qui n’était rien moins en fait qu’une solution de facilité pour négocier la Loi, derrière laquelle se profilait ce Nouveau Monde et ses montagnes de compromis compliqués à passer.
    Je ne vois pas d’autres formule lapidaire pour résumer ce qui a épuisé d’ennui un bataillon de psychothérapeutes (mais le PIB les payait pour ça) et que je ne vais pas exposer ici puisque cela ennuiera tout le monde, moi en tête.

    Le reste, c’est de l’aparté. L’homosexualité ramène pour moi de toute façon à la mère et cela dans toutes les cultures. Je pense donc qu’elle a été d’autant plus cultivée par des cultures encore marquées par le culte de la Fécondité et de la déesse Mère qui imprégnait probablement toutes les civilisations du néolithique.
    Elle survit en nous en tant qu’archétype (quelqu’un a cité Jung fort à propos) renaissant comme le phœnix lorsque des circonstances le permettent, soit la rencontre d’une histoire personnelle et d’un moment socio-culturel particulier.
    Libre aux gens patients de chercher le gène de l’homosexualité comme d’autres cherchent la pierre philosophale, la « science », celle qui n’a rien d’autre à foutre, n’ayant rien trouvé d’autre pour l’instant que des marqueurs statistiques finalement peu significatifs.

    Aujourd’hui, je ne pose plus trop de question sur ce qu’a impliqué mon choix adolescent pour le reste de ma vie. Je constate simplement.
    Par exemple que je suis devenu ce qui constitue une espèce de purgatoire dans notre société : une vieille tapette. C’est-à-dire une tapette pauvre avec une petite retraite d’employé des services.
    Dans notre culture, l’homosexualité c’est comme le rock n’ roll -j’ai aussi été musicien de la chose. Mieux vaut y être riche et/ou jeune, la jeunesse étant vendable parce qu’elle le vaut, suivant une expression consacrée.
    La fréquentation des livres seule m’a aidé à naviguer à vue. J’ai toujours lu pendant mes pauses, en presque cinquante ans de carrière cela a fait beaucoup de livres.

    J’ai compris ainsi que l’homosexualité a toujours été la sexualité exutoire tolérée des dominants dans l’occident gréco-judéo-chrétien (on peut continuer longtemps ainsi) alors qu’elle servait à l’occasion pour fustiger les pauvres lorsqu’ils en usaient.
    Voir le cas célèbre et extrême de « l’affaire des poisons » sous Louis le Grand, dont l’un des volets dévoila les orgies auxquelles s’adonnaient certains chevaliers de la cour et qui se concluaient par ce que l’on appellerait aujourd’hui des « snuff movies » -le viol et le sacrifice de jeunes garçons extraits du petit peuple.
    L’homosexualité tolérée était aussi un moyen pour le monarque de déviriliser tous ces jeunes nobles, qu’il avait déjà castrés symboliquement en les rassemblant dans la structure panoptique de la cour.
    En revanche, les derniers homosexuels pendus et brûlés en place de Grève furent deux jeunes cordonniers -Diot et Lenoir- pour consommation d’acte sur la voie publique en 1750. Affaire dont il s’est dit aussi qu’elle servit d’écran de fumée à une vaste affaire de pédophilie qui impliquait l’entourage du roi Louis XV et même le roi en personne.

    Il n’est pas interdit en tout cas à un esprit chagrin et haineux de lui-même comme le mien (un must de mes psy successifs à la fin des matchs, lorsqu’ils jetaient l’éponge) de faire un rapprochement avec certaines dérives de notre société actuelle, au sein de laquelle justement les Valeurs Féminines de la Mère toute puissante reprennent triomphalement du poil de la bête, par le plus grand des hasards bien sûr.
    Je suis donc devenu une sorte de marginal dans la marge, un pied en dedans et un pied en dehors, au sein d’une « communauté » dont je me suis toujours méfié sous sa forme militante et souvent quasi tribale.
    J’ai donc participé moi aussi pleinement au temps de ma jeune splendeur à ce que l’ami Marc Dugois a identifié derrière le sigle PIB, puisque l’homosexualité est aussi chez nous un créneau de dépenses porteur.
    Quant à l’amour, supposé renverser toute montagne et auquel l’on devrait s’abandonner sans réserve, permettez-moi, Cher Guillaume, de vous poser une question.
    Pourquoi n’a-t-on jamais autant parler d’amour dans une société qui en manque à ce point, et où l’Amour, le vrai, celui qui se donne en toute gratuité et pas forcément pour le seul plaisir, fait autant figure de perle rare que d’objet de dérision ?

    2)
    Je vais maintenant m’adresser à Marc Dugois pour l’inviter avec moi à savoir de quoi l’on parle.
    Il y a plusieurs filtres pour apprécier l’homosexualité dans la Grèce antique. Le premier est la connaissance de ce qui la codifiait exactement, soit à travers des ouvrages érudits comme ceux de Bernard Sergent, soit à travers les écrits du temps lesquels ne manquent pas, de Homère à Platon et d’Aristophane à Aristote.
    Le deuxième représente les supputations que l’on a réalisées à travers ces écrits, soit les projets sur la comète du non-dit. Le troisième est la réflexion profane émanent du prétendu bon sens contemporain.
    Les deux derniers filtres ont permis à tout un tas de gens de se faire plaisir d’abord à eux et, à cette fin, de raconter à peu près n’importe quoi. Ils ne m’intéressent donc pas, n’ayant fréquenté parfois les militants du plaisir que par intérêt trivial.

    Considérant seulement le premier filtre il faut être très clair. « L’homosexualité », au sens où nous l’entendons, en Grèce ancienne n’existe pas car il n’y a qu’une seule sexualité socialement admise, celle de l’homme adulte et qui se conclut par la procréation.
    La sodomie elle, y est connue et unanimement réprouvée entre les hommes -adultes ou non- et très probablement tolérée entre un homme et une femme à des fins de contraception, ce qui ressort en tout cas de nombre de représentations picturales.
    La passivité chez l’homme, surtout lorsqu’elle va jusqu’à mettre en jeu l’intégrité de l’anus, fait de celui qui l’accepte un efféminé ou un quasi prostitué. Celui qu’Aristophane appelait sans ménagement un « large-cul », et que l’on pourrait traduire aujourd’hui tout bonnement par « enculé ».
    Je crains donc, Cher Marc Dugois, que dans l’ordre grec que vous aimeriez restaurer en lieu et place du nôtre, et que vous semblez transfigurer en une sorte de nouveau désordre amoureux fécond, votre quadragénaire volage qui quitterait son épouse pour un beau jeune mec ne se retrouve au final encore moins considéré que dans l’ordre ancien.

    Il reste ce fameux stade initiatique qui mettait en jeu la passion de l’Eraste pour l’Eromène, bizutage mythique sur lequel on a tant glosé.
    D’abord il ne concernait qu’une infime partie supérieure de la société grecque, en un monde qui considérait la masturbation dévolue aux classes inférieures et surtout aux esclaves, en nombre dix à vingt fois supérieurs au reste suivant les cités -toujours ce trait intemporel de classe dont je parlais à Guillaume.
    L’éromène avait effectivement entre 12 et 17 ans et il ne pouvait être plus jeune, la pédérastie au sens où nous l’entendons et plus encore son commerce étant tout aussi prohibés et punis que chez nous.
    Les rencontres se faisaient au Palestre, sorte de lycée gymnique, et dans des plages horaires elles aussi très strictes.
    La passion de l’Eraste pour l’Eromène se traduisait par des attentions et des cadeaux, qui pouvaient déboucher au stade ultime sur des pratiques sexuelles exclusivement admises. Elles consistaient en des attouchements notamment des parties génitales et pouvaient aller jusqu’au coït entre les cuisses serrées du garçon -ce qui est attesté là aussi par maintes représentations picturales.
    Le garçon se devait d’observer une attitude neutre et passive pendant l’acte et en aucun cas ne devait y témoigner de plaisir et encore moins se laisser pénétrer analement.

    Bref, que des choses qui feront ricaner notre gros bon sens contemporain, aux neurones autant pétris de frustration sexuelle cinématographique que d’affaires Dutroux en cascade inlassablement repassées sur les parois de nos cavernes médiatiques.
    Ce qui nous échappe en fait est que ce parcours à finalité en apparence totalement sexuelle était avant tout une manière de célébrer ce qui était consubstantiel à la religion grecque, le culte de la beauté.
    Prétendre restaurer un tel ordre en le greffant au nôtre, cher Marc Dugois, aurait des conséquences autrement incalculables que les petites métamorphoses libidinales ou matrimoniales que vous vous plaisez à imaginer.
    Un économiste homosexuel comme Keynes, lequel se demandait pourquoi le capitalisme engendrait tellement la laideur, le comprendrait sans doute d’emblée.
    Pardonnez moi d’avoir été si long, mais un tel sujet méritait au moins cela.

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